‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 39 sur 306 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

» ni venir devant la cour, ni aborder la cause, ni subir le jugement; et bien

» que ceux qui ont traité de la loi , tant naturelle que positive , ont statué que

» tout vassal {homo) doit constamment à son seigneur la conservation (incolwne),

» la sûreté (tutum), l'honnête (honcstum), l'utile (utile), le facile (facile), le

» possible (possibile. — La conservation : de sorte à veiller au salut du seigneur

» comme au sien propre. — La sûreté : de telle sorte qu'il n'enlève rien à son

» seigneur, dont celui-ci se puisse faire un moyen de défense. — L'honnête:

» qu'il ne dise , ni fasse rien de contraire à l'honneur de son seigneur. — L'utile :

» que par son fait les biens de son seigneur ne dépérissent pas , mais soient

» plutôt accrus. — Le facile : que ce qui est facile à faire ne soit pas , par ses

» efforts , rendu difficile. — Le possible : qu'une chose possible ne devienne point

» impraticable par ses machinations

» Ce Chiret, néanmoins, s'obstinant en toutes choses défendues, s'enorgueil-

.» lissait outre mesure , et faisait tout le contraire de ce que le devoir lui pres-

» crivait. En effet , il menaçait de mort son seigneur , ce qui répugne à la con-

» servation qu'il lui doit. Au mépris de la sàreté, qu'il lui devait garantir, il

» tuait ses serviteurs, qui auraient pu le défendre. Il l'outrageait, ce qui était

» contraire à Yhonnétetè. Il brûlait ses maisons, éventrait ses animaux, contre

ti l'obligation qu'il avait de lui être utile. Contre le facile, il lui obstruait les

» voies , et de toute manière se montrait incorrigible en lui empêchant le possible.

» Comme tout espoir qu'il se corrigeât s'en était allé au vent, et que tous les

» conseils avaient été inutiles ; des hommes de bien craignant qu'il ne cherchât

» à déraciner la plantation du Père céleste, qu'il ne dissipât le pécule du Fils,

» qu'il ne ruinât la demeure du Saint-Esprit, décidèrent que celui que l'Eglise

» avait rejeté de son sein pour ses crimes , devait être jugé par un jugement qne

* l'Eglise n'admet pas , et qu'il fallait en venir avec lui aux lois de la monomachie. » Et enchaînant, par ce lien, le Protée au visage changeant, ils armèrent contre »> lui un certain Alleman, qui tenait son fief (casamentum) de l'église, et pro- » cédant dans la cause selon l'ordre et la forme judiciaire, on se rendit au lieu » du combat.

» Pendant ce temps , le vénérable abbé , portant toutes ses pensées vers le Dieu

» tout-puissant , priait pour que l'honneur de l'Eglise du Seigneur fût conservé

» intact, et que le parfum de sa bonne renommée ne se perdît pas; pour que

m l'Epoux céleste ne permît pas que la face de sa bien-aimée fût flétrie d'un

" Celte prescription du droit féodal, que rappelle et commente Alexandre, est indiquée un siècle auparavant, dans nue lettre adressée au rot Robert, flls de Hugues Capet, par Fulbert, evëque de Chartres (de 1007 à 1029) et chance! ter de France i Qui domino suo fldetiiatem jurât , ista sex semper in memorià débet habere : incolume , tutvm , honestum, utile, facile, pottibile, etc. (Fulbert! Carnotcnsis eplscopl. eplsl. 85.

M. le conseiller TatDiar, dans son très-savant livre Précis det institutions du peuples de l'Europe occidentale , ait wu>yen-dge, pages 80 et t?, signale ce passage de la lettre du chancelier Fulbert, cornu* un des monument* les plus curieux pour l'histoire du droit féodal, et il en donne la traduction que voici : « Ayant été invité à écrire quelque chose touchant la forme de la fidélité, j'ai pensé devoir faire connaître ce qui suit, d'après l'autorité de divers livres : C'est une obligation , pour celui qui Jure fidélité, d'avoir sans cesse devant la mémoire les six pointe suivants , et de se rappeler qu'il doit à son seigneur : eonwrealion ,

- sûreté , honneur , utilité, facilité, possibilité. Conservation : de manière à n'être point nuisible 4 son seigneur,

- quant à son corps. — Sûreté : afin de ne pas lui porter dommage relativement à ses secrets , ou aux forteresses

• qui peuvent garantir sa sûreté. — Honneur s pour ne pas lui être préjudiciable en sa Justice , ou en d'autres

- choses qui concernent son honneur. — Utilité : afin de ne pas lui nuire dans ses possédions. —Facilité ou prvMibilité t de manière à ne pan rendre diflkile à son seigneur, ce qol lui était facile, on imposait* ce qui

- était possible. »

On peut voir que l'explication ou Interprétation que donne notre Alexandre, de ce texte qui prescrit le ol.liMlinns du vassal envers te seigneur, n'est pas de tous p»\n\i conforme i celle de Fulbert.

Si»

» honteux opprobre , noircie et souillée de l'encre et du charbon de l'infâmie. » Aux prières du père , les fils joignaient leurs prières ; et les vœux du peuple » fidèle s'unissaient à la voix des religieux , implorant , dans les litanies sans cesse » répétées, la protection de tous les Saints.

» L'effet salutaire et victorieux témoigna que ces voix étaient parvenues aux » oreilles du Seigneur Dieu , puisque par son juste jugement , bien plus que par » le bâton du champion d'Anchin , il fatigua ( faligavit) l'adversaire obstiné dans » le mal; que fatigué, il lui ôta l'usage de ses membres (demembravil) ; que » lui ayant ôtc l'usage de ses membres, il le vainquit; que vaincu, il le tua; » et que tué, il le condamna. 11 ne voulut pas que, l'ennemi de l'Eglise vaincu , » il lui fut permis de vivre, de peur que si la vie lui eût été accordée, il » n 'attaquât insidieusement l'Eglise , qu'il ne la troublât par ses outrages , ou ne » la molestât par ses brigandages. Parce que si le vaincu avait pu craindre par » la suite de nuire ouvertement, il aurait exercé ses déprédations en se cachant. »

Alexandre , l'historien de saint Gossuin , raconte un miracle qui eut lieu ensuite du duel , où le champion de l'abbaye avait été victorieux. A ce propos , F. de Bar dit : «Peu après, le Seigneur Dieu permit un miracle par lequel il semble qu'il eut autorisé ce combat, et qu'il eut approuvé la victoire remportée par l'athlète Allemand. Vers l'époque de la Nativité de saint Jean-Baptiste, la femme de cet athlète étant grosse , et approchant de son terme , avait un vif désir de manger du hareng nouveau , et elle demandait instamment à son mari qu'il lui en donnât ; mais il ne pouvait en ce moment , à aucun prix , se procurer celte sorte de poisson , et chagriné par les importunités de sa femme , il cherchait de côté et d'autre , jusqu'à ce que fatigué , et s'étant assis sur le bord d'une route , il aperçoit tout-à-coup dans l'eau limoneuse d'une ornière, formée par les roues des voitures, des harengs tellement frais qu'ils semblaient sortir de la mer : vous auriez vu en effet leurs ouïes rouges comme du sang. Ce fut donc avec une grande joie qu'il les apporta à sa femme , rendant grâces à Dieu et à Gossuin , de ce qu'il avait ainsi miraculeusement trouvé ce que sa femme désirait tant u.» « On ne peut donc blâmer, ajoute F. de Bar, ce duel que Dieu lui-même a » favorisé , d'autant que Gossuin ne l'avait autorisé ni ordonné comme légitime , » mais que d'après l'avis d'hommes considérables et très-doctes, il s'en était remis » tout entier à la Providence divine. Car il n'ignorait pas le décret du souverain » pontife Nicolas i", de l'an 867 (contra monomachiam , 2. 4. 0), qui dit : » In lege non assiievimus qiiam prœceptum fuisse twn reperimus : quam licet » quosdam iniisse legamus : sicul David sanctum et Goliam sacra pi o lit his- » toria :nusquam tamenut pro lege teneatur , alicubi divina sanxit anclorilas: » cum et Itœc hujus modi seclantes , Dewn solummodo lenlare vidcanlur. » C'est-à-dire : Nous n'avons pas l'habitude d'ériger en loi ce que nous ne trouvons pas avoir été prescrit , quoique nous lisions que quelques-uns ont eu recours à la rnonomachie , ainsi que l'histoire sacrée nous montre David le saint, et Goliath. Nulle part cependant l'autorité divine n'a sanctionné cette pratique comme une loi , car ceux qui y ont recours semblent tenter Dieu.

« Il y a plus , continue F. de Bar , Gossuin , suffisamment justifié par les motifs » que nous venons de dire, ne peut d'ailleurs être inculpé en aucune façon.

1C M*, du moine Alexandre , et Ma. de F. de Car.

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