‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 28 sur 306 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

teurs , contre les contestations et les désirs des héritiers de ces donateurs; n'ayant enfin pour résister à la main vivante de la force temporelle et à l'action de la famille selon le sang ; qne la main morte d'un être abstrait qu'on appelle abbaye , monastère , couvent , c'est-à-dire d'une famille , sans parenté , sans héritiers selon la loi de chair.

La chronique des abbés de Lobbes nous apprend qu'Alvise était flamand de nation , et que c'est chez les moines de cette même abbaye de Lobbes , dans le pays de Liège, qu'il fit son noviciat religieux". Créé abbé d'Anchin , c'est lui qui reçut à la profession le moine Léon , lequel , lorsqu'Alvise fut promu à l'évèché d'Arras , fut nommé abbé de Lobbes. Le chronographe du monastère de St-Sépulcre fait un grand éloge d'Alvise : « Il a laissé , dit-il , des traces qui ont subsisté jusqu'aujourd'hui et qui témoignent de la force et de la magnanimité de son âme. — En effet, dit un écrivain d'Anchin, il était couronné des fleurs delà double sagesse divine et humaine; doué d'une souveraine éloquence; chez lui la vigueur et la magnificence de la parole était au service de la prudence, et la religion donnait autorité à ses discours. Alors la maison d'Anchin reluisait de l'éclat des hauts personnages soit laïcs, soit clercs, qui affluaient de tous les pays vers ce monastère pour s'y faire une meilleure vie et y chercher le chemin du salut. Et Alvise , par la sagesse et l'habileté de ses conseils, par l'exemple des perfections de sa vie, était pour tous comme un flambeau qui éclairait les voies du royaume des cieux »

Alvise, célèbre par la science, par la pureté et la vigueur de sa doctrine, et instruit par les préceptes et par l'exemple de saint Bernard, dont il fut un ami et un des plus valeureux lieutenants , a été appelé à remettre l'ordre et à réformer la discipline dans un grand nombre de couvents , même les plus éloignés. 11 existe deux lettres de saint Bernard adressées à Alvise, l'une", fort étendue et fort affectueuse , dans laquelle l'illustre abbé de Clairvaux lui demande en quelque sorte pardon d'avoir accueilli dans son troupeau un certain moine Goduin, qui avait quitté le monastère d'Anchin sans le consentement de son abbé; et l'autre u, lorsqu'Alvise était évêque d'Arras. On voit par les termes de ces lettres dans quelle amitié et dans quelle estime Alvise était auprès du grand saint Bernard.

Mais ce n'était pas seulement sur des hommes de l'Eglise qu'Alvise avait une puissante autorité par la vénération et la crainte qu'il inspirait, mais aussi sur les séculiers et même sur les hommes de guerre. On rapporte qu'un certain chevalier, du nom de Régnier, ayant envahi quelques champs qui appartenaient à l'église d'Anchin , afin de s'en assurer la possession , avait érigé un petit fort auprès d'Auberchicourt. Alvise , ne voulant pas supporter une telle violation des droits de son église, lança contre l'usurpateur la foudre de l'anathème. Mais cet impie , méprisant le glaive divin , vint en armes au-devant de l'homme saint , qui , selon sa coutume , était à se promener en chantant des hymnes et en récitant les psaumes. Le vénérable abbé n'interrompt pas sa prière et ne se détourne pas de son chemin , malgré les cris de terreur des moines qui étaient accourus. Le chevalier impie brandissait son épée jusque sur le scapulaire de l'abbé, et il allait le frapper au cœur, quand Dieu permit que, par le secours des assistants, ce forfait sacrilège fût empêché. Le prélat , ayant achevé paisiblement la lecture de ses heures, s'adresse aux fidèles qui étaient présents : «Soyez bénis, leur dit-il.»

11 Chronlcon antltUtum Lnbicnsium. " Fr. de Bar. Ms. cilé, p. 163.

11 S<inc<i Bemardi Opéra omnia% Kpist. lxv. » Ibid. KjiisJ. cccxcv.

$8 ABBAYE D'ANCHl N.

Et au furieux : «Fuis, excommunié! je ne crains ni tes menaces ni toi qui es maudit. » Le chevalier, qui n'avait pu ôter la vie au saint homme que Dieu protégeait , appelle ses satellites et leur commande de courir à Anchin , d'arracher l'image dn crucifix et de la jeter aux épines. Mais sur ces entrefaites, et par un miracle du ciel ,' le misérable expira.

L'abbé Alvise assista au sacre du roi Philippe i" fait à Reims, et son nom se rattache aux actes religieux et aux fondations les plus importantes de son temps u.

Par la suite, Alvise amena de plus en plus les religieux d'Anchin à la discipline régulière de Cluny, que l'abbé de St-Bertin , Lambert, avait apportée de Cluny même, et qu'il avait introduite chez les moines de St-Bertin. Alvise aussi saisissait l'occasion de toutes ces circonstances pour manifester sa grande piété et pour en propager les fruits. Par ses soins et à sa sollicitation , l'évèojug. jT A rras , Mgr Lambert, vint à Anchin aux ides de juillet 1130, pour la cérémonie de la dédicace de la sainte Croix, dans laquelle croix étaient renfermées des. reliques de saint Nérée , de saint Achille, de saint Pancrace, de saint Clément, de saint Gordaine et de sainte Marguerite , du prophète Jean , des saints Innocents , avec une parcelle du sépulcre de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Peu de temps après cette consécration , et dans la même année 1130, l'évêque Lambert rendit son âme à Dieu.

Alvise avait acquis un grand renom qui le recommandait , non-seulement auprès des pontifes de Rome, mais aussi dans toute la Gaule, et particulièrement dans les provinces de Belgique , ayant gouverné pendant vingt ans avec tant d'énergie et de prudence le monastère d'Anchin. Aussi, et dans ces temps devenus si difficiles par les troubles qui agitaient l'Artois , aucun ne fut jugé plus digne et plus capable de succéder à l'évêque Lambert ; et il fut appelé d'une commune voix , par les clercs et par le peuple à occuper le siège épiscopal d'Arras. Cette ville alors était travaillée par des haines invétérées , saccagée par des sédiditions continuelles et par des luttes sanglantes. Les principaux moteurs de ces tumultes étaient le chevalier Ansel municipe , connu dans la cité , Guido de Ripilly , et Hugues , comte de St-Pol , surnommé Candavene '*. Le meurtre et le brigandage désolaient la ville et y répandaient le deuil et l'horreur. C'est alors qu' Alvise arriva comme une providence , et bientôt il parvint , par une admirable prudence et une merveilleuse sagacité, à réconcilier les furieux acharnés et à remettre le calme dans la cité.

Cependant les labeurs de son épiscopat n'empêchèrent pas Alvise de continuer à prendre soin des intérêts et de la gloire de la maison d'Anchin. Parmi les vieux , titres relatifs au prieuré de Sl-Sulpice de Doulens qui appartenait à Anchin , on a retrouvé des lettres de Guarin, évêque d'Amiens, et iV Alvise, évêque d'Arras, j qui témoignent que l'église et le cimetière de ce prieuré ont été consacrés par Alvise.

Après avoir calmé les esprits et remis la paix dans le diocèse, Alvise apporta de nouvelles réformes dans les églises de son évèché. U rencontra beaucoup de censeurs et même des ennemis; mais dans la lutte, l'amitié et l'appui de saint Bernard ne lui manquèrent pas. Nous avons essayé la traduction d'une lettre de l'abbé de

» GaUia Christ. I. m, p. 41t.

» « Hugues de Cnndavene, comte de St-Pol, s'était rendu coupable de plusieurs excès; il avait tué le comte « de Ponthien : il avait égorgé un prêtre a l'autel dans le temps qu'il offrait le salut sacrifice; il avait brûlé In » ville et l'abbaye de Sl-Riquicr , et quantité de personnes avaient péri dans cet incendie. Les évèijiics avalent » cru devoir prendre connaissance de tant de crimes, et avaient excommunié Candavene. Il rentra cuUn en lui- » même : on lui imposa pour pénitence de bâtir deux monastères qui furent Orcamp et Cercamp. «

Hist. d'Artois, par dom Devienne. 2' partie, p. 9». — in-8- — 1*84,

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