CHAPITRE XI
Louvain, où il était resté pendant onze ans; et il avait à peine quinze ans lorsqu'il suivit en Lorraine Jacques de Vitry; et il vint ensuite faire son noviciat dans le couvent de Canlimpré de Cambrai , jusqu'à ce que , au bout de quelques années , fatigué de la retraite , il quitta le monastère de Cambrai , et entra , vers l'an 1 23 1 , dans l'ordre des dominicains de Louvain; de là, en 1238, il partit pour Paris aiin de suivre ses études ainsi qu'il l'écrit lui-même (liv. 1er chap. 19, p. 5). Ses études étant terminées, il revint à Louvain, selon le témoignage de Molanus, au mois de juillet de l'an 1 244 , où il fut investi de l'office de sous-prieur. Enlîn , après avoir parcouru la Lorraine , l'Allemagne et la Belgique qu'il avait inondées de ses harangues , il fut appelé aux fonctions de suttragant de Cambrai , vers Tan 1203. C'est alors, que presque sexagénaire, il se prit à poursuivre avec plus de violence, et aussi avec plus d'autorité, les travers et les vices de toutes les conditions. Ce n'était pas assez pour lui d'avoir critiqué dans ses discours les moeurs de chacun , il voulut les signaler dans ses écrits. C'est alors , en 1 263 , ainsi que nous l'avons fait voir par les rapports des dates et par l'indication du temps qu'il a mis dans ses pérégrinations , c'est alors qu'il a écrit ce livre où il publie sans égard et sans ménagements les désordres ou abus des ecclésiastiques quels qu'ils fussent, et qu'il complète les effets funestes de ses critiques et de ses calomnies en leur donnant la scandaleuse puissance des choses écrites ; bien que dans l'épitre préliminaire qu'il adresse au frère Humbert, maître de l'ordre des frères prêcheurs, il dise qu'il a évité de désigner nominativement les terres, les cités ou les villes où les choses se sont passées : Et ego quulem in pluribus hoc vitavi , ut terras, civitates vel oppida nominatim non ponerem, in quibus yesta jmtrata sunt. Oubliant ce qu'il a promis, sans respect pour sa propre dignité et pour son âge , il vomit le venin qu'il tenait renfermé dans son cœur contre le vénérable Simon : Simon, cet abbé respecté de tous, si haut placé dans l'estime du pape Honorius m'; Simon , dont le souverain pontife a fait de si grandes et de si justes louanges; et il ne craint pas de souiller par de pareilles calomnies quarante ans, et plus, de vertus.
Fr. de Bar poursuit sa réfutation : (Juin verecundia referam Iwc quod vidi , Aquicinctum monasterium est maximum et dilissimum in Atrebatensi dUccesi
constitutum (Thom. Cantiprat. de Apib. p. 25). Cantimpré dit qu'il a vu le
monastère d'Anchin , cela est possible ; mais l'abbé Simon , il ne l'a jamais vu , ainsi qu'il est manifeste par ce que nous avons dit précédemment. Hujus monasterii abbas qui vix prima spiritualis regulœ elementa cognovit. (Ibid.) Voilà bien une autre calomnie, et qui vient directement se heurter au témoignage du souverain pontife Honorius m, lequel déclare, dans la bulle que nous avons rapportée, que l'abbé Simon s'est à juste titre rendu plus cher à sa sainteté par l'observance des pieuses pratiques de la religion et par la pureté de sa vie. Mais tant de vertus n'ont pas préservé sa mémoire des calomnies de Cantimpré , elles n'ont pu le garantir contre ce trait plus venimeux encore : Tanta surnma pccun'uv cornuum istornm apicem altigit quôd ecclesiam suam plus quam in decem /ibrarutn mitlibus obligavit. (Ibid.) Cela est un mensonge, et un mensonge des plus flagrants , proféré au mépris des paroles du Saint- Père , déclarant que de sa grâce libérale, il accorde au révérend abbé Simon la jouissance de la mitre qui avait été déjà conférée à son oncle. D'ailleurs aussi, il est manifeste que l'église d'Anchin n'a jamais été grevée d'aucune dette étrangère sous le gouvernement
de Simon , qui légua même à ses successeurs l'argent nécessaire pour l'achèvement complet de la nef de la grande église. En 1 222 , il avait jeté les fondements de la basilique de la Vierge Marie, et cela trois ans après qu'il avait obtenu la mitre , ainsi que l'atteste la chrouiquo d'Anchin et il s'occupa de la dédicace de cette basilique cinq ans après la fondation , et lorsqu'elle fut terminée de tous points et décorée ,0.
Il est évident pour tout lecteur honnête, ajoute Fr. de Bar, que l'horrible et effrontée calomnie de ce Cantimpré ne repose sur rien de vrai , et qu'elle n'est que le produit de la malveillance et de la haine d'un furieux qui n'a pu , malgré tous ses efforts, abattre la mitre de la tête, non-seulement du pieux Simon, mais d'autres encore, comme nous le ferons voir quand nous parlerons de Guillaume Brunei, le xv abbé d'Anchin.
Au demeurant, si la modération, (c'est toujours F. de Bar qui parle), si la tempérance et tous les mérites du révérend Simon avaient besoin encore d'être défendus , après le témoignage du souverain pontife , on n'aurait , pour écarter de lui tout soupçon de simonie, qu'à citer les rapports et relations des chroniques de ce temps- là et qui sont constants et unanimes sur ce point, que le pape ne fut déterminé a honorer Simon de cette marque de dignité que par la tendresse qu'il lui portait et par l'estime particulière qu'il faisait de ses pieuses vertus. Voici en effet ce qu'on lit dans le Martyrologe ou chronique manuscrite de l'église d'Anchin , et à la date où la mitre fut envoyée à ce même Simon : Ad annum salulis 1219 : Ilonorins papa tertius dUectum filium Simonem abbalem Aquicinctensem duodecimum salutat , eumque milrâ et annulo , optimisque privilcgiis et dignitatibus honorât , ecclesiam Aquicinctensem virorum bonorum relata plurimum diligit et comtnendatu.
Quoiqu'il en soit, rien dans les écrits du temps ni dans les actes des abbés, n'indique que l'on eut été plus que de raison, ému de ces critiques et de ces attaques, et d'après les relations de la chronique d'Anchin, l'abbaye acquit à cette époque une importance considérable , grâces à l'administration tout-à-la-fois entreprenante et habile du RM Simon. Et malgré les grandes dépenses qui s'étaient faites pour élever à la place des anciens bâtiments les magnifiques édiBces dont nous avons parlé , pour orner le chœur et pour exécuter ces stalles incomparables , ainsi que les appelle Jacques de Guise , dans les Annales du Hainaut , Simon , loin d'avoir obéré le monastère, avait augmenté de beaucoup les dimes et les revenus de l'abbaye; et par ses soins et son influence, avec la protection du souverain pontife, Anchin s'était enrichi de bénéfices, d'immunités et de privilèges.
Honorius m avait assuré à l'abbaye de nombreux et importants avantages ; c'est ainsi qu'il frappe de la censure ecclésiastique quiconque essayerait d'attaquer les privilèges et immunités de l'abbaye d'Anchin. Il décide aussi que le monastère ne peut être obligé ni contraint à payer l'argent qu'un moine aurait perçu, sans lettre du couvent qui l'y aurait autorisé. Concernant les irrégularités, il donna à l'abbé pouvoir de passer outre à celles qui auraient été commises avant ou après la prise d'habits de moine ; et par un diplôme il renouvela les décrets de ses prédécesseurs qui exemptaient de tonte redevance, corvée et exaction le monastère d'Anchin,
* 1 222. Hoc anno jacta tunt fundamenla eceletiœ B. Maria xiv. kal. maii (tria 2. (Sigebcrt : Continuât. Àquic.
Dedicata est eeclesia U. Maria opud Aquicinetum a renrr. paire l'untio Atrtbat. tpiscopo. ( Ibid.) :» Chronicon Martrrologli AqulcineUnl. Fr. de Dar, page i8i v, n* 767 du ratai, de» Mm.