‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 56 sur 306 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Irois quarts environ du volume, en tète du livre : Vila Karoli tjloriosi atque mayni/ici impcratoris, la Vie de Charlemagne , attribuée à Eginard ou Einard. Un grand G doré : tiens Meroingorum , sert d'encadrement à cette* miniature, qui représente l'empereur Charlemagne en habits impériaux , aisis , couronne en tèle et sceptre en main.

Saint Gossuin fit exécuter aussi pour la bibliothèque de St-Sauveur d'Anchin, par le même moine Rainaud, la copie de ce fameux livre do Laudibus Crucis , cette œuvre prodigieuse et étrange d'un pieux mysticisme, composée au 9* siècle par Raban Maur de Mayence , disciple d'Alcuin. Rainaud s'associa pour l'exécution de ce travail , son confrère d'Anchin , le moine Oliverus , rubriealeur fort habile. Ce livre est un des joyaux les plus précieux de la collection de manuscrits de la bibliothèque de Douai (n* 786 du calai.). Parmi les miniatures dont ce livre est rempli on en rencontre une dans laquelle, un 0 majuscule (0 Christe Salvator rex regum), sur un fond d'or et d'azur, encadre les portraits des deux moines artistes, l'écrivain et le peintre. Le premier, l'écrivain, agenouillé sur nu éléphant, touche la croix d'une main, et de l'autre tient une plume ou un culamus; au-dessus de sa tète, est écrit : Rainaldis scriptor. Le second, le peintre, agenouillé parmi les volutes qui serpentent autour de la croix, a aussi son nom inscrit : Oliveiu s piclur. D'une main , il tient un livre , et de l'autre , il touche , avec son pinceau, une branche de la croix, au pied de laquelle se tord le diable, monstre humain à pattes d'animal.

Le recto du troisième feuillet qui suit est tout entier occupé par une grande et belle image , à fond d'or , blasonné des plus riches couleurs , et où sont figurés , au milieu, les trois personnes de la Trinité, et la sainte Vierge Marie; à gauche, Daniel, saint Jean-Baptiste, Isaïe et Jérémic; à droite, Abacuc, Salomon, une sybille, et Ezéchicl.

A la fin du volume est un petit poème, en vers léonins, disposés en réseau, et consacrés à l'éloge du livre, de son auteur Raban, du copiste et du peintre, Raisald et Olivier. Nous nous dispenserons de transcrire cette pièce de vers , parce que c'est un travail qui serait assez long, sans profit pour le lecteur qui a pu se faire une idée de ce genre de poésie et de ces jeux de l'esprit par les spécimen que nous en avons donnés précédemment.

Les manuscripteurs et artistes rubricateurs religieux ne travaillaient pas seulement pour le monastère dans lequel ils vivaient. Nous trouvons dans lo catalogue des manuscrits de la bibliothèque de Boulogne-sur- mer , la description d'un Isidore Mercator : des canons et décrétales (n° 115 du calai, de Boulogne). Ce volume a été écrit et enluminé au temps de l'abbé Gossuin, dans les cloîtres du monastère d'Anchin, par le moine Héue, originaire d'Angleterre, qui avait fait profession à l'abbaye de St-Bertin , sous l'abbé Léonius, et était venu vivre à Anchin , où il a exécuté plusieurs manuscrits, notamment ce patient labeur de la collection d'Isidore, dont il a reproduit deux exemplaires, l'un pour l'abbaye bénédictine de St-Bertin, et l'autre pour l'abbaye d'Anchin même, (n° 521 du catal. )

Le moine llélie a mis un an pour terminer le manuscrit de Boulogne. Lue pièce de vingt vers, inscrite au recto du dernier feuillet, fournit des détails précis sur le nom du copiste, sa nation, le lieu où il a exécuté son travail :

Percuta perpétue Mû , lector, pom^o vite. Suscipe, dégusta, dant viverc Juac compta.

Nec tibi tit vile , nec tempnaa aicut anile. Quod liber hic fatur hinc denique quisque bcatur Lector el audltor dictorum aed mage factor. Antcit omne bonum summum ddeclio Itonum Hinc tibi propono qui gaudes divlte dono. Hic est pauperlas et «piritualls égalas. Codicis hujua opua multo audore paralur. Helie, famuli sit. summe Deus, tibi gratum, Atque tuo nortri Drrlini faTorc patronl Dignum ait, pariterque tuo, pater aime Ltoni ** E laribus proprlls quo preciplente recessi , Ac opus hoc integri annt pcr tempora geest In claustro degena Iquiciruti jura colonis Quod servarc auto indlcat religioais Quod vobia etiam prcaentibua atque futuris Fratribua eihlbco, gratanter ed fruit uria Ut precibug veatris merear auper aatra locari Anglia quem tdlua miait tobia aocium. Amen.

On remarquera que les cinq premiers vers sont identiquement les mêmes que ceux qui commencent le huitain inscrit au volume de saint Jérôme sur Ezéchiel , manuscrit du moine Gérai d d'Anchin , que nous avons signalé plus haut. C'était probablement comme un introït , une sorte de formule que les manuscripteurs empruntaient l'un à l'autre sans plus de scrupule.

La date du manuscrit de Boulogne est expressément indiquée par une double annotation du manuscripteur , qui dit que ce volume a été écrit au temps de l'empereur Conrad m et du pape Eugène m. Or, selon la remarque du judicieux auteur du catalogue de Boulogne , Eugène ni n'ayant occupé le trône pontifical que du 27 février 1145 au 8 juillet 1155, et l'empereur Conrad étant mort le 14 février 1152, c'est dans l'intervalle des sept ans compris entre 1145 et 1152, que ce manuscrit a été exécuté.

Ce qui complète l'analogie entre le volume de Boulogne et celui de Douai , c'est que ce dernier , le volume de Douai , porte également une double annotation de l'écrivain , indiquant la date , et où il est dit que ce livre a été écrit aussi sous le règne de l'empereur Conrad m , mais du temps du pape Innocent n , ce qui témoigne que ce manuscrit de Douai a été exécuté avant celui de Boulogne , puisque le pape Innocent u , un des prédécesseurs d'Eugène in , est mort en 1 1 43 , c'est-à-dire deux ans avant l'avènement d'Eugène m. Malheureusement les derniers feuillets de notre Ms. de Douai , où nous aurions sans doute retrouvé la signature du manuscripteur, sont outrageusement mutilés. Ce livre a été beaucoup feuilleté; on y rencontre un grand nombre d'annotations , la plupart de la main de François de Bar.

Les lettres capitales et majuscules en grand nombre , sont richement ornementées el coloriées. U serait curieux de l'examiner sous ce rapport comparativement avec celui de Boulogne, et de s'assurer ainsi de l'identité de la main qui l'a écrit. A moins que le manuscrit d'Anchin , préexistant ainsi que nous venons de le voir, l'abbé d« St-Bertin Léonius, n'ait envoyé au monastère de St-Sauvcur d'Anchin le même Hélie, pour en prendre une copie.

Au demeurant, il existe dans la collection des manuscrits de la bibliothèque d»> Cambrai , un autre exemplaire encore du Mercator , qui semble être dans les mêmes

M l.eo seu Leonius nobllis furncn«ls*ex abbatc Laubicnsi Bertiniensis ellsitur anno il?.*.... migravit ad Dominum.an MOI. Gallia Christ, x :\. p 498.

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