‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 42 sur 306 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

» champion est vaincu, ils seront tous trois pendus, et si feme fait Papeau, et « son garant et son champion est vaincu, elle sera arse (brûlée), et le garant se » combat et est vaincu sera pendus ; et se il met champion pour soi , et » il est vaincu, ils seront tous deux pendus et la feme arse. Et se le bataille est » pour la quarelle tel que Ton ne doit mort recevoir , qui en sera allai nt , celui » ou celle pour qui il combat , de qui le champion est vaincu pert la quarelle » et vois(^a), et répons en court, et le champion doit être pendus. »

11 en était ainsi dans la coutume de la ville d'Amiens", coutume d'ailleurs qui à cet égard était conforme à celles des autres pays ,v et contrées. Celui des champions qui était vaincu était remis mort ou vif à la justice. « Quand ils sont ■» ensemble, dit la coutume d'Amiens, chil (celui), qui est recreans (fatigué, » rendu, hors de combat), doit être juslicié ; mais il est recreans par deux ma- » nièrcs : l'une par dire: Je me rens recreans et coupaules (coupable), et attaint » du fait, j'ai tort, moi et ceux pour qui j'ai fait la querelle. Et l'autre manière » d'être recreans , lorsqu'il s'agit de mort , c'est que soit celui qui est recreaus , » soit celui qui a gagné la bataille, doit appeler la justice, et les ewardeurs (les » gardes) du camp qui doivent ouïr ce qui est dit, et recevoir les aveux, et voir » la mort du recreans. Et celui qui a vaincu doit prendre à son bâton, à son » bras et à sa force le mort recreans et le traîner jusque sur l'eur ( le bord ) n du parc, et doit le mettre hors du parc, mais il ne doit pas issir (sortir) du » parc. Si le recréant vit, il doit le mener par le poing jusque sur l'eur du » parc et mettre hors du parc , et le doit délivrer à la justice , soit mort ou vif. »

Dans le duel d'Anchin, Chiret l'ennemi de l'Eglise, recréant (fatigattis) , mis hors de combat et vaincu , a été tué et condamné. Il n'est pas possible cependant, d'après la narration que fait le moine Alexandre, et d'après les quelques mots qu'en dit Fr. de Bar, de décider si le vaincu a été tué dans l'arène même par le champion de l'abbaye , ou s'il a été livré vivant à la justice pour être exécuté.

Dans tous les cas le champion vaincu, soit qu'il eût été tué sur le lieu même du combat, ou qu'il eût été livré à* la justice pour être mis à mort, était privé de la sépulture ecclésiastique , ainsi que cela est indiqué dans ce distique du Père Raimond , de l'ordre des prédicateurs :

fro mer cède jmgil iniens tum fure duellum. Si cadit in pugnd fmgil , «rlrw net tumuletur.

le champion se battant en duel , pour une récompense, nvec un voleur. S'il succombe dam le combat , qu'il suit enseveli hors de noua.

La même exclusion était prononcée contre ceux qui, blessés dans les tournois, , mouraient

En 1148, Gossuin assista à Reims, avec saint Bernard, au concile présidé par le souverain pontife Eugène m. Dans ce concile furent examinées de nouveau et définitivement condamnées , les six propositions de l'évêque de Poitiers , Gilbert de la Porrée. Déjà l'évêque de Poitiers avait comparu l'année précédente au concile de Paris. Les propositions soumises au jugement de l'assemblée , étaient : 1° Que l'essence divine n'est pas Dieu. 2° Que les propriétés des personnes divines ne sont pas les personnes mêmes.

» >U. De* couL de la ville d'Amiens. » V Constitut. de Sicile. Wlgbild. Magdel. etc.

u V' Ducanuc, au mut eampio; on y trouve une foule de détails et de documents sur tout ce qui concerne la jurisprudence, les coutumes, les règles, etc. du duel Judiciaire ou monomachie. Voyei aussi Lettre tur Ut due/» judiciaires dans le nord de la France , par M. Le Glay, V'atenclcnnes , I82U.

3° Que les attributs divins ne tombent pas sur les personnes divines. 4° Que la nature divine n'a pas été incarnée , mais la personne du Verbe. 5 0 Qu'il n'y a pas d'autres mérites que ceux de Jésus-Christ. 6* Que le baptême n'est réellement conféré qu'à ceux qui doivent être sauvés. Gilbert , interpellé sur ces six propositions, avait mis tant d'adresse et de subtilité dans ses défenses, que les pères , embarrassés, avaient dû renvoyer l'affaire à un autre concile; et c'est à ce dernier concile qui se tint à Reims en 1 148, qu'assista l'abbé Gossuin, et que les six propositions furent condamnées.

Appelé inopinément à ce synode par l'archevêque de Reims , Gossuin avait eu à peine une nuit pour se préparer à ce voyage , et comme les moines d'Anchin , chargés de l'administration temporelle étaient absens, et qu'ils n'avaient laissé en dehors du trésor que quelques menus deniers pour les aumônes à faire aux pauvres, Gossuin se mit en route, n'emportant qu'une ou deux pièces de petite monnaie. Arrivé auprès des bois de Montigny , il rencontra un mendiant auquel il donna l'une des deux seules pièces qu'il eut sur lui , et à quelques pas de là , il donna l'autre. Bientôt survinrent de nouveaux pauvres , croyant bien n'avoir plus rien dans sa poche, il y porte la main cependant, il y trouve un nouveau denier, puis encore un autre , tellement qu'il eut la satisfaction de ne pas laisser partir un seul de ces mendians , sans lui avoir fait l'aumône , de façon qu'avec ces deux deniers . qui semblaient avoir la propriété de se multiplier, il contenta plus de quinze pauvres; enfin cette miraculeuse multiplication cessa ainsi que tarit l'huile de la veuve, lorsqu'elle eut rempli les vases'1; et Gossuin rendit grâces à Dieu dont la providence s'était ainsi manifestée.

Enfin arrivé à Reims , Gossuin , comme le timide passereau , cherchait un abri sous un toit modeste , pour se livrer sans bruit et sans éclat à la prière et à ses pieuses pratiques. Mais le flambeau ne put rester caché sous le boisseau , car il avait été mandé par saint Bernard et par le pape Eugène , à cause de ses vertus singulières. Aussi était-il tous les jours appelé à l'assemblée du concile pour prendre part aux délibérations; et chaque jour aussi le souverain pontife envoyait de sa propre table, à Gossuin, les mets les plus distingués. Et Gossuin assistait aux conseils intimes du Saint-Père , et tous les avis qu'il proposait étaient adoptés.

Le bon abbé profita des dispositions de Sa Sainteté, pour procurer quelques avantages à son abbaye. Entre autres choses , il obtint du pape des lettres qui réglaient définitivement et qui assuraient à l'abbaye d'Anchin , la libre possession du prieuré de St-Sulpice de Doullens (ce qui fut par la suite aussi confirmé par le pape Alexandre iv). Et Gérard , évêque d'Amiens, remit au pouvoir d'Anchin tous les biens de ce même prieuré. A cette occasion, le pape Eugène assura tout' particulièrement les revenus de l'église d'Anchin, lui adjugeant de nouveau le prieuré de St-Machut, ainsi que l'autel d'Esclenaï.

Le concile de Reims étant terminé , le pape Eugène congédia les autres prélats , mais il retint encore auprès de lui l'abbé Gossuin dans son conseil privé. Et ce fut, d'après l'avis de ce saint abbé, qu'il avait consulté, ainsi que saint Bernard, que le pape choisit entre deux contendants, l'abbé de Marchicnnes Engerrand ,T, pour le mettre à la tétc de l'abbaye de St-Médard de Soissons. Gossuin , qui avait été charge par le pape Eugène de réformer les monastères de St-Corneil et de > St-Cyprien de Compiègne , y envoya des moines de l'abbaye d'Anchin , à qui il i avait fait les recommandations et donné les instructions nécessaires pour cette mission.

** Bibl. me. Llb. Reg. cap. xvh. " Buzclin, Gallo Flindrla, p. 2»2.

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