CHAPITRE XXXII
la dévotion d'aulcuns et d'aulcuns ne font rien, s'mclinant, a l'an chienne mode seulement, aux derniers vers des hymnes et Gloria Palri , et quant on chante : VotU precamur cordium , nudité prtcet supplie um , Ob hoc preratu tupplîci , Te poscimu* piitsimi, Hœc vola clemtns accipe , Te dtprecamur Ittrgius , et semblables mots de hymnes propres, mais aucuns u'observans ces anchiennes coustumes s'abeissent quant on dict : Jeiu, corona virginum , ce que semble estre raisonnable , attendu que c'est le nom de Notre-Sauveur , devant lequel tous doibvent fléchir le genouil, tant en terre comme aux enfers. Aulcuns aussy doublent s'il faut que ung chacun se retourne quant le presbtre entrant en costume pour dire messe se tourne vers le chœur, ou bien quant il dit : Orote pro me fratret , trouvans aulcuns incommode se retourner quant on chante.
Celte supplique avait été présentée en février 1590 à l'abbé, qui n'y avait fait aucune réponse; il avait dit seulement qu'il verrait, qu'il se consulterait; de sorte que le mal continua.
Vers le même temps , le révérend s'était décidé à admettre à la coule ou habit de la profession, les trois frères novices, Balthasar Landa, Arthus de Martigny et Pierre Lievou ; ils étaient ce qu'on appelle vulgairement mis hors d'école , ou affranchis, rude donati ". Or, autrefois ceux qui étaient reçus à l'habit, n'étaient plus soumis qu'au prieur et aux pères de Tordre , pour être punis en chapitre, lorsqu'ils commettaient quelque faute. Il en avait toujours été ainsi au monastère d'Anchin , conformément à l'ancien institut. Pendant le temps de leur noviciat, il est bien vrai qu'ils étaient à la garde du sous-prieur, qui avait charge de les diriger et de veiller à ce qu'ils fussent convenablement instruits par le précepteur. Mais le révérend avait été mal informé ou induit en erreur par des gens étrangers à la réforme ou a l'observance de Bruxelles , on lui avaient persuadé que les novices étaient sous la surveillance exclusive du sous-prieur, et qu'ils devaient demeurer encore sous cette tutelle , après même qu'ils avaient été admis à la profession et jusqu'à ce qu'ils eussent été reçus aux ordres sacrés ; et il avait cru devoir confier ce soin au sous-prieur. Le prieur qui ignorait cela et qui croyait, selon l'ancien institut, qu'il avait à veiller à ce que ces nouveaux profès ne commissent pas de faute, avertissait ceux-ci qu'ils seraient répréhensibles, s'ils écrivaient quelque lettre au-dehors ou s'ils en recevaient sans sa permission à lui prieur. A quoi le sous-prieur dit que le soin de faire ces avertissements aux jeunes moines le regardait , et qu'il en avait été chargé par le révérend. C'est pourquoi le prieur alla trouver l'abbé, et lui demanda comment il avait à se comporter à l'égard des jeunes frères nouvellement reçus à l'habit. L'abbé ne répondit pas.
A quelques jours de là , de nouveaux conflits s'élevèrent entre le prieur el le sous-prieur, au sujet de ces jeunes religieux mis hors d'école. Le prieur remarqua que, pendant la messe, au moment de l'élévation , ils se prosternaient jusqu'à terre comme les simples novices , et de la manière que leur précepteur le leur avait enseigné depuis quelques années ( bien qu'autrefois cela ne se fit pas ainsi , du moins Vinclinade ne devait pas être aussi profonde); il crut qu'ils pouvaient être dispensés de celte pratique , que jamais auparavant les prêtres , diacres , sousdiacres et ceux qui étaient mis hors d'école n'avaient observée ; et dans l'intention de rétablir, selon les décrets du R"# évêque et du révérend prélat de pieuse mémoire, l'uniformité des rites et cérémonies dans le temple, le prieur leur-
" Kvtlf donari : recouvrer la liberté, devenir libre ( cicékon . C.hei les anciens on appelait rudit la bnsiuvUe dont fi- servaient les gladiateurs lorsqu'ils s'exerçaient , et que leur donnait le préteur , lorsque Va liberté l*ur rtail rendue.
fit en chapitre une admonition et leur prescrivit, contre l'avis et en opposition aux ordres du sous-prieur, de se conformer à ce que faisaient les autres religieux pour les cérémonies et pratiques du culte. Le sous-prieur alla se plaindre à l'abbé de ce que, dans cette circonstance , le prieur, sans égard pour ce qu'il avait prescrit, avait porté atteinte à son autorité. Le prélat se montra fort irrité; il avait été circonvenu; on lui avait ré présenté le prieur comme cherchant à entraver les progrès de la piété , et comme ayant voulu réprimer les élans d'une louable dévotion ; c'est ce que le sous-prieur avait déjà dit dans le chapitre. Le lendemain l'abbé vint dans l'auditoire, il blâma ce que le prieur avait dit et fait, et approuvant le sous -prieur, il annula les ordres que le prieur avait donnés, contrairement à un article formel des derniers décrets du nonce apostolique (voir plus haut); il remit à l'autorité et surveillance exclusive du sous-prieur la conduite et la direction des affranchis , libérait , jusqu'à ce qu'il en ordonnât autrement. Il laissa seulement au prieur la faculté de punir ceux qui s'absenteraient des matines et des autres prières et heures, se réservant de recevoir les plaintes du sous-prieur pour prononcer lui-même les punitions à infliger.
Ces dissentiments entre les supérieurs amenèrent de graves altérations dans l'ordre et la discipline , au grand détriment de l'abbaye d'Anchin. Le caractère de l'abbé, naturellement sauvage et soupçonneux , s'était aigri par les progrès de l'âge et par le ressentiment d'anciens griefs, et il était devenu plus défiant que jamais. Ce fut à cette époque que le savant prieur, en vue sans doute d'offrir à l'abbé un modèle à suivre pour sa conduite envers ses frères religieux et pour la direction de son gouvernement , lui présenta le livre qu'il venait de composer : Yila Gosuini , abbalis Aquicinctini (1590), portant celle dédicace : Admodum reverendo in Christo abbali suo cœnobii Aquicinctini, domino Warnero de Daurc, humilis F. Francisais de Bar. S. P. D. "
Le 2 mai 1590, l'abbé, sans prévenir ni consulter personne, s'avisa de permuter el de distraire de l'abbaye la chapelle de Templeuve , qui était du patronat d'Anchin , et une chapelle qui était d'un autre diocèse, et cela, à la demande du P. Eleuthère, recteur des Pères de la Société de Jésus de Tournai. Cette permutation s'était faite par le ministère et sous le témoignage de deux notaires apostoliques, le pasteur de St-Jacques de Douai, et Thomas Milon , chapelain de St-Pierre ; de telle façon que , contrairement aux droits et statuts du monastère , ces deux chapellenies avaient été transférées à vie à deux pères de la Société de Jésus.
Comme le révérend , avant l'octave , avait présenté à l'avis des Pères de l'ordre la question de savoir quel bréviaire leur paraissait devoir être adopté de préférence , ou le bréviaire romain de la réforme de Bruxelles , ou le bréviaire suivi à Anchin ; les Pères de l'ordre se prononcèrent pour ce dernier , attendu que révéque d'Arras désirait vivement le voir adopter. En conséquence, ils répondirent, le 4 mai, à l'abbé que, si cela lui convenait, on suivrait l'usage du bréviaire d'Anchin tel qu'il était observé et tel que le nonce avait ordonné qu'on le conservât. L'abbé ayant adopté cet avis, commanda qu'on achetât vingt-trois exemplaires du bréviaire de Cluny , qu'il fit distribuer , afin que chacun y inscrivit les offices et les coutumes d'Anchin , et qu'ayant ainsi été accommodé à
» Mi. p. in-4», n« 812 du calai, des Mi. de la bibliothèque de la ville de Douai.