‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 52 sur 306 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

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comme au manuscrit dont nous avons parlé précédemment. Et puis, viennent encore des serpents, des dragons, des dogues, des oiseaux fantastiques. Puis, dans les circonvolutions d'une ûeur imaginaire , c'est un nain , qui n'a qu'une jambe , en face d'un chien qui n'a que les deux pattes de derrière. Mais voici un D dont la branche supérieure est formée par un grotesque ventru et bossu , dans une attitude indescriptible. Parmi des branchages perche une sorte de harpie, de sphynx, d'oiseau à tête humaine, coiffée d'un bonnet phrygien.

Au commencement de l'épître de saint Grégoire à Eusèbe de Thessalonique : 5mscipi regiminis cura. Les méandres gracieux d'un grand S serpentent sur un fond resplendissant et servent d'encadrement à un dogue àvec une queue de dragon , et qui aboyé à la lune; en bas , ce sont deux lutteurs à jambes de bois, l'un saisit l'autre par la chevelure ; c'est une répétition , avec variantes , du sujet que nous avons rencontré au manuscrit dont il a été parlé précédemment. A la vignette suivante , Quod in tanto tumultu, autre répétition : un chasseur enfonce son épieu dans la gueule d'un cynocéphale qui a une queue de serpent. Plus loin, parmi les contours d'anthophyllœides , encore un personnage aux deux jambes de bois, il décoche une flèche contre un monstre bizarre.

On sait que le saint pape Grégoire i" entretint une correspondance avec Théodelinde, épouse successivement d'Anthrace, roi des Lombards, et d'Agilulphe , duc de Turin. Saint Grégoire affermissait Théodelinde dans l'orthodoxie, et l'engageait à faire usage de son crédit sur l'esprit de son mari pour le ramener à la foi catholique. Théodelinde y réussit, et le clergé en recueillit bientôt les avantages. Saint Grégoire avait adressé à Constantius une lettre pour la reine Théodelinde, mais cet évoque , sachant que le pape y -parlait du cinquième concile général , ne jugea pas à propos de la rendre à cette princesse, dans la crainte de la scandaliser. Sa conduite fut approuvée de saint Grégoire, qui lui envoya une autre lettre pour Théodelinde , où , se contentant de louer les quatre premiers conciles , il ne disait rien du cinquième, mais il exhortait cette reine à écrire sans tarder à Constantius , pour lui témoigner qu'elle agréait son ordination , et qu'elle embrassait sa communion. Ces lettres sont de la douzième indiction, c'est-à-dire i de l'an 593 Ces deux lettres, ou plutôt les deux textes différents de cette même lettre, rapportés dans notre manuscrit l'un après l'autre " , présentent, dans l'ellipse de la majuscule qui commence la première phrase de l'un et de l'autre de ces textes, Quorumdam ad nos relatione , un médaillon, dans le premier de ces médaillons, est représenté le grand saint Grégoire nimbé, tenant de la main droite la crosse pastorale, et de la gauche sa lettre à la reine des Lombards. Dans le second médaillon , Théodelinde , couronne en tète et revêtue du costume royal , tient dans la main la lettre du pape.

Après reviennent encore des caprices d'imagination de toutes sortes : tantôt , c'est un jeune garçon avec un pied normal d'un côté , et de l'autre une patte de chien ; des masques, des guivres qui vomissent les traits élégants d'un M majuscule; tantôt c'est un personnage qui grimpe aux branches d'une végétation capricieuse. Puis , un jeune homme , à la chevelure noire , l'une des jambes chaussée de verc\ , et

" Ilitl. des auteurs sacrés et ecclésiastiques, par le I\ P. (loin Rcmy Ccilllcr, bùiédictiH de Sl-Vaimes , etc.. ln-4* Taris 174». t. 17, |i. ïil.

n On les retrouve dan» le l" vol. des Œuvre* de saint Grégoire, publié© par le* béoétlidin» de >l-Mmr. (I70&), lu-f- L c V- Wl et 718.

l'autre nue, il saisit par la barbe un vieillard au crâne chauve. Mais voici la lettre du pape Grégoire au médecin Théotime : Fuerunt quidem veteris philosophorum qui in duobtut corporibus unam esse animam dicerent, etc. Le jambage vertical de l'F initial s'allonge en une figure fluette, de style bysantin, à la chevelure flottante, à la longue robe et au grand manteau. Ce personnage tient un serpent ailé qui complète l'F; est-ce Esculape, ou l'effigie du médecin Théotime? Du reste, c'est la même figure qui, dans le volume (n° 289), dont nous avons parlé précédemment, sert à représenter le prophète David avec sa harpe.

Encore et toujours des dragons, des hydres, des cynocéphales, des veneurs, des jongleurs à jambes de bois. Nous n'avons pu pénétrer l'intention de l'artiste dans la représentation qu'il a multipliée de ces êtres à jambes de bois. Nous ne devinons pas non plus la portée de cette scène que nous avons remarquée dans le manuscrit précédent, et que nous voyons reproduite, avec quelques variantes, dans celui-ci : Un individu à tête de dogue présente une boîte sphérique à un autre personnage qui s'apprôte à la briser avec une hache.

Plus loin, une cariatide appuie ses pattes de chien sur une guivre qui tire la langue. Puis, ce sont des branches fleuries et de larges feuilles qui coiffent des tètes d'Arabes.

Il est à remarquer que presque constamment, après une série de ces figures follement mouvementées, de monstres qui se contournent et grimacent , de jongleurs qui gambadent, l'artiste nous rappelle au calme et au sérieux par la peinture de quelqu'effigie placide et immobile comme la statue d'un mausolée. Par exemple, au commencement de la lettre de saint Grégoire au duc de Sardaignc Théodore , Juslitiam quam mente querilis , pour former l'I majoscule , l'effigie du saint duc nimbée se dresse verticalement, il lève l'index de la main droite, et de la main gauche il tient une épée la pointe en bas. Les culbutes, les gambades, les luttes recommencent, et puis encore, c'est une figure noble et tranquille : la patricienne Rusticiane, droite, sceptre en main , vêtue d'un voile et d'une simple tunique aux longs et chastes plis.

La diversité harmonieuse des couleurs n'est pas moins remarquable que l'élégance et la fécondité inépuisable du trait. Le jaune citrin , le pourpre , le violet , le saure , le vert , le bleu d'outremer , le carmin et le cinabre se jouent entre eux , ils s'écartèlent ou brochent l'un sur l'autre pour le plaisir des yeux. Ce qui charmé surtout dans ces sortes d'ouvrages d'art, c'est la variété infinie, les ressources intarissables d'un esprit créateur qui reste original et divers , même en se répétant. Jamais un dessin n'est le poncis ou le calque d'un autre ; si le même sujet est reproduit, c'est à nouveaux frais.

Nous avons insisté sur ces deux manuscrits, ouvrages du moine Jordan, parce qu'ils présentent des spécimens nombreux de l'état de l'art à la fin du douxième siècle , avec son caractère propre , lorsqu'il s'est dégagé des traditions carlovingicnnes et qu'il s'est manifesté dans son originalité , indépendant de l'influence encore puissante des écoles anglo-saxonne et bysantine.

Un volume d'une très-belle exécution et d'une parfaite conservation , est le Ms. in-folio sur velin , à deux colonnes : Ililarii de Trinilatc, n° 258 du catal. 11 est de format un peu plus petit que les précédents. Il provient d'Anchin , ainsi que le témoigne d'ailleurs la note que Fr. de Bar a mise en 1574, au recto du premier feuillet {Ex Hibliolhcca Aquicinct. 1574). Ce volume avait été détourné du monastère d'Anchin , et il y avait été réintégré au temps de De Bar,

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