CHAPITRE V
Clairvaux, adressée au pape Innocent 11, dans laquelle saint Bernard défend son ami contre les calomniateurs. On y retrouve le fougueux emportement et la rude énergie de ce puissant soldat de la foi.
« Au très-cher père et seigneur Innocent, par la grâce de Dieu , souverain pontife : Bernard, qu'on appelle abbé de Clairvaux, ce qui est peu de chose.
» L'esprit humain peut se tromper ou être trompé; cela n'est ni nouveau ni étonnant. Il faut se garder de l'un et de l'autre , parce que des deux côtés il y a péril; et pour éviter ce péril l'Ange du grand conseil vous a indiqué un préservatif, quand il a dit : Soyez prudents comme les serpenls , et simples comme les colombes. (Matth. x. 10), pour que la prudence ne soit pas abusée et que la simplicité ne s'abuse pas.
» Les moines de Marchiennes sont venus vers vous dans un esprit de mensonge et dans un esprit d'erreur contre le Seigneur Dieu et contre son Christ. Ils se sont constitués en état d'iniquité envers l'évêque d'Arras, dont la conduite et la vie ont été jusqu'à présent en bonne odeur en tout lieu. — Qui sont donc ceux-là qui mordent comme des chiens? qui appellent le bien le mal, qui prennent la lumière pour les ténèbres? Qui sont donc ceux-là qui , contre la loi , jettent des paroles de malédiction dans l'oreille du sourd, et des écucils sur le chemin de l'aveugle? — Seigneur, pourquoi es -tu en colère contre ton fils? Pourquoi as-tu réjoui les ennemis de ton fils? — Qu'est donc devenue cette parole de l'Apôtre: Me croyez pas à tout esprit t mais éprouvez si les esprits sont selon Dieu. (Jean. iv. 1.) •
— Je me confie dans le Seigneur Dieu parce qu'il confondra leurs desseins : et lorsque ce qui est vrai aura apparu , ce qui est faux se dissipera , afiu que l'iniquité ait menti à elle-même. — Nous avons entendu de nos oreilles avec quelle sincérité et avec quelle fermeté il a défendu la foi et l'Eglise romaine en face du roi et des princes. Il viendra vers vous dans son innocence au jour de sa vocation. Il a envoyé en avant le porteur de ces présentes, son fils, archidiacre, dont nous recommandons la personne et les mœurs à votre mansuétude. D'autre part est venu vers vous l'abbé de Sl-Vast ,7, homme entièrement ennemi de soimême, des siens et de son église; homme qui a reçu en vain le nom d'abbé, car il cherche ce qui est de son intérêt et non la voie du Christ; mais tel est le père , tel est le fils qui est avec lui : qui n'a respecté ni sa conscience ni sa renommée. Moquerie et dérision à ceux qui sont avec lui , je parle de G..., son moine.
— Puisse l'esprit de vérité vous faire séparer la lumière des ténèbres , repousser le mal et choisir le bien **. »
Par suite, Alvise fut en une telle faveur auprès du Saint-Siège, qu'Eugène m, souverain pontife, lui confia la mission de porter le secours de la croix et de la parole évangélique dans la Palestine, où les Chrétiens perdaient par leurs divisions ce qu'ils avaient conquis par leur courage. C'est cette seconde croisade (an 1 1 46), qui avait été si puissamment prèchée par saint Bernard , et dans laquelle entrèrent Conrad m, empereur d'Allemagne, Louis vu, dit le Jeune, roi de France, et presque tous les princes du monde chrétien. Thierry d'Alsace, comte de Flandre, qui s'y était engagé pour la seconde fois , car il y retourna une troisième fois en 1159 partit avec une belle armée, et en compagnie de l'évèque Alvise. Notre
17 II «e nommait (iualterus. 42* abbé. •» S. Bernardi Opéra omoia. Eplst. cccxxiix.
« Thierry d'Alsace , comte de Flandre, rapporta de la Terre-Sainte le Sang de notre Sauveur, qui repose
— à Druge». 11 retourna en Syrie en tl5»j alors il a pria un nouveau scel avec uo contre-scel, dont il cal le
prélat fut d'un grand secours dans celle guerre sainte, par les sages conseils qu'il donnait, et par les nombreuses missions et légations qu'il a remplies, notamment pour le roi de France Louis vu, qui le tenait en grande considération. Or, comme ils étaient en marche vers Couslantinople (1 147), le roi Louis, pour empêcher qu'une multitude infinie de Chrétiens ne pérît de faim et de misère, envoya, comme ambassadeur, le prélat vers l'empereur Conrad, pour le conjurer de faire prendre un autre chemin à ses Iroupes qui étaient presque innombrables ; et Alvisc réussit dans celte ambassade.
Peu de temps après, ayant rempli sa sainte et glorieuse mission, Alvisc se mil en route pour revenir dans la patrie , eu même temps que l'empereur Conrad , Louis vu, roi de France, et son frère Robert, Henri, comte de Meaux , (jirault, évéque de Langres, et d'autres encore, qui eurent, ainsi que toute l'armée, beaucoup à souffrir des fatigues de toute sorte , de la disette et de l'inclémence du climat. Enfin, épuisé par la lutte, Alvisc tomba malade, et mourut à Philippopolis ( l'hilippes), ville de la Macédoine1", où il fut enseveli avec de grands honneurs, et on lui fil une magnifique épitaphe. Nangis , moine du couvent de St-Denis de Reims, lixe la mort d'Alvise au 8 des ides de septembre 1 1 48 ; et il en fait beaucoup d'éloges". Un ancien historiographe d'Anchin , déplorant la mort d'Alvise, s'écrie : « On a pu dire véritablement, que le char n'a existé qu'autant qu'a vécu le conduc- » teur : car peu après sa mort toute l'armée de France , comme un char submergé » qui a- perdu son cocher, a été livrée aux ravages de la destruction. »
• premier auteur entre les comtes de Flandre. Au fond du scel croit un arbrisseau daclier, en témoignage ci « retour de Jérusalem ; la téte couronnée de lauriers au contre-scel , signifie les victoires qu'il obtint en S> rie. »
V' tciAVX du comte* </r Flandre.
C'iltia fhris'. I. .1. p, .12fi. » lhid.