‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 233 sur 306 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Le lendemain , le légat dîna au couvent avec trois des personnes qui raccompagnaient, le P. Servius, recteur des pères Jésuites du collège d'Anchin , M. Ballhasar Seulin , doyen de St-Amé de Douai , et le père Jacques , de la Société de Jésus , confesseur du nonce. A trois heures , la cloche appela les frères dans la chambre de l'abbé, où le nonce leur adressa des exhortations sur l'observance des trois vœux religieux, et faisant une digression sur l'avarice et la tiédeur des prêtres, source des maux qui avaient affligé la république chrétienne, il développa ce texte tiré de St-Jean : Quoviam omne quod est in mundo concupiscentia carnis est , et con rupiscentia ocuhrum et snperbia vitœ. Après quoi , ayant congédié l'abbé , les frères fl toute l'assistance, il retint auprès de lui le prieur; il lui fit des questions sur l'observance, sur les vœux, sur les jeûnes réguliers et sur la vie des religieux, sur le nombre des paroisses qui étaient à la collation de l'abbaye , et il fit prendre sur toutes ces choses des notes par son secrétaire. Ensuite il interrogea les autres frères , chacun en particulier, et recueillit leurs plaintes ou demandes. Tous s'accordèrent pour réclamer la confirmation et l'exécution des décrets qui avaient été donnés en 1565 et en 1567 par le révérendissime d'Arras, de pieuse mémoire, Mgr François Richardot , approuvés par les docteurs de Louvain. Us demandèrent qu'on modérât les jeûnes selon une juste mesure ; que l'on s'en tint , à cet égard , à ce qui avait été prescrit par l'évêque, sans que l'abbé y ajoutât de conditions plus rigoureuses.

Le jour suivant, qui était un jeudi, le légat dîna seul avec deux ou trois des siens. 11 avait dit une messe basse à midi dans l'église d'Anchin ; et le soir, pendant que les frères chantaient les vêpres , il s'était mis en prière avec tous les gens de sa suite, excepté les cochers et valets de pied; il récitait une longue litanie en y joignant des collectes et des prières orales interrompues par la méditation , pendant près d'une demi-heure. Toute personne honnête pouvait se faire admettre à ces prières. C'est ainsi que le révérend Warnier, doin Georges Goisson et quelques autres y assistèrent. Le légat apostolique , qui était d'une haute piété et qui s'imposait de grandes mortifications , édifiait autant par ses actes que pas ses paroles. Il était valétudinaire et excessivement débile , fort sujet à la goutte aux pieds et aux mains. Pour monter et descendre les degrés, il était obligé de s'appuyer sur ceux qui l'accompagnaient. 11 jeûnait tous les jours et ne faisait qu'un seul repas , complet à la vérité et assez prolongé , quoique sobre , et il engageait tous ses familiers à jeûner aussi.

Enfin toutes ses affaires étaut terminées, le légat se disposa à prendre congé des frères d'Anchin; et le vendredi 14 au matin il réunit les religieux et leur fit des exhortations , et après avoir résumé toutes les réclamations et demandes qui lui avaient été faites, il promit qu'il s'en occuperait dans l'intérêt et pour le bien de l'Eglise et du monastère d'Anchin. Du reste , il était doué d'une grande activité d'esprit et d'une mémoire imperturbable , se rappelant tout ce qu'il avait vu , lu ou entendu. Les pères de la Compagnie de Jésus avaient profité de la présence du légat pour l'engager à s'intéresser à l'affaire lelative à la concession d'un terrain pour l'agrandissement de leur quartier au collège d'Anchin. Le nonce , en faisant ses adieux , rappela cet objet aux frères d'Anchin et engagea le révérend à envoyer le prieur pour visiter les lieux et accélérer la terminaison de celte affaire.

Nous avons parlé , et en détail , de l'exil des moines à Douai , des circonstances

qui avaient nécessité cette retraite et des événements qui eurent lieu pendant ce séjour. Disons maintenant ce qui s'est passé après qu'ils eurent repris possession du monastère d'Anchin.

En arrivant à Anchin , il avait été donné à chacun des religieux , selon son rang et son ordre d'ancienneté , et d'après l'avis de l'abbé , une chambre ou cellule dans le dortoir. Les pères de l'ordre avaient d'abord choisi la leur ; et le révérend avait assigné pour son chapelain honoraire , Noël Flameng , une chambre particulière auprès du four, contre la rivière du moulin. Georges Goisson , déjà depuis long-temps chargé de l'oflice d'économe, occupa une chambre de l'autre côté , dans cette partie des bâtiments qui rejoignait l'hôtel abbatial. Autrefois , il avait occupé la chambre voisine de celle du receveur , et qui était sous celle de l'abbé.

La veille du dimanche de la Visitation , l'abbé présida un chapitre où , après avoir imploré la grâce de la Vierge Marie, et après avoir lu l'homélie concernant cette fête , il se désigna lui-même , avec le prieur et le sous- prieur, pour entendre les confessions des religieux , le pasteur ne devant venir qu'une seule fois dans l'année. Puis il fit une exhortation au sujet de l'observation des trois vœux monastiques : la pauvreté , Yobèmance et la chasteté. Il promit de rétablir les portions pour la nourriture et la boisson sur l'ancien pied , aussitôt que les revenus du monastère y pourraient subvenir. A ce propos il se plaignit de ce que quelques religieux avaient dit au nonce que , pendant le séjour à Douai , on avait été nourri de viande salée , substituée , par économie , a la viande de mouton et de bœuf. Enfin il chercha à démontrer qu'il s'était constamment étudié à faire ce qui pouvait être bon , utile et avantageux au monastère et aux religieux. Il dit qu'il lui avait été prescrit par le nonce apostolique de veiller à ce que l'ordre et l'uniformité du service divin fussent rigoureusement observés, tant aux messes qu'aux autres offices et prières horaires , conformément à ce qui s'était constamment pratiqué à Ancbin jusqu'alors ; enfin il déclara que toutes les heures , tant de jour que de nuit , étaient rétablies et qu'elles devaient être chantées , comme cela avait lieu au monastère avant que les moines n'eussent dû se réfugier à Douai.

N'oublions pas de dire que , par les soins du prieur, les sceaux anciens qui avaient été retrouvés, furent rapportés du prieuré de St-Sulpice de Douai à Anchin, peu de jours après le retour des moines, lis furent renfermés dans une cassette qu'on déposa dans l'ancienne trésorerie du dortoir, le 1 7 mars 1 586 , avec les formalités requises , et que nous avons indiquées plus haut.

L'abbé apporta quelques modifications dans le service divin et dans la pratique du rituel , modifications nécessitées par la diminution des ressources du monastère et du nombre du personnel. On ne comptait plus guère que vingt-un religieux , y compris l'abbé , qui la plupart du temps était à Douai avec Léger Gosset et dom Mayer; et le maître {magistei-) d'Esquerchin était tout entier occupé de l'administration de son office. Joignez que dom Noël Fruy entendait excessivement dur; aussi les autres étaient-ils accablés et ne pouvaient suffire à la besogne. Cependant l'abbé se décida à recevoir quelques novices , encore n'en reçut-il que trois qui commencèrent à faire le service dans le temple le quatrième jour de la semaine des ténèbres ; ces novices étaient Jacques Drenssart , Balthasar Landa et Artus ou Arthur Martigny.

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