‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 225 sur 306 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

d'Aubigny, de Brunemont, les -villages de Bugnicourt, de Villcrs-au-Terlre et de Le Warde.

C'est sous l'impression de ces alarmes que les religieux d'Anchin vivaient dans le prieuré de St-Sulpice de Douai. L'abbé, avec son caractère soupçonneux et craintif , et ses habitudes de minutieuse parcimonie , s'exagérait encore les dangers léels de la situation , et prenait motif des circonstances et de la cherté des vivres , pour imposer à ses moines un régime plus sévère. Il en résultait des plaintes, des réclamations , des querelles continuelles , des désaccords entre les religieux et leurs supérieurs , et des mésintelligences parmi les différents officiers. C'était ce pauvre prieur Fr. de Bar, qui avait le plus à souffrir de la mauvaise humeur , des caprices et minuties de l'abbé, avec qui il avait de fréquentes altercations, a Je demandais souvent à Dieu , dit Fr. de Bar , qu'il me donnât patience pour supporter un tel état de choses. C'était tous les jours nouvelles tracasseries, même pour l'achat des légumes de la cuisine, du safran, etc., et pour la manière' de cuire les aliments ; toutes les choses qui appartenaient à l'office du prieur, l'abbé se les attribuait; il se faisait rendre minutieusement compte par les moindres four» nisseurs, etc.»

En Tan 1582, la féte de Noël avait été célébrée en France selon la prescription du nouveau calendrier, dit calendrier grégorien, au jour correspondant dans l'ancien cycle à la veille de la fêle de sainte Luce, c'est-à-dire au 12 décembre. Mais dans les églises de Flandre , à Anchin en particulier, le nouveau calendrier n'ayant pas encore été promulgué , les religieux célébrèrent à Douai la fête de Noël comme à l'accoutumé. Ce jour-là même , le 25 décembre 1582 (vieux style) , vers midi, les religieux étant à table comme lous les jours , voilà qu'un formidable coup de tonnerre parti de l'occident fait explosion , en même temps qu'un éclair éblouissant se réverbère sur tous les visages comme une grande flamme de feu. Incontinent des coups de tonnerre plus effroyables encore redoublent et déchirent l'air avec un fracas si épouvantable qu'il semble que la ville tout entière s'écroule; le réfectoire est secoué par un grand tremblement. Les moines frappés d'une immense terreur, blêmes, les cheveux dressés sur la tête , restent pendant quelque temps muets d'épouvante , comme si le jour du Seigneur était arrivé. Beaucoup se rappellent alors que , selon \e sentiment de certains docteurs, le Christ doit apparaître à la fin du monde au milieu des éclats de la foudre. Une nouvelle irruption d'éclairs et de tonnerre, partant encore de l'occident, se produit et est suivie d'une nouvelle secousse qui agite avec violence les vitres du réfectoire , et éclate avec un bruit semblable au fracas de rochers s'entrechoquent. Un certain citoyen , qui d'aventure se trouvait dans le jardin en ce moment , fut tellement effrayé par le seul bruit , qu'il tomba à terre comme foudroyé , et qu'il mourut quelques jours après. Cet orage , qui

dnra peu , se résolut en une pluie torrentielle , mêlée d'énormes grêlons. >

Rien n'a plus contribué à illustrer le pontificat de Grégoire xiu que la réformation du calendrier. Il s'y était glissé des erreurs si considérables que la fête de Pâques se serait trouvée insensiblement au solstice d'été, au lieu de demeurer entre la pleine june et le dernier quartier de la lune de mars qui suivent l'équinoxe du printemps , comme l'avait ordonné le concile de Nicée. Un retranchement de dix jours, dans le mois d'octobre 1582, replaça l'équinoxe du printemps au 21 mars de l'année suivante ; et par conséquent la fête de Pâques se retrouva à la même

ABBAYE D'ANCHW.

époque qu'au concile de NÎ2éc. Louis Litio, médecin calnbrois, Christophe Clavius et Pierre Chacon eurent la plus grande part à cette opération. La réforme du calendrier julien s'appelle nouveau style, ou calendrier grégorien, qui fut adopté successivement dans tous les états catholiques de l'Europe. 11 commença en France du 10 au 20 décembre 1582. Les protestants ne l'ont adopté que plus d'un siècle après

Le décret du souverain pontife qui prescrivait l'usage du nouveau calendrier ne fut porté en Belgique que le 1" février 1584. Cette bulle fut publiée dans la chapelle du prienré de St-Sulpice de Douai , par ordre de l'évéque d'Arras , à un chapitre présidé par l'abbé Warnior, la veille de la Purification de la Vierge. Après les homélies qu'on avait coutume de lire, la veille des fêtes solennelles, le chantre lit la lecture de l'ordonnance de Mgr l'évéque Matthieu Moullart , qui promulguait dans le diocèse d'Arras la bulle du souverain pontife. Voici cette ordonnance :

Matlheus Moullarlius, Doi et apoatolicn; sedis gratiâ episcopus alrebalensis, universis et singulis présentes litteras inspecturis, salutem in Domino.

Quùm Deo (cui cura sunt universœ) pîaeucrit su m mi pontilicis nostri Gregorii decimi tortii nunquam salis dignè laudati auimum movere ad calendarii antiqui correctionrm et emeodalionem et pernovum calendarium œquinoctium veruale, ad vigesimam primara diem mardi revocare et reducere, prout laiissimè constat bullâ per Suam Sanctitatem ad hoc editâ, mandato omnibus et 8ingu!is, ut illam eiequationem et praxim curent demandari cui mandato tanquàm fil ii obedieutix desiderantes prorsus obtemperarc, mandamus et omnibus singulis prœlalis abbalibus, archidiaconis , proposais et decauis , capitulis, canonicis , curatis , presbyteris et aliis personis ecclesiasticia ac religiosis cujuscumque sUiiùs et conditions, quin eliam universis Cbiïsti fidelibus diœcesis nostra atrebatensis , ut dicta? bulla: et correction! calendarii per illam piacscripUn satisfacientes continuato oflicio secundum prascriplum calendarii antiqui ut ad diem decimam mensis februarii pra^entis anci mille quingent. octuagesimi tertii (1583) in quam cadit dominica quinquagesimae secundum antiquum calendarium , transitus stalim liât ad diem vigesimam primam ejusdem mensis februarii , omissis ac redemptis e numéro dierum ejusdem mensis februarii decem diehus integris, inter decimum diem et vigesimum primum bujusmodi mensis februarii intercurrere solitis mutatâ lilterâ ejusdem dominica; quinquagesimae in B. et facta in vesperis ejusdem dotninicœ quinquagesimae memoriâ de sancto Valentino et octavarum saucti Vedasti et saucti Silvini , episcopi et confessons ferià 2. quaî cadit in vigesimam primam februarii, flet oflicium de octavà saucti Vedasti , vel ubipatronus. vel Valentinus, vel Silvinus, de patrono et in secundis vesperis fiel inlegruni oflicium de calhedrâ sancti Pétri, et commemoralio sanctœ Julianœ, virginis et martyris et de octavà s. Vedasti , feria vero tertia quœ computabilur 22 februarii , lietde catbedrâ s. Petrî , et de octav. s. Vedasti feria iiij. quœ computabilur 23 ejusdem mensis febr. liel oflicium de die cincrum et de octav. s. Vedasti. Vesperœ d. s. Mathia cum commemoratione feria;. feria V* quœ computabilur 24 febr. de s. Matbii apostolo , et deinceps liât oflicium et computus ut in calendario more sito : et quia res ejus momenti , ut nullo pacto debeat omilli vel negligi, ideircô mandamus insuper omnibus decanis sive archipresbyleris nostra diœcesis alrebalensis, ut quam citissimè singulis pastoribus , capitulis , monasteriis , religionibus , hospitalihus , piis domibus , scholis et aliis locis et personis quorum intererit suo districtui , prœdiccnt et de bujusmodi pradicatione et nostri bujus mandati per prafatos receptione, teslimonio signature? cujuslibet pastoris vel superioris aut locum ejus tenenlis firrnata ac comprobala, certiores nos faciant infra et in diem pradicti mensis februarii sub pœnâ suspensionis , ad minus ipso facto incurrentes. In quorum omnium tidem et testimonium, bas litteras per uostrum secretarium subscribi, et nostri sigilli appensione communiri jussimus.

Datum in palalio episcopali alrebatcnsi , anno Domini 1583, mensis februarii die 24. Suhscriptum per Dominum reverendissimum et signatum de Brlnb , cum sigillo cène rubra duplicaodœ pergamenc impendente.

» V' Blograph. ootTW. de Michnud, t 18 , p. 408.

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