CHAPITRE XI
ainsi que les terres et villages qui l'avoisinent , comme Pecquencourt, Vred, Auberchicourt. H affranchit aussi de toute charge, impôt ou contribution les chapelles et chapelains de Pecquencourt , de Vred , d'Aymerics, d'Aulnoy, de Doullcns et d'Hesdin; il met ces villes et villages sous la jurisdiction d'Anchin, voulant qu'ils ne relèvent uniquement que de l'abbaye, et que les habitants n'aient à répondre qu'à l'abbé et au prieur officiai , qui seuls ont le droit de citer les délinquants, y compris, non- seulement les chapelains, mais aussi les autres prêtres desservants dans les autres paroisses , dépendants de Pecquencourt , de Vred , d'Aymeries, d'Aulnoy, de St- Martin d'Hesdin, église voisine du prieuré de St- Georges , etc. Comme aussi il ajoute que les laïcs , dans les causes ecclésiastiques et dans les affaires de mariages , n'auront à répondre que devant le tribunal de l'abbaye; et il fait défense à tout pouvoir séculier, quel qu'il soit, de poursuivre les délinquants qui seraient attachés au service de l'île d'Anchin, les laissant à l'arbitre et au jugement de l'abbé.
En outre, le pape Honorius, écrivant à l'archevêque de Reims, lui déclare, ainsi qu'aux sufTragants de cet archevêché et aux abbés, aux grands-doyens et aux doyens de toute la province de Reims , que quiconque aura porté atteinte aux droits , privilèges ou biens du monastère de St- Sauveur, sera tenu en excommunication jusqu'à ce qu'il ait fait réparation, et à la satisfaction de ceux d'Anchin.
Ce fut le pape Honorius m aussi qui institua l'abbé Guillaume de St-Amand avec maître Robert de Senlis , juges, pour régler le différend qui existait entre l'abbé d'Anchin et l'abbé de Marchiennes, relativement aux marécages ou marais, et aux pèches qui sont entre Lallaing et Marchiennes, c'est-à-dire depuis la misse (raque ou tenue d'eau) de Pomeray jusqu'à la raisse de Rieulay , et généralement pour toutes les eaux qui sont depuis Lallaing jusqu'à Marchiennes.
Une grande partie des immunités et indulgences dont nous avons parlé plus haut , et que le pape Honorius renouvela et augmenta , avaient été accordées ou confirmées précédemment , ainsi que les bénéfices et revenus, non-seulement par le pape Eugène , mais aussi par son prédécesseur Innocent m , et auparavant par Paschal u et Calixlc u, et les souverains pontifes antérieurs, depuis les premiers temps de rétablissement du monastère.
Grégoire ix , qui succéda à Honorius m , ne fut pas moins que son prédécesseur, bienveillant envers l'abbaye d'Anchin. A la sollicitation de Simon, qui désirait vivement et espérait voir, avant de mourir, la dédicace solennelle de la nouvelle église , élevée en l'honneur du saint Sauveur N.-S. Jésus-Christ et de la bienheureuse Vierge Marie, le pape Grégoire ix , par une lettre datée du 14" jour des kalcndes de juillet, xui * année de son pontificat (1230), accorde, en faveur de cette dédicace, une année d'indulgence à tous ceux qui, vraiment contrits et confessés, auront visité l'église pendant l'octave, et une indulgence de quarante jours , aux fidèles qui auront visité cette église dans l'espace de temps compris entre l'anniversaire et l'octave suivante.
Dans tous les actes de l'abbé Simon , éclate une scrupuleuse piété et une grande pureté d'intention. Il obtint du même pape Grégoire, qu'il fût interdit à toutes personnes séculières de célébrer des festins et des noces dans les limites du monastère et des prieurés. Grégoire ix confirma aussi à l'église d'Anchin tous ses privilèges, défendant en outre, aux évoques et aux nobles, de grever en aucune façon et par aucun motif l'abbaye.
Simon obtint aussi que les frères habitassent plusieurs ensemble dans les prieurés et non pas seuls. Bien plus, le pape, pour garantir les biens et les intérêts du monastère, accorda aux religieux la faculté de témoigner, tant dans les affaires ecclésiastiques que dans les affaires civiles. Sa Sainteté Grégoire écrivit aussi à madame Marguerite, comtesse de Flandre et de Hainaut, pour lui recommander d'épargner tout dégât et toute charge au monastère et dans les domaines de l'abbaye d'Anchin, de n'y point introduire ses hommes, ses chevaux ou autres animaux pour les y faire loger et héberger , et de veiller à ce que ses soldats ou autres n'enlèvent les bestiaux de l'abbaye et ne se livrent à aucun acte de maraudage ou de pillage. H voulut que les moines d'Anchin ne pussent jamais être contraints de comparaître devant aucun juge que ce fût; et il fit défense que la comtesse ellemême ou ses officiers et magistrats n'entrassent dans le monastère ni dans les métairies et établissements du domaine de l'abbaye avec une grande suite. En outre, il défendit aux pasteurs qui étaient sous le patronage de l'église d'Anchin, de jamais exiger une augmentation de la portion canonique.
Nous n'énumérerons pas tous les biens et bénéfices de moindre importance qui ont été conférés à l'abbaye d'Anchin par les évéques et les nobles ; nous n'en citerons que quelques -uus, au nombre desquels fut cet acte de Raoul , évoque d'Arras, qui transmit et assura à l'église d'Anchin les dtmes de Lallaing, en les faisant passer de la main de Philippe, marquis de Namur, en la main du révérend dom Jean, prieur d'Anchin, afin qu'elles restassent à perpétuité en la possession du prieur de l'abbaye. Les choses demeurèrent en effet ainsi jusqu'au temps de Denis d'Osterelle (vers la fin du 15* siècle); ce religieux, de louable mémoire et de grande science, et qui devint abbé d'Anchin , étant alors prieur, et craignant d'enedurir le reproche de propriété , incorpora ces dîmes, avec le moulin de l allaing, à l'Eglise d'Anchin. L'abbé Lentailleur, quelque temps après, comme nous le verrons, voulant gratifier le comte de Lallaing, les lui céda au détriment du monastère ; lequel monastère , ainsi que le remarque F. de Bar , aurait été fondé à revendiquer ces biens et à les reprendre , attendu que ce même comte de Lallaing n'avait pas tenu les promesses et les conditions auxquelles il s'était engagé.
Dans la deuxième année de la prélaturc de Simon , il arriva qu'un certain évêque avec d'autres personnages puissants par leur rang et leurs richesses (mais dont la chronique ne fait pas connaître les noms), auraient prétendu soustraire à l'obédience de l'église d'Anchin, le prieuré de St-Georges d'Hesdin , que le comte Robert, selon que nous l'avons vu plus haut, avait donné à Haimeric, troisième abbé d'Anchin; mais Louis vm, roi de France (père de saint Louis), reconnaissant les droits incontestables de l'abbaye, confirma par une lettre datée de Tan 1218, et qui était conservée dans les archives d'Anchin , cette donation, et l'assura à Simon et à ses successeurs pour être possédée et régie par eux perpétuellement.
Par un acte aussi de la même époque , l'évêque d'Arras , Raoul , dont nous avons déjà parlé , confirma la donation qu'avait faite à l'abbaye d'Anchin le chevalier Ansel d'Aigrcraont , de douze parties d'une dîme situées au territoire de Raimbaucourt. Dans le même temps Giles de Berlaimont céda à l'église d'Anchin , pour l'usage et l'entretien du prieuré d'Aymeries, deux parties de la grande dîme de Berlaimont et les dîmes du village d'Aulnoi et de Saissegnies, dont il reçut en retour douze cents livres de blancs *\
'-' Ames, moneta argentea vnnutior. en frtnçai» : blanc. G lots. Ductnge.