‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 218 sur 306 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

assavoir: dampt Philippe de Louvignies, daropt François d'Hours, dampt Noël Fruy, dampt Anthoioe Thomas, dampt Jean Lamelin , dampt Juste Preudhomme et ung diacre, frère Gérard Caulthier, s'enlans retiré de leur maison, auroient avecq eux emporté aucuns des seaui d'icelle abbaye , assavoir : celuy conventuel aux baux et ung aultre que Ton disoit conventuel aux causes , lesquels ils n'ont depuis voulu rendre, comme encore ils ne font, estans sur ce requis, au grand préjudice de la dicte maison, attendu que les affaires quy se despeschoient sous les dicts sceaux ou ung d'iceux ne se peulvent à présent expédier, tellement qu'il est du tout nécessaire , pour obvier à de plus grans inconvéniens , faire faire et nous prouvoir d'aultres sceaux pour nous en servir au lieu des deux susdicts. A cestc cause , les susdicts soussignés assamblés au lieu capitulaire de la dicte abbaye , congnoissans ce que dessus estre véritable , et qu'il leur est nécessaire de faire faire les dicts sceaux nouveaux, par l'advis d'aulcuns doctes praticiens, ont unanimement, en tant qu'en eulx estoit , consenty et accordé, consentent et accordent à la confection des dicts deux nouveaux sceaux , au lieu des deux susdicts , ausquels ils seront faicts semblables et conformes et de mesme marque et caractère , pour doresnaveant eulx en avder et servir en ce qu'ils trouveront besoing et convenable. Et pour mémoire perpétuelle de cêstuy notre consentement et accord, sera ce présent acte enregistré au comptoir de la dicte abbaye.

Faict en Anchin , au dict capitulaire, les jour et an susdicts. tesraoings les signes de signans , etc., suivent les signatures.

D'abondant moy, aoubsigné , consente à la confection des dicts nouveaux sceaux.

Le Diex.

En ce temps- là, des bandes indisciplinées de soldats de Cambrai et de Bouchain parcouraient le pays; et divers bruits menaçants venaient épouvanter le monastère. Le baron d'Inchy, gouverneur de Cambrai , et M. de Villers , gouverneur de Bouchain , à l'instigation de Joachin , avaient souvent manifesté l'intention d'envahir l'abbaye. C'est pourquoi le 11 de novembre 1579, d'après le conseil et par les ordres du révérend Warnier, qui occupait l'hôtel situe auprès de la porte Notre- Dame, tous les moines, à l'exception de quelques-uns, vinrent se réfugier à Douai , dans le prieuré de St-Sulpice , à savoir : dom François de Bar, grandprieur du monastère, Jean Lethomas, sous-prieur, Léger Gosset , troisième prieur , Guillaume Moullart, quatrième prieur, François de Raschie, père ancien, Louis Grenet, Martin Danel , Jérôme Buzelin, Sébastien Francon et Bonaventure de Tournay. Quatre religieux, Jacques Billemont , Noël Flameng, Georges Goisson , et Jacques Boucqueau, demeurèrent dans le monastère, pour veiller à ce que les soldats qui y étaient en garnison ne commissent pas de dégâts. Quelques frères furent logés dans le collège , et d'autres , ainsi que nous l'avons vu , étaient dans les prieurés , Maurice Leriche alla au prieuré de St-Gcorges.

Les travaux de construction du prieuré de St-Sulpice n'étaient pas encore terminés, et il n'y avait encore que quelques cellules; on fut obligé d'en construire a la hâte; on appropria les cuisines et autres officines. En attendant que les nouvelles cellules pussent être occupées, les moines furent placés deux par deux dans celles qui étaient habitables, excepté le prieur qui avait un domestique dans sa chambre.

Pour conserver la communauté dans sa forme et avec ses constitutions, on fit d'abord apporter du monastère le mobilier, les ornements et ustensiles. L'abbé donna une règle de vie, composée en partie des instituts du monastère et en partie de ceux des prieurés , afin d'accommoder l'observance aux exigences des temps et des lieux ; car il n'y avait pas dans le prieuré de St-Sulpice de temple où l'office divin se pût faire complètement; et comme il y avait plus de profes que la situation ne

comportait , on appela les deux prêtres qui étaient au collège , dom Jean Le Dien , président , et dom Jean Favcau , receveur. Tous acceptèrent la règle et les prescriptions, et prêtèrent obéissance à l'abbé et seigneur Warnier de Daure; ce que firent aussi les prieurs et moines des prieurés dépendants du monastère.

Quant aux autres moines dont nous avons parlé, dom Philippe Longnies, Fr. d'Ilours, Noël Fruy, Antoine Lcthomas, Jean Lamelin , Juste Probe , tous prêtres , et le frère Gérard Gaulthier, diacre, ils vivaient à Cambrai avec leur anti-abbé Joachin , dont ils soutenaient la cause , à la faveur de MM. d'Inchy et de Villers, et sons la protection du prince d'Orange et de l'archiduc Mathias, au nom desquels ils rançonnaient les paysans dos environs de Cambrai , se faisant aider dans ces expéditions par les soldats du baron d'Inchy.

Quoiqu'il en fût , l'abbaye d'Anchin se trouvait constituée sous l'autorité du révérend Warnier; et le service divin se faisait régulièrement. Tous les jours la grand'messe était chantée, et les basses messes étaient dites soit à St-Sulpicc, soit dans la chapelle des Templiers, qui n'étaient pas loin du prieuré. Tous les dimanches et jours ouvrables , la grand'messe avait lieu à dix heures et les vêpres à trois heures. Par la suite , aux grandes fêtes , on sonna la grand'messe à dix heures et demie. Il était défendu à quiconque de sortir pour aller en ville sans la permission du prieur. Il était expressément interdit de dîner ou souper en ville. Les heures et les offices étaient distribués à peu près comme si on eût été dans le monastère. Il y avait quatre prieurs ; et leur service , ainsi que celui des autres officiers , était réglé comme à Anchin.

Pendant que les frères vivaient ainsi à Douai , Marc de La Ruelle était resté à Bouchain ; il poursuivait un procès au sujet du prieuré d'Evin auquel il aspirait , contre un autre compétiteur. Ce compétiteur exigeait le paiement d'une somme d'argent , selon que s'y était engagé celui qui avait résigné son droit en faveur de Marc de La Ruelle qu'il traitait d'apostat, et que pour ce motif il disait être indigne de ce bénéfice. Dieu , par un effet de sa miséricorde , permît que , pour le bien de de La Ruelle et dans l'intérêt de son salut , il fût , non sans quelque scandale cependant, ramené prisonnier parle bailli de Douai, M. Grincourt ; il fut remis à la disposition de l'abbé, qui le fit enfermer pendant huit jours dans une chambre convenable de l'hôtel d'Anchin, près de l'église Notre-Dame de Douai. Le prisonnier, après avoir reconnu son prélat légitime et avoir fait sa soumission, put régulièrement s'occuper des soins de son salut et de son procès.

Alors aussi Jérôme Buzelin , qui était à Cambrai , où il luttait contre les scrupules de sa conscience, déterminé par les conseils des vicaires, et par les lettres du prieur Fr. de Bar, revint à Douai , et il fut reçu avec bonté par l'abbé.

Joachin , soutenu par ses amis et par des protecteurs puissants , n'était pas disposé encore à quitter une place qu'il trouvait bonne , tout précaire qu'elle fût , et dans laquelle il cherchait par tous moyens à se maintenir. Du reste , il menait joyeuse vie. Zoette , on le sait, était bon compagnon , n'ayant rien à lui ; fort libéral pour ne pas dire prodigue envers les siens , il les régalait souvent. Dans un de ces festins qu'il avait donné «î Bouchain , il avait réuni, avec plusieurs de ses religieux, ses neveux, quelques nobles de son parti et ses sœurs et parentes ; il avait déployé les magnificences d'une royale hospitalité , par la recherche et l'abondance des mets et par la profusion des vins les plus délicats. Le repas étant terminé , et après les dernières libations et les derniers épanchements d'une conversation avinée, les convives qui

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