‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 229 sur 306 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

de mon supérieur soit faict. Quy sera l'endroict où ferai fin , pryant à ce bon Dieu , monsieur, avec longue et heureuse vie, tous donner accroissement de ses grâces sainctes, suppliant d'estre recommandé aux sainctes prières et oraisons de vous et de tous mes confrères. De nostre monastère St-Sauveur d'Anchin , ce pénultiesmc en avril 1588.

Votre humble serviteur et confrère , D. Noè*I Friy.

La stucripthn portail : .^monseigneur monseigneur le grand prieur d'Anchin , demeurant au prieuré du dicl Anchin en Douay.

Après avoir lu cette lettre , le prieur fit part au révérend des dispositions d'esprit de Noël Fniy et du désir qu'il manifestait. L'abbé envoya le prieur lui-même pour entendre la confession du pénitent. Lorsque Fruy eut obtenu l'absolution , on lui prescrivit de demeurer à Anchin pour certains motifs. En eflet, il était à craindre que son séjour à Douai ne rouvrît d'anciennes blessures. Quoiqu'il en fût, il recevait fréquemment des lettres de consolation de ses frères de Douai , auxquelles il lui était permis de répondre. Nous citerons une des lettres par lesquelles Noël Fruy répondit à dom Gérard; elle est du 21 juin 1585:

Monsieur mon très-cher confrère ,

Il a plu i ce bon Dieu , par sa bonté inunie et grâce très-spécialle , me desbander et ouvrir les yeux spirituels de mon âme et me faire veoir tout clairement en quel estât j'estoye , combien j'avoye griesvement et lourdement offensé sa majesté divine , tant en plusieurs autres endroicts, comme signamment par avoir résisté à son ordonnance en rejectant cetuy lequel nous avoit esté envoyé de Dieu et esleu canoniquement et receu par nous tous, et ce je ne sais par quelle persuasion et aveuglissement Moy... (mot que je n'ai pu lire) duquel le faict est d'aultant plus pesant et aggrave de quant pour l'exercice et annuncialion de la parolle de Dieu , et audition des confessions , je debvoye donner exemple k tous mes confrères du coutraire. Quy est cause que le tout bien considéré et par le menu examiné , et joinct la grande familiarité de laquelle j'avois toujours usé avecq notre bon presJat et pasteur. Je me suis merveilleusement rougy , despité et détesté d'avoir tombé en tel désordre et absurdité. 0 combien j'en ay pleuré, combien je m'en suis lamenté et feray tous les jours de ma vie. Combien de fois je me suis estimé du tout indigne que la terre me soustint. Neantmoins entre toutes ces considérations, lesquelles me pouvoient entièrement décourager et faire tomber en désespoir, j'ay eu esgard i la miséricorde de notre Dieu , surpassante la grandeur de nos faultes , ensemble à la bonté et clémence naturelle de mon dict seigneur notre preslat , et suis retourné aultant volenliere comme j'ay jamais beu traict de vin , sans me soussier aulcunement quelle punition ou quant longue je debvroye endurer. Mais remectant le tout en la main de Dieu et en la discrétion et bon plaisir de notre bon supérieur, lequel certainement s'est montré jusques à présent infiniment et incomparablement trop bon et trop clément envers moy au regard des offences tant grandes et ionumérables commises à rencontre de sa paternité et révérence , dont je serais trop mal apprins de point prendre en patience la punition et traitement qu'il plaict à mon dict seigneur m'ordonner.

A la mienne volonté , moosieur mon confrère , que j'eusse le corps aultant robuste comme j'ay le passé; je vous asseure que voudroye endurer tout aultre chose pour contenter mon Dieu , mon supérieur, tous mes confrères et tous gens de bien. Or, encore que pour le présent je soye aussy persuadé et affectionné avecq une volonté très-prompte , Dieu aydant , de toujours reconnaître ma faulte , de me humilier jusques au pied baiser de mes supérieurs , voire devant le moindre de tous mes confrères , et aussy de me maintenir tousjours coyement et modestement. Toutefois, monsieur mon confrère, votre admonition vrayement sincère et fraternelle, n'est venu mal-à-propos, mais m'a servy d'un esperon pour me faire proufiicter, et d'une conserve et drogue spirituelle pour m'enlretenir au bon propos qu'il à pieu à Dieu m'envoyer, vous remerchiant de l'affection tant cordiale laquelle vous m'avez toujours portée

et portez encore, principalement en ce qui touche mon salut. Quant au conseil que me donnez de me toujours accoincter et user du bon avis de notre seigneur et confrère monsieur le roaitre d'hostel , je me garderay bien de faire aultremenl et de commectre chose , laquelle luy pust desplaire, car je l'ay tousjours congnueu et congnois homme de bien, bon religieux et bien gardant ses vœux et grand zélateur du salut de mon âme , en quoy il travaille fort ardamment. Je me sens grandement obligé à prier Dieu pour luy , selon ma petite possibilité. Touchant de retourner à Douai ou de mourir icy, je laisse le tout en la discrétion de mon seigneur notre preslat , il fera son bon plaisir deajnoy estant prest , moyennant la grâce de Dieu , de garder ma stabilité , conversion de mes mœurs et obédience partout où il trouvera meilleur pour le salut de mon âme. Quy sera J'endroict où je finerayceste, suppliant à ce bon Dieu vous maintenir en sa saincte grâce, pryant d'estre recommandé à celle de tous mes bons seigneurs et confrères, sans oublyer leurs sainctes prières et oraisons.

De notre monastère de St-Saulveur d*Anchin, ce xxi'de juing 1585.

J'espère que le changement advenu à VLtre endroict ne sera de longue durée , mais que après les ténèbres ce bon Dieu vous donnera la lumière de sa consolation.

Si quelqu'un de mes confrères avoit un fusil (briquet) bien monté et seur, il me ferait trèsgrand plaisir de me le prester pour quel que temps , à cause que pour quclqu'accident dangereux il me fault ordinairement lever à mynuict.

Votre petit serviteur et humble confrère, D. Noël Frut.

Au dos de cette lettre ett cette inscription : A monsieur mon confrère dampt Gérard Gaulthier, demeurant au prieuré d'Anchin, dict SuSulpice en Douay.

Sans doute on pouvait croire à la sincérité des sentiments du pénitent; et il y avait lieu de se réjouir de ce retour à bien, quoique tardif. Toutefois, il était permis aussi de penser que ces sentiments et ces bonnes dispositions étaient dus à l'état de maladie et de détresse où Noël Fruy s'était trouvé réduit, et qui l'avaient contraint à implorer la pitié de ses frères et à se mettre à la merci de l'abbé Warnier. Le malheureux était venu de Cambrai à Douai , comme Job , pieds nus , en haillons , sans linge , sans habits , dénué de tout.

Dans toutes les lettres qu'il écrivait au prieur ou à ses confrères , il y avait toujours quelque demande soit de meubles, soit d'ustensiles ou de quelqu'un de ces objets indispensables dans la moindre cellule et dont il était dépourvu. Dans une de ces lettres , il supplie le prieur de lui envoyer divers livres qu'il désigne , et de faire faire les démarches pour retrouver ceux de ces livres qui appartenaient à la librairie du couvent et qu'il a perdus ou dispersés :

Je vous supplie ensamble qu'il vous playse d'un même pied , que je soye assisté des choses mentionnées en mon billet comme du tout nécessaire , moienoant aussy les livres spécifiés et au I très quy se pourraient recouvrer si comme : Opéra Buperti, Benediclum, Ariam, Montanum: duquel je usoy, In Malachiam prophetam, Magistrum sentent iarum , Summam ange- Hcam , Summulam C. cum lenticulis veterit et Novi Tettamenti, Phrases scripturœ. De arte interpretandi scripturas , Flores omnium doctorum , Flores Bibliœ. Lequel bénéfice je mettray avec tant d'aultres in Unis , et prieray à ce bon Dieu vous donner etc. i\e de septembre 1585.

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