CHAPITRE XXXII
Après vêpres, il se rendit à la chapelle des Pères de la société de Jésus; puis il visita le collège de Marchicnncs, toujours accompagné des deux mêmes abbés. 11 avait coutume, en marchant, de donner la bénédiction de côté et d'autre à tous ceux qui l'entouraient ; et une foule considérable se pressait constamment sur son passage. Le lundi , il se rendit à l'église St-Pierre , et après la grand' messe il célébra lui-même sur le grand-autel. Le révérend d'Anchin l'ayant invité à dîner; . il s'en excusa en disant qu'il mangeait du poisson le lundi et qu'il devait partir le mardi. «11 partit en effet ce jour-là pour Arras.
Avant que de venir à Douai , le nonce avait déjà visité Anvers , Valenciennes , Gand , Tournai , etc. 11 avait mandat spécial du souverain Pontife d'aller à Cambrai, avec la mission de réformer les mauvaises mœurs, de restaurer la discipline, de raffermir la foi catholique, d'extirper les hérésies. Il mit dans l'accomplissement de cette mission un zèle fort ardent et une grande habileté. Déjà il avait parcouru toute la Germanie ; et il avait infligé des pénitences à beaucoup
de religieux. Il avait déposé l'abbé de St- de Liège. On disait aussi qu'à
Lille , il avait imposé un jeûne de trois mois au pain et à l'eau à certains Franciscains qui avaient reçu les ordres sacrés avant le temps prescrit par le concile de Trente.
Le nonce partit de Douai pour Arras le mardi 14 janvier. Tout le clergé d' Arras alla au-devant de lui processionnellement ; l'évéque lui-même en habits pontificaux le reçut à la porte de la ville. Toutefois, le magistral d'Arras ne vint pas, prétendant qu'en vertu de ses privilèges, il n'était tenu d'aller à la rencontre de qui que ce fût , excepté du prince ; ce qui fut blâmé par quelques-uns. Or l'abbé de St-Vaast , Jean Sarrazin , étant absent , le prieur, Jean Bourgeois , avec un autre religieux et suivi d'un domestique, alla à cheval au-devant du nonce et lui offrit, au nom de l'abbé, la maison de St-Vaast pour hôtel; mais l'illustrissime prit son logement au palais épiscopal et y demeura plusieurs jours. Il visita les églises de la ville, et il s'enquit soigneusement par lui-même, ou par les siens, des mœurs du pays et de l'état de la foi catholique. Le dimanche suivant, qui était le 19 janvier, il Gt sa visite au couvent de St-Vaast. Les moines, revêtus de leurs habits religieux , marchèrent processionnellement à sa rencontre et le conduisirent au chœur où il donna la bénédiction solennelle ; et après la grand'messe il célébra lui-même une messe basse, puis il revint dîner dans le couvent avec les moines. L'abbé de St-Vaast qui , à la cour où il était , avait reçu un avis de ses moines , revint ce jour-là même. 11 venait d'être revêtu de la dignité de chancelier de la Toison d'Or par le roi d'Espagne , qui avait conféré les insignes de cet ordre aux princes de la Belgique. Le nonce aussi présida le chapitre , et prenant congé des moines et après avoir, dans son discoure, résumé les vices de chacun , on rapporte qu'il dit au prieur : « N'ai-je pas frappé juste , ne les ai- » je pas, comme on dit, touchés tous au vif? » Du reste, les membres du magistrat d'Arras, tant de la ville que de la cité, vinrent en particulier saluer le nonce.
Cependant comme Mgr de Vcrceil , d'après une mission expresse du souverain Pontife, devait se rendre à Cambrai, il écrivit au chapitre de Notre-Dame. Mais les chanoines , après avoir consulté M. de Balagny ( M. de Balagny , depuis plusieurs mois, avait pris sous le duc d'Alençon le gouvernement de la ville et de la citadelle de Cambrai , et le duc étant mort , il occupait ce gouver-
nemcnt sous la protection de la reine de France); les chanoines, disons -nous, répondirent que quant à eux , ils étaient tout disposés a recevoir avec tous les honneurs le nonce apostolique , mais qu'il y avait défense pour cela de la part de M. de Balagny , gouverneur de la ville et de la citadelle. On ajoute que M. de Balagny lui-même avait écrit à Mgr le comte de Verceil, que pour lui-même personnellement l'arrivée de l'illustrissime nonce lui eût été fort agréable , mais qu'il craignait le tumulte et la fureur du peuple.
Le nonce quitta Arras le mardi 2 1 janvier. Il visita le Mont St-Eloi , du l'abbé et les moines vivaient dans un parfait accord ; il ne reçut aucune plainte ni réclamation. Il continua sa route par Aire , St-Omer et les autres villes. On a appris qu'à Tournai , il n'avait pas été bien accueilli ; que l'évêque et les chanoines n'avaient pas été à sa rencontre et qu'ils n'avaient pas voulu déférer à ses recommandations. On a su aussi qu'il n'avait pas obtenu plus de déférence de la part du prévôt de . St-Pierre de Lille, que de la part de l'archidiacre de Tournai, M. Manare , frère de l'abbé de Marchicnnes. Ce dernier, l'archidiacre Manare , avait répondu qu'il ne céderait aucun de ses bénéfices qu'il tenait de l'autorité, et dont il jouissait en vertu de diplômes du souverain Pontife. Du reste, on assure qu'à Lille, il avait appelé auprès de lui et en particulier les chanoines do St-Pierre ; qu'il leur avait fait des représentations sur leurs vices, et qu'il avait infligé des pénitences à plusieurs d'entr'eux ; qu a Tournai , où il n'avait pas été bien reçu d'abord , l'évêque se décida ensuite à lui rendre les honneurs qui lui étaient dus ; que le nonce alors sous-délégua à cet évoque sa juridiction tant sur les chanoines que sur les moines et religieuses de cette ville de Tournai ; qu'il prescrivit des règlements concernant l'exactitude aux offices , la régularité du culte et le mode de distribution ; qu'il interdit à tous les chanoines d'avoir des servantes; qu'il en mit quelques-uns en retraite. A Valenciennes il n'eut rien à prescrire. Il continua sa route et passa par Bourbourg , Dunkerque , Gravelines , etc.
Avant l'arrivée du nonce à St-Omer, le docteur Jacques de Pamèle , archidiacre de l'église de St-Omer, désigné avec d'autres chanoines pour régler certaines controverses entre le chapitre de St-Omer et celui de St-Bertin , avait été le trouver sur la limite de la Flandre. Le jour de l'entrée du nonce à St-Omer, les chanoines avaient été l'attendre à la porte de la ville ; et dans l'hôtel où il descendit , l'évêque vint lui faire un compliment en latin ; aux cérémonies de la réception tout se passa très-bien. Le prieur François de Bar reçut, le 12 février 1586, du docteur Hall, ancien lecteur d'Anchin et qui alors était chanoine de Sl-Omer, une lettre dans laquelle il donnait des détails sur la visite et le séjour que le nonce avait faits ù St-Omer; il disait que le prélat avait manifesté sa satisfaction dans un discours latin fort éloquent qu'il avait prononcé en chapitre ; dans ce discours , il avait dit qu'il comprenait que parmi les chanoines de St-Omer il ne s'était jamais rencontré un simoniaque , un ivrogne , un libertin ou un adultère : se intcllexisse mtnquam simoniacum , ebriosum , scortatorem aut emeubinarium publicum , in ter canonicos audomarenscs repertos fuisse. Il avait loué beaucoup la gravité et la modestie avec lesquelles les heures canoniques étaient chantées , à la manière romaine. « Entre ces chanoines , avait dit le nonce , reluisent un doyen , homme » si excellent , un chantre si remarquable , un archidiacre si docte , un pénitencier >- si ingénieux et nourri de si grande science , et d'autres encore devenus si célèbres » par leur science dans le droit et dans la théologie ! Enfin , ajoutait le nonce ,