CHAPITRE XXXI
déterminer à rentrer dans la voie régulière du devoir, leur envoya une consultation ou thèse écrite en latin, fort diserte et appuyée de passages de l'Ecriture et des avis des plus fameux théologiens et docteurs en droit canonique. Il avait pris pour texte ce verset de l'Evangile : Qui non intrat per osliion in ovile ovium, sed ascendit aliundè ulienum, Me fur est et lalro, et oivs non sequuntitr, sed fugiunt ab eo (St-Jean. 10). « Celui qui n'entre pas par la porte dans la bergerie, » mais qui l'escalade , celui-là est un voleur et un larron ; et les brebis ne le » suivent pas , mais s'enfuient de lui. *
Chaque jour des dissidents se ralliaient à l'abbé légitime. Depuis quelque temps déjà dom Guillaume Pelpre et Adam Grésillon avaient fait leur soumission , à l'exemple d'Antoine Pierquin , qui fut envoyé au prieuré de St-Gcorges. Mais François Lcriche , Jacques de Billemont , Martin Danel et le frère Erasme Grumeau , étaient restés obstinément attachés à la cause de Joachin , bien qu'ils ne l'eussent pas accompagné dans sa fuite. L'abbé Warnier leur députa le prieur, qui les amena à souscrire un acte par lequel provisoirement ils se soumettaient à Warnier de Daure , comme à leur abbé h'gitimc , jusqu'à ce qu'il fût pris une détermination définitive, conformément à la décision que les juges porteraient selon la loi. Ces frères étaient dans un état fort perplexe. Joachin leur écrivait chaque jour pour les maintenir dans son parti et les détourner de celui de Warnier, en les effrayant par la perspective de ce qu'ils auraient à souffrir de l'austérité et du caractère ombrageux de ce prélat.
Pierre Passet , revenu à Anchin , était rentré en grâce ; il avait obtenu de l'abbé d'aller à Aymeries ; étant donc en route pour se rendre à ce prieuré , il fut rencontré par le secrétaire du baron d'Inchy et par un autre vaurien , qui venaient d'Anvers avec une bande de soldats en désordre, de ceux qu'on appelait communément les gris de Bouchain. Ils reconnaissent Pierre Passet, et sans égard pour son habit et son caractère ecclésiastique, ils l'accablent d'outrages, le frappent indignement et lui font des menaces de mort. Ils le placent entre deux chevaux, et après lui avoir pris son bagage et son bon cheval , et l'avoir mis sur un autre maigre et fatigué, ils l'emmènent avec eux à Bouchain, et de la à Cambrai, et le livrent prisonnier aux mains de Joachin. Dans cette aventure, P. Passet eut à subir toutes sortes d'opprobres et d'insultes , surtout de la part de François d'Hours, qui lui reprochait d'avoir enlevé de grandes sommes d'argent destinées à payer les dépenses faites par lui François d'Hours, en sa qualité d'économe pour les frères à Bouchain et à Cambrai ; enfin on voulait lui faire son procès et le mettre en prison. Mais Pierre Passet avait , comme on dit , la parole en main , et il n'était jamais embarrassé, quand il s'agissait de trouver des arguments. Il leur persuada que ce n'était que contre sa conscience et contre son cœur qu'il s'était décidé à retourner à son premier abbé ; que d'ailleurs il était tout disposé à défendre les droits de Joachin ; il n'attendait, disait-il , que la décision des juges pour y obtempérer, si elle était, comme il n'en doutait pas, favorable à Joachin. Il fit si bien qu'on le relâcha , et il partit pour le prieuré d'Aymeries.
D'autres encore étaient disposés à se rallier ; mais Joachin , qui voyait diminuer de jour en jour son troupeau , avait fait défense que personne ne sortit de la maison sans son ordre exprès. C'est ce qui avait empêché Jérôme Buzelin et Antoine Pierquin, dont nous avons parlé plus haut, de s'échapper plus tôt pour venir à Anchin , où Ponthus Hirchoux , qui était dirigé par les conseils de Pierre Passet ,
les avait précédés. Il avait , par l'entremise du prieur, fait sa soumission à l'abbé sous les mêmes conditions que les autres.
Depuis le retour de l'abbé Warnier, il était devenu nécessaire de faire beaucoup de contrats et d'actes notariés nouveaux, soit pour la location des censés, le renouvellement des baux , soit pour les règlements de comptes et autres affaires de l'abbaye. Et comme les sceaux du couvent manquaient , parce que les Joachinistes les avaient emportés à Cambrai , le révérend , après avoir fait consulter à Arras, ordonna qu'on en fabriquât d'autres conformes, autant qu'il était possible, aux anciens. Voici la lettre qu'à cet effet il écrivit de Douai au prieur de Bar, qui était à Ancbin :
Prieur,
Ayant notre cooseillier faict communiquer en Arras, comme nous pourrions faire, pour recouvrement des sceaux que Ton nous a substraict, on ne trouve moyen d'y remédier plus facile que d'en faire des nouveaux conformes et semblables aux premiers. Pour quoy faire et pour les rendre plus authentiques, sera besoiog qu'en assemblée capilulaire vous remonstriez à tous vos confrères religieux vivans soubs notre obédience, l'cmporl et substraict des dicts sceaux , et de l'incommode que l'on ressent cl combien il leur est dommageable , tant pour leur droit ou rebail des censés que aultrement. Et sur ce, moiennant qu'ils consentent à ce faire soubs leurs signatures , n'est que trouviez meilleur que vous envoyons deux notaires apostoliques ou royaux , pour former le dict acte dont nous pourrez advenir, après que vous aurez entendu la volonté de vos confrères sur ce que dessus. Sy on les pouvoit induire à nous requérir du renouvellement des dicts sceaux , ce ne seroit que le meilleur, combien qu'en cela ne gist le nœud de la besongne. Le plus tost qu'on y pourra besongner, ce sera fort bien faict de ce faire, afiin de remettre les affaires de notre maison en leur pied et fachon anchienne, et que les bails des censés que nous rebaillerons puissent estre mis sur les fourmes comme par le passé. Et vous envoyons l'ad vis que touchant ce nous en avons eu en Arras, ensamble un formulaire de Pacte que vous en pourrez dresser, lequel par après nous ferons enregistrer en registres de notre comptoir, aflin que la mémoire en soit faicte.
Quy sera l'endroict où finant cestc , je priray Dieu vous conserver en sa saincle grâce, me recommandant en vos saincts sacrifices et bonnes prières.
DeDouay, ce xxiv* d'octobre xv c lxxix (1579).
Votre confrère à vous faire plaisir,
Warme» ds Dalre, abbé d'Anchin.
Deux jours après, le prieur présentait à la signature des frères cet instrument ou acte de consentement ainsi rédigé :
Comme le xxvi'jour d'octobre 1579, auroit esté remonslré aux subsignés religieux professes du monastère d'Anchin , en nombre de dix-sept prebtres et deux diacres, de la part de monseigneur Warnier de Daure , leur abbé et preslat , assavoir : dampt François de Bar, prieur et riampt Jean Thomas, soupprieur, tous deux du comptoir dès le temps de feu monsieur Lenlailleur jeur révérend abbé, dampt François deRachie et dampt Maurice Leriche, anchiens; dampt Jacques Billemont , superintendant aux eaux , dampt Noël Francon , recepveur général do comptoir du temps même du susdict Lentailleur, et à présent prévosl, dampt LouysGrenet, dampt Martin Danel , dampt Georges Goisson , père-confesseur, dampt Legier Gosset , tiers prieur et viguier, dampt Jean Faveau, dampt Antboine Pierquin, ehanlre, dampt Hierosme Buzelin, pannetier, dampt Guillaume Moullart, quart prieur et maître des enfants , dampt Sébastien Franco, aulmonnier, dampt Jacques Boucqueau , soubehantre, dampt Bonaventure de Tournay, trésorrier, tous iceulx prénommés prebtres; et frère Ponlhus Hirchoux et Erasme Grumeau , diacres , tous ostans en la maison et abbaye d'Anchin , faisans et représentai le convent du dict lieu , et ce par la bouche du dict dampt François de Bar, prieur, comme dict est, d'icelle abbaye, que passé jà quelque temps , aulcuns de leurs confrères religieux , estans en nombre de six preptres ,