CHAPITRE XXXII
dispersés, de rétablir et de rendre à leur destination ceux qui avaient été retrouvés ou qui avaient échappé à la destruction; et à ce propos nous pensons que les détails que nous retrouvons dans les anciens inventaires ne seront pas sans intérêt pour le lecteur curieux.
En» nierons d'abord les joyaux, les pièces d'orfèvrerie, les statues, les vases sacrés d'or et d'argent que le baron d'inchy et M. de Balagny ont convertis en monnaie , pour payer les soldats de Cambrai : quatre encensoirs d'argent doré de grande dimension et admirablement ciselés. — Les statues en argent des douze apôtres que nous avons déjà signalées. — Le calice abbatial , tout en or, d'un poids énorme et tel que le célébrant, habitué à se servir d'autres calices , avait peine à le soulever; nous avons dit que Charles Coguin de Ste-Aragon avait fait faire à son usage ce calice , dont le poids considérable affermissait sa main que l'âge avait rendue tremblante. L'habile artiste qui l'avait ciselé y avait représenté les scènes de la passion sur le pied et jusqu'au milieu de la coupe. — Un magnifique bénitier d'argent. — lin groupe très-grand de la sainte Trinité en argent doré, que l'abbé Henri de Conflans avait autrefois donné à l'église. — Une statue de la Vierge toute en argent , excepté les franges de l'habit et la chevelure qui étaient d'or, ainsi que la couronne, laquelle était enrichie de pierres précieuses. Cette statue, qui était du poids de dix-huit marcs d'argent, avait été commandée par l'abbé Charles Coguin. — Une statue en argent de saint Roch avec l'ange elle chien , et qui avait aussi été donnée par Charles Coguin; sur la cuisse du saint était incrusté un cristal renfermant quelque relique sacrée; il portait un bâton d'argent avec sa gourde; celle statue était supportée sur un piétement aussi d'argent, sur lequel étaient gravés les insignes de l'abbé Charles; sur la tête du saint était une belle couronne. — Une colombe en argent , ciselée et ornée de pierres précieuses , avec son support d'argent; ce bijou avait été donné par M1" d'Escaillou, — ainsi qu'une magnifique croix de vermeil , qui fut fondue aussi avec les autres orfèvreries ; on la portait aux processions les jours de grandes fêtes; elle était enrichie d'une multitude de pierres précieuses. — Il en fut de même de cette autre croix d'or et d'argent que le révérend Lentailleur avait fait réparer (voir plus haut , ch. 26) ; sur la branche transversale étaient deux anges en vermeil ; sous les pieds du crucilix élait un morceau de la vraie croix ; aux quatre extrémités se trouvaient des perles et des pierres précieuses ; toute la croix d'ailleurs était parsemée de pierreries , parmi lesquelles on remarquait trois topazes d'un grand prix. — Une autre croix , encore fort ancienne , en vermeil , toute étincelante de pierres précieuses , au nombre desquelles était un saphir des plus magnifiques. — l\appe\ons aussi une grande stalue en argent de sainte Barbe , dans laquelle il y avait des reliques de saints ; la statue portait à la main une palme d'argent , et sur Ja iêle un diadème d'or orne de quatre beaux diamants , alternant avec quatre paires de perles fort grosses ; aux épaules étaient des agraffes d'or aussi garnies de perles ; la custode qui servait à renfermer la statue était également d'argent. — Une pomme de cristal garnie d'argent ciselé , renfermant beaucoup de reliques précieuses, et dont Charles Coguin avait enrichi la trésorerie d'Ancbin. — Enfin une magnifique coupe d'argent à laquelle était attaché, par une chaîne dû même métal, l'écusson aux armes de cet abbé Charles Coguin.
Mais outre ces objets sacrés qui ont été enlevés pour être fondus ou convertis à des usages profanes , il en est d'autres encore qui méritent d'être cités , ainsi :
— Deux magnifiques calices de vermeil. — Des vases très-grands en métal précieux et ciselés , que l'abbé Charles Coguin avait donnés , ainsi qu'un grand nombre de burettes d'argent doré, dont les abbés se servaient aux grands jours pour le sacrifice de la messe. — Une petite couronne d'or et d'argent enrichie de pierreries ; c'était la couronne que , selon une ancienne coutume , on mettait sur la tète du roi conventuel , au banquet de récréation de la féte de l'Epiphanie ; cette couronne avait été commandée par l'abbé Henri de Con flans (voir ch. 19). — Les trois salières qu'on posait sur la table du réfectoire , aux jours de grande fête , avec cinq hanaps d'argent doré artistement ciselés , et deux candélabres d'argent portant les armoiries de l'abbé Charles Coguin et celles du couvent. — Tout cela fut détruit, vendu ou jeté au creuset pour payer les soldats huguenots. 11 en fut de même de deux immenses encensoirs d'argent et de deux plus petits , avec les navettes , les cuillers , ainsi que de deux très-belles paix ou patènes d'argent doré semblables à celles que le diacre et le sous-diacre portaient aux processions des fêtes solennelles ; elles étaient rehaussées de sculptures en bosse, représentant le St-Sauveur et la Vierge Marie, et par en bas, il y avait à chacune un cristal en forme d'œuf, contenant quelque monument ou relique pieuse.
Il n'y eut rien de si saint et de si sacré sur quoi le baron d'Inchy et M. de Balagny n'osèrent porter une main sacrilège. Les reliques et les saints ossements furent impitoyablement dépouillés des chasses et reliquaires d'or et d'argent qui les contenaient ; et pour commencer par les objets plus petits , disons que la capsule d'argent qui avait contenu autrefois une épine de la couronne du Christ , et dans laquelle on avait coutume de porter, à la féte du St-Sacrement , la vénérable hostie du corps de Jésus-Christ, fut fondue; il en fut de môme du petit clocher d'argent qui contenait quelques gouttes de l'huile de la Ste-Ampoule , avec des reliques de saint Laurent et de saint Georges ; ainsi que de la tourelle d'argent dans laquelle étaient les dépouilles sacrées de saint Liephart , de sainte Berthe , de saint Etienne et de saint Amé. Les reliques cependant furent remises au prieur d'Aymeries. H en fut de même encore du petit tonneau d'argent , renfermant des parcelles des corps vénérés de saint Martin , de sainte Barbe , de saint Gervais , de l'apôtre saint Pierre , de saint Vincent martyr, etc. ; d'une botte de cristal contenant un souvenir de saint Martin et supportée sur un pied d'argent.
Les reliquaires plus considérables , les châsses et boites de métal précieux , délicatement ouvrés , n'échappèrent point à la rapacité du seigneur d'Inchy et de M. de Balagny. Toutefois les ravisseurs, mus par un reste de respect, s'étaient fait un cas de conscience de profaner et de laisser se perdre les ossements des saints; et ' s'emparant de l'or , de l'argent et des pierreries , ils avaient fait mettre à part les reliques. C'est ainsi que fut conservée , presque toute entière , la tête de St- Clément avec le col qu'on avait dégarnis de l'argent et de l'or que les entouraient , et des pierres précieuses qui y étaient enchâssées. 11 en fut de même pour le chef parfaitement complet de saint Etienne , protomartyr, et pour celui de saint Chrestien ; ce dernier était orné d'un rosaire enrichi de treize pierres précieuses : cette relique était supportée par quatre lions de vermeil. De même aussi le chef de sainte Marine , qui était presqu'enticr ët qui portait au col un Agi tus Dei. Le vase d'argent doré qui contenait cette relique reposait sur un pied que soutenaient quatre lions du même métal.
Le chef de Ste-Agnès subit une destinée semblable; cette relique était une des