‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 227 sur 306 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

usages de la congrégation , de façon qu'an besoin ce prieuré pût recevoir toute Ja communauté , et servir de refuge en cas d'événements ; on aurait construit un oratoire dans le prolongement entre l'église St-Albin et celle des templiers. Mais ce projet souffrit des difficultés et traîna en longueur sans pouvoir être effectué. Le prieuré de St-Sulpice , en effet , n'avait été érigé à Douai en remplacement de celui de Doulens qua titre de permutation et dans des conditions déterminées par des bulles du pape , conditions qui ne pouvaient être changées sans que l'on portât atteinte à l'institution du monastère d'Anchin, de l'église duquel le prieuré de St-Sulpice n'était qu'une dépendance. Toutefois, l'abbé fit faire à ce prieuré des travaux assez importants , afin de l'accommoder à son usage personnel ; ce qui donna lieu à des murmures de la part des religieux , envers lesquels le prélat se montrait fort parcimonieux , et qu'il indisposait par ses humeurs chagrines.

Il était rare que le révérend consultât le prieur et les anciens de l'ordre, avant de prendre quelque mesure ou de faire acte d'autorité , et le plus souvent sans motif et par caprice , il déplaçait tel ou tel d'un office qu'il remplissait bien pour y mettre un incapable. Néanmoins , il arriva que le prieur , s'étant aperçu d'infidélités commises par un certain frère , que l'abbé avait préposé à la garde de la sacristie, en toucha quelques mots en particulier au prélat. Celui-ci reçut assez mal le prieur, et différa de s'occuper de cette affaire jusqu'à ce qu'un jour, qu'il était de fort mauvaise humeur , à cause d'un différend qu'il avait avec le légat du pape, il s'aperçut lui-même des infidélités du sacristain. Il entra alors dans un accès de colère où il perdit toute dignité, et chassa le délinquant avec violence.

Tous les jours c'étaient de nouvelles difficultés, de nouveaux embarras dans le monastère. Les supérieurs et les inférieurs étaient dans un état permanent d'hostilité ; quoique , par un effet de la grâce de Dieu , ces inférieurs préférassent tout souffrir plutôt que de retomber dans les troubles et les révoltes qui avaient naguères désolé le monastère.

Dans le môme temps que les religieux d'Anchin étaient à Douai , le couvent de Mat-chiennes y était venu également se réfugier dans leur maison qui était auprès du collège de Marchiennes. Le prieur, Pierre Manare , qui administrait et dirigeait cette maison , reçut alors du roi , par l'entremise de l'official d'Arras , sa nomination comme abbé de Marchiennes. Les affiches ayant été mises , il fut nommé trois jours après, et élu le 6 avril 1584 selon les formes prescrites; et le 21 mai , à défaut de l'archidiacre d'Ostrevant , qui n'était pas partisan de la paix , quia non erat pacifiais, le pasteur de l'église St- Jacques de Douai, et doyen de chrétienté, fut délégué par l'évêque d'Arras pour procéder à l'installation du nouvel abbé. La cérémonie se fit sans pompe dans la chapelle du collège de Marchiennes; et le 22 mai à Arras l'évêque Matthieu Moullart conféra la bénédiction au candidat élu , qui fut présenté par ses deux parrains , le révérend Warnier de Daure et le prélat de Ccrccamp. Le nouvel abbé , béni et revêtu des insignes de sa dignité , étant revenu à Douai , fit célébrer dans le temple du collège de Marchiennes les obsèques de son prédécesseur, dom Arnould Gantois , mort depuis deux ans. Ces obsèques eurent lieu le 2 de juin ; ce fut l'abbé Warnier de Daure qui célébra le sacrifice de la messe , assisté de Pierre Manare même et de l'abbé d'Hénin , et en présence des frères, sœurs, neveux et autres parents du défunt, ainsi que d'une foule de nobles personnages les plus considérables de la ville de Douai , de tous les professeurs

de théologie et de droit, excepté un professeur de théologie et un de droit, qui s'abstinrent, parce que , arrivés récemment , ils n'avaient pas connu l'abbé défunt. Tous les frères de l'abbaye de Marchionnes étaient présents à la cérémonie, ainsi que le frère \isitcur de l'ordre des Jésuites , parent du prélat décédé , le doyen de l'église de Tournai et le recteur du collège d'Anchin , qui prononça , avant et après l'offertoire , un discours où il célébra les vertus du défunt.

Au mois d'août 1584, l'abbé Warnier, après en avoir été long-temps sollicité, conclut un arrangement avec les pères de la compagnie de Jésus Le Père visiteur, nommé Manare, envoyé de Rome dans ces provinces par le général de l'ordre , était venu avec le recteur et le père Maximilien , docteur, trouver l'abbé pendant qu'il était à Douai , au prieuré de St-Sulpice , pour obtenir une augmentation de la dotation. Dans une première requête verbale, ils avaient demandé que la somme fût portée à cinq mille florins par an. L'abbé , après y avoir long-temps réfléchi , avait fini par accorder, en vertu d'une convention particulière entre lui et les pères Jésuites, deux mille florins par an durant tout le temps qu'il vivrait, soit. en argent, soit en blé, soit en revenus de toute autre nature. Il faut se rappeler que, dans les premiers temps , les Jésuites s'étaient contentés d'une somme de mille florins sur le monastère, encore dans cette somme étaient compris les cinquante florins payables par les héritiers du seigneur Bouchault , ainsi que nous Pavons dit plus haut. Cet arrangement pris , l'abbé en fit confidence au prieur ; il n'aurait pas osé en parler devant les religieux , dans la crainte de soulever des mécontentements. Cependant , par la suite , ce même père Manart , frère de l'abbé de Marchiennes, ne s'en fiant pas à la simple promesse du révérend Warnier, crut devoir recourir à une entremise puissante , et il présenta une supplique au duc de Parme , gouverneur des Pays-Bas , qui écrivit à l'abbé d'Anchin pour l'engager a répondre, envers les pères de la compagnie de Jésus, aux intentions et aux vues libérales de son prédécesseur l'abbé Lentailleur. L'abbé Warnier, sentant bien que , dans cette circonstance et pour faire une réponse au duc de Parme , il ne pouvait de lui seul prendre un parti , demanda conseil au prieur ; ce qu'il fit , à regret cependant.

Le 14 octobre de cette même année 1584, il se tint à Arras un synode diocésain , auquel assistèrent tous les prélats de cette province , ainsi que toutes les abbesses , soit par elles-mêmes , soit par mandataires. Tous les pasteurs nommes ou curés, les chanoines élus et les chanoines nommés de ces provinces soumis au souverain pontife vinrent aussi à ce synode , non pas comme sujets de l'évêque , mais pour veiller à ce qu'il n'y fût rien proposé ou décidé contre leurs droits. Ce synode prit fin le 20 du même mois. Le dimanche 14, une procession avait eu lieu ; l'abbé d'Hasnon étant malade , c'était l'abbé d'Anchin , Warnier de Daurc , qui avait rang immédiatement après l'évêque; venaient ensuite les abbés de Sl- Eloy de Marchiennes, d'Hcsnin , d'Haucourl. Les abbés do Sl-Vaast, et de St- Bertin n'étant pas soumis à la juridiction de l'évêque, n'y avaient pas assisté. Cependant , l'abbé de St-Vaast ayant été averti que dans le cas où il ne pût assister, il se fit représenter, avait envoyé le prieur de son couvent avec quelques-uns de ses moines. Ceux-ci prétendirent que , d'après l'ancien institut , le prieur de St-Vaast devait avoir le pas sur tous les abbés, ou au moins venir après l'abbé de Marchiennes. L'évoque posa la question au conseil des abbés et dans tout le synode ;

" V» Hlit. du collège d'Anchin . In-folio, p. «3, U . IV, el le Hs. de F. de Bar, p. 403 et *uJt.

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