CHAPITRE XXXI
aucuns d'entre vous se 4 soient abandonnés , c'est à votre grande honte et déshonneur de ceux qny se tiennent-là comme supérieurs. Je prie Dieu qu'il ne soit rieu do ce qu'on nous dit, car aultremenl l'ire de Dieu se pourroit bien débander sur nous pour choses tant exécrables. Retournez doncq , je vous supplie, au troupeau dessoubs l'obéissance de votre vray pasteur et bon père, et ne vous laissez mener de ceux quy vous donnent espoir de la recrédence des biens d'Artliois et de llaynault , attendu que cela ne faict louchant l'obéissance que debvez à votre légitime preslat , et que celui qui s'mtitule votre abbé usurpe ce qu'il peut par voie de faict et non par justice. Sy d'avanlure vous avez honte , envoyez devant , comme avons dict, en seygue de bon cœur et obéissance, légation pour le moins de ce que desteuez injustement, savoir est : le dict seeau du convent d'Anchin , aux résideus du dict lieu. Nu permeclez point que l'expectation et dévotion des bonnes gens soient davantaige frustrés; lesquels viennent en Anchin pour servir à la Vierge Marie , à monsieur sainct Georges , et recepvoir quelqu'allègement par le moyen de l'eau passée par leurs sainctes reliques. Renvoyez-nous , s'il vous plaisl , aulcunes clefs de l'église , du dortoir, d'aulcuues chambres particulières , lesquelles ont emportées aulcuns religieux et Nicolas Foulcault , ue destenez plus long-temps les enebensoires d'argent servans à notre église. N'endurez point que l'hostel abbatiale soit frustré de ses vasseaux et sallicres , ny de son linge qui est appartenant au corps de ceste maison. Renvoyez-nous , s'il vous plaist , les vaiscelles , gobbelets et louches d'argent du convent , ou plutôt rapportez- les avecq vous pour y boire avec nous d'une même affectioo cordiulle. Autrement pensez que le tout ne vous pourra beaucoup proufliter, ny les revenues et biens de la maison que dampl Joachin prétend occuper par force , car Dieu est puissant et juste pour rendre à chascun ce qui luy appartient. Par-dessus la suidresse * de votre conscience, laquelle vous presse et gehene plus griesvement que vous sauroit donner consolation tout ce qu'avez chez vous. Je vous prie me pardonner sy je parle d'affection pour le grand douleur que j'ay de votre disjunction et de la perdition de vos âmes, avecq le désastre et calamité des biens de notre monastère , ce vous seroit ung grand scandai et plus grief de vos âmes sy vous mouerez ainsy séquestrés de corps et d'esprit, attendu les bons moyens qu'ils vous sont offerts. J'ay mémoire qu'on estoit en paine de nous , sy nous estions partis pour le faict et différent quy estoit le légitime abbé ou non , touchant quoy n'avons jamais faits aucun queritur, sinon de ce qui concernait notre particulier faict, mais dampt Joachin vous mets tous comme parties conjoincts avecq luy contre l'advis toutefois de vos docteurs. Vivons doneqs icy en union desoubs l'obéissance de cestuy à qui nous avons donné notre première foy et volonté , et laissons convenir ce qu'il plaira à notre bon dieu en ordonner, pourveu que le premier notre preslat à toujours commandé sans controverses, et l'aultre veult avoir son droict prétendu, de quoy ne nous appert aultrement; sy de bonne heure ne retournez, je crains de plus grands inconvéniens de vos âmes et de vos corps. La voye n'est encore close à ceux qui se convertirons avecq vray humilité et résipiscence. Parquoy, mes cbers confrères , je vous supplie pour ceste fois ( possible dernière ) de ne point clorre vos aureilles , craindant qu'en bref Dieu ne vous enclose avecq les hérétiques , et quy ne vienne 1 retirer sa miséricorde de vous , et en la fin tombiez en une désespoir de salut. Et voylà pourquoy j'ay mis encore ceste fois la plume à la main , suppliant à mains joinctes qu'il playse â notre bon Dieu vous donner force ét esprit de faire et entendre ce quy est de votre salut, sy quelcuo d'entre vous veult icy venir pour communiquer touchant ce traicté, il nous sera le bien-venu, ou sy quelcun veult escrire , je lirai volontiers sa lettre. D'Anrhin, ce xi de septembre 1379.
Votre bien affectionné confrère cl humble prieur, D. F. Fr. os Rar.
A celte lettre si affectueusement persuasive , si indulgente et toute remplie des sentiments les plus louchants de charité et de sollicitude fraternelle , le prieur reçut , quelques jours après , cette réponse :
k Voir le Ma de Fr. de Bar, déjà cilr. p. 328 et ïiiiv., un ou deux mot* manquent au te\te <\iif nous avons sous Ira >euv » De tuadert , persuader.
Monsieur.
Si vos lettres eussent esté» fondées sur (es droicto et raison , ja n'eussions failfy de respondre plus amplement à icelles et plus tost. Mais comme pour la plus grande part sont farchies de calomnies, tant contre la personne de Monsieur comme contre nous aultres, nous sommes contentés de répondre à icelles ce petit mot , vous advertissant que ce qui s'est naguère» passé devant la porte de notre maison ne nous touche en rien, parce que les notaires royaux, lors y présens , feront foi et témoingneront de tout, nous contentons d'attendre la justice et droict sans inquiéter personne. Quant aux reliquere*, vascelles et aullres non joyaux, vous savez qu'en destenez autant et plus que nous; parquoy, comme nous présumons qu'ils sont bien et seurement entre vos mains , aussy ayez la même opinion de nous , sans aulcunement vous persuader que vouldrions riens aliéner ou usurper à aultre usance qu'à celle pour laquelle le tout est fondé ou laissé , pensant en cest endroict avoir autant de crainte de Dieu devant nos yeux , comme vous porriez ou penseriez avoir.
Où faisant fin prirons à Dieu de paix nous donner bientost des bons et propis moyens pour pooir d'ung accord et bouche louer et glorifier son sainct nom.
De Cambrai, ce xiiii* de septembre xv c lxxix.
1m imrription portait: A dampt François de Bar, religieux demeurant à Ancbin.
Cette réponse ccpenJant n'était ni selon le désir, ni selon la volonté du plus grand nombre de ceux au nom de qui elle était censée écrite ; car le jour suivant le prieur reçut de l'un d'eux , dom Antoine Pierquin , une lettre par laquelle il demaudait avec une parfaite humilité , pour lui et pour plusieurs autres de ses confrères égarés , h revenir auprès de l'abbé légitime. Cet Antoine Pierquin , dit le chroniqueur, était un homme fort distingué, doué par Dieu de qualités brillantes et de beaucoup de talents , savant musicien , ayant une fort belle voix , peintre habile el écrivain fleuri.
Le prieur s'empressa de répondre à la lettre d'Antoine Pierquin , de façon à encourager les frères dans leurs bons sentiments; il les assurait de la joie que, par leur retour , ils donneraient à l'abbé et à tous les religieux d'Anchin. Ce fut dom Juste Probe qui porta à Cambrai la lettre du prieur. Bientôt d'autres frères rentrèrent au bercail. Plusieurs n'étaient plus retenus que par une fausse honte et par une sorte de scrupule , qui leur faisait craindre de tomber en état de péché mortel , et de paraître trahir les engagements pris envers Joachin Zoette , à qui ils avaient promis obéissance; de ce nombre étaient Marc de la Ruelle et dom Pierre Passet. Ce dernier en outre avait quelque répugnance à s'en remettre à la lui du prieur qu'il avait gravement outragé; c'est pourquoi il écrivit à M. Roze, conseiller de l'abbaye , pour le prier de le remettre en grâce auprès du révérend ; et dans un acte qu'il signa , il protesta de son obéissance à l'abbé Warnier, et promit de le servir et de se soumettre à son autorité et "à celle des pères de l'ordre , en tout ce qui serait conforme aux ordonnances et prescriptions de l'Eglise. Il •rentra donc au giron de la congrégation ; mais comme il lui était pénible d'habiter avec les pères de l'ordre et d'être soumis à la discipline de ceux dont il avait méprisé l'autorité , et que par une sorte de vergogne il souffrait de se trouver parmi les autres frères , qu'à certain temps il avoit sollicités de se ranger à l'obéissance de Joachin , il obtint de l'abbé d'aller au prieuré d'Aymerics , auprès du prieur doin Jacques de Vandeuille, avec qui il avait toujours été dans des rapports d'amitié, môme dans les temps de troubles. On a pensé alors aussi que c'était par ce sentiment-là qu'il avait été plus particulièrement déterminé à revenir.
he prieur de Bar, pour vaincre les scrupules de ses frères égarés, et pour les