‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 34 sur 306 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

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» amènerons à la discipline régulière de l'honnêteté. » Alors Abélurd consterné, et dans la crainte d'avoir à subir le fouet réservé aux récalcitrants , prit le parti de l'obéissance, et se soumit aux prescriptions de la règle de saint Benoit que Gossuin lui enseignait u.

Gossuin, qui se livrait à des veilles et à des oraisons continuelles dans le couvent de St-Médard de Soissons, se sentit gravement malade; et comme il était naturellement d'une complexion frôle, il fut bientôt tellement affaibli , qu'il pouvait à peine marcher. Cependant il n'osait révéler son état à l'abbé, dans la crainte qu'il ne l'obligeât à interrompre ses pieux exercices , et qu'en son absence , le bien qu'il avait pu faire, encore trop récent, ne fût perdu, et que les mœurs des frères ne se relâchassent de nouveau. Il avait peur aussi qu'on ne crût qu'il n'apportait plus à ses fonctions tous les soins et la vigueur nécessaires. C'est pourquoi il dissimula aussi longtemps qu'il le put la violence du mal. Mais se sentant dépérir et en danger de mort, il se conforma à ce que prescrit saint Benoît, et il prit conseil de son révérend abbé; du reste, s'en remettant à Dieu et à saint Grégoire, en qui il avait une dévotion particulière. Une nuit, après que les frères étaient allés se coucher , resté tout seul dans l'église , où il adressait , selon sa coutume , de ferventes prières à Dieu, il fut ravi en extase, et il vit sortir comme d'un mausolée magnifique saint Grégoire tout resplendissant, qui portait dans un petit vase , en forme de cuiller, une liqueur qu'il présenta à Gossuin , en lui disant : « Bois, ceci te sera salutaire. Ne crains pas, ce sera dans ta bouche comme » un doux miel , et tu seras guéri. » Gossuin but le remède , et la vision disparut. — Revenu à lui , Gossuin reprit son oraison au point où elle avait été interrompue , et alors, éprouvant les effets bienfaisants du breuvage miraculeux , un doux soulagement s'ensuivit, et H fut guéri. Au demeurant, le corps du grand pape saint Grégoire était en honneur chez les Soissonnais dès l'année 830, ainsi que l'insinue l'historien Alexandre", et que l'affirment Sigebert et Anloninus, dans la seconde partie de ses histoire, tit. 16. c. i. §3; après, Vincent de Beauvais, dans le Miroir des histoires; ce que répète encore Sigebert, lorsqu'il parle du corps de saint Sébastien, transporté de Rome au monastère de St-Médard. Depuis, en l'an 1582, lorsque le démon fut chassé par miracle du corps d'un homme à Soisssons, don» Charles Blendec , religieux et prieur de Marchiennes , constata la présence , à Soissons, du chef de saint Grégoire; et dans son histoire, il en produit des preuves appuyées sur les témoignages de notaires, et sur des actes publics M.

Gossuin ne quitta l'abbaye de St-Médard de Soissons que lorsque l'œuvre de réformation , qu'il avait entreprise, fut complètement achevée, et lorsqu'il jugea que la discipline y était assez solidement constituée et affermie. La renommée de ses vertus s'était accrue encore et s'était répandue par toute la France , et il fut demandé pour aller à Reims , afin d'y reconstituer la célèbre abbaye de St-Remy , selon la règle et la discipline de saint Benoit. Quand, par sa haute sagesse et sa grande habileté, il eut ramené ce beau monastère à sa splendeur première, il fut rappelé par son supérieur Alvise , et il fut institué prieur claustral d'Anchin. Son frère Bernard fut en même temps promu à la charge importante de maître des novices, avec la fonction de recevoir la confession des religieux. Ce Bernard eût été par la suite appelé à de plus hautes dignités , car il était aimé et chéri de chacun ;

«v Ms. du moliic Alexandre. ,s Vita Cosuini. M*, cité.

"Cinq hhloiret admirables , etc., ln-8", Paria, I&82 et ifil 3-

mais le Seigneur Dieu l'a appelé à lui , et l'a ravi trop tôt à la tendresse de ses frères.

Gossuin répandit incessamment et de plus en plus l'influence de ses exemples pieux et les effets de ses vertus, non-seulement dans l'abbaye d'Anchin , mais encore dans la Belgique , dans la France et dans les contrées éloignées. Il fut vivement sollicité par les moines de l'abbaye de St-Pierre , de Chàlons-sur-Marne , de venir prendre la direction de leur monastère. En même temps ceux de Lobbes suppliaient Alvise, par prières et par lettres, qu'il leur donnât Gossuin pour chef et abbé. Sur ces entrefaites, ainsi que nous l'avons dit plus haut, vers l'année 1130, selon le témoignage de Sigebert , Lambert , évoque d'Arrae , étant mort , Alvise fut appelé à le remplacer sur le siège épiscopal , et Gossuin , par le vœu unanime de tous les frères , fut élu abbé d'Anchin.

Après le départ de son directeur Gossuin, Abélard était resté assez longtemps encore dans le couvent de St-Médard de Soissons. Devenu vieux, il se retira au monastère de Cluny, où il fut accueilli avec grande humanité par Pierre Mauriacenus ( Pierre-le-Vénérable ), qui .en était abbé, et parles soins duquel il fut réconcilié avec saint Bernard , après que Bérenger de Tours , qui avait assisté aux leçons d'Abélard , avait eu le courage de défendre contre tons le nom et la réputation de l'infortuné docteur. 11 reste une épître élégante de Pierre-le- Vénérable au pape Innocent, qui témoigne de ces choses. Mais Abélard ne séjourna que peu de temps à l'abbaye de Cluny ; devenu malade , il fui envoyé au prieuré de St-Marcel , à Châlons-sur-Saône , où il mourut en 1 i 42. Au cinquième livre des ouvrages de Pierre-le-Vénérable , on voit une épttre à Héloïse , sur la mort de l'homme illustre qui avait été son époux, et à la louange aussi de cette femme célèbre, qui avait adressé à ce même Pierre-le-Vénérable six livres très-doctement écrits. On a retrouvé dans la bibliothèque du collège de Sorbonne à Paris, les Sermons composés par Abélard pour les religieuses du Paraclet , chez lesquelles vivait son épouse Héloïse. Une grande partie des documents relatifs à la vie et à l'histoire d'Abélard sont consignés dans les Annales de France , dans Papyrius, Paul Emile, Bernard d'Evreux, et dans les lettres de saint Bernard au pape Innocent , aux cardinaux , aux évéques , etc. La bibliothèque de Douai possède plusieurs manuscrits qui se rattachent à l'histoire et aux actes d'Abélard , et qui sont décrits au catalogue rédigé par M. Duthillœul , bibliothécaire.

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