‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 57 sur 306 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

llo

conditions que ceux de Douai et de Boulogne. « Ils sont de la même forme, du même âge, et peut-être de la même main 11 . »

Il y avait émulation entre les monastères de St-Vaast d'Arras, de S t- Berlin de St-Omer, de Ste-Riclrude de Marchicnnes , de St-Sauveur d'Anchin; c'était à qui aurait possédé les plus beaux manuscrits. Entre Marchiennes et Anchin , cette émulation a été une véritable rivalité ; l'un enchérissait sur l'autre , et cette lutte de magnificence littéraire entre ces deux monastères, qui ont presque constamment marché parallèlement, a produit les somptueux volumes dont on voit encore de beaux et nombreux spécimens dans la bibliothèque de Douai.

L'abbaye de Marchiennes (fondée en 643), beaucoup plus ancienne d'ailleurs que celle d'Anchin, a eu aussi au 12* siècle ses' manuscripteurs et rubricateurs , dont elle avait droit d'être fière. Nous n'en citerons que deux parmi les plus remarquables dont nous avons retrouvé les noms : le moine Guy ( Guido ), qui a écrit le volume contenant un recueil d'ouvrages de saint Jérôme " (n° 285 du catal.), et le frère André, ce moine André Silvius, homme d'un esprit distingué, qui fut par la suite élevé à la dignité de prieur. Il a exécuté , en 1133 , sous la prélalure d'Hugues ii, abbé de Ste-Rictrude du Marchiennes, l'admirable manuscrit (n°3U du catal.), qui contient : Exposilio Epislolarum Pauli afmloli, super illarn ad Romanos et prirnam ad Corynthios , collecta a Flora , vel sicut a quibusdam videtur a Bcda, ex libris 1$. Auguslini doctoris eximii. Ce beau manuscrit, parfaitement conservé , est exécuté avec une lnrgeur et un grandiose véritablement monumental. Il est présumante que les principales miniatures ont été enluminées par un peintre spécial; quelques-unes ne sont pas achevées: au verso du premier feuillet on peut même apercevoir encore les vestiges de l'esquisse , à la pierre noire, d'un grand frontispice qui occupe toute la page , et où est tracée la figure en pied d'un évéque nimbé, saint Augustin, je pense. Vers les deux tiers du volume, au litre des Epîtres de saint Paul , est la majuscule P dont les ornements tracés à la plume ne sont pas entièrement coloriés; les parties dorées ne sont pas rechampies, et une petite portion du fond seulement est peint en outremer.

Au verso du dernier feuillet du livre, ces mots sont tracés en caractères rouges : Liber sanctœ Rictrudis Marchianensis eenobii ; ; ;; Si quis eum abslulerit vel folium abscinderit , à sancta et individua Trinitate melediclus sil ; fiât , fiai : : ; Lit plus bas, en encre noire : Ânno Domini mccliii. Temporibus domini Uugonis ubbatis scriplus est liber isle ab Amdrea monacho istius Ecclesiœ.

Nous avons en projet un travail spécial sur l'art du manuscripteur et rubricateur dans nos contrées. Nous aurons alors à signaler les manuscrits de diverses époques, tant de l'abbaye d'Anchin que de celle de Marchiennes et d'autres monastères. Aujourd'hui nous n'avons voulu que constater l'état de l'art au xu* siècle , notamment à Anchin, et dans la période de la prélalure de l'abbé Gossuin.

Assurément , tous les manuscrits que l'école d'Anchin a produits à cette époque ne sont pas arrivés jusqu'à nous. Durant le laps des sept cents ans qui nous séparent du douzième siècle , le temps et les révolutions en ont dévoré la majeure partie, et puis, parmi ceux-mêmes qui ont échappé aux désastres, et qu'il nous a été permis de voir et de feuilleter, le plus grand nombre n'avaient pas été

«7 I.c D' Le Glay : Catal. det manute. de la bibl. de Cambrai. («• y,S. p. 241.)

M A la On du volume p»l un quatrain en l'honneur de saint tourne, et où est indique le nom du manuterip- Icur Guido.

signés, et sont dépourvus d'indications; d'autres ont été mutilés et ont perdu leurs premiers cl derniers feuillets, où se trouvaient des rubriques, des miniatures et des marques propres a renseigner sur les scribes et les peintres qui les ont exécutés. Néanmoins, ainsi qu'an le voit par ce qui précède, il nous a été possible encore de retrouver jusqu'à onze à douze noms bien authentiques de ces moines artistes appartenant à l'école d'Ancbin au temps de saint Gossuin, à savoir : le frère Jean et le frère Baidcin , le F. Jordan, le F. Bai dry, le F. Gérard, le F. Lambert, le F. SifiKR , le F. Rainaud, le F. Ailrede, le F. Olivieu et le F. Héue.

Peut-être aurions -nous dû compléter celte double pléiade d'artistes écrivains rubricateurs d'Anchin par un douzième nom, celui du célèbre Amand Duchàtcl , qui fut moine de St-Martin de Tournai , puis prienr à Anchin et ensuite abbé de Marcbieones. Nous avons rencontré plusieurs manuscrits , de la fin du onzième et du commencement du douzième siècle, signés d' Amand , mais nous sommes dans l'incertitude de savoir si cet Amand , signataire de ces volumes , est bien le moine et prieur d'Ancbin, le biographe de l'évèque Odon, ou si c'est un homonyme , Teligieux simple moine de l'abbaye de Marchicnnes.

Dans l'intérêt de l'histoire de l'art, il nous a semblé qu'il n'était pas indifférent d'élablir l'authenlicilé des noms et titres de quelques-uns de ces artistes, et de préciser autant que faire se peut la date de leurs travaux , afin de mettre à même ceux qui sont curieux de ces sortes de recherches, de juger, par ce côté du moins, du goût particulier et du génie artistique propre au 12* siècle. Aussi, nous avons recueilli avec joie une pièce originale fort curieuse qui nous a été communiquée par le pieux et savant bénédictin de Solesme, le révérend Dom Pithat, à qui d'ailleurs nous sommes redevables d'un grand nombre de précieux enseignements et de salutaires conseils pour l'exécution de notre travail. Cette pièce est une petite charte de H 61 , émanant de l'abbé Gossuin, et par laquelle le saint prélat d'Anchin, de l'assentiment de son chapitre, fait remise aux frères du monastère de Vaucelles, d'une rente annuelle de quatorze deniers et de six chapons. Le titre est souscrit par un certain nombre de religieux du monastère d'Anchin entre lesquels nous retrouvons cinq des moines manuscripteurs dont nous avons signalé les ouvrages: Sigerus , Balduinus , Jordamis, Baldcrictis , Rainaldus.

Voici la copie textuelle de cette charte , prise sur la pièce originale qui est conservée aux archives générales du1 département du Nord , à Lille , parmi les litres de l'abbaye de Vaucelles :

in nomine Domini , Ego Goswinus Dci patienlia humilis Aquicioclensis cenobii minister, nolum lieri volo tam presenlibus quam generalioni omni quae ventura est, quod commuai i-npituli Aquicinctensis assensu remiserim fratribus ecclcsie Valcellensis aunuum redditum miii denariorum et ti caponum , quem ecclesie noslre debebant pro qundam mansione sua in urbe Cameraccnsi constiluta.

Actum est hoc in presenlia Aquicioctensis capituli anno incarnati Verbi millesimo cente- .simo seiagesimo primo et presenti scripto cum impressione sigilli noslri dependente conlirmatum , teslibus subsignatis. S. mei Coswini. S. Alexandri prions. S. Walteri elemosinarii. S. Sugeri. S. Balduini. S. Jordanis. S. Baldrici presbileri. S. Walteri. S. Samulivlis. S. Fulconis. S. Ernulphi diaconi. S. Willelmi. S. liainaldi. S. Gosvim, liugonis, subdiaconorum.

Ce litre cri parchemin est accompagné du ecrl de l'abbaye , bien conservé, pendant a des attaches de soie. l.c scel en cire blanche, dont le fond est coloré en rouge porte l'effigie du Christ assis, la tetc entourée d'un nimbe cruclgcre, et bénissant de la main droite, et de la gauche, tenant la croix. Léecndc •• Sif/UIum SH-Salvatorit Jquicincti ecclrsict.

Page 1