CHAPITRE XXXI
il ne se trouva personne pour appuyer les prétentions du prieur de St-Vaast. L'évêque Moullart , d'ailleurs , avait averti à l'avance ce prieur que cela ne s'étant fait dans aucun des synodes précédents , il ne convenait pas que cela se fit maintenant. 11 avait donc été décidé que le prieur de St-Vaast n'aurait rang qu'après tous les abbés. Ce que ne voulant pas souffrir, l'abbé de St-Vaast défendit à son prieur et à ses moines d'assister à la procession , et il envoya un certain curé de sou diocèse pour protester contre la délibération ; mais le négociateur ne fut pas écouté , parce qu'il n'avait pas une procuration suffisante. L'on passa outre. Dans ce synode , il fut pris diverses décisions, surtout concernant la réforme des pasteurs, selon les prescriptions des conciles de Trente et de Cambrai et du dernier synode d'Arras.
Vers cette époque, ou dans les commencements de l'année 1585, le docteur Richard Hall , anglais d'origine , publia son petit livre : De proprietate et vestiario monachorumu . Ijï docteur Richard Hall, étant chanoine de Sl-Géry de Cambrai, avait été forcé par les malheurs des temps de donner des leçons au collège de Marchiennes , où il avait passé plusieurs années, lors delà prélat tire d'Arnould Gantois; il expliquait le livre de Pierre Lombard , le maître des sentences. Après la mort d'Arnould , ne se trouvant plus d'accord avec le nouvel abbé ni avec les religieux de Marchiennes, qui ne pouvaient s'accommoder des principes rigoureux de sa piété et des exigences de son zèle ardent pour la perfection de la vie monastique , il vint au collège d'Anchin , où il fut employé comme lecteur par le révérend Warnier. Dans des leçons qu'il donnait le samedi après vêpres , il exposait les cas de conscience et faisait de mémoire les commentaires. Les dimanches et jours de fêtes , il donnait des conférences en français.
L'abbé Warnier s'autorisa du livre du docteur Hall , avec qui il avait de fréquents entretiens, pour remettre en vigueur d'anciennes pratiques et d'anciens règlements tombés en désuétude, et pour établir de nouvelles prescriptions d'une minutie extrême et d'une sévérité exagérée ; ce qui causa de grands mécontentements dans le monastère et donna lieu à des conflits fâcheux. Le docteur Hall , fort savint d'ailleurs et bien intentionné , n'avait pas eu égard aux modifications que les temps, les coutumes et les situations avaient dû apporter dans la vie et la discipline des cloîtres; et beaucoup des préceptes de son livre, qui en principe étaient excellents, étaient devenus impraticables et même contraires à l'institution et aux décisions sanctionnées par les papes et les pères de l'ordre; c'est ce que le prieur François de Bar démontra dans un livre écrit en réfutation de celui dn docteur Hall. Ce livre de François de Bar, qui n'a pas été imprimé, est perdu; du moins nous ne l'avons pas retrouvé.
Nous avons dit comment François d'Hours , un des fauteurs de Zoette , après avoir aspiré au siège d'Anchin , était parvenu à celui de Fémy. Le légitime abbé était encore vivant; et d'Hours, bien qu'il eût été élu par les religieux de ce monastère et qu'il eût été installé, se trouvait cependant toujours dans une situation irrégulière et incertaine. Malgré ses instantes sollicitations et les lettres les plus respectueuses et les plus pressantes, il ne pouvait obtenir ni de se faire confirmer par l'archevêque de Cambrai , sous l'autorité épiscopale duquel était l'abbaye de Fémy, ni être dégagé de l'obédience de l'abbé Warnier , à moins qu'il n'eût donné satisfaction à son compétiteur , et qu'il ne se présentât avec lui.
" Doaei, Joan. Bogard. l&U. w-lî. Ce livre curieux ett »»gnalé dam le t. Il, p. 134 , des Mém. littéraire* de Paquol, qui a mi» celle noie : , Quelque» personnel furent choquée» de ce traité.
Quant à Noël Fruy qui était resté attaché au parti des conspirateurs, même après la mort de Joachin Zoette , il avait vécu auprès de son frère l'abbé de SU- Sépulchre de Cambrai; l'un et l'autre plus amis du verre que de l'épargne et de l'abstinence : uterque amantior poculi quâm jmrcilalis et absthicntiœ. Après qu'il eut épuisé l'argent qu'il avait retiré de la vente des vases et objets précieux appartenant à l'abbaye d'Anchin , des livres et missels garnis de soie , d'or et d'argent, des habit» et ornements sacrés, etc., à bout de ressources, et pressé par le besoin , comme le loup que la faim chasse hors du bois , tanquam lupus è sylvis , il revint à la maison au mois d'avril 1 585. Il fut mis en réclusion pour y faire pénitence dans une chambre disposée à cet effet et où il fut traité avec ménagement. On voulait l'amener à faire des aveux et à donner des indications sur ce qu'étaient devenus les objets qu'il avait dissipés , afin de parvenir à les retrouver ou à les récupérer soit par prières , soit en en payant la valeur aux détenteurs ; mais, dit le chroniqueur, que pouvait-on espérer de cet enfant prodigue, qui satisfait de se remplir la panse [ventrem pasecre conlcntus) , promettait tout ce qu'on voulait , et faisait toutes les protestations de résipiscence qu'on pouvait désirer ?
Voici une lettre que le reclus écrivait d'Anchin au prieur le 25 avril 1585 :
Monseigneur le prieur,
Je ne sçauroy suffisamment regracier ce bon Dien de ce bénéfice tant singulier, lequel luy a pleut me conférer ces jours passés ; c'est de m'avoir en la lin donné la grâce et présenté les moyens propices d'effectuer ce que de long-temps j'uvoye conçeu et désiré : assavoir de avecq un bon cœur, retourner à Douay pour me réunir et rejoindre avecq mon vray et légitime prélat et pasteur, monseigneur d'Anchin notre prélat, et avecq tous mes bons supérieurs et confrères. Ce que j'eusse faict passé trois ans ( comme sçait ce bon Dieu mesme ) sans estre détourné par le conseil de plusieurs , pour la conservation des biens de la maison , et aultres raysons, desquelles j'ay faict souvent déclarer à mon dicl seigneur et à mes confrères, dont voyant en la fin et entendant entièrement que Ton n'avait esgard. ny aux biens temporels, ny à aultres allégations, sans dilation je suis retourné. Maintenant après avoir, avecq un cœur contrit et humilié, cryé mercy à ce Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, père de toute miséricorde et Dieu de toute consolation. Ensemble à notre seigneur notre preslat et i tous mes bons supérieurs et bons confrères , ce que j'ay faict absent en la présence de monsieur le soupprieur, et fais icy par lettre* et feray Dieu aydanl personnellement avecq opportunité. Il reste ( mi deincept recogitem Domino Deo omnes annos nuot in amaritudine animœ meœ ) , ce que nonobstant je tache de faire au mieux qu'il m'est possible. Toutefois, je seroye en plus grand repos de conscience et plus asseuré contre tous accidenta quy peuvent survenir , sy j'avoye deschergé tout au net le fardeau de ma conscience devant quelque bon père de la société de Jésus , laissant mon corps entre les mains de mon bon père et supérieur, pour en faire selon sa prudente disposition et discrétion , moyennant que mon âme ne périsse point; recommandant nêantmoings toujours la miséricorde. Et ce désir de me décherger, Monsieur, touchant le faict de ma conscience est de tant plus ardant en moy, de quant désormais je me retrouve environné de plusieurs accidents , car je suis extrêmement abondant en defluxions par dehors et par dedens, de là j'ay la feche, jambes et petit ventre du tout tendant à hidropisie , et puis à rérérence parler, sortent continuellement par bas sang et humeurs hémoroidaulx, me causent grande débilité d'estomach et de corps; or, combien que la nécessité soit telle de mon costé pour ne point estre surprins et accablé des dicta accidents : toutefois je n'en ay voulu toucher en rien à monseigneur notre preslat , sans premièrement vous avoir déclaré mon petit cas , comme à cestuy que tenez le premier lieu et estes mon bon père après luy, parquoy monseigneur, s'il vous semble que ma demande ne sera mal venue , vous supplie la proposer i raondict seigneur, et m'en escrire quelque petit mot , et selon ce , je me pourray préparer ; synon le bon plaisir de Dieu et