CHAPITRE XI
loi
St-Michel-en-Thiérache , Si- Jean de Boissons, l'abbaye du Bec, celles deVicogne, de St-Vincent , de St-Quentin , tous ces monastères, et beaucoup d'autres encore en France, voulurent entrer en sodalité avec les moines d'Anchin. Bien plus, en raison du prieuré de St-Machut en Angleterre, dépendant de l'abbaye de St-Sauveur d'Anchin, Simon contracta société avec l'antique abbaye de St-Alban.
Mais c'est surtout en Belgique que ces rapports d'associations et ces liens de fraternité s'établirent; presque toutes les abbayes sollicitèrent comme une faveur d'être en sodalité avec la célèbre maison d'Anchin. Parmi ces couvents nous citerons celui de Liessies , celui du mont St-Eloi près d'Arras , les moines de St-Nicolas de Ribemont, de St-Denis en Broqueroie, les Bénédictins d'Afflighem , d'Estrun en Artois, de St-Etionne de Fémy, les chanoines d'Ypres, ceux de St-Omer, et beaucoup d'autres monastères et églises que nous omettons.
L'abbé Simon s'attacha ainsi par ses affiliations , non-seulement les maisons monastiques , mais encore les prélats et les personnages les plus considérables de l'Eglise.
Il se montra constamment libéral envers les pauvres , et magnifique dans les choses concernant le culte et l'office divin. Ce fut lui qui institua celte fondation en vertu de laquelle , tous les dimanches , à la grand'messe , deux torches étaient allumées devant le maître-autel , et cinq à Pâques et à la Pentecôte. Il avait voulu aussi que dans la chapelle de la bienheureuse Vierge Marie , un cierge brûlât constamment. Et dans les jours spéciaux , on chantait à la messe les collectes : Sempiterne Deus qui dedisti famulis tuis , etc. , et Ecclesiœ tuas. 11 assigna trois oraisons pour la messe du dimanche, trois oraisons aussi pour le jour de la fête de la Vierge, et autant pour la fête de la sainte Trinité.
Après avoir pris conseil de tout le couvent, Simon établit et fixa cette institution charitable , qui a subsisté jusques dans les derniers temps de l'abbaye et en vertu de laquelle , le jour de la sainte Cène , douze pauvres , admis au lavement des pieds , recevaient chacun un stuyver ou patar " .
Nous avons vu , et aussi longtemps que le bon ordre et la discipline seront conservés dans l'abbaye , nous verrons le prélat demander l'avis ou le conseil de tout le monastère, dans les cas où il s'agit de traiter une affaire, d'instituer ou de régler une cérémonie , d'avoir à prendre une décision ou une résolution ; c'est qu'en effet c'est un devoir prescrit à l'abbé par les sages ordonnances de saint Benoît , où il est dit : « Toutes les fois qu'il faudra traiter d'une affaire importante dans » le monastère , l'abbé ne manquera pas d'assembler la communauté et d'exposer » le sujet dont il s'agit , et après s'être informé du sentiment de ses frères , et avoir » considéré la chose avec toute maturité, il fera ensuite ce qu'il jugera être le >> meilleur et le plus expédient. Ce qui nous oblige de dire qu'il faut délibérer » avec tous les frères, c'est que souvent Dieu fait connaître aux plus jeunes ce » qu'il est le plus à propos. » A l'occasion de cette recommandation du fondateur de l'ordre, un commentateur religieux bénédictin, du dix-huitième siècle, dit: « Cette ordonnance a été faite avec beaucoup de sagesse , et véritablement comme les affaires de ce temps-là n'étoient pas de la nature de celles que l'on traite aujourd'hui dans les monastères, il ne s'y passoit rien qui ne pût donner de l'édification aux frères, et les instruire tout ensemble des choses qui concernent l'observation des règles, l'avancement dans la piété et le progrès dans le service
" Siufervt, stupherut, un sou; en flamand, ituyber, stuber. (Cloa. de Ducangc. )
de Dieu... Mais que les choses sont changées! il se peut dire que ce qui étoit utile autrefois, a présentement des inconvénients considérables. " »
Le révérend Simon a laissé beaucoup d'exemples de sa piété et de sa sollicitude pour tout ce qui regardait les pratiques religieuses, les cérémonies du culte et le rituel. C'est lui qui a fixé quelles seraient aux messes solennelles les prières qui seraient récitées pour les religieux particuliers, pour les abbés et les frères tant internes que forains , et qui décida que la solennité de la fête de la Vierge Marie serait célébrée sans remise le jour même où cette fête tomberait , fût-ce un samedi. De plus, il voulut que pendant le mois de l'anniversaire une portion de frère fût distribuée aux pauvres.
Parmi tous les faits qui témoignent de la libéralité en même temps que de la sage économie et de la bonté prévoyante de Simon envers ses frères , il suffirait de citer cet acte important qui a été sanctionné par le concile de Trente , par lequel acte il institua ses religieux administrateurs de tous les biens du monastère : « Nous faisons savoir à tous, tant présents que futurs, que Dieu aidant, les res- » sources de ce monastère se sont considérablement accrues. Acquiesçant avec em- » «ressèment aux humbles demandes et à la volonté de tous les membres de notre » couvent , et reconnaissant que dans ces temps tous nos frères ont travaillé avec » nous activement à la prospérité de notre maison , il est juste et légitime que les » biens acquis soient employés à augmenter les avantages et à améliorer le bien-être » de nos frères , etc. » 11 assigne par cet acte quelques rentes et revenus de métairies à l'achat des choses nécessaires à la vie, pour le boire et le manger et les vêtements des religieux , et pour les approvisionnements ; réglant que les achats se feront par les officiers mêmes de l'abbaye. Il s'occupe particulièrement des pauvres : « Voulant pourvoir aussi aux besoins des pauvres , nous avons résolu que tous les » ans il serait prélevé pour eux mille aunes de draps et cent paires de souliers. » Que cinq cents aunes seraient payées par l'aumônier, et les autres cinq cents » aunes , ainsi que les cent paires de souliers , par le chambrier ". Et pour que » les malades reçoivent tous les soins et les secours nécessaires, nous avons ap» » pliqué au service de l'infirmerie tous les revenus des deniers de Pecquencourt » et de Vred , et tout le revenu de Douai , tant de la cellérerie que de l'inten- » dance , ainsi que tous les legs en mobilier qui seraient faits à notre monastère , » et de plus , les cent chapons par an que nous devons recevoir de Baralle u, etc. » Cet instrument , consenti par tout le couvent et revêtu des sceaux de l'abbaye , fut passé au mois de mars de l'année 1233, avec défense de l'enfreindre, sous peine d'anathème et des peines disciplinaires.
Cet acte fut un des derniers de la vie de l'abbé Simon, qui mourut l'année suivante. Sa mort, comme celle du bienheureux Gossuin, le vu» prélat, fut annoncée par des prodiges et par des présages sinistres, ainsi qu'en font foi les récits du temps. La chronique du monastère rapporte que le lendemain de la féte de S. Laurent, le 11 d'août, vers le soir, les moines étant à souper, il se fit tout-à-coup un grand trouble dans l'air ; d'épaisses ténèbres s'abaissèrent enveloppant le ciel et la terre dans une nuit profonde. Les hurlements des vents, le fracas du tonnerre frappaient les religieux de terreur. A la suite de ce tumulte des
" La Régie de *aint Benoit, trad. et expliquée, t. I. p.
11 Camerarius : camerier. ofOcier du pape. Chambrier, dignité chex les chanoines et chei les moines. >k F. de Bar. Ms. cité, p. 189, r- Glott. Doeange.