CHAPITRE VIII
koiixaiiif: — Election d'ALEMWM, mu' ab»é, en l'an 1 iSi. — Il nuit les exemples et les tradition* de son prédécesseur. — 11 se rend agréable au Saint-Siège. — Le pape Alexandre in conlirme les dons , privilèges et bénéfice* accordés à l'abbaye d'Anchln et anx prieuré* de St-George, de St-Sulplce et de Ste-Marle d'Aymerlea.
— Bulle du pape Alexandre iu, de l'an 1173. — Concession faite à l'église d'Ancbln par Anse) , abbé de Cysoinç.
— Charte chlrogrophiquc de l'an 1168. — Charte émanant de Philippe d'Alsace, 1173. — Charte de Frumalde 1175. — Charte :du comte Bauduln, I17&. — L'abbé Alexandre fait enchâsser des relique* de Saints. — Croix et crucifix , d'un travail précieux , renfermant des relique». — Le* quatre clous de la crucifixion. — Jurisdiclion épiscopale des abbé* d'Anchln confirmée par le pape. Alexandre m. — Mort de l'abbé Alexandre, n 75.
Afin de donner plus de solennité à l'élection du nouvel abbé , on profita de la circonstance qui avait amené un si grand concours à l'abbaye ; et la cérémonie ne fut pas différée. Le jour même que Gossuin fut inhumé, on procéda à cette élection.
Gossuin, ainsi qu'on l'a vu, avait donné, quelques jours avant sa mort, les préceptes et instructions nécessaires pour diriger les frères dans le choix de son successeur. Le moine Alexandre , alors prieur d'Anchin , homme très-docte et très-prudent , que Gossuin avait distingué et qu'il s'était plû à former lui-même aux règles de la bonne discipline monastique , fut nommé d'une commune voix \
J. Molanus et F. de Locres disent que ce moine Alexandre, qui fut prieur, puis abbé d'Anchin , est le môme qui a écrit une vie de saint Gossuin : Alcxander , abbas cenobii Aquicinctini , scripsit vitam bcati Gossuini predecessoris sui , circa annum 1100*. C'est un point sur lequel on n'est pas d'accord. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'on conservait aux archives de l'abbaye d'Anchin plusieurs histoires de la vie du saint abbé : l'une attribuée à Alexandre, écrite par un religieux contemporain de saint Gossuin, et qui lui a été attaché dès les premiers temps de sa vie, ne l'a jamais quitté, et a été témoin de ses actes jusqu'à sa mort; l'autre, écrite un peu plus tard, au commencement du treizième siècle, par un contemporain des abbés Alexandre et Simon, successeurs immédiats de Gossuin*. Fr. de Bar, qui lui-même a composé une vie de saint Gossuin, qu'il a dédiée vers la fin du seizième siècle , à l'abbé Warnier de Daure \ parle de ces historiens auxqueb il a emprunté ses renseignements. 11 signale particulièrement le manuscrit que Molanus , F. de Locres et d'autres attribuent à l'abbé Alexandre , mais il pense que l'auteur de ce manuscrit , prêtre contemporain de Gossuin , qui aurait été attaché à sa personne , et qui l'aurait suivi dans toutes les phases de sa longue carrière ,
> F. de Bar, Ms. cité, p. 178. 1 Locrlus : Catalogut scriptor. irtesienrium, (ln-4\ p. C77), la
date de IlOO est une faute typographique, puisque Gossuin est mort en 1169. » Richard Gibbon. — in-12. nota; p. 373.
» ViiaR. D. Gosnini abbat. sept. Aqojc. Ma. petit ln-4* Bibl. de la ville de Douai.
ne serait pas ce moine Alexandre devenu depuis prélat d'Anchin , et dont nous parlons en ce moment.
Quoiqu'il en soit , Alexandre , huitième abbé d'Anchin , était déjà fort âgé , lorsqu'il passa des fonctions de prieur à la prélature. Pendant les neuf ou dix années qu'il gouverna, il suivit les exemples et la trace que son prédécesseur avait laissés. Investi du pouvoir abbatial , il porta dans ses nouvelles fonctions la dignité, la prudence et la fermeté qu'il avait montrées dans l'office de prieur claustral ; les moines d'Anchin , habitués à sa discipline , continuèrent à marcher dans les voies de la piété et de l'observance régulière, et ils lui rendirent l'administration facile. Aussi , il maintint l'état de prospérité auquel Gossuin avait amené l'abbaye.
Par ses vertus et par son insigne piété , il se rendit surtout agréable au Saint- Siège. Le souverain pontife Alexandre m confirma en sa faveur la possession de tous les dons, privilèges et bénéfices accordés au monastère d'Anchin, ainsi qu'aux prieurés de Sl-Gcorge d'IIesdin, de St-Sulpice de Doulens, et de N.-D. d'Aymeries. A cette occasion , par le diplôme confirmnlif de ce pape , il fut manifeste que sous le gouvernement de Gossuin, les biens de l'abbaye s'étaient accrus du double. Dans cette bulle d'Alexandre ni, délivrée en 1173, est indiquée la délimitation du monastère d'Anchin, formée par la Scarpe. par les petites rivières du Bais, du Bouchart, et par les marais, a Et, dit le souverain pontife, quant à l'eau v qui naît dans la terre de Gérard de Lui lai ng, et qui de là passant par le moulin » dudit Gérard, se rend dans le fossé de l'église, ainsi qu'au fossé par lequel » l'eau est conduite de la Scarpe jusqu'à Anchin, en vertu de notre autorité » apostolique, nous vous en confirmons la possession avec les écluses de l'une et m de l'autre rivières et les poissons de ces eaux. » En vertu de celle même bulle , le pape interdit à tout étranger la faculté de prendre le titre d'abbé d'Anchin , à moins qu'il n'ait été choisi et régulièrement élu par les frères de l'abbaye. 11 accorde aux moines la permission de recevoir les ordres sacrés de tout autre évoque catholique, dans le cas que l'évéque diocésain ne voulût pas les conférer gratis. Il permet en outre de recevoir à la sépulture tous catholiques quelconques; et il autorise la célébration à voix basse de l'office divin dans les temps d'interdit général. Et aussi il défend de payer à d'autres les dîmes des terres novales , que ceux d'Anchin défrichent de leurs propres mains : llemque inhibeo solvi aliis décimas novalium\ quœ propriis inanibus célébrant Aquicinctini*.
A cette époque , les moines d'Anchin défrichaient et mettaient en culture beaucoup de ces terrains vagues et qui n'étaient pas occupés; cet article de la bulle leur devint un titre important pçur établir les droits de l'abbaye sur ces terres , et pour assurer ses privilèges contre les revendications des curés des paroisses.
L'abbé Alexandre obtint encore d'Alexandre in, la confirmation d'un grand
3 Novale (novalit , novalia) est un terme du droit canonique emprunté de la dlaposiUon du droit civil ; on entend par li une terre nouvellement défrichée et mise en labour. Un pré converti en terre .labourable est une novaie. Les novales , dit Du ferrey, sont terres nouvellement défrichées et dont on n'a pas mémoire qu'elles aient été labourées. Ce terme , qui s'est appliqué primordialeraent aux terres , s'est dit ensuite de la dune qui se levait sur ces sortes de terres nouvellement défrichées. Les novales appartenaient aux cures des paroisses , bien qu'ils ne fussent pas gros décima teure. Cependant quelques gros décima leurs jouissaient des novales, mais il leur fallait pour cela un titre Incontestable ou une possession immémoriale. V' Gloss. de Dutonge, sa mot notale , et le Dict. de Trévoux.
• Bulle du pape Alex, m, rapportée en partie par F. de Bar, Us. cité, p. I7S, v.