CHAPITRE XXXII
Ferrarius, ancien licencié en droit , homme des plus savants et d'une rare sagacité. Enfin maître Jean de Vauchel avait été fait procurateur et conseiller de l'abbaye d'Anchin , par lettres revêtues des sceaux de l'abbé Warnier et du couvent, en l'an 1589, le 2 décembre. Aux termes de ces lettres, il avait pleinpouvoir pour suivre tous les procès et affaires judicaircs quelconques du couvent , et de plus pour administrer la justice et régler toutes les causes dans les villages de Pecquencourt , de Vred , et dans tous les lieux soumis à la juridiction d'Anchin. Ces derniers pouvoirs n'avaient pas été accordés à ses prédécesseurs, afin qu'ils donnassent exclusivement leurs soins au monastère. Cependant maître Jean de Vauchel , par les lettres qui le constituaient conseiller-procurateur de l'abbaye d'Anchin , était tenu de laisser les affaires des villages toutes les fois qu'il serait appelé par l'abbé.
Au temps de Lentailleur, on avait jugé qu'il était important pour la régularité du service divin , de fixer un mode uniforme dans le rite et dans les cérémonies du culte; et d'après un décret de l'évêque d'Arras, Mgr François Richardot , l'abbé Lentailleur avait rédigé un écrit qu'il avait fait afficher dans le chœur, auprès du siège qu'il occupait à la messe, afin que chacun pût prendre connaissance de ce qu'il avait à faire pendant le service divin. Mais lorsque les troubles survinrent, la communauté, ainsi que nous l'avons vu, s'était réfugiée à Douai, et les religieux , à défaut d'une basilique , avaient été obligés tous les jours de se tenir resserrés dans le coin d'un cloître , pour chanter la messe et les vêpres ; l'étroitesse et l'incommodité du lieu ne leur permettant pas l'exercice parfaitement régulier du culte, et la surveillance des supérieurs y étant plus difficile ou plus relâchée en raison des circonstances, il s'était introduit des rites et des pratiques étrangers. Sans autre guide que sa fantaisie ou le désir de se singulariser par des démonstrations sincères ou hypocrites , chacun se comportait a sa guise et suivait ses propres inspirations. A certains temps donnés des offices , celui-ci se levait , celui-là s'inclinait , un troisième restait dans la même attitude ; d'autres ne faisaient que ce que leur permettait l'étroitesse du lieu. Revenus à Anchin, les moines, désaccoutumés des pratiques anciennes, persistèrent dans ces irrégularités. Le désaccord existait nonseulement parmi les inférieurs, mais aussi entre les supérieurs, c'est-à-dire que le prieur et le sous-prieur étaient divisés à ce sujet. Le prieur pensait, contre l'opinion du sous-prieur, que rien ne pouvait être changé aux prescriptions , quelque respectable que fût l'intention cl sous quelqu'apparence de piété que se présentât l'innovation , à moins qu'elle ne fût autorisée par le supérieur, c'est-à-dire par l'abbé ou par la constitution.
Le révérend n'ignorait pas ce qui se passait, et le prieur le sollicitait souvent pour qu'il daignât faire cesser ce désordre en fixant une règle uniforme; mais l'abbé, qui tolérait et même jusqu'à un certain point , encourageait en l'adoptant , tout ce qui avait l'apparence d'un zèle pieux, et qui lui semblait propre à être d'un bon exemple et à raviver le sentiment rcUgieux , 1 abbé se taisait , et le mal continuait. Enfin le prieur, voyant qu'il ne gagnait rien par ses paroles , se décida à remettre entre les mains du révérend celte supplique :
Monseigneur révérend prélat ,
Remettant souvent en mémoire l'institution de feu Mgr le R** d'Arras , touchant la conformité des cérémonies de l'église d'Anchin , sellon laquelle feu M. Lentailleur, votre pré-
décessetir, aurait mis aucuns poincts en avant, affin qu'en l'église principalement , s'observât une conformité de cérémonies, nous sommes dolens que n'avons moyen de les entretenir, attendu que pour les troubles et le long séjour qu'avons faict à Douay, plusieurs choses se sont escoulées et les aullres introduites par aucuns particuliers inférieurs, combien que savons qu'en notre reigle est deffendu que aucuns introduissent choses nouvelles, mêmes de soy bonnes , sans cstre aulhorisés de son supérieur. De quoy aussy j'ay mémoire estant encoire à Douay, en avons touché à votre paternité , laquelle n'en aurait donné certaine résolution , par quoy voyant que jour en jour les cérémonies se changent depuis que sommes retournés en Anchin , et que n'y povons donner ordre , attendu que aulcuns de l'ordre ne conviendrait en ceavecqnous, je me suis resoult d'en demander à votre révérende paternité, son jugement et auctorité, affin que, au futur, y puissions par la grâce de Dieu, donner ordre et empescher aucuns petits schismes ou divisions qu'ils s'engendrent aux coeurs et propos des inférieurs. Parquoy autant que noire mémoire pourra porter, nous mèneront icy en avant, tant les anchiennes que les nouvelles cérémonies de l'église d'Anchin, suppliant spécialement où il y aurait diversité, à votre paternité approuver, rejecter et augmenter ou diminuer ce qu'elle trouvera convenable.
A matines, les religieux estans ès-oraisons debout en platte fere13, couchez selon l'ordonnance deppuis le changement de l'office , viennent i dire tout au moins trois Pater et trois Ave Maria. Il est bien vray que ceux qui chantent les antbiennes ne se lievent , combien quy serait fort honorable , sy commodément se povoit faire, à raison des pelpitres ; après les nocturnes chacun se lieve et dict Pater noiter et Ace Maria pour se retourner vers l'ordre, quant il dict et ne nos , etc., dont je suis esmerveillé , que passé quelque tems cestuy quy doibt lire sa lechon , ne se retourne jusques à ce qu'il dict Domine jube : nous passons oultre les cérémonies quy se font ès principaux. Au xu* répond, chacun se lieve à Gloria Patri , mais non avecq telle révérence quy se faict de jour, combien que passé peu de jours avons admonesté ung chacun en général. Chacun estant droict de vis* à-vis, chante Te [hum, pour se retourner vers l'autel, quand le prestre corn mène lie son esvangile , l'un faisant le jour sur le pelpitre l'aultre non ; il y a difformité devant la collecte première de Laude et en toutes les heures, tant du jour que de nuict ; aucuns semainiés ne dient que Pater devant la collecte, disans que l'anchienne coustume ne porte non plus; suyvant l'ancien ordinaire les aultres y adjoustent Ave Maria, puis aulcuns sont en double sy debvant toutes les grandes heures se doibvent dire Pater et A te Maria, et debvant les heures Notre-Dame Ave Maria; et sy c'est l'intention de votre paternité que se chantent les répons au verset, ou que sy après quant le uombre des religieux sera augmenté on retourne à l'anchienne coustume , soit pour les respons ou responscelets , tant i matines comme ès vespres, ès principaux. La principalle difformité se vcoit ès inclinations, quant votre paternité se trouve à l'église, en la procession et au couvent , car comme c'estoit la coustume anchienne , que tant novices hors d'escholes, prestres sortant de forme et place, commenchoit son inclinade qu'il devoit aller, nous voyons plusieurs faire au contre et diversement, dont aulcun porroit mal éditier tant votre paternité que ses confrères ; et combien que la première fois qu'on dict Miserere en convent pour aller à l'église partant chascun de sa place , fit la révérence au milan du convent , tant à votre paternité que pour la remembrance de la Trinité , nous ne savons pourquoy depuis ne l'auraient continué , ny pourquoy sortant du cloislre après la station, quant on commence Salvator, les uns feraient révérence à votre paternité, les aultres en se tournans en rond , selon l'anchienne coustume , comme se faict aussy en la nef, quant est que votre paternité entre en cent et en sorte nous ne voyons rien changé , combien que aucuns en font plus , les autres moins. De quoy n'en povons juger seulement qu'en bien , mais cependant les heures, plusieurs diversités se commeclent , les uns seulement à Ave mari* Stella, quant on dict Jésus , benedicite paier, et aultres mots semblables selon ♦
» Je n'ai pu trouver la signification de ee* root*: m platl* ftr$ couché*. le pense, sauf nu illeur atls, que cela exprime la posilion dot religieux dana le* stajes ou formes , lonque le» siégea de res »tale* dont relevés et présentant une saillie , les prêtres debout et renversés en arrière, peuvent encore, être assis.