CHAPITRE XXXI
Un peu auparavant , le dimanche 27 janvier, il s'était fait à Douai one procession générale à l'église des Franciscains; procession telle que depuis par-delà cent ans, il ne s'en était pas fait, disait-on, de pareille. Elle avait eu lieu pour célébrer 1 élection du frère gardien de ce couvent, P. François Pétrart , nommé provincial des Franciscains. Le lecteur de la même maison avait été élu second personnage , in secundam personam. En même temps on lit des prières pour la paix qui se traitait à Hall. Le père Dubus, provincial prédécesseur, prononça un discours.
On se rappelle que lors de la fondation du collège d'Anchin , il avait été promis aux pères Jésuites de réserver un terrain pour y bâtir leur église; ils avaient eux-mêmes choisi la place ; mais la mort de l'abbé Lentailleur et les événements qui avaient amené et suivi la fuite de l'abbé Warnier et l'expulsion des Jésuites avaient empêché d'entreprendre les travaux pour cette construction. Enfin les Pères , trouvant que le terrain qui leur avait été concédé et qu'ils avaient accepté ne convenait pas pour bâtir leur église , en demandèrent un autre. L'abbé Warnier, accédant à leurs vœux , leur abandonna tout celui qui s'étendait depuis la rue Paillerct , où était placé le portail de l'église , jusque vers le grand jardin ou verger du collège d'Anchin ; toutefois l'abbé de Daure , en se dessaisissant de ce nouveau terrain , se remit en possession de l'ancien et en proportion de ce qu'il leur cédait. 11 se réservait aussi pour la commodité des écoliers l'usage d'une porte en bas de cette église , du côté de son collège , et par où ils pussent entrer librement
Donc , à la sollicitation des Père6 de la société de Jésus , les anciennes lettres de la concession faite aux Pères d'un terrain pour bâtir une église furent abrogées ; et le i 1 juillet 1583 , de nouvelles furent dressées. Cet acte, revêtu du sceau et de la signature de l'abbé et du couvent , relate en détail les conditions de cette concession :
His i laque condilionibus reverendus abbas et conventus ex ipsis , patribus dat facultatem erigendi suum templum, ut dictum est, valvas incipiendo ad rmirum dicta? platcac et ducendo longiludinero usque ad aulrc patrum primum murum, qwe eorutn respicit curtem, iia quidem ut chori extremilas non excédât dictum murum aulœ; in eo autem spnlio , quud super est liberum eril eis conslruerc aliquod ftdificium quod tameo non excédât mur os nunc classium incœptarum , neque jdiud altius trigiota duobus pedibus érigent , ila ut cuJmeo non excédât 8ummitalem ostii secundi obstrusi inter duo interrupta collegii quaî spectant portant quà itur ad majorem aream collegii. Concessimus autem ultraclasse» pracdiclas pro latitudine templi adhuc decem pedes incipiendo à dielà plateà Pailleret usque ad dictam porta m domùs patrum , loti— dem quoque pedes usque ad exlrcu.ilalem templi versus eorum patrum aulam. Fundus autem per nos eis assignatus pro hoc lemplo , eamdem oaturam sorlielur quam habet domus patrum à nostris pra-decessoribus eisdem concessa , ila tamen ut in perpetuum scholastici nostri collegii et inroia; gaudeant beneficiis dicti ostii ac fenestras seu aperturœ in dicto muro, ut indè divinum audiaat ac spectenl oflicium. Integrum autem latus versus diclam plateam quod diclie patribus liitens assigualum fuerat ad uostruw jus redit et manet in codem statu quo totum collegium ubi degunt scholastici quod cœnobii aquicinctensis est de pleno jure et dispositione".
A l'époque des noncs d'août, le jour dédié, selon l'usage romain, à Notre-Dame des Neiges , Warnier de Daure , après en avoir reçu l'autorisation de Mgr l'évëque d'Arras, Matthieu Moullart, mit la première pierre aux foudations du temple du collège d'Anchin. Lecture ayant été faite de cette autorisation et du maudeinent
*» V- Hist. du eollég. de Douai, p. il. Recuull de mém. impr. n» 493 du catal. « M*, de Pr. de Bar, a' 771 du catal. p. J96, r*.
ABBAYE D'ANCIIIN.
qui accordait vingt-cinq jours d'indulgences, le révérend, revêtu des ornements pontificaux , c'est-à-dire de la mitre , de la chappe , de la dalmalique , etc. , procéda aux cérémonies, conformément au pontifical romain. Il mit à part une pierre portant ses insignes et sa devise gravés, et la bénit après y avoir fait quatre croix avec un couteau. D'autres pierres portaient les insignes de la ville de Douai et celles de M. le comte de Bucquoy, jeune étudiant ; mais ces pierres ne furent pas bénites. Après que le révérend eut placé la pierre gravée à ses armoiries et attributs, et qu'il l'eut cimentée sur le côté du maitre-autel , les échevins et M. de Bucquoy posèrent les leurs. Une croix de bois avait été plantée à l'endroit où devait être le grand autel , et c'est autour de cette croix que les formalités et cérémonies furent accomplies , si ce n'est que tout l'espace que devait occuper le temple fut consacré par l'eau lustrale , tandis que quelques pères avec des écoliers chantaient en musique des antiennes et des psaumes. Toutes les cérémonies étant terminées , l'abbé prit un vase d'argent couvert , dans lequel il avait déposé trois réaux d'or de la valeur chacun de cinq florins et deux stufers ou patars ; le vase lui-même valait plus que ces quinze llorins. Le premier échevin , M. Daux, offrit un billet par lequel il s'engageait envers les Pères à payer une somme de cent réaux d'or pour la construction de leur église. Le comte de Bucquoy mit dans le bassin une partie d'or de Portugal , de la valeur de trente-six florins. L'abbé avait fait faire cette quête , non pas dans la pensée de recueillir immédiatement une somme considérable , mais pour animer les autres personnes et les engager à contribuer à l'eeuvre par des dons , soit en argent , soit en bois de constructions et en matériaux , etc. Du reste les offrandes dès ce jour-là se montèrent à une somme élevée.
Les Pères de la Société invitèrent à dîner l'abbé et plusieurs des principaux assistants ; et la fête fut terminée par la représentation d'une petite comédie jouée par les écoliers. C'était un dialogue à sept personnages figurant les sept arts libéraux ; lesquels se réjouissaient dans l'espérance des heureux fruits que devait produire la nouvelle fondation. Ils engageaient les spectateurs à apporter leur offrande pour une si belle œuvre , et à venir en foule si considérable qu'on fût obligé de modérer les élans de leur générosité , comme il est dit dans l'ancien Testament qu'autrefois il fut défendu aux donateurs qui affluaient de toutes parts de donner plus que ne comportait une simple aumône. Les comédiens firent une description de la forme et de la construction du] temple nouveau , lequel devait être bâti h l'instar de l'église des Pères de la société de Jésus à Rome, et dont il n'y avait pas d'analogue en Belgique.
Rappelons que les premières pierres du collège d'Anchin avaient été posées par le révérend Lentailleur , de pieuse mémoire , et par les frères de l'abbaye , vers la rue Pailieret, sous les bâtiments des classes qui faisaient l'angle du collège, entre le midi et l'orient. Ce fut aussi l'abbé Lentailleur qui posa les premières pierres du prieuré de St-Sulpice; il avait été assisté dans cette cérémonie par les frères de l'abbaye les plus anciens , François d'Hours et Noël Flameng. Ces premières pierres avaient été placées dans les fondations de la cuisine conventuelle , non loin de l'escalier du dortoir.
A propos de ce prieuré de St-Sulpice, ajoutons que l'abbé Warnier de Daure y fit faire, en 1582, des travaux considérables, en vue de réaliser un plan ou projet que son prédécesseur avait conçu , et qui était de faire de ce prieuré comme un second monastère. Il voulait aggrandir les bâtiments et les approprier aux