CHAPITRE XI. U
Gilles de Balanchon , de la paroisse de Goy sur Sanibre , et la comtesse de Hainaut allouèrent nne certaine somme d'argent pour le vin , les cierges et l'entretien d'une lampe dans l'église et pour subvenir aux frais de huit messes qui étaient célébrées tous les jours à; l'intention et pour le salut de ce même Gilles de Balanchon. Enfin, nous remplirions encore plusieurs pages, si nous voulions faire le dénombrement de toutes les donations que de pieuses personnes firent à l'église d'Anchin et aux prieurés de sa dépendance, en considération de l'abbé Simon.
Un fait qui témoigne de la prudence et de la sagacité du révérend Simon , c'est que dès l'année 1212 il parait que, moyennant un revenu annuel de 29 rasières du meilleur froment , il avait obtenu de l'église St-Amé de Douai toutes les dîmes que cette église avait à Esquerchin ; mais nous ignorons par quelle raison ce revenu a passé au domaine de l'évéché de Boulogne.
M. le conseiller Tailliar m'a communiqué un titre intéressant qu'il a retrouvé aux archives de la ville de Douai : ce sont des lettres par lesquelles l'abbé Simon et le chapitre de l'abbaye d'Anchin déclarent avoir vendu aux bourgeois de Douai toute la partie des droits de tonlieu que ce monastère possédait dans cette ville.
Voici cet acte curieux , écrit en latin , et accompagné d'une traduction en roman ou langue vulgaire du temps , faite sans doute pour l'intelligence de ceux qui n'étaient pas clercs et à qui le latin, qui était la langue officielle pour les actes et diplômes à cette époque, n'était pas familier.
Ego Symon divina permissione dietus abbas Jou Symoos par derme permission dis abbes
Aquiciocti et universum ejusdem loci capitulum, d'ADchin et tous li capitles de che meisme lieu
notum facimus omnibus présentent paginam faisons asavoir a tous a regarder et a oir cheste
inspecturis et audit uria, quod nos bénigne et présente lettre, que nous beoignement et de
de communi assensu totius capituli et convenu» commun otroi de tout no capitle et content
nostri vend idi mus burgensibus de Duaco totam avons vendus as bourgeois de Douay toute notre
partent nostram tbelonei , quam habebamus in partie du tonetieu , lequele nous aveimes en
eadem villa jure hereditario in perpetuum poa- icbele meesme ville par droit biretage par du-
sidendum. Si quis autem fratrum nostrorum rablement a tenir. Se aucuns de nos frères de
ex parte nostra super bac venditione videlicet notre partie sur cheste vendilion , s'il est assa-
prefati thelonei jam dictos burgenses presump- voir dudit tonelieu ja les dis bourgeois ara
serit molestare , nos eisdem burgensibus de entrepris molester , nous a iches meismes
Duaco , omnimodam garandiam tenemur exhi- bourgeois de Douay toute garaodtse sommes tenu
bere. Nos vero et servientes nostri eonductitii a douner. Nous a decertes et no serjant , nostre
panem nostrum manducantes ab exactione the- conduisable no pain megaaot du paiement de
lonei erimus semper liberi. Noverint etiam che lonelieu serons tous jours franc. Ade certes
universi quod nos ex nummis quos recipimus sachent tout , que nous des desniers lesquels
ex venditione sepe dicti tbelonei Duaccnsis, nous avons recheu de le vendanctie dudit tonelieu
emimus décimas de Lelihue et décimas de de Douay avons acale le dismes di Lelihue et le
Divion causa pacis et nostre utilitalis. Ut autem disme de Divion par cause de pais et de notre
prefati burgenses super hoc et super predictis pourfit. Adecertes que li dis bourgeois sur chou
parum aut nihil dubitare possint , eis ad ma- et sur les choses devant dites peu ou nient puis-
jorem securitatem et in testimonium veritalis sent douter , a iebiaus a plus grant seurte et en
p resens scriptum sigillorum nostrorum appen- tesmoing de verescril ce présent par le appension
sione et teslium subscriptione dedimus con- de nôtres seaus et par le souscription de tesmuins
firmatum. avons donne conferme.
Signum Johannis prions. S. Johann is de Li signes de Jehan le prieus. de Jehan de
Florines supprioris. S. Johannis de Dourlens Flnrines sou prieus. de Jehan de Dourlens pre-
prepositi. S. Uerberli cellarii. S. Beroardi de vost. de Herbert cellerier. de Bernart de Mont
Monte hospitalarii. S. Arnulphi cantoris. S. hospitalier, de Erooul le Canlre. de Ernoul de
loO
Sin prestre. de Wtbert de Douay. de Ernoul de ArnuJphi de Sin presbileri. S. Wiberti de Fruges. de Adan de Cauderi. de Estevenon de Duaco. S. Arnulphi de Fruges. S. Ade de Gau- Douay. de Huon de Hesdin. deri. S. Stephani de Duaco. S. Hugonis de
Hisdinio.
Fait lan del incarnation Dieu moc et douze au Actum anno Dominice incarnalionis millemois de jugnet. simo ducentesimo duodecimo , mense julio.
La lettre en latin devant dite est en roumant après escrlte. (Note qui est sur la pièce originale.)
Archiva de la ville de Douai, cartulaire T. i" 9 et 10.
Nous rencontrons dans les Annales historiques du comté de Sl-Vol , de Turpin , livre écrit en latin et imprimé à Douai en 1731 , un titre émanant d'Elisabeth de Châtillon, comtesse deSt-Pol, et daté de Tan 1221 , au mois de janvier; par cet acte , la comtesse reconnaît être tenue , elle et ses héritiers , de faire hommage à l'abbé et à ses successeurs toutes les fois qu'il leur conviendra de venir sur la terre de Ternois , terre que son seigneur et mari Gaucher de Châtillon , de son vivant comte de Sl-Pol , tenait du chevalier Mathieu de Rollepot , qui était hommelige de l'abbé.
Voici cet acte , qui est assez court et présente un certain intérêt ; ( nous le rétablissons d'après le texte original, qui est au dépôt départemental.)
Elisabeth de Caslellione comitissa Sti-Pauli , omnibus ad quos littere présentes pervenerint salutem in Domino.
Noverit universitas vestra quod ego et heredes met viro venerabili abbali Aquicinctensi et successoribus ejus hominium ligium de tota terra quam karissimus dominus meus Galcherus do Castellione , quondam cornes Sti-Pauli , de Matheo de Rollepot milite émit , de qua ipse Matbeus prefati abbatis cum aliis feodis suis bomo ligius erat , quotinns abbalem vel 6uccessores ejus in terra de Ternois venire contigerit, facere tenemur, tali condilione quod si abbas predictus vel prior Sti-Georgii de Hisdinio, propter negotium euum nos apud Hisdinium mandaverint, si aliquo negotio impediti, ad submonitinnem ire non possemus, nos per aliquem de hominibus noslris ligiis de submonitione ipsorum liberaremur.
In cujus rei testimonium predictis abbati et successoribus suis lilteras tradidi sigillo meo rol'oratas. Actum anno Domini mccxxi mense januario.
Archives d'Ancbin , au dépôt départemental. Original muni du scel de la comtesse de St-Pol, tenant un faucon sur le poing.
Turpin donne cette charte comme lui ayant été communiquée par dom Roussel de St-Pol , son ami , qui était sous-prieur au monastère d'Anchin , et professeur et directeur des novices.
La bonne renommée du monastère d'Anchin et de son vénérable abbé s'était répandue , non-seulement dans toute la Belgique , mais encore dans les contrées étrangères ; et à cette époque se formèrent , entre la communauté de St-Sauveur et un grand nombre d'autres couvents , ces liens de sodalité et de confraternité qui ont tant contribué à fortifier la puissance et à augmenter la célébrité de l'abbaye d'Anchin. Ces associations qui attachaient les uns aux autres les membres de la famille religieuse de St-Benoit , établissaient entre eux les rapports les plus touchants d'une fraternelle charité ; elles donnaient aux morts les secours de la prière et procuraient aux vivants l'assistance des biens temporels. Ainsi , l'abbaye de Fécamp en Normandie, les monastères de St- Berlin, d'Hasnon , de Bergues-St-Winoc , de Sl- Murtin de Tournai, de St-Amand , de Lobbes, de St-Josse sur mer, les Bénédictins du mont St-Martin , de Sl-Symphorien de Béarnais vulgairement appelée abbaye de Brainc, St-.\'icolas au Bois, St-Crespin et St-Crépinien en France, St-Wulmer,