CHAPITRE XXXIL
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celte tombe , on y avait trouvé beaucoup d'ossements. Il y en avait , dit le chroniqueur, une quantité suffisante pour former quatre ou cinq squelettes, sans les tètes toutefois : inventa sunt longe plura ossa quam unius virginis , scd quw su/Jicere passent ad quatuor vel quinque personas , lamen s ue capitibus.
Pour compléter le recensement de toutes les dépouilles saintes que Ton conservait à Anchin , on visita aussi la chapelle de St-Georgcs. On trouva au-dessus de la frise , ou couronnement de l'autel , des coffres ou cercueils de bois. Dans un de ces cercueils étaient un sac en toile de chanvre, encore entier, qui contenait divers ossements , et une nappe d'autel très-line et intacte , dans laquelle étaient enveloppés les os d'un abbé; dans l'autre cercueil on trouva deux petits sacs de toile de chanvre ; sur l'un était écrit en latin : Os du dixième abbé qui s'appelait Adam , et qui fut enseveli à l'entrée du chœur de la grande église : Ossa abbatis decimi qui vocabalur Adam , est que scpultus in ingrcssu cliori tnajoris rcclesiœ. Sur l'autre petit sac , recouvert d'une étoffe de soie , on pouvait lire également cette inscription : Tète du treizième abbé qui avait nom Guillaume, de tous points digne de louange : Caput abbatis decimi-lertii , cui nomcn cral Guillehnus , per omnia laudabilis.
On a retrouvé en outre dans la chapelle St- Michel beaucoup de crânes et autres ossements des anciens abbés. Les prélats primitifs de l'abbaye d'Anchin avaient été d'une si grande piété qu'ils étaient . considérés comme des saints et honorés comme tels. Dans un grand coffre sans serrure , on a compté jusqu'à vingt tètes , les unes entières, les autres réduites aux crânes; et sur des parchemins attachas aux enveloppes avec des épingles, étaient indiqués les noms de plusieurs. On reconnut ainsi le chef du quatorzième abbé qui se nommait Jacques; celui du dixhuitième , nommé Evrard ; celui de Hugues , vingtième abbé , dont le corps était enseveli dans la chapelle de Ste-Marie-Magdeleine ; le chef de Gelduin , quatrième abbé. D'autres sacs ou enveloppes ne portaient pas de nom , ou étaient déchirés. Parmi les ossements répandus confusément dans le cercueil , on reconnut cependant les os des jambes de l'abbé Haymeric ; ces os étaient d'une dimension telle qu'ils ne pouvaient avoir appartenu à aucun autre homme. Nous avons vu en effet , dans le chapitre où nous avons parlé de ce prélat, qu'Haymeric, troisième abbé d'Anchin , était d'une taille gigantesque.
On a trouvé aussi , parmi les os répandus dans le coffre de la chapelle St-Michel, une corne semblable a celle d'une vache , mais plus grande , ayant à sa pointe une tète de chien en cuivre non-perforée : ex laceris sacculis effusa crant ossa ad mediam cistœ magnœ mutuà se attingentia , ubi ea reliquinius unà cum cornu veluii vaceco licet majori , ad apicem habente œneum caput veluti canis , non iK'rforatum tamen". Ce monument d'archéologie fort curieux mérite de notre part une mention particulière. 11 se trouve placé maintenant dans la collection d'archéologie de la ville de Douai , sous le n° 1 59 , à côté d'un cornet du même genre. L'objet dont nous parlons est une grande corne, dans la forme et la dimension de celles des buffles ou des bœufs d'Italie; elle porte à son extrémité pointue une tête de chien en cuivre doré , non perforée et aux yeux émaillés. Ce cornet est en outre garni de deux cercles de cuivre autrefois dorés et ornés de fragments de verroteries imitant des émeraudes et des améthystes ; quelques-unes de ces pierres subsistent encore. Du côté concave de la corne, vers les extrémités, sont deux
» Fr. de B*r. roi. n- 174 , p. H5 , r\
anneaux de cuivre doré où s'attachait une chaîne du même métal , dont il reste encore un fragment, et qui devait servir à suspendre ou à porter le cornet. On voit par les vestiges de clous , que la grosse extrémité ou base de la corne avait été munie d'un couvercle. Le caractère de ce monument et le style des ornements qui le garnissent nous portent à croire qu'il appartient au xue ou xni* siècle, et que c'est un reliquaire qui , à cette époque , a été envoyé ou apporté de Rome à l'abbaye d'Anchin. Nous n'avons d'ailleurs retrouvé aucune indication concernant le genre de reliques qu'il contenait (voir le dessin ci-contre).
Nous avons fait mention plus haut des démarches que faisait Sébastien Francon , moine d'Anchin, pour obtenir le prieuré d'Hamages, dépendant de l'abbave de Marchiennes. Cette affaire durait depuis l'année 1 583 , et elle avait donné lieu à des débats assez vifs; nous avons vu qu'à ce sujet l'abbé de Marchiennes, fort irrité, avait rompu toute relation d'amitié avec l'abbé et les religieux d'Anchin. Cependant , Sébastien Francon , par l'entremise de son frère qui était à Rome , auprès du cardinal Farnèse, avait obtenu des lettres du pape qui lui conféraient ce prieuré. Il s'en était suivi un procès devant le conseil de Bruxelles. L'abbé et le couvent de Marchiennes soutenaient qu'Hamages n'était ni un prieuré ni un bénéfice, mais seulement un magistère1*, et par conséquent qu'il n'était pas à la collation du St-Siége. Sébastien Francon prétendait au contraire que c'était un prieuré ou bénéfice , et que même ce n'eûtr-il été qu'un office , le pape , en sa qualité de chef de l'Eglise militante , pouvait de plein droit le conférer.
L'abbé Warnier, dans la crainte de déplaire à l'abbé de Marchiennes , s'était refusé , malgré les lettres du nonce et la décision du pape , à donner à Francon la permission et les moyens de suivre ses démarches pour l'obtention de ce prieuré ; et même après la mort de l'abbé de Marchiennes , Arnould Gantois , malgré de nouvelles lettres pressantes du nonce , il avait persisté dans son refus , se retranchant dans cette raison que les lettres apstoliques contenaient cette clause si sit idonctts , et que ce point n'avait pas encore été débattu. Ce ne fut qu'après en avoir été requis pour la troisième fois et sous la menace des foudres d'excommunication pour désobéissance au siège apostolique, que l'abbé Warnier, après avoir pris conseil d'hommes sages, délivra à Sébastien Francon les lettres qui l'autorisaient à suivre directement son procès et à demeurer, aussi longtemps que cela serait nécessaire , dans le lieu qui lui conviendrait. C'est pourquoi Francon demeura au collège de Douai auprès de maître De Vauchel , conseiller-procurateur de l'abbaye d'Anchin , qui avait pouvoir de traiter toutes les causes quelconques et procès du couvent. Francon revint à Auchin au mois d'avril 1591 , lorsque ses affaires furent terminées.
A propos de cet office de procurateur de l'abbaye , disons qu'après la mort de maître Jean Boulengier, procurateur de l'institut d'Anchin, au temps de Charles Coguin , maître Philippe Deleval , licencié en droit , avait été nommé procurateur et conseiller ; qu'il exerça ces fonctions sous le révérend Jean Asset et sous l'abbé Lcntailleur; que maître Robert Roze , aussi licencié en droit, lui avait succédé au commencement de la prélature du révérend Warnier de Daure. Maître Robert Roze , nommé ensuite conseiller à Valenciennes , avait eu pour successeur dom Jean
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