‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 50 sur 306 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Numéro vota pia redhibendo stipendia dia Cum demoiislru viaiu qua prrjitur in theorlam.

« Je tiens compte des vœux piem pour échanger les grâces célestes , . lorsque je montre la vole par où l'un arrive a la science divine.

Le second Père , en face et comme à l'égal de saint Augustin , est le bienheureux Gossuin, abbé, qui a aussi son nom, son ange, sa palme et son inscription :

Pracmla reddo precum : ferai liste ad sidera secum 111e Del praeco , decorantur sacula de quo.

- J'offre les mérites des prières. Veuille ce hérault de Dieu, . l'honneur des siècles, les porter au ciel avec lui. -

Au sommet , le Christ , assis dans sa gloire , bénit et dit :

Ad regntim vitse, benedieti quique, venite, Quod volui condi vobis ob origine mundi.

« Venes tous, vous qui êtes bénis; venez tous au royaume de la vie - que J'ai voulu vous préparer dés le commencement du monde. .

A l'un des quatre angles , Abraham adore en disant :

Très vidi , et nnum adoravl.

A l'angle supérieur opposé , Moïse répète ces mots de l'Exode :

Dominus Deus tous, De us unns est.

Au bas, à l'angle de gauche, David détache un verset du psaume lxyi* :

Benedicat nos Dcue, De us noster benedlcat. Isaïe clôt tout ce petit poème par le solennel trisagion :

Sanctus Sanctus Sanctus

Les ouvrages de saint Augustin sout ceux qui ont été reproduits en plus grand nombre par les manuscripteurs religieux du douzième siècle , du moins à Anchin et à Marchiennes , et si nous jugeons d'après la grande quantité des manuscrits qui en existent à la bibliothèque de Douai.

Or, voici un magnifique in-f° écrit sur deux colonnes et exécuté au 12* siècle, par le frère jobiun, moine de l'abbaye de St- Sauveur d'Anchin : Dni Augustini in omnes psalmos (nu 289 du catal.).

Les vignettes et les miniatures de ce manuscrit sont nombreuses et diversifiées à l'infini. Au verso du premier feuillet , Notre-Scigneur Jésus-Christ est représenté bénissant de la main droite , et tenant de l'autre un livre ouvert.

A la page suivante, des initiales d'argent sont toutes fleuries d'ornements et de fantaisies variées, dragons ailés, monstres enlacés à des pampres. A la troisième figure , le diable à califourchon forme l'appendice de la lettre Q , après , c'est une sirène dans un C. Puis, c'est un U formé par un dragon ailé, dont la langue et la queue se développent et s'épanouissent en feuillage et en rameaux chargés de fruits et où rampent des animaux fantastiques. Dans ces miniatures, le bleu d'azur , le vermillon , le jaune , le violet et le verd se mêlent sans se confondre

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et réjouissent la vue. J'en passe, et de charmantes. Le D majuscule du xxvi* titre est remarquablement beau et élégant, ainsi que l'A du suivant : Ad te, Domine, clamabo. Tous mériteraient d'être étudiés et recueillis, notamment le xxxvui* : dans le D initial : Dixi custodiatn , est encadrée une chasse fantastique. Plus loin, c'est nn ange courbé sur la barre du milieu d'un E majuscule , ou c'est une biche qui se désaltère dans un ruisseau. Ailleurs, ce sont des jongleurs qui se font des grimaces , ou des bateleurs qui s'enlacent dans des poses de saltimbanques. Ensuite , ce sont des lutteurs qui se prennent aux cheveux. Tout-à-coup ces scènes folâtres sont interrompues par un sujet pieux et grave : dans la fourche supérieure d'un M majuscule, siège le Sauveur en habits pontificaux, et bénissant deux moines agenouillés; sur le livre que le Seigneur tient de la main gauche est écrit : Ego sum À n. Mais les tableaux chimériques et les luttes burlesques reprennent de plus belle : Dans un cercle d'or , qu'un dragon mord par en bas , pour former l'appendice de la lettre Q, des enfants s'enroulent dans des branchages et jouent avec des dogues qui aboyent. Et puis, on rencontre au sommet d'un D une tête de chien tirant la langue, coiffée d'un bonnet rond d'où pendent deux fanons de linge. Sur la branche moyenne d'un E majuscule, un cynocéphale, étrangement . coiffé, tient une boîte sphéroïde qu'une espèce de Silène, à jambe de bois, s'apprête à briser avec une hache. Autre part , des chiens à queue de serpent ; puis , encore des hommes qui luttent, l'un arrache la chevelure à son adversaire, et celui-ci tient son ennemi par la barbe. Au titre suivant, parmi toutes les fantaisies qui enjolivent un grand S d'or : Salvum me fac , le combat est plus sérieux ; un personnage jeune, à jambe de bois, tient un plus vieux par la barbe, et s'apprête à lui trancher la tête avec un glaive. L'1 majuscule du lxx ' titre : ïn te Domine speravi, est formé par la figure en pied du Sauveur bénissant, et foulant aux pieds le serpent. Plus loin, dans les méandres d'une vigne chargée de fruits, vendange un personnage nu, à pattes de chien, et ayant un moignon de queue; il tient une serpe d'une main , et de l'autre une marmite. Viennent des diableries , des démons aux cornes vertes, tirant affreusement la langue. Puis, c'est la cariatide allongée du Prophète, tenant sa harpe formée par un dragon ailé. Des cagouilles, des guivres menaçantes , des masques humains d'où sortent les jambages d'un grand M : Miscricordias Domini. Ensuite , saint Michel plonge le fer d'une lance d'or dans la gueule d'un dragon; puis, encore des bateleurs qui font des gambades. Enfin, c'est à chaque page surprise nouvelle, nouvelles illuminations. Cependant, arrivé aux deux tiers du volume , l'artiste semble éprouver le besoin de se reposer; il n'a plus que de loin à loin quelque velléité qui se manifeste par un éclair resplendissant , comme pour donner une satisfaction passagère à la folle du logis.

Au recto du premier feuillet de ce manuscrit est une pièce Je vers léonins où l'écrivain rubricateur se nomme, implore la miséricorde de Dieu, et se recommande aux prières du lecteur.

Ces sortes de petits poèmes en vers latins , à rimes simples ou multiples , diversement placées, selon le caprice du poète, et avec cette disposition en réseau, ainsi qu'on va le voir, étaient à la mode alors; car j'en ai rencontré d'assez fréquents exemples dans nos manuscrits du 12* siècle.

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