CHAPITRE VI
son m ai* e. — saint gossci* , — sa naissance, — ton enfance. — Une femme inconnue lui prédit ta destinée. — Ses étude». — Il va à Parte, fréquente les écoles. — Sa rencontre au cloître Stc-Genevièvc , et sa lutte arec Abélard, — son iriompne. — Il revient à Douai, — il est muni d'un canonicat à St-Amé. — Il veut suivre la vie monachale, — 11 se présente à l'abbé d'Anchin Alvtoe. — Tentations du démon. — Mort de son premier maître. — Il fait profession au couvent d'Anchin , avec son jeune frère Bernard. — Nouvelles tentations ; tiédeur de l'àme. — Il est guéri par la lecture des ouvrages de saint Grégoire.— Après un an de noviciat, Gossuin est ordonné prêtre. — Nommé aux fonctions de 4 * prieur, puis de 3* prieur, — il acquiert une grande renommée. — Il est appelé dans divers couvents pour les réformer. — Abélard, après le départ de Gossuin, devient plus orgueilleux. — Aventure* d'Abélard, — sa condamnation au concile de Sens. — Il est envoyé au couvent de St-Mcdard de Soissons, et est mis sous la direction de Gossuin. — Gossuin tombe malade. — Sa guérieon miraculeuse. — Gossuin quitte l'abbaye de St-Mcdard. — Son retour à Anchln , où II est nommé prieur claustral. Mort de son frère Bernard, maître des novices. — Alvlse, appelé au siège épiacopal d'Arrat. — Gossuin est nommé abbé d'Anchin. - Abélard , réconcilié avec saint Bernard. - Sa mort.
Alyisb ayant été nommé évèque d'Arras, le prieur du monastère d'Anchin, Gossuin , fut appelé par le vœu unanime des frères et de l'assentiment de tous , à gouverner cette abbaye.
Gossuin , qui est designé', dans les chroniques et dans beaucoup de chartes et actes anciens , sous les noms divers de Gosso , Gosson , Goduin , Gorvin ou Gorduin et même de Warin , avait déjà acquis de la célébrité comme philosophe et comme savant au temps qu'Alvise gérait la prélature d'Anchin. Dès l'annéo 1113 ou 111 i, Gossuin avait fait profession au monastère d'Anchin, et y avait pris l'habit de l'ordre de St-Benolt, pour se livrer tout entier à l'étude de la philosophie chrétienne et à la pratique de la vie religieuse. Selon quelques-uns, ce serait en 1 130 que saint Gossuin aurait été promu à l'abbatiat; cependant, comme il s'était passé quelque temps pour l'élection et l'inauguration d'Alvise au siège épiscopal d'Arras, il est assez probable que celui-ci avait gardé pendant cet intervalle l'administration du monastère d'Anchin. Toutefois, dans un acte de l'an 1131 ', Gossuin est qualifié abbé (abbas Gossuinus). En cette même année il avait assisté, aussi en qualité d'abbé, au concile de Reims que présida le pape Innocent n.
Gossuin , qui devait acquérir un si grand nom parmi les hommes , et un mérite bien plus précieux auprès de Dieu , avait reçu le jour à Douai de parents honnêtes, et dans ces temps désastreux où cette ville était saccagée par les Normands et les Danois.
Ses parents l'élevèrent dans les principes d'une pure piété ; et dès son âge Te plus tendre, il avait été voué à de saintes pratiques. Son enfance , dit un vieux chroniqueur, avait été nourrie d'un lait divin , et à l'entrée de la vie il avait été marqué
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ABBAYE D'ANCIIIN.
d'un stygmale sacré. Un jour qu'il était dans une église, jouant avec d'autres enfants de son âge , ne songeant à rien autre qu'à leurs jeux , une femme inconnue apparut , qui attirant à part l'enfant prédestiné , l'examina , et après l'avoir reconnu pour être celui vers lequel elle était envoyée, à un signe qu'il portait au côté droit du menton, et qui était une petite cicatrice blanche et ronde : «Apprends, dit-elle, que tu seras un jour prélat ou abbé.» Et puis elle disparut sans que l'enfant ait pu savoir comment et par où elle était venue ni par où elle s'en était allée. Mais ces paroles l'avaient frappé; elles germèrent et prirent racine dans sa mémoire, et elles furent pour lui comme un avertissement de sa destinée et une sauvegarde tutélaire dans la vie \
La perspicacité de son génie et les lumières de la grâce qui l'illuminaient rendirent rapides et brillants les progrès qu'il fit dans l'étude des lettres, et elles lui donnaient une grande supériorité sur ses condisciples. Arrivé à l'âge de l'adolescence, ses parents l'envoyèrent à Paris, où il étudia la philosophie; et il devint, en peu de temps , fort habile dans le maniement des armes de la dialectique. Bientôt passé maître, il se trouva à la tête de nombreux disciples qui venaient écouter ses leçons. Cependant il ne négligeait pas la science des Ecritures sacrées, afin de se prémunir contre les erreurs par le bouclier de la foi.
Dans ce temps -là, brillait à Paris un certain Pierre Abélard, originaire de l'Armorique, et disciple du docteur Roselin, célèbre philosophe , qui , le premier, a fixé la valeur des mots en logique; il avait étudié la théologie avec Anselme, évéque de Laon , et avec Guillaume , évèque de Sens. Cet Abélard avait acquis une grande célébrité à Paris, et il y avait ouvert une école dans le cloître de Ste- Geneviève , où accouraient une quantité prodigieuse de disciples , avides d'entendre sa parole.
Sota. Personne n'Ignore les curieux et importants travaux qui ont été produits, notamment dans ces derniers temps, au sujet d'Abélard, de sa vie, de ses ouvrages, de ses doctrines, etc. Mais constant dans la marche que uous suivons', nous présentons les faits qui touchent à ce célèbre personnage comme tous les faits qui entrent dans cette Chronique. Nous les présentons sans changer le point de vue auquel nous les avons trouves placés , les laissant avec la forme, et dans l'atmosphère où nous les avons rencontrés. — CelA dit une foi* pour toutes, poursuivons.
Enivré par les applaudissements de la foule , et cédant à l'entraînement du succès , Abélard mêlait dans ses raisonnements, au miel d'une éloquence cicéronienne , le venin de la plus détestable hérésie , s'atlaquant au dogme de l'unité de la Très- Sainte Trinité. Il avait puisé ces doctrines empoisonnées aux enseignements d'Arranus et de Sabellius.
Gossuin, zélé défenseur de la foi, en assistant aux leçons d'Abélard, souffrait des atteintes portées à la pure doctrine catholique et aux dogmes sacrés reconnus et respectés par les plus grands philosophes. Et il était constamment excité et harcelé par ses disciples, qui lui représentaient que lui, docteur en philosophie et en théologie , ne devait pas supporter plus longtemps que la jeunesse studieuse fût ainsi infectée d'hérésies. De son côté, maître Jostenus (qui fut par la suite évêque de Soissons), lié d'une étroite amitié avec Gossuin, le dissuadait de se mesurer avec Abélard, ce puissant champion de la scholastique , ce vétéran consommé dans les arguments philosophiques, invinciblement acharné à ses dogmes. Mais Gossuin , fort du sentiment de la vérité et soutenu de la grâce divine , ne
* Vtla D. Co*suini, abbatit Jquie. M*, du 12» siècle, in-l J. Bil.l. de la ville de buual , n- 813 du catal. des Ma.