‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 23 sur 306 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

» doivent être frappés d'interdiction. Est-ce que la miséricorde, qui , par une foule » de considérations , peut , pour la même faute , être acccordée aux uns et refusée » aux autres, ne pourrait pas, par ma sentence, être accordée à celui à qui elle » devrait être refusée, ou refusée à celui à qui elle aurait pu être accordée? » Ces cas ne se peuvent juger sûrement que lorsque le crime public ou caché est » spécifié et défini , et que la personne est connue. Or, vous me priez de vous » répondre dans les étroites limites d'une lettre sur des affaires ecclésiastiques : je » n'ai ni le temps ni la possibilité de satisfaire à votre demande, et je ue pense » pas que cela se puisse faire brièvement. Je ne vous conseille pas de faire moines » des excommuniés , à moins qu'un évéque n'ait envoyé au préalable son absolution.

» Salut. »

Du reste , Gclduin , la septième année de son administration , cédant au désir qu'il avait de se livrer tout entier à l'étude et à la méditation, dit adieu à la dignité abbatiale, aux honneurs et au fardeau des choses temporelles, et s'en alla chercher un repos solitaire chez les moines de St-Bertin. Etant là , il fut encore sollicité de reprendre la charge d'abbé d'Anchin ; mais il ne voulut plus céder , et il passa en Angleterre , et , par les conseils et appui de son illustre ami saint Anselme , il se retira dans le prieuré de St-Magulphe ou Machut , situé dans le pays de Galles , et qui dépendait de l'abbaye d'Anchin. 11 y mena une vie solitaire et angélique, qui fut couronnée par une sainte mort, en l'an 1123. La chronique manuscrite de Sigebert rapporte , que lorsqu'il eut rendu le dernier soupir et pendant qu'on procédait à l'ablution du corps mort , ainsi que cela se pratiquait , la lampe s'alluma miraculeusement d'elle-même. Cet indice ayant témoigné de la sainteté du personnage, les ossements de Gelduin furent par suite rapportés à Anchin; réunis dans un sachet , ils ont été déposés honorablement à la chapelle de St— Michel , avec les restes d'autres saints abbés , dans une boite fermée. Ces reliques se voyaient encore au temps de François de Bar.

Des historiens ont donné à la retraite de Gelduin et à son départ pour l'Angleterre, des motifs qui ne paraissent pas fondés; ainsi Ferry de Locres 1 dit que Golduin ou Gelduin, abbé d'Anchin, qui de sa propre volonté avait abdiqué la prélature et s'était retiré comme simple moine à St-Bertin , apprenant que Pontius , abbé de Cluny, venait à St-Omer avec un cortège de cent hommes et de mules pour faire confirmer ses droits et ceux de ses successeurs par Lambert, abbé de St-Bertin , en avait été tellement indigné , qu'il s'en était allé en Angleterre pour ne pas voir cela. Yperius, au contraire, dit que Gelduin, ancien abbé d'Anchin , n'ayant pu réussir à ce que Pontius, abbé de Cluny, vint à St-Bertin , était parti pour l'Angleterre , où il était mort peu de temps après.

Toujours est-il que la retraite de Gelduin fut fâcheuse pour l'abbaye d'Anchin : des germes de troubles et d'insubordination no tardèrent pas à se développer ; et les plus prévoyants des frères, ainsi que Lambert, abbé de St-Bertin, dans l'intérêt du monastère d'Anchin, avaient insisté beaucoup auprès de Gelduin pour le déterminer à reprendre la crosse. Gelduin , persistant dans sa détermination , avait été obligé d'alléguer le mauvais état de sa santé et ses infirmités pour obtenir d'être exempté de cette charge , ainsi qu'on le peut voir par la lettre qu'il écrivit

» F. Locr.i Chronic. Dclg. p. 2C9.

à ce sujet à l'évêque d'Arras • , et ce fait se trouve encore confirmé par une autre lettre conventuelle adressée au même évèquc \

Or, les démîirchcs faites auprès de Gelduin pour le décider à accepter de nouveau le gouvernement de l'abbaye, ayant été impuissantes, force avait été de procéder à l'élection d'un nouveau prélat. Le choix était tombé sur un certain moine de l'abbaye de St-Bcrtin , du nom de Robert, natif de Normandie ; il fut nommé en 1 1 10.

Soit que cette élection n'eût pas été toul-à-fait régulière , sait par d'autres motifs, dont on n'est pas certain (incerlum quà ralione*), Robert, dans l'année qui suivit son élection , fut obligé de résigner la prélature.

11 paraîtrait néanmoins que les choses en étaient venues à ce point que les séculiers s'en étaient mêlés , et que l'abbaye était menacée dans la possession de ses biens temporels. Voici ce que dit Fr. de Bar à ce propos : « Un certain Robert , originaire de Normandie, et moine de St-Bertin , réussit à se faire élire, par je ne sais quels moyens, abbé d'Anchin, en l'an du salut 1110; mais Tannée suivante ayant à souffrir les reproches de séculiers, qui l'accusaient de s'être emparé de la dignité abbatiale contre le vœu des frères dissidents, il aima mieux céder, afin que sa présence ne fût plus une cause de dissensions dans le monastère, et afin d'épargner à l'abbaye les dommages dont elle était menacée , les séculiers voulaient reprendre les donations faites par leurs parents. » Yperius va plus loin : il dit que les moines d'Anchin en étaient venus à un degré d'irritation tel , qu'ils déposèrent leur abbé en le chassant : ut suum abbatem expellcntes deponerent *.

Dans sa très-concise chronique, Sigebert parle avec beaucoup de circonspection de l'abbé Robert et de son élection , laquelle , à en juger par la retenue même du chroniqueur , se serait faite par des moyens honteux ou non avouables. 11 ne veut pas la raconter, dans la crainte que ses paroles n'offensent quelqu'un : cui ( Gelduino) siicccssit in curà pastorali Robertis , ejusdem cœnobii Monachus , qui qualiter eleetns fueril, supersedeo narrare , ne quemlibet ojfendat sermo narralionis meœ ,0. Au reste, il attribue la retraite de cet abbé aux motifs que Fr. de Bar a donnés, évidemment d'après cette même chronique du moine de Gemblours

Cependant plusieurs historiens font un bel éloge de l'abbé Robert ; ils en prient comme d'un homme fort versé dans les lettres et d'une piété exemplaire. Il paraît aussi que Robert , avant de céder à l'orage , avait essayé de le conjurer. Il avait eu recours à l'évêque Odon, qui occupait alors le siège épiscopal de Cambrai. Il en avait obtenu une charte confirmatoire d'un grand nombre de donations faites, et de bénéfices accordés antérieurement à l'abbaye d'Anchin. Bien que cet acte, date de mcxi, soit dans des- termes généraux et assez timides, on voit, par le préambule , espèce d'exposé des motifs, que l'évêque Odon est dans des dispositions favorables au malheureux abbé, et qu'il le protège autant qu'il le peut ou qu'il l'ose , contre l'injustice de ses ennemis.

Voici , avec la traduction que nous en avons essayée , le texte exact de cette pièce intéressante , dont l'original , provenant de l'abbaye d'Anchin , et existant actuellement au dépôt des Archives générales du département du Nord , à Lille , nous a été communiqué par M. le D' Le Glay :

Au nom de la sainte et indivisible Trinité. In nomine sancla? et individu Trinitatis. Odon, par la grâce de Dieu évîque de Cambrai, Odo , Dei gratia Cameracensis episcopus, uni-

• N* 1 12 du Recueil des Lettres de Lambert, évéq. d Arras. * Ibid. : n" 114. » F. de Bar , Ms. cité , p. IS7 T-. » Vide : Gallia Christ, t. 3. p. 411. >» Sigtb. Juctar. Jquic. •» Vid. lbld.

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