‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 245 sur 306 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

plus remarquables et des plus anciennes de celles que l'on conservait dans la sacristie de l'église d'Anchin ; elle était contenue comme les autres dans une enveloppe d'argent , mais le vase sculpté représentait au vif le visage de la jeune vierge avec sa douce et enfantine expression.* 11 était soutenu en haut par trois anges d'argent, et supporté par un lion aussi d'argent; il était orné d'une multitude de pierreries. On n'a pas su ce que devint une autre relique fort précieuse, le pied gauche de sainte Marthe, sœur de sainte Marie - Magdeleinc ; il était enfermé dans un vase de bois doré revêtu d'un beau cristal. Ce reliquaire, à l'extérieur, représentait Pédicule sacré ou chapelle du roi de France (la sainte-chapelle) que l'on voit à Paris * ; il était garni d'argent et d'or ; vous auriez compté toutes les fenêtres reluisantes d'argent, ainsi que les colonnes brillantes et polies; les parois de celte petite basilique étaient entourées et soutenues par quatre anges d'argent doré. C'était aussi une chose merveilleuse que le reliquaire renfermant le bras de saint Etienne; l'abbé Lentailleur l'avoit fait garnir d'ornements d'or et d'argent ; les extrémités étaient en or massif ciselé ; et dans la portion intermédiaire on pouvait voir le bras à travers les mailles d'un filigrane d'argent dore où étaient enchâssées six pierres précieuses.

Donc , la majeure partie de ces reliques dépouillées de l'or, de l'argent et des pierres précieuses qui les entouraient et les protégeaient, furent sauvées de la destruction , et réintégrées à l'abbaye d'Anchin par les soins du prieur et de l'abbé, et avec l'assistance de quelques bons amis. On les rapporta du monastère de St-Sepulcre de Cambrai, et de l'église Notre-Dame, de la même ville, au mois d'octobre \ 589. Quelques ornements et objets précieux , qui avaient pu être soustraits à la rapacité des dévastateurs impies, furent aussi réintégrés à Ancbin, savoir : deux dalmatiques d'étoffe de damas ronge , ainsi que deux tuniques âs. damas blanc; une tunique de soie rouge entremêlée de jaune, avec ses manipules; une chasuble en soie serin , sur le dos de laquelle l'artiste avait représenté un évêque bénissant l'empereur Charlemagne; il y avait par-devant les insignes de l'abbé Charles Coguin , et par- derrière les insignes du couvent d'Anchin. Ces objets , ainsi qu'une paire de calices d'argent , furent rapportés à Anchin , en diverses fois, par un domestique de confiance que le trésorier du monastère de St-Sepulcre employa à ces commissions.

Sans parler de la fameuse crosse de l'abbaye que nous avons décrite plus haut et qui fut rachetée, ainsi que nous l'avons dit, par l'abbé Warnier, avec les choses précieuses appartenant à Anchin qui avaient été déposées à la trésorerie de l'église Notre-Dame de Cambrai, le chanoine Nicholas parvint à en sauver plusieurs, en les faisant apporter en secret chez un honnête citoyen de Cambrai , nommé Fernand Lievou , très-pieux catholique et père d'un des novices de l'abbaye d'Anchin, Pierre Lievou. Ainsi furent réintégrées au monastère les deux mitres ou thiares magnifiques* faites d'or et d'argent, toutes couvertes de perles fines, surmontées de pierres précieuses et ornées au milieu de brillants d'une grande valeur. La principale de ces deux mitres portait à son sommet un groupe en or de la Trinité ; la seconde , d'un prix moindre , était en tout semblable à la première ; seulement l'image de la Trinité était tissue dans le milieu ; elles furent rapportées

v Au xxx* chapitre de l'édifiant et beau livre du R. P. dora Prospçr Gueranger, abbé de Solesmc (//tsc. de Stt Cecilt, Para , 18*0) , on trouve dV» rena -IgnemenU précieux aur la 'vie, le martyre et les rclquc» de Sle A&nèa.. » C»ttor l'aritit vititur. F. de Bar, n* 77». • Fr. de Bar, Ma cité.

Tune le 20 octobre 1 589 , et l'autre quelques jours après. On n'a pas su ce qu'était devenue une troisième mitre en toile d'argent , quo Charles Coguin avait aussi fait faire en même temps que les deux précédentes. Une quatrième , qui a été rendue à l'abbé Warnier, était aussi en toile d'argent avec des lames d'or incrustées de pierres précieuses et de perles; à l'extrémité des lames pendantes ou fanons , étaient de petites clochettes. Jean Lentailleur l'avait (ait faire de même qu'une autre de damas blanc. Avant que ces mitres eussent été retrouvées , Warnier de Daure s'en était commandé une fort précieuse en toile d'argent garnie de lames de vermeil , et une autre de moindre prix en tissu de damas.

Les chanoines de Cambrai avaient aussi fait restituer une boite aux corporaux couverte de perles, avec des fermoirs d'argent; les plus grosses perles formaient le monogramme I. H. S. L'abbé Warnier, après l'avoir reçue, la déposa à la trésorerie le 25 octobre 1589. Nous passons sous silence des missels recouverts de soie et d'argent , et des vêtements et ornements sacrés , dont les uns ont été retrouvés et les autres perdus.

Dom Sébastien Francon , moine d'Anchin . qui était à Cambrai pour suivre son affaire relative au prieuré d'Hamages , était en relation avec son oncle , dom Nicbolas Obert, chanoine de la cathédrale, et autrefois gardien de l'image de la Sto Vierge Marie, peinte, dit-on, par St Luc, laquelle image, à cause de cela, était en grande vénération à Cambrai et dans les contrées voisines1. Ce chanoine Nicholas , trésorier et garde des reliques de l'église cathédrale , écrivit au chancelier de l'archevêque de Cambrai, le chanoine Jean Vandermeere, qui était alors à Mons avec l'Illustrissime , et il en obtint des lettres qui autorisaient la restitution des reliques d'Anchin. Ces reliques furent remises à dom Sébastien Francon , et elles furent transférées à Anchin le 2 novembre i 589. Francon s'était chargé du soin d'apporter lui-même le coffret de fer contenant l'anneau de la Vierge Marie , parce qu'il savait que c'était une chose qui devait être des plus agréables à l'abbé. La clef de ce coffret était aux mains du chanoine Gambin , alors prisonnier de M. de Balagny, et l'on n'était pas certain que l'anneau miraculeux y fut , quoique en agitant le coffret on entendit sonner quelque chose ; on fit faire une nouvelle clef, et on trouva en effet le précieux anneau , lequel fut déposé avec sa boite au trésor d'Anchin.

Après dix ans , durant lesquels le monastère en avait été séparé , les saints ossements et les reliques , dépouillés de leurs enveloppes précieuses , allaient être rendus à leur première destination. Ils furent d'abord déposés dans la chambre de l'abbé, où le prieur, assisté du sous-prieur Pierre Passet , et en présence aussi de dom Jean Lamelin ci de dom Sébastien Francon , procéda à la reconnaissance et à la constatation de ces fragments sacrés, en s'aidant des renseignements que lui fournirent les vieux inventaires de l'église d'Anchin. On retrouva ainsi le pied gaucho entier de sainte Marthe ; il était recouvert , à la partie supérieure , d'un cristal ; on voyait encore la peau sur laquelle était écrit un dystique en caractère grec , mais dont on ne pouvait plus lire distinctement que le mot pied. On reconnut aussi la portion moyenne du radius, l'un des os de l'avant-bras de saint Etienne protomartyr ; le crâne de saint Clément , que l'évoque Guarin de Thessalonique avait envoyé

' C'est ce tableau si connu dans le pays par les innombrables copies qu'on y rencontre. Voir, au sujet de ce tableau, U Sotiee sur l'image de Notre-Dame de Grâce de Cambrai, par M. l'abbé Capelle. miss a port Cambrai, chex U. Carton, 1849.

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