‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 256 sur 306 · CHAPITRE XXXtll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXtll

pitre. En 1072, au mois de novembre, il assista, revêtu de la mitre et des ornements pontificaux, à la consécration solennelle de l'église de St-Amand '.

Ce prélat était fort bien en cour. A sa demande , le roi Louis xiv lui donna comme coadjuteur, avec une pension pendant quatre ans l0, le cardinal César d'I'strées , lequel devint abbé par la cessioti volontaire de François de Calonne le 31 octobre 1681.

Après s'être démis, l'abbé de Calonne adressa à ses religieux cette lettre pleine de sentiments affectueux et paternels : à défaut d'autres documents , elle donnera au lecteur une idée de ce qu'était devenu le monastère, et de la situation de ses affaires à cette époque. Le texte de cette lettre , qui est mentionnée au Cumcntcum Christianum, nous a été communiqué par M. Le Glay, archiviste général.

lettre de Monsieur l'abbé d'Anchin à tes religieux : Mes chers confrères,

Mon grand âge et les fâcheux accidents que j'en ressens m'avertissent trop semsiblement que la mort m'est voisine , pour ne point me mettre en état de la recevoir avec paix , sans que les affaires el les soins du temporel partagent mon application , qui m'est nécessaire toute entière pour bien ménager mon salut; c'est dans cette vue, mes cliers confrères, que j'ay résolu ma retraite, et que j'ay pris le dessein de mettre le gouvernement do nostre abbaye dans les mains de celuy que la Providence y a destiné; je n'ay pas cru devoir vous consulter sur cette affaire par la très-forte persuasion que j'ay du ressentiment de la douleur qu'elle vous auroit donné et de celuy que je ne pourrois éviter; vous étiez mes enfants et moy votre père, il ne se peut que l'attachement ne soit réciproque, et qu'ensuite la séparation ne soit également douloureuse i vous et à moi. L'âge où je me trouve ne me donne pas assez de force pour vous voir dans la peine sans m'en laisser accabler; c'est, mes chers enfants, le sujet qui me fait contenter de consulter Dieu et ma conscience , sans pourtant vous obmettre de ce quy est de vos intérêts. Je ne m'étens pas icy à vous faire entendre la peine que je ressens de cette séparation, vous la concevez assez, et la manière dont vous avez vécu avec moy et moy avec vous , est une trop forte conjonction , que je ne puis me séparer de vous sans me faire une très grande violence, il faut néantmoins que j'avoue que ma douleur s'adoucit beaucoup, par la pensée du mérite et du rang que tient dans l'Eglise et daus le royaume celuy que vous avez choisi pour me succéder ; il seroit superflu de vous en faire l'éloge, puisque tout parle de ce grand cardinal et qu'il suffît d'avoir eu l'honneur de sa conversation pour être persuadé de sa générosité, de sa bonté, et de toutes les autres vertus quy brillent en cette Eminence que le roi a bien voulu vous accorder; sy j'ay été assez heureux de vous voir toujours contens tout le tems que je vous ay gouvernés , je ne doute pas que vous ne le soyez encore plus sous la très-sage conduite de ce grand prélat, dont l'autorité vous sera toujours une très-puissante protection; ne croyez pas que les graods emplois pour l'Eglise et pour le royaume diminuent ses soins pour ce qui vous regarde , il a l'esprit trop élevé et trop* universel et une bonté trop bienfaisante pour vous refuser une bonne partie de ses soins et la vigilance que vous en espérez; c'est ce quy fait que je quitte ma charge sans chagrin , la voyant si dignement remplie ; j'ay encore cette consolation d'avoir rétabli le temporel de cette abbaye, sans, par la miséricorde de Dieu, que ma couscience me reproche en rien d'avoir négligé le spirituel : je trouvay, à l'entrée de ma charge, le monastère chargé de plus de cinq cent mille livres, sans provisions, sans argent et dans une pauvreté sy pressante , que les meubles et la crosse môme de l'abbé étoient engagés au mont- de-piété , les bâtimens fort gâtés, plus de cinquante églises de notre nomination désolées , toutes les censés ruynées par la longueur d'une très fâcheuse guerre quy ne 8'étoit jamais éloignée de nous ; j'ay rebâti et réparé les églises , rétably les fermes quasi toutes entières, déchargé quasy toutes les debtes. Pour le spirituel, j'ay, Dieu mercy, de

* Pompa fun«bris opUinl polentisque principis Albcrtl Pii , etc., vol. In-fuUo obUmg. » V Gallia Ckristiana. - Le Glay, Cameroe. Christ. - Le P. Ignace, SU. cité.

quoy me consoler que le relâchement que la guerre a coutume de causer, n'a pas trouvé lieu chez nous; la grande soumission que j'ai trouvée en vous, les bons réglemens que nous y avons mis, ont maintenu la discipline, et votre vertu me fait espérer qu'elle ne diminuera jamais , qu'au contraire votre zèle y donnera de nouveaux accroissemens. La Providence a voulu que je vous gouvernasse trente-trois ans, et m'a donné la satisfaction de n'y voir jamais de troubles, j'espère de la bonté divine que la paii y sera toujours et que Dieu vous continuera ses bénédictions ; je vous donne la mienne avec tendresse , avant de cesser d'être votre père, je vous asseure de mon souvenir et de mes prières jusques à la mort ; vous m'avez toujours témoigné trop d'obéi«3ance et trop d'amour pour ne point m'accorder les vôtres, pour que Dieu use de miséricorde avec moy, et que je puisse en sa présence lui recommander avec plus d'effusion tout ce quy est de votre salut; c'est dans cette asseurance que je me dis avec des sentimens pleins d'amour et de tendresse,

Votre bon père et abbé, François Du C.*lon*«.

Le cardinal Cèsah d'Estrèrs, evêque-duc de Laon , fut le premier abbé co romani ;i tu ire de l'abbaye d'Anchin. Par une lettre de cachet de la fin de Tannée 1670, le roi Louis xiv l'avait nommé coadjutettr de l'abbé de Calonnc , avec future concession. En vertu donc de celte lettre, en 1081, année de la mort de son prédécesseur , il fut élu par la communauté , et fut installé sur le siège d'Anchin.

L'abbaye d'Anchin, depuis les premiers temps de sa fondation (1079), avait été en possession du droit d'élire ses prélats; il n'y avait pis encore eu d'exemple d'une présentation pareille à celle qui était faite du cardinal d'Estrées , ni avant ni depuis la capitulation de 16f0; c'est-à-dire que jusque-là l'élection avait été libre , même celle de la personnne de dom François de Calonne. Cependant les religieux s'étaient soumis à la volonté du roi , dans l'espérance des avantages qui pourraient résulter pour l'abbaye de la nomination d'un personnage puissant ; et dans la pensée aussi que cela ne tournerait pas à conséquence pour l'avenir, attendu que la lettre de cachet même portait expressément : que l'abbaye demeurera en règle après la mort du sieur cardinal d'Estrées, en sorte qu'un religieux de l'ordre lui puisse succéder selon les règlements de V abbaye , conformément aux coutumes du pays , et sans que la nomination faite de sa personne pût être tirée 'à conséquence à l'avenir, etc.

Mais les espérances des religieux ne tardèrent pas à se changer en regrets amers. Le prélat grand-seigneur, occupé du soin de soutenir un état brillant à la cour, et constamment employé au service du roi dans des missions et ambassades à Rome , en Espagne et dans d'autres pays étrangers , ne séjourna que fort peu et rarement dans l'abbaye d'Anchin , avec laqueltle il n'eut guères que des rapports forcés pour les nombreux procès qu'il intenta à ses religieux, ou que ceux-ci lui intentèrent. On compte au moins vingt procès dont le cardinal ne gagna qu'un seul*. Véritablement pour le cardinal d'Estrées, évêque d'Albano, duc et pair, abbé commeudataire de plusieurs riches abbayes, Anchin n'était, comme on dit, qu'une bogue de plus à son doigt. Toutefois , c'était un joyau qui avait bien son prix, que celui qui lui rapportait quarante-cinq mille livres, sans compter les collations et bénéfices dont il prétendait disposer, bien qu'il n'eût aucun titre ni droit ecclésiastique pour cela , puisqu'il n'était que commeudataire et qu'il n'était pas encore pourvu des bulles qu'il n'a obtenues qu'en 1096 seulement.

En outre , les religieux ont du souffrir qu'on enlevât tous les effets et dépouilles de dom François de Calonne , lesquels cependant, étaient les effets de la commit-

• Wrr l*n«re , M*. M<-ni du dlw. d'Arrat.

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