‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 215 sur 306 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

île Bar , chassé par Joachin le 1 7 de mai , était revenu et avait été réintégré au monastère d'Anchin par l'abbé légitime , le 16 d'août 1579. Au demeurant, le lendemain du jour où les conditions de la paix se concluaient, le 11 septembre IÔ79, le prieur écrivait à ses frères dissidents ou égarés pour les engager à rentrer sous l'obédience de l'abbé légitime. Nous n'hésitons pas, malgré son étendue , à rapporter textuellement cette lettre , parce qu'elle mettra le lecteur à même de juger exactement de l'état des choses et de la situation des esprits.

Dilecti* frutribtts no$lru ditpertit salultm in Chritio.

Messieurs mes confrères,

Je vous prie ne trouver estrange de ce que j'ay tant lardé de vous escrire , craindanl que ma lettre ne Tut prinse de malpart , et qu'à iceile ne fust donné aucune réponse non plus qu'à ma dernière. Ensamble aussy pareeque esperoie voire retour estre plus breC. pour vivre tous ensamble desoubs l'obéissance de notre vray et légitime presiat. Mais voyant qu'à notre grand regret cela n'est encore advenu, deux causes m'ont incité de vous envoyer ceste présente , la première est que par la grâce de notre bon Dieu nous vovons ces provinces , desquelles nos principaux biens temporels et notre résidence ordinaire dépend s'acheminer à une bonne paix et réconciliation avecq notre roy. La seconde est que le promier jour de septembre dernier, dampl Marcq de la Ruelle, avec son frère et deux notaires, se trouvèrent devant la porte de notre abbaye pour faire telle sommation que vous savez de la part dampt Joachin Zoette , notre confrère ; moy estant appelé par le dict dampt Marcq , je répondis , par le capitaine de la garde de notre maison , qu'il pourrait entrer et puis je communiquerais avecq luy , et s'il y avait cause raisonnable pourquoy ses adhérons délivrions entrer, nous supplions sçavoir leur commission: mais oneqs ne voulurent déclarer de bouche leur commission s'ils n'estions tous dedens, quy fut cause que je leur feis demander copie par escript de leur commission; mais ne sceumos aullrc choses obtenir qu'ung escript signé par les dicts notaires , par lequel escrivent, que de la part dudict dampt Joachin Zoette , son prieur, et les religieux de ce dict lieu icy demeurans , seraient esté sommés par les susnommés , à ce nous fismes dire que donnerions response , mais ils n'eurent patience d'attendre , se retirons où bon leur sembla. Voylà donc les causes quy m'ont incités de vous escrire de rechef et tant pluslost, pareeque je me persuadoy que' mon office me contraindoil à ce faire , espérant du fruict de vos ames , attendu mesme que j'ay ressentu plusieurs fois qu'aucuns d'entre vous avions grand désir de retourner avecq nous por louer Dieu tous par ensamble , plustost que de vivre sequestrement avecq séculiers et non fréquenter le sainct service accoustumé , ce qui est fort dangereux pour l'arae et scandaleux devant tous hommes de bien. Voilà pourquoy d'entre vous se sont retirés chez nous où ils vivent tranquillement et avecq le leur et notre consentement , et ce suyvant bon conseil de vos propres docteurs , lesquels n'ont jamais approuvé votre relraicte à laquelle n'avez été contraincts , comme ont expérimentés ceux quy sont demeurés avecq

nous Vous n'estes ignorants qu'aucuns de vos docteurs vous ont conseillés d'obéir à

cestuy qui (actu rerideret) comme faict monseigneur notre révérend presiat. Uni en venant icy qu'aussy par les siens depuis qu'il a esté ramené en sa résidence par son et notre reverendissime ordinaire. Par quoy je suis bien esmerveillé sy vous estes encore adhérons à ung apostat , lequel s'est enfuy sans cause légitime, veu qu'il avait asseurance du capitaine , et lequel après plusieurs advertissemens , ne se veult soubmettre à cestuy auquel doibt obéissance , de laquelle n'est légitimement déporté. Par dessus ce , n'a faict conscience de despandre les biens mondainement de ce sacré monastère , quy n'est sien ; davantage s'est joués aux sacrés joyaux et reliques , les égarons par formes de voleries , après s'estre emparé d'un lieu par force qui n'était sien. Il me semble qu il se debvoit contenter d'avoir emporté avecq soi les ornements pontilicaux , etc., combien qu'il sçait en sa conscience qu'il n'en peult user sans faire tort à la majesté divine , et ne se peult excuser de son droict, lequel il n'a et ne peult légitimement poursuyvre , mais le tout par main-forte,

contre le conseil et advis de ses docteurs; sj oe se pourra laver d'avoir esté contraint d'avoir laissé emporter notre tresaurie , hors de notre logis de Cambrai , allendu qu'il avoit jà entré audict lieu par force et avoit pour sa sauve -garde des soldais de cestuy auquel il envoyoit la dicte trésaurie , puis il a ouvert la porte librement pour emporter les coffres contenant ladicte trésaurie , ausquels ne povoit parvenir sans premièrement rompre les sceau* de monseigneur le reverendissime son supérieur archevesque ; voylà porquoy il a voulu cou- Fourer son faict par attestation de notaire, craindant d'encourir excommunication , de laquelle estoit menaché ; c'est ce à quoy , devant raesmeque je fus envoyé à Cambray , il avoit prétendu ayant donné cherge à cestuy qu'il l'a aydé à effraindre les dicts sceaux , d'enmener hors du dict logis toute la trésaurie, contre la promesse qu'il avoit faict faire à Berard , sous le nom du conveut : quy est cause que je ne me puis persuader que vous, qui avez tant bien esté instruicts es criptures et en la reigle St-Benoist, eussiez consenty à un faict tant exécrable , mais plustost me persuade qu'avez estés autheurs que le tout fut rerois en son lieu ordinaire en notre logis , comme on dict , pourveu que tout soit sincèrement ramené comme il avoit esté es porté. Voylà pourquoy la dernière exhortation que je lis en chapitre je vous supplioye d'avoir en recommandation la conservation de notre trésaurie, non point laquelle estoit céans, mais ès lieux que savez , prévoyaut et craindant ce quy est advenu. Parquoy de rechef je vous recommande le tout , que l'église de céans ne perde rien s'il est possible.

Vous expérimentez maintenant que celuy qu'on disait estre venu pour nous gouverner comme père et conservateur de notre monastère est le dissipateur, se moustrant vers les subjets d'icelle comme tyrant , de quoy n'est besoing vous en donner exemples lesquels nous voyons tous à l'œuil avecq larmes et gémissements. Du commenchement il prélendoit son droict et sa justice, laquelle ayant délaissé, veult maintenir son ambition par armes violentes , pareequ'il voit que sa cause est pieça jugée en sa conscience devant Dieu contre luy. Et maintenant, par la grâce de Dieu , la majesté impériale et royale, avecq les électeurs d'Allemagne , ont faict son jugement , déclarant qu'il n'a aucun droict en la maison. C'est ce monastère qu'il avoit envahy par le moyen d'ung hérétique, par quoy personne de nos confrères ne peuvent adhérer à ung tel apostat et sacrilège , sans porter la cause du chef des hérétiques ou ses adhérens contre l'authorité de notre Saint-Père le Pape et de notre Boy. Doncq tous ceux quy le suyvent doibveut bien adviser quel compte ils renderont devant Dieu à leur mort , estant en tel estât , lesquels ne sauront laver toutes les opinions et advis des docteurs qu'ils disent faire pour s.»y , car nous sommes bien certifiés du contraire , savoir que les docteurs propres desquels a usé dampt Joachin pour sa bénédiction , n'ont jamais approuvé les acts qu'il a faict et qu'il faict présentement , par quoy je vous supplie , mes chers confrères , vouloir ouyr plustost la voix de vos vrays et légitimes pasteurs , c'est-à-dire Mgr le révérendissime d'Arras, suyvant sa res ponce qu'il vous donna par escript aux demandes que luy avez faictes estant encore céans , et la bonne admonition qu'il donna à la reste de nos confrères, qu'ils n'estions sortis hors de céans. Prestez l'aureil à votre vray et légitime pasteur, monsieur le prélat quy vous a tant de fois rappelé à la vraye bergerie , par lettres et par roonilions ; sy vous n'estes forts assez d'esprit et de puissance , envoyez légation avec ce roi duquel parle l'Evangile , affin do faire votre paix et que vous soyez receus en grâce , faictes réparation des faultes commises à tout le moins en votre conscience , par pénitence; vous avez encore moyen de gaiguer par béoévolence de vos supérieurs ; considérez le scandai que vous faictes journellement à tout le monde par votre absence. Pardessus , vous destenez le scel du convent, comme sy vous représentiez le cornent , combien que n'eussiez aucuns chefs ni temporels ni spirituels légitimes qui porrions tenir lieu de supériorité , et le nombre d'enlre-vous absents est bien petit pour faire un convent d'Anchin, et avecq ce que plusieurs d'entre vous sont égarés, la reste est en un lieu fort différent de cestuy aucquel avez prins stabilité. Nous sommes bien dolens que plusieurs d'entre vous quy sont sy souvent vagabonds du gouvernement, desquels on en parle fort mal , nous sommes bien certifiés qu'aulcuns d'entre vous vruaos à Pecquencourt ne se sont maintenus en sobriété, non sans le scandai du peuple et déd.iignements d'entrer au monastère qu'il leur estoit ouvert. S'il est vray ce que on dict de l'incontinence et yvrogneries esquelies

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