‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 55 sur 306 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Une autre miniature se trouve dans le second volume , au verso du 4 * feuillet : Un grand serpent argenté , figurant un b majuscule , se détache sur un foud d'or. Un personnage, nu du corps, coiffé d'une espèce de bonnet phrygien et chaussé de bottines , se joue dans les branches supérieures et les enroulements d'une végétation capricieuse , où grimpent et rampent des quadrupèdes sans nom , des dragons ailés. Tout en bas, sous cette tonnelle de pampres, un moine, assis devant un pupitre , est occupé à préparer des feuillets de vélin : c'est le portrait de Siger , notre écrivain miniaturiste. Celte petite figure, sortant de son capuchon et qui regarde son public, est pleine de finesse et de bonhomie. Le mot Suregis , tracé en caractères microscopiques au-dessus du personnage , est l'anagramme du nom latin Sigerus, écrit à rebours.

Un des manuscrits 'de cette époque, que l'auteur du Voyage littéraire signale comme des plus beaux et des plus précieux de la bibliothèque d'Anchin , est le Recueil des lettres de Pierre le Vénérable. Ce volume est tout entier encore et parfaitement conservé, et il se voit dans la collection de la bibliothèque de Douai (n* 373 du catal.). Il contient quelques miniatures capitales : Nous citerons particulièrement la vignette qui est un peu plus loin que le milieu du volume, et en tète du livre intitulé : Liber Domini Pétri abbatis Cluniacensis advenus Judeorum inveteraiam durilicm. C'est un U majuscule commençant la phrase : Vos ego vos inquam, et qui encadre une scène charmante d'expression et de naïveté. Pierre le Vénérable, assis sur un siège élégant, argumente contre deux Juifs, debout devant lui.

Nous n'avons pas découvert le nom de l'artiste ; toutefois, à la fin du volume , en marge, on lit cette note de l'écrivain éditeur, où il est dit qu'il n'a pu compléter son travail , à défaut de deux livres qu'il n'a pas trouvés. Dcsinnnt duo libri quos invenire non potui.

C'est dans ce temps-là aussi qu'a été entrepris ce considérable volume , recueil grand in-folio à trois colonnes , contenant : Elementarium Papiœ. — Liber ejtts dem de Grammatica. — Libri 1res de fabulis falsorum deorum. — Ethimologiœ ijuœdam înelrice coinpositœ. — Glosœ in prologo B. Yherosolimi super Genesi et in quibusdam libris veteris et novi lesiamenti, (n° 702 du catal. des Ms.). Cet ouvrage monumental d'art et de patience , exécuté par le moine Renauld , a été entrepris du vivant de l'abbé Gossuin ; il a demandé dix ans de travail , et a été terminé en 1173, sept ans après la mort de Gossuin, ainsi que le témoigne l'inscription en vers qui est sur un des feuillets préliminaires. « Les ouvrages de » Papias, dit l'auteur de Y Histoire littéraire de la France1'', ytaient lus dans » les écoles monastiques : témoin l'exemplaire manuscrit qui fut fait en 1173, par » l'école de l'abbaye d'Anchin ; Rainaud , moine du lieu , qui en fut le copiste , » y a mis des vers de sa façon pour exhorter ses confrères à le lire souvent, r> et à être soigneux de le conserver à la postérité. »

Voici ces vers que nous transcrivons du manuscrit môme :

Si durante die nunquatn tenebrescerct orbis Usibus humanis titilla lucerna foret. Sic in scrlptura qui perapicit omnia clare Non eget islius commoditatc libri.

Sed cuoi quirla qui noTcrit omnia non est ,

*. Tom. w. p. i« et HS.

Est ampkclcndus omnibus irte liber.

Inslar apis nulla collecta labore decenni. Cunclis Paplas ista legenda di-dit.

At cibus ut noster de duitc dillorrsset Apposuit nohis lias Rainalbus opes Ne tali nostra dulcedine mensa carcret.

E\tilit ejus in hoc offleiosa manus.

Islud habc ^ratum salvalor . et illi Perpetuam requiem compare! iste labor.

Hune studio senret grtx Jquicincte tutu. Scripti tempus habet qui Jesu copulat an nos Undecics ccnUim sepluagenta tribus.

Noverls ista legens quod pro mercede laboris Non aumm scriptor postulat, immo precera Ergo preeem reddas quum pretiosius auro Est prece de\ota propiliare Dcuin.

Le titre du livre est eu grandes lettres rouges , vertes et bleues , mariées à de plus petites; il occupe le verso du cinquième et du sixième feuillet; et il est encadré d'ornements de bon goût. L'importance que le monastère met bit à la possession de ce volume est indiquée par l'inscription qui règne au bas de ce titre : liber sancti

SALVATORIS AQUICINCTI SI OlIS AUSTL'LKUIT ANATI1EMV S1T.

Parmi les initiales historiées qui brillent au commencement des chapitres, nous avons remarqué surtout la jolie miniature qui est en tête de Y Elementarium Papiœ. Dans la partie supérieure d'un grand A dont les jambages sortent de la goule d'un masque antique, est le Christ bénissant le moine Rainaud agenouillé, lequel présente son travail en prononçant ces paroles écrites sur un phylactère :

Sutcipe, Chrhtc, lui famitli librum Raixaidi.

Nous pensons que cette miniature pourrait bien être de la main d'un peintre miniaturiste spécial, moine aussi de l'abbaye d'Anchin , nommé Âilrèdc, et que nous trouvons associé à Rainaud , pour l'exécution de peintures qui décorent un antre volume manuscrit dont nous allons parler.

Il s'agit d'un petit in-folio indiqué aussi comme fort précieux dans le Voyage littéraire des bénédictins Martcne et Durand. 11 est écrit sur deux colonnes, et contient outre les ouvrage de l'abbé anglais Ailrède , diverses pièces intéressantes. (n° 914 ducatal. des Mss.). Au recto du premier feuillet en bas, est cette inscription de la main du calligraphe.

Lïbcr Sancti Sahatorit siquicincUn.iii cenebii quem scripsit Raikalms.

Le livre commence par le Spéculum churitalis d'Ailrede , historien anglais , abbé de Hevesby , qui florissait au douzième siècle. Le portrait de ce prélat est placé dans l'E majuscule initial , en tête du chapitre qui sert de préface. L'abbé , à la chevelure et à la barbe grises, est représenté assis revêtu de la coule des Bénédictins; il tient d'une main le bâton abbatial, et de l'autre un phylactère où l'inscription n'a pas été mise. Après cette préface et en regard , dans un LJ doré , bordé d'un filigrane en encre bleue, est un jeune bénédictin assis, tenant aussi un phylactère sans inscription; celte figure, d'un bon dessin , très-soigneusement tracée, n'est pas coloriée: c'est le portrait du miniaturiste homonyme et compatriote d'Ailrede. Son nom est écrit en petits caractères, avec de l'encre bleue, au-dessus de sa tête, où on lit: Aii.redis „, Ailrede, moine. Une autre miniature fort curieuse se trouve aux

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