‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 222 sur 306 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

la punition duc à ses méfaits. Il subit pendant quelque temps la prison , et il en sortit le 17 novembre 1580 , pour achever sa pénitence, selon ce qui se pratiquait de toute ancienneté pour ceux qui avaient de grandes fautes à expier. D'abord , le capuchon de la coule était arraché dans le chapitre; ensuite le pénitent était obligé de porter la lanterne comme les plus jeunes novices , au dortoir et aux assemblées; il ne pouvait s'asseoir que sur les bancs inférieurs et il était privé de vin , tant que l'abbé ou les pères de l'ordre le jugeaient nécessaire. Cependant , il n'était pas possible dans la maison de Douai de remplir toutes les conditions de cette peine disciplinaire ; c'est pourquoi Picrqnin en fut exempté , ou plutôt la sentence resta suspendue et l'exécution réservée pour le cas où le pénitent retomberait dans le péché. Toutefois , peu après , Antoine Pierquin fut confessé par le prieur; et après avoir reçu l'absolution, il rentra tout- à-fait en grâce, et reprit son rang et ses fonctions. Depuis il mena une vie exemplaire , prêtant au chœur le secours de sa belle voix ; il fut envoyé pour quelque temps comme sous-prieur à St-Georges d'IIesdin , et enfin il fut chantre et troisième prieur h Anchin.

Le 23 avril 1580, le prince de Parme (Alexandre Farnèse ) arriva à Mon* en qualité de gouverneur des Pays-Bas, à la place de l'archiduc Mathias. Il avait réussi à réconcilier presque tous les catholiques avec Philippe n , tandis que les protestants avaient conclu entre eux la fameuse union d'Utrech. Néanmoins à cette époque furent révisés les articles du traité de Mons , concernant les donations , bénéfices et dignités ; et d'après les sentiments exprimés dans les conseils par le prince de Parme , par le gouverneur ds l'Artois et par celui de Lille , des lettres furent envoyées (1 581) au conseil d'Artois , aux fins c de rétablir Warnicr de Daure , ». abbé légitime d'Anchin, dans tous ses droits, et de révoquer et annuler tout » ce qui avait été fait au nom de l'intrus, dom Joachin de Zoette , lequel avait » usurpe le monastère d'Anchin par la faveur du prince d'Orange , faveur acquise » au prix de douze mille florins extorqués au monastère au profit de l'archiduc » Mathias. »

Bien ne manqua de ce qui pouvait confirmer et en quelque sorte consacrer la réintégration de l'abbé Warnier. Le 25 du mois de juin 1591, le révérend père Jean Servius , licencié en théologie, recteur des Jésuites, de retour de Rome où il était allé pour assister à l'élection du nouveau général de son ordre, vint féliciter le prieur d'Anchin et lui annoncer que non-seulement lui Servius avait obtenu ce que l'abbé Warnier l'avait chargé de demander au St-Pèrc, concernant certains privilèges et droits d'absolution, mais en outre que, dans une conversation de plus de deux heures qu'il avait eue avec le pape Grégoire xm , il avait expliqué toutes les circonstances de la retraite de dom Warnier et de l'intrusion de Joachin , et que le Saint-Père avait donné une entière approbation à la conduite du piélat d'Anchin. Ajoutons que la décision du Pape, qui conférait à l'abbé ou au grand-prieur le droit d'absoudre dans certains cas graves , leva tous scrupules concernant l'absolution que le prieur avait donnée à Antoine Pierquin.

Nous avons dit plus haut comment les sceaux de l'abbaye avaient été soustraits en même temps que la 'trésorerie qui était dans le dortoir ; nous avons dit par quels motifs il avait été jugé nécessaire de les remplacer par d'autres. Or, d'après les avis et consultations de jurisconsultes experts et des conseillers de l'abbaye, tous les religieux du couvent, qui étaient à Douai, ayant signé de leur main l'acte par lequel ils reconnaissaient la nécessité de remplacer les anciens

sceaux , le soin de fabriquer et graver les nouveaux fut confie à maître Y von , de Douai , orfèvre du monastère. Ils furent faits sur le modèle des anciens , un pour les baux , fermages , contrats de ventes et de locations , etc.; un second pour les causes ou procès et procurations , et un troisième pour l'usage commun , marqué selon la coutume d'un Agnus Dci. Ils furent déposés dans un coffre muni de deux clefs, dont l'une restait aux mains du prieur et l'autre en celles du sousprieur, et le coffre fut placé dans la sacristie , à l'endroit où était le trésor sacré de l'église. Ce dépôt se fit solennellement le 22 juin 1581 , par les soins de Fr. de Bar, prieur d'Ancbin et du prieur de St-Sulpice , accompagnés de Jean Lethomas, encore sous- prieur, de dom François de Bascbie, vieillard jubilaire, de Louis Grenet, religieux d'une sagesse austère, de Léger Gosset, troisième prieur, de Guillaume Moullart , quatrième prieur, et de Bonaventure de Tournay, trésorier.

Rien n'avait été changé dans la forme ni les attributs des sceaux , si ce n'est qu'on y avait mis la date de 1581 , pour empêcher le mauvais usage qu'on aurait pu faire des anciens sceaux , lesquels étaient encore aux mains des rebelles. Nous dirons bientôt comment les vieux sceaux ayant été rapportés, furent brisés et les nouveaux remis en leur place. Le révérend avait surtout été déterminé à reproduire les sceaux dans la forme des anciens, par l'avis de maître Dubois, avocat du monastère et qui était d'une grande habileté en affaires. Voici à ce sujet la consultation de cet avocat , que nous retrouvons parmi les archives d'Ancbin.

Entendu que dampt Joachin Zoete , soy-disnnt abbé d'Anchin , et aucuns religieux suyvans et tenans son party, ont emporté avecq eux hors de la dicte abbaye le seel du convent, quy tourne au préjudice et incommodité de dampt Warnier Daure , abbé dudict Aochin , et des religieux estant avecq luy, fesant et représentant le dict convent, samble au soubsigoé que le dict seigneur Daure , abbé , sur la remoustrance qu'il fera à ses dicls religieux , à ces lias vers luy convoqués et assemblés, de l'emport et substraction du dict seel et de l'incommodité qu'ils en ressentent porra , du consentement de ses dicts religieux, ordonner que nouveau seel se fera pour le dict convent , conforme au premier, et pour s'en ayder et servir quand besoing sera, et de laquelle ordonnance sera faict acte , et suyvant ce, sera procédé à la confection du dict nouveau seel , sans qu'il soit besoing y apposer quelque différence au dict seel substraict et emporté , d'autant que et en toutes lettres et enseignements passé* par l'abbé , le nom de l'abbé y est exprimé , laquelle ordonnance se pourra coucher au registre de la dicte abbaye.

Délibéré à Arras le xiu* d'octobre xv c i.\xx.

Soubsigoé : Di*ois.

Joachin de Zoetle , malgré sa déconvenue , n'avait pas encore abandonné la partie; il vivait à Cambrai avec quelques religieux et amis qui lui étaient demeurés attachés et qui continuaient de lui rendre honneur et obéissance comme à un prélat légitime. Du reste il était parvenu à se remettre dans les bonnes grâces du roi , qui l'avait fait son aumônier Et , s'il faut en croire certains bruits qui ont couru alors, Joachin encouragé par les promesses du duc d'Alençon et soutenu par la faveur de puissants personnages , n'aurait plus borné son ambition h la prélature d'Anchin ; il n'aurait visé à rien moins qu'à la couronne ducale et à la mître archiépiscopale de Cambrai Mais , quels que fussent les projets ambitieux de Joachin, la mort, une mort funeste, vint les arrêter. Un habitant de Pecquencourt, tailleur d'habits , assez estimé dans son métier et familier

« M», du Père Ignace, Mén. du diocèse t.irrat, tom. iv. p. 740. ( BlUk*. do la ville d'Amis.) 1 Ma. de Fr. de Bar., p, 381 r*.

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