CHAPITRE XXXII
sommai ne. — Trêve de Cambrai (1585). — Décret de l'évèque, prescrivant aux religieux et religieuses de rentrer dans leuri couvents. — Les abbés d'Anchin et de Marchiennea obtiennent un délai. — Arrivée à Douai du nonce apostolique, évéque de Vcrceil Janvier 1586).- Réception faite au nonce. — Départ du nonce. - 11 va à Arras.
— parcourt la Flandre. — Refus de M. de Balagny de recevoir le nonce a Cambrai . — Visite à St-Omer. — Lettre du docteur Hall. — Restitutions aux monastères — Gène financière de l'abbaye d'Anchin.— Retour des religieux dans la maison d'Anchin , le 4 mars 1585. — Le nonce apostolique revient à Douai. — Il va à Anchin. — Cérémonies de réception. — Piété du nonce-légat; — son départ. — Chapitre présidé par l'abbé. — Mécontentement des moines. — Changeaient de destination de plusieurs chapelles. — Visite du nouvel évéque d'Arras.
— Promulgation de statuts (septembre 1586. — Synode de Mons. — Statuts pour le prieuré de Si-Georges. — Statuts pour le prieuré d'Aymerics. — Inventaire de la trésorerie. — Objets perdus. — Détails sur les reliques. — Dom Sébastien Franeon plaide pour obtenir le prieuré dUamage. — Procurateurs et conseillers de l'abbaye. — Irrégularités dans les cérémonies du culte ; — lettre à ce sujet , du prieur à l'abbé. — Dissentiments entre le prieur et le sous-prieur. — Fr. de Dar dédie à l'abbé Warnier son livre : Vita Gosuini. — Permutation de la chapelle de Templeuve. — Adoption du Bréviaire. — Droits du comptoir. — Prix des denrées. — L'abbé attire à lui toutes les affaires du couvent. — Désaffection des religieux envers le prélat. — Disputes entre les théologiens d'Anchin et les Pères Jésuites. — Délivrance d'une femme par le secours de l'anneau de la Vierge. — Projet de convertir le prieuré de St-Sulplce en maison de refuge. — Litanies ajoutées aux prières ordinaires.— Débats avec l'Université, pour le collège. — Bénédiction et consécration de l'église du collège par l'évèque d'Arras (septembre 1591). — Réjouissances ; représentation d'une comédie. — Bénédiction des cloches. — Plaintes des religieux contre l'abbé. - Supplique des moines à l'évèque d'Arras. - Pr. de Bar dédie un de ses ouvrages fBlectio et pesta Warntrii) à Jean Faveau , prieur de St-George*. — Mort de Fr. de Bar ( 1606). — Jean Fa veau, coadjuteur de Warnler de Daure , en 1610.
La nouvelle trêve de Cambrai pour trois ans ayant été publiée à Douai le 20 décembre 1585, le R"* d'Arras envoya, le 1" janvier 1586, à tous les prélats de son diocèse soumis à sa juridiction épiscopale, le décret de son synode qui ordonnait à tous les abbés et abbesses , prieurs et prieures , de rentrer au lieu de leur profession. Le jour même de l'Epiphanie , le prieur d'Anchin présenta au révérend Warnier ce décret, par lequel l'évèque menaçait de sévir, par voie de droit et de justice , contre ceux des prélats qui n'obéiraient pas ou qui ne seraient pas rentrés dans leur monastère avant le 25 de ce même mois de janvier. Ce décret annonçait en outre que Mgr allait faire une visite dans chaque monastère , aux fins de s'assurer qu'aux termes de la décision du concile de Trente , on se conformait aux prescriptions de l'observance et qu'on satisfaisait aux intentions des fondateurs. Ce décret était signé de la main du secrétaire De Bruine, par mandement du R™ d'Arras; et le sceau de Mgr était apposé sur un papier appliqué sur la cire.
Néanmoins, le prieur de Marchiennes fut envoyé par son abbé vers Mgr l'évèque pour obtenir un délai , par le motif que les bâtiments du couvent ayant beaucoup
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souffert , et quelques-uns même étant écroulés , ils n'étaient pas habitables , et qu'il n'était pas possible, à l'époque de la saison où Ton était, de faire les réparations nécessaires. Les moines de Marchiennes différèrent donc leur retour et demeurèrent encore un certain temps à Douai. Ils étaient logés dans le collège des Juristes, voisin du collège de Marcbiennes, et ils y vivaient à leurs propres frais. C'était leur prieur qui réglait la dépense ; il rendait compte tous les mois de la pension annuelle , laquelle était sur le pied de douze cents florins, tant pour la nourriture que pour l'habillement. Vers le milieu du carême , l'abbé ajouta le froment et le» bois. On a pensé que le révérend d'Anchin avait envoyé vers l'évêque pour le même motif quelqu'un de ses religieux ; mais on n'a pas su précisément quel avait été le résultat de cette démarche; toujours est-il, ainsi que nous le verrons, que le couvent rentra à Anchin le 4 mars 1586.
Le 1 1 janvier 1 586 , Jean-François Bonomio , évêque-comte de Verceil , nonce des souverains pontifes Grégoire xm et Sixte-Quint , arrivait à Douai en qualité de légat à latere. Le clergé de toutes les paroisses de la ville , les facultés de l'université , le corps du magistrat et tous les personnages les plus considérables de la ville vinrent au-devant de lui ; on l'attendit d'abord à la porte Notre-Dame depuis trois heures et demie jusqu'à quatre heures ; et comme il n'arrivait pas , bon nombre s'en allèrent. Les Franciscains se retirèrent dans leur église pour chanter compiles ; et après cet office ils revinrent et allèrent avec ceux qui attendaient près de la porte St-Eloi. Le nonce arriva en effet par cette porte vers six heures du soir. L'illustrissime descendit de voiture pour entendre les compliments et les discours que lui adressa le clergé, ainsi que les harangues que prononcèrent le recteur magnifique , au nom de l'université , et le chef des six hommes au nom de l'échcvinage de la ville. Le nonce fut ensuite conduit en cérémonie à l'église de St-Pierre entre le recteur à sa gauche et le révérend abbé d'Anchin Warnier de Daure à sa droite. A ce propos, disons que la question d'étiquette avait été discutée à l'avance dans le conseil de l'université; et bien qu'autrefois Jean de Tolède, envoyé comme nonce à Louvain pour condamner les erreurs du docteur Michel Bay et de quelques autres , eût été conduit à la gauche du recteur, il fut décidé que le nonce comte de Verceil , ayant qualité de légat , le recteur lui devait donner la droite; ce qui eut lieu en effet, et le nonce marcha, ainsi que nous l'avons dit, entre le recteur magnifique et le révérend abbé d'Anchin. Les quatre bedeaux portaient leurs masses abaissées jusqu'à ce qu'il plût au légat de leur dire de les relever; le recteur l'en avertit, mais comme il ne dit rien , les masses restèrent constamment baissées. Lorsque l'illustrissime prélat fut arrivé à l'église de St-Pierre, les chanoines entonnèrent l'antienne à la louange de St Pierre; et le nonce chanta lui-même les collectes. Ensuite , des indulgences de cent cinquante ou trois cents jours furent promulguées en faveur de ceux qui étaient présents. Et après avoir donné la bénédiction solennelle , le nonce sortit accompagné d'une foule immense. Le prélat était obligé en marchant de s'appuyer sur » les épaules de ses domestiques ; car il était extrêmement débile , et la neige qui n'avait cessé de tomber jusqu'à ce qu'il fût arrivé à la maison de Marchiennes avait rempli les rues. Le lendemain il alla à l'église St-Amé, et après avoir célébré la grand'messe au maitre-autel , il revint accompagné du révérend d'Anchin à sa droite et l'abbé de Marchiennes à sa gauche. Il retint auprès de lui à ses frais, dam l'hôtel où il était logé, l'abbé d'Anchin et celui de Marchiennes.