‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 44 sur 306 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

coupé en deux. On a appelé aussi syngraphe, ces sortes d'actes où deux personnes signaient ensemble et cliartœ indentatœ ou partitœ. Le président Roger dit : Per médium caria incidebatur, et sic fiebal carta parti ta. Les Romains , au rapport d'Isidore, dans leurs stipulations, rompaient un bâton , dont chacun gardait un morceau pour en conserver la marque

Cet acte cbirographique que nous transcrivons ici, provient de l'abbaye d'Ancliin , et existe actuellement aux archives générales du département du Nord, à Lille, avec d'autres chartes aussi chirographiques, dont une des deux parties a été séparée , mais cet acte-ci n'a pas été partagé et est resté entier.

(H 36). Io Domine Dorai ni, Guido prepositus, Gerardus decaaus, et quod cum eis est sancle Marie Cameracensis capitulum , tam fulurisquam presenlibus in perpetuum, utScriptura impleatur, qua? ait : Vide cui feceris , et erit benedictio in donis tuis raulta. Aquicinensi ecclesie ciii religionis prerogativa a Domino collata est , allare de Rumaleourt cum campo de Dueria ad dotem allaris pertinente , quem Hugo castellanns et Hildiardis usor sua , Symon quoque eorum filius, diu usurpatum nobis et ecclesie nostre astipulaverunt , eensualiter cooeedimus , eo siquidem tenore , ut ejusdem ecclesie prepositus , quura ad ministerium ejus census isle perlinet , xx solidos eieemosinario nostro in die sancti Gaugerici , qui est in augusto , singulis annis persolvat, quatinus anniversarius magistri Offridi , cujus muuificenlia ecclesie nostre altare idem collatum est a fratribus celebrelur, terram etiamque ad altare sancte Marie de Bermereng perlinet , et nostri jurts est , prelate Aquicinensi ecclesie ad oflicium eleemosinarii conferimus , ita tamen ut ipsius terre quam dotem vocant terragium et décima ad domum illius qui iu prefato Bermereng villa redditus nostros colliget a quolibet Aquicinensi ecclesie ministro singulis annis deducetur et sine damno nostro solvalur.

Ut autem bec, sicut prelibatum est, utrique ecclesie perpetuo conserventur , subsignatorum testiroonio et utriusque ecclesie sub sigillatione hujus nostri decreti paginam conlirraavimus. Signum domini nostri Nicolai episcopi.

Signum Johannis archidiaconi. S. Alardi archidiaconi. S. Roberti canloris. S. Guidonis. S. Walteri Guerimboldi. S. Willelmi Guerimboldi. S. Lamberti. S. Hugonis. S. Bartholomei. S. Geraldi. S. Euslachii canonicorum.

Actura Incarnati Verbi acxxxvi.

Le moine Alexandre, l'historien et le contemporain de Gossuiu, parle fort au long des vertus du saint prélat, et de celte pureté d'âme par Laquelle surtout il a été agréable à Dieu. Jamais un mot n'était sorti de la bouche de Gossuin , jamais il n'avait produit un fait , un geste qui ne fussent imprégnés de la chasteté ingénue de son cœur ; rien de plus pur , rien de plus virginal que ses actions ; c'était un miroir de la vérité do Dieu, que jamais rien n'avait terni. Dès son plus jeune âge , il avait été adopté et enseigné par la sainte Vierge ; et comme il s'était consacré à elle , il s'était voué à une virginité perpétuelle.

Nous n'en dirons pas davantage touchant la chasteté et toutes les vertus qui ont fait la gloire et l'ornement de la vie du bienheureux Gossuin , pour parler de la sainte mort qui l'a couronnée. Plusieurs mois à l'avance, Gossuin avait prévu sa fin ; des signes et des prodiges avaient annoncé cette séparation ; et les frères , dans leur affliction, cherchaien à tromper leur douleur en attribuant ces prodiges à d'autres fins. Mais le saint homme , armé d'une grande constance , connaissait d'une manière certaine le terme fixé par la Providence. Paisible et calme , il s'était préparé , par les jeûnes et les oraisons assidues , à entrer dans la gloire céleste , dont

11 V- Elém. de Paléographie, de M. Notant vt Waii.lt , tom i", p. 171 , et le Dtet. de Twcvoct , aux mou thingrapkc, cirographt , el cbarte-purUe.

il entrevoyait les rayons. Dans la cinquante-deuxième année depuis qu'il était entré en religion, la trente-cinquième depuis qu'il avait été élevé à la prélature abbatiale , il annonça à ses frères qu'il allait bientôt quitter celte vie terrestre , et il montrait à chacun un visage rayonnant d'une douce joie, les exhortant à rester unis par les liens d'une mutuelle tendresse. Enfin, l'an de l'Incarnation, onze cent soixante-cinq, au mois de septembre, il commença à souffrir des accès d'une fièvre quarte tellement violens, qu'il semblait à chaque instant exhaler son âme. C'est pourquoi on regarde comme un miracle qu'il n'ait pas laissé un seul des jours où il était exempt de fièvre , sans célébrer lui-même le saint sacrifice de la messe, et avec plus de ferveur et une sollicitude plus scrupuleuse encore que de coutume. Et les jours où il souffrait le plus de la fièvre, il venait à pied, s'appuyant au bras de ses frères , à l'église de la bienheureuse Vierge Marie , et là , à genoux par terre , il fesait chanter la messe , et il recevait avec une profonde dévotion le Corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il ne manqua à celte pieuse pratique que les deux jours qui précédèrent sa mort. Ainsi il édifiait ses frères, et par l'exemple salutaire qu'il laissait, il leur enseignait les devoirs de la véritable piété, afin que dans les situations les plus critiques, et dans les maladies les plus graves, eux aussi fréquentassent chaque jour le mystère de l'Eucharistie.

Donc depuis les ides de septembre jusqu'à la solennité de la fête de saint Matthieu, Gossuin, en proie à la fièvre qui le dévorait, ne cessait de sacrifier le Fils au Père , et se tenant attaché plus étroitement encore que d'habitude à l'autel , il semblait , par ces longs et derniers embrassements , faire ses adieux aux mystères sacrés, et se tenir prêt à ce poste pour le moment où Dieu allait l'appeler à son royaume.

Le mal allait toujours s'agravant, cependant le saint abbé continuait de se rendre à l'église , soutenu par les frères qui lui donnaient l'appui de leurs bras. Il réconfortait son âme par le viatique de la sainte Eucharistie que lui présentait un prêtre. Mais enfin il arriva une fois qu'on fut obligé de le ramener à sa cellule , et comme les frères s'empressaient autour de lui et lui rendaient des soins avec teute la sollicitude qu'ils pouvaient : « A quoi sert , dit-il , chercher à prolonger » une vie qu'il me faudra bientôt rendre à Dieu ?» Et aux frères qui disaient qu'aucun indice encore n'annonçait la mort, que le mal n'était pas sans remède, et qu'il fallait appeler un médecin , il répondait : « S'il avait été dans la volonté » du Seigneur que je revinsse à la santé , j'eusse été guéri d'abord. » Il savait qu'il allait être bientôt appelé à Dieu ; c'est pourquoi il ne voulut pas recevoir les soins du médecin David que les frères, à son insu, avaient fait venir. Durant toute sa vie, il avait eu une si bonne santé, que jamais, pour ainsi dire, il n'avait eu recours aux officines de la pharmacie , non pas qu'il méprisât les remèdes quand ils pouvaient être utiles, car il avait eu occasion d'en user dans cette maladie, et il disait à ses frères , dans ses derniers jours : « Tout ce que j'ai pris n'a servi » qu'à prolonger et à augmenter mes souffrances sans chances de guérison; c'est » pourquoi , je vous en prie , laissons le tout à la volonté de Dieu. » Et il dit cela d'une voix si assurée et avec un air si calme , qu'il semblait qu'il s'agissait pour lui , non pas de quitter la vie , mais seulement de quitter une maison , pour entrer dans une autre.

Enfin la maladie ayant fait de nouveaux progrès , il éprouvait de si grandes souffrances, et il était tellement épuisé des forces du corps, qu'il ne pouvait presque

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