‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 219 sur 306 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

en avaient plus qu'assez ( cwn csscnl omties plusquàm satiati ' ) songèrent à se retirer. L'amphitryon , voulant faire à ses nièces et à ses sœurs les honneurs de l'équipage abbatial , avait donné des ordres pour qu'on les reconduisit avec le carrosse à trois chevaux ; toutefois il était recommandé au cocher de ne pas entrer dans la ville et de ramener la voilure avec les chevaux à Bouchain, après avoir déposé à la porte de Douai ces dames , qui de là iraient chez elles à pied en se promenant. Mais le cocher, Philippe Pinages, ancien serviteur de Warnier de Daure, et qui était resté affectionné à son premier maître , quoique Joachin le crût entièrement à lui , avait son projet en tôle, et ne tenant pas compte de la recommandation, il entre en ville avec la voiture. Pour écarter tout soupçon , il passe devant l'hôtel d'Anchin, près de l'église Notre-Dame, et demande aux femmes qui étaient dans la voilure si elles ne trouveraient pas agréable qu'il les remit à leur porte. Ces dames croient que c'est un pur effet de la galanterie du cocher, qui ne veut pas qu'elles fassent un bout de chemin à pied ; elles acceptent la proposition. Quand elles sont rendues chez elles, notre aulomédon fait un détour, puis rebroussant chemin , il conduit le carosse abbatial à l'hôtel d'Anchin ; et il envoyé vers l'abbé Warnier pour le prier de vouloir bien recevoir la voiture et les trois chevaux qu'il lui ramène. L'abbé accepta , mais avec une certaine répugnance ; comme ce n'était ps lui qui avait fait faire la voiture, il voulait dans le premier moment la renvoyer à Joachin.

Les religieux dont nous avons parlé étant revenus à leur abbé légitime , il n'en restait plus guères auprès de Joachin que huit , savoir : dom Philippe de Hennin , vieillard arrivé à l'âge de la décrépitude, d'ailleurs fort simple d'esprit, profondément ignorant, et qui suivait moutonnièrement l'exemple des autres; dom de Lovingoy, de race noble, séduit par on ne sait quel espoir chimérique de liberté; François d'Ilours, prêtre séditieux, auteur de presque tous les maux de l'abbaye, d'ailleurs savant, lettré et des plus astucieux; Noël Fruy, meneur de toute l'intrigue et confident de d'Ilours ; Antoine Le Thomas , dit Travillicrs , violent défenseur et prùneur ardent de Joachin , quoiqu'il eût reçu beaucoup de bienfaits de l'abbé Warnier de Daure ; Jean Lamelin , homme droit , d'une étonnante simplicité et dirigé seulement par l'affection qu'il portait à Joachin; Juste Probe, tout-à-fait pervers , et le frère Gérard Gaullhier, d'une extrême légèreté , enclin à toute liberté, fort adroit, spirituel et assez lettré.

Jean Le Dien remplissait les fonctions de président au collège d'Anchin , à Douai ; il était fort capable et versé dans la littérature. Joachin l'avait fait venir du prieuré de St-Georges pour le mettre à. la têle du collège d'où il avait retiré dom Jean Faveau , homme prudent , grave et très-savant , que Warnier de Daure y avait constitué auparavant. Jean Faveau , lorsqu'il s était agi de se prononcer dans l'élection de Joachin pour le nommer soit administrateur, soit abbé, avait trouvé des moyens évasifs , afin de ne se pas compromettre. 11 avait écrit que, n'étant pas suffisamment renseigné sur cette affaire , il n'était pas en mesure de prendre un parti en parfaite connaissance de cause ; il temporisa ainsi jusqu'à ce que Joachin , parvenu au pouvoir abbatial , l'envoyât au prieuré de St-Georges et le remplaçât au collège par Jean le Dien. Celui-ci géra avec dignité les affaires de Joachin , à qui il donna un appui important , sans s'écarter cependant des sentiments de respect et des égards dus à Warnier de Daure. Toujours est-il que tant qu'il vécut, il passa pour avoir été

* Fr. de Bar, pag. 311, v\ Ma. cilc.

un des plus actifs promoteurs de l'élévation de Joachin ; on dit qu'à sa mort pourtant il était revenu à résipiscence et qu'il avait reconnu ses torts. Par la suite dom Jean Faveau fut rappelé du prieuré de St-Georges à l'administration du collège, et il se comporta dans cet office avec autant de sagesse que de prudence, et il mérita, comme étant un des religieux les plus recommandables du monastère, d'être élevé à la dignité de prieur de St-Georges. Nous verrons que plus tard il occupa le siège abbatial d'Anchin.

Pour ce qui est de François d'Hours, autrement dit de Bonnières , quand il se vit frustré de l'abbaye d'Anchin, à laquelle il avait aspiré, il tourna ses vues d'un autre côté. 11 profita de l'occasion que lui présentait l'arrivée à Cambrai du duc d'Anjou, qu'on y attendait depuis longtemps , et mit en campagne ses amis et protecteurs. Par les démarches adroites de personnes assez considérables de sa famille , surtout de M. d'Anhin,ou Hanhin , que le baron d'Inchy avait envoyé en mission auprès du duc d'Anjou , il parvint à se faire nommer abbé du monastère de Fémy , situé sur les frontières de la France ( à deux lieues de Landrecies ) , et qui était sous la juridiction de l'archevêque de Cambrai , mais dans le domaine de la France. Son élection se fit par quelques religieux de cette abbaye, après la mort de l'abbé titulaire, dom Claude Leborgne , bien que l'archevêque, lorsque Claude Leborgne avait résigné la prélature, y eût constitué, confirmé et béni dom Noël Sourdet , moine du même monastère de Fémy, et qui se retira à Mons en Belgique. Aussi François d'Hours cherchait-il par tous les moyens à se rendre favorable l'autorité de l'archevêque et à en obtenir sa confirmation. Ne pouvant y parvenir, il écrivait souvent au révérend Warnicr ; alors il le reconnaissait comme son abbé et se montrait tout disposé à se soumettre à quelque pénitence que ce fût, afin de purger son apostasie , pourvu qu'il obtînt l'agrément de son abbé et qu'il pût légitimer son droit. Mais il eut beau écrire à l'abbé , au prieur, et employer l'entremise de beaucoup de personnes, il ne put rien obtenir, parce que c'eût été aller contre la volonté de l'archevêque et porter atteinte à l'autorité épiscopale. François d'Hours resta donc dans cet état de perplexité et d'incertitude jusqu'en Tan 1 592 \ Il faut dire cependant qu'il s'acquitta bien des devoirs de sa prélature, qu'il sut se rendre agréable à ses moines; et par son habileté et ses soins actifs, il contribua à la prospérité et à l'avancement de son couvent*.

Mais revenons à notre sujet. Une partie de l'Artois était rentrée sous l'obéissance du roi d'Espagne. Le gouverneur de cette province venait de prendre des mesures en faveur du monastère et de l'abbé Warnier. Dans la crainte que Joachin , s'autori^ant des décrets que le magistrat d'Arras avait promulgués par l'ordre de l'archiduc Mathias, ou plutôt du prince d'Orange, ne se sauvât vers la cour de ce dernier, en emportant - les objets précieux et les trésors de l'église d'Anchin , le gouverneur de l'Artois, disons-nous, avait envoyé quelques gardes pour empêcher ces rapines , et pour surveiller et contenir Zoette. Mais à l'aspect de ces gardes , bien qu'on ne lui fit aucune violence , ni même aucune menace , Joachin avait pris la fuite ; il était allé trouver l'archiduc , et à force de sollicitations il avait obtenu contre l'abbé légitime ces lettres du roi d'Espagne :

Philippe*, par la grâce de Dieu, roy de Castille, etc. Au premier notre buisBier ou sergeant d'armes sur ce requis , salut ; receu avons leu l'humble supplication de dampt Joachin de Zoete ,

7 Fr, de Bar, Ma. cité. » Çallia çhrisiia. : de Abbat. Fldeimensi

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