‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 246 sur 306 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

de Constantinople à Anchin , en l'an du salut 1239, de la part de l'empereur Bauduin , comte de Flandre; de même que la portion de la mâchoire qui forme le menton et encore garnie d'une dent de saint Georges. Cet évèque Guarin avait dans le môme temps envoyé une partie des reliques de saint Matthieu et de saint Barnabe, avec la jointure d'un des pieds du bélier qu'Abraham immola à la place de son fils ; mais ces dernières reliques avaient été égarées déjà auparavant et ne se retrouvèrent pas. On reconnut et on constata l'identité du chef du B. saint Etienne, protomartyr, ainsi que de celui de sainte Marine. Le noble chevalier Gérard de Jauchc avait autrefois apporté ces leliques à Anchin. Bernard , évêque d'Amiens et Guillaume , quinzième abbé d'Anchin , avec les moines , les avaient inaugurées dans l'église St-Sauveur d'Anchin, en l'an 1352, le \ des ides de septembre, jour où il s'était fait à cette occasion une belle procession. Ces reliques, parfaitement intactes lorsqu'elles avaient été mises dans leurs châsses d'argent, avaient depuis subi quelques avaries; ainsi on voyait qu'au chef de saint Etienne , près des oreilles et des tempes , de chaque côté , les lames du crâne avaient été endommagées par la scie ; quelques fragments des mâchoires manquaient aussi. La tète de sainte Marine avait été mutilée , les débris qui en provenaient étaient enveloppés dans de petits linges cousu». Parmi cet ossuaire se retrouvèrent des portions des crânes et des corps des onze mille vierges ; le chef entier de sainte Christine, vierge. On put reconnaître aussi la tête de sainte Agnès , presqu'entière , sauf que h partie de la mâchoire qui forme le menton était séparée ; de plus , un des os pierreux ou roelwr, ainsi appelé parce qu'il est fort dur et qu'il a l'apparence d'une pierre; à ces os sont les trous qui servent à l'ouie*. Ces débris détachés de la tète étaient renfermés dans un morceau d'étoffe de soie ; du reste , les os du crâne ne se rejoignaient pas vers le bretjma ; les sutures ou commissures n'étaient pas encore réunies , et les os de la face étaient petits et menus ; en effet , sainte Agnès était une toute jeune vierge, âgée de treize ans seulement lorsqu'elle endura le martyre*. Mais une particularité que remarquèrent tous ceux qui furent appelés à examiner ces restes sacrés, c'est que les orbites ou cavités qui avaient été occupées par les yeux étaient tout unies et dépourvues des fentes et des ' trous qui , dans l'état ordinaire , donnent passage aux nerfs , au moyen desquels l'organe de la vue communique avec le cerveau. Or on n'a pas retrouvé dans le martyrologe d'Anchin, non plus que dans le vieux inventaire, de renseignements précis sur la provenance du chef de sainte Christine et de celui de sainte Agnès; seulement , en marge du martyrologe , à la date du 7 des ides de juillet , était écrit en latin, que la comtesse Marguerite do Hainaut avait apporté les reliques de quelques vierges et de dix martyrs, mais il n'était pas possible de lire les noms; et sur le vieux inventaire, en marge et à la date du 4 des ides de septembre, il y avait cette note : « Ce jour, translation de reliques saintes , 6 savoir : du » B. Etienne , protomartyr, et de la tête de sainte Marine. » Au reste , le chef de sainte Agnès était primitivemént au prieuré de St-Gcorges , d'où il avait été transféré à Anchin.

Outre ces reliques, on examina et on reconnut d'autres fragments bénis enveloppés dans de petits linges de lin ou dans de la soie, avec des étiquettes de parchemin portant l'indication de chaque chose. Par exemple : une parcelle du

« Fr. de Bar, M». n« 774, p. M3, rv V lr chap. xxx de Yllitt. de S(e Cécile, par doœ Proiper Gtierongrr, déjà cité.

ABBAYE D'ANCIIIN.

tombeau avec une portion de la barbe de saint Clément , laquelle barbe était rousse ; ces restes précieux furent mis dans le crâne du même Saint , martyr et pape ; un morceau de la robe de sainte Marie ; une dent de sainte Tbècle avec un vestige de la cbair ; des parcelles des corps de saint Pierre et de saint Paul , apôtres ; un fragment de la croix de l'apôtre saint André ; une partie du vêtement et du suaire sans milieu de saint Eloi ; quelque portioncule du tombeau de sainte Marie ; une bulle de verre contenant un peu de l'huile de la Ste- Ampoule , c'est^-a-dire l'huile dont les rois de France étaient oints à leur sacre; un morceau du manteau de saint Rooh , avec le cristal qui avait été enchatonné dans la statue d'argent du Saint, de façon à laisser voir les reliques.

Toutes ces dépouilles vénérables , gages de la foi antique , après avoir été scrupnleusemcnt examiuées , chaque fragment enveloppé dans du papier et étiqueté , furent remises aux mains de l'abbé et déposées dans la trésorerie , en attendant que l'état plus prospère de l'abbaye , aidée de la pieuse générosité des fidèles , permît de leur restituer des enveloppes plus dignes d'elles. Il fut à regretter que les prédécesseurs n'eussent pas pris pour toutes ces reliques les précautions qu'on avait prises pour quelques-unes, que l'on put reconnaître par les inscriptions attachées à la toile ou à la soie que les contenait ; on n'eût pas été réduit à chercher dans le vague de l'inconnu et à luttter contre les ténèbres quelquefois invincibles de la nuit des temps. Certaines reliques des plus précieuses et qu'on savait avoir été autrefois en grande vénération à Anchin n'ont pu se retrouver, faute de ces indications. Par exemple : l'ancien martyrologe d'Anchin dit qu'une statue de la Vierge , ainsi qu'une image de la Ste-Croix , avaient été consacrées en l'an 1130, aux ides de juin10, par Lambert, évêque d'Arras, et que dans la croix avaient été renfermées les reliques de saint Nérée , de saint Achille , de saint Patrat, de saint Clément, de saint Gordaine, de sainte Marguerite, du prophète saint Jean, des SS. Innocents et du Sépulcre deN.-S. Ces fragments n'ont pu être discernés ou reconnus parmi le pêle-mêle confus de ces débris sacrés.

Pour ce qui est du bras de saint Georges, rapporté de la Terre-Sainte à Anchin en 1100, le 2 des calendes de juillet, par Robert, comte de Flandre, et dont nous avons parlé en temps et lieu, il était heureusement toujours resté à l'église du monastère renfermé dans une châsse d'argent , de même que le bras de saint Sulpicc.

Il y avait aussi, dans la chapelle dite du St-Sacrement , des reliques qui avaient échappé à la main sacrilège des ravisseurs. Cette chapelle était ainsi désignée parce que les peintures du vitrail qui en décorait les fenêtres, représentaient les miracles du St-Sacrement, et parce que l'abbé Charles Coguin , qui avait fait exécuter cette verrière , faisait chanter une fois par semaine , dans la chapelle , une messe du St-Sacrement. Autrefois elle était dédiée à la Vierge, il y a tout lieu de croire que les reliques et ossements qui y étaient enfermés et scellés dans des sarcophages de pierre , sur les côtés , appartenaient à quelques-unes des onze mille vierges , ainsi que l'indiquaient d'ailleurs les sujets sculptés autour de l'autel , et qui se rapportaient à l'histoire des saintes filles de Cologne. Ce qu'il y a de certain , c'est que derrière et en bas de cet autel était le cercueil de Sle Sambarie , vierge et martyre, dont la fête se célébrait comme celle d'une des onze mille vierges ; et lorsque le révérend Lentailleur, de pieuse mémoire , avait fait visiter

" Voyc* plus haut, notre chap. x, où 11 est parié do cette croix.

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