‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 8 sur 306 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Li déclarations de le substance de le carthe dessus dite et les rcsponses contre le carthe ou franchise que li Rois a donné a chiaus d'Anchin contre le vérité et le intention de le 'descure dicte carthe de la fundatian.

L'an mil lxxix Tu Ancbin fondée , si comme il appert par le carthe chi deseure escripte de leur fondation do léveskc de Cambray Gerart , ki tesmoigne que le isle d'Anchin est fuudé. Ansiauls de Ribeumont tenoit de lui en benelice et en lief et le raporla en se main et lidis èveskes le donna a le glize a le requeste de Watier et de Sohier ses parochiens et nulle aultre coze plus ne donna Ausiauls de Ribeumont à le dise , car l'autre retnanant donnèrent li doi chevalier et leur ami ; ensi apert-il par che présent que li sire de Ribeumont ne tenoit mic le liu où Anchin siet dou roy de Franche, comment que il en tenist Rubeumont , ains le tenoit des èveske de Cambray, et a che présent chi S'acordent toutes les cronikes, si comme celles d'Anchin meismes d'Arras de Marchiennes de liasnon de St-Amand de St-Martin de Tournay et de Sigebert et plusieurs autres. Item li ditte carthe de le fondation del Clise dist que elle fo fondée Tau xxvi"" dou règne Henri le Roy ; par che présent chi apert-il clcreînent que Auchin n'esloit mie ou royalme de Franche, mais ens l'empire; car se il fust ou royalme ou le tenist dou Roy, li Eveske l'eust reporté en le main ou au moins il cust mis le datte dou règne le Roy Philippe de Franche ki adont regnoit Tan de son règne xix* et aussi adont regnoit ens Alemagne et ens l'empire li roys Henry l'an xxvr» de sen royalme, si comme li Eveskes de Cambray tiesraoigne en le carthe de le fondation dessus ditte ; et n'est mie merveille se li dis Eveskes ne le raporta eu le main le conte de Haynault ki adonc encore tenoit Douay, ou l'empereur ki adonc estoit par plusieurs raisons :

Premiers pour che que cestoit trop deument petite coze sans plus li lius d'un hermitage jadis. Après li cose estoit hastive et faite par miracle soudainement; et li cuens (le comte) de Haynaut et li empereur de Romme csloient si en guerre, que ils ne peureot à si petite coze entendre et ces h puins dessus dis a toute li substance de le fondation d'Anchin est, c'est assavoir que li sire de Rubeumont ne tenoit mie Anchin dou roy de Franche che ne aussy nestoist mie eus ou royalme. Apert-il clerement que toutes les lettres et carthes que li roys de Franche a donne a cbians d'Anchin comme a chians ki ont esté fondé des biens de sen royalme (car cestoient lo sire de Ribeumont en qui droit li roy de Franche sunt successeurs) sont et estre doivent de nule value; car elles sont surreptice et que plus est telle vérité elle contient expresse faussetée ; car li roys dist que il sentenoit pour enfourmé et par carthes et par instrument dont li contraires apert, le chil dAnchin ne monstrent autre carthe de leur fondation en l'an m. lxxix. dusque a l'an m 11e i*u«i. vi. (128C) que li abbea de l'église d'Anchin si traist et adont primesmeut li descors dou roy et dou conte de Haynaut. Mais il apert bien que devant che il se traisent as coûtes et as contesses de Haynaut et après encore , si comme li secoos abbes après cestechi se trait à monseigneur de Haynaut meismes.

Il sanle boin que on escrisist ciapres le carthe de le frunkise que li roys a donne a chioves dAnchin , ki est fondée sur cestc carthe chi deseure escripte de leur fondation.

Gérard , dans ses lettres de fondation , ne parait pas vouloir consacrer les récits de quelques légendaires , ni admettre tomme parfaitement hors de doute les faits accommodés par des peintres qui avaient représente les fondateurs Sigier et Gautier allant trouver saint Gordaine, pour lui demander conseil afin de construire le monastère d'Anchin.

Le prieur F. de Bar dit qu'il n'a rien trouvé non plus de précis dans les archives de l'ahhaye, touchant les causes des querelles funestes de ces deux gcntilshomnv.*. Seulement , il a. vu -dans les monuments écrits de l'ancienne histoire de Cambra» , qu ;i l'époque dont il est question , un des deux gentilshommes , Sohier ou Gautier , qui ont été gouverneurs de Cambrai , ravageait par le pillage et désolait par ses violences tout l'évêché , dont l'évêque Gérard et ses prédécesseurs avaient eu grandement à souffrir ; que Sigier, oncle paternel de Gautier, prenant la défense de l'évêque, s'opposait de

toutes ses forces et par les armes aux déprédations de son neveu ; que de là étaient nées ces haines et ces guerres qui avaient désolé la cootrée jusqu'au jour où, par une rencontre providentielle , la réconciliation s'était faite de la manière que nous avons rapportée. F. de Bar ajoute que ces deux seigneurs , qui étaient parents , portaient chacun dans ses insignes un lion debout, à savoir: Sohier (Sigier) de Lohes, seigneur de Loos et Courcelles , un lion vert sur un fond (il n'indique pas lequel) ; et Gauthier de Montigny, un lion aussi debout sur un fond de gueule frété d'or.

Les armoiries de l'abbaye d'Anchin , qui sont un cerf blanc dans un champ d'azur parsemé de lis d'or , font allusion à l'histoire du cerf que les deux seigneurs avaient vu en songe. J'ignore à quelle époque cet écusson a été adopté pour l'abbaye d'Anchin. A la suite d'une charte émanant d'Adam, dixième abbé d'Anchin, et rapportée par Carpentier ' , on trouve cette note ajoutée par l'historien Carpentier lui-même : Cette charte est scellée d'un scel représentant un abbé et deux écus dont l'un représente in cerf ektoiré DE flei'rs de lys, et l'autre trois trèfles. Mais, comme nous le dirons en son lieu , il y a quelque de raison de douter de l'authenticité de cette charte. Au demeurant , j'ai souvent rencontré ces armoiries de l'abbaye d'Anchin sur divers monuments , pierres , sceaux , jetons , vitres , tableaux et manuscrits appartenant à la (in du quinzième siècle , au seizième et aux siècles postérieurs , mais jamais à une époque antérieure aux dernières années du quinzième siècle. L'écusson ordinairement attaché à une crosse abbatiale qui forme cimier, est aussi accompagné d'une billette ou liston avec cette devise : inler lilia pascil ; le cerf paît entre les lis. A ce propos , on raconte que cette devise aurait parfois été sujette à variante et que de Vinter lilia pascit , on aurait fait selon l'occurrence : cervus lilia calcat , le cerf foule aux pieds les lis. La situation topographique de l'abbaye la faisant passer , selon les alternatives de la guerre, de la domination des rois de France à celle des rois d'Espagne , la devise des religieux aurait varié selon le souverain duquel ils dépendaient. L'mfer lilia pascit aurait été la légende destinée à célébrer le bonheur de vivre sous un roi de France , destiné aussi peut-être à provoquer les faveurs du monarque qui pouvait redorer ces lis ; le lilia calcat était l'expression d'un sentiment bien autre et d'une nationalité très-différente : c'eût été un compliment au roi d'Espagne , qui aimait assez à voir les lis foulés aux pieds, tant qu'il ne pouvait pas les joindre à son écusson et à sa couronne royale , comme il en avait si fort le désir à la lin du seizième siècle. Et nos bons religieux , n'y entendant pas plus de malice sans doute, espéraient seulement protéger leur barque en variant leur pavillon. Au reste, je ne suis pas en mesure de garantir par mon propre témoignage l'authenticité de cette anecdote ; mais elle m'a été racontée plusieurs fois et par des hommes graves qui m'ont assuré avoir lu le lilia calcat. Elle est indiquée , mais sans preuves , au livre des Mon* naies , Médailles et Jetons de Douai , publié par MM. Dancoisne et Delannoy.

Donc révêque Gérard u , qui était le protecteur de l'abbaye naissante et qui de plus avait voulu en être le co-fondateur , la dota encore de beaucoup d'autres bienfaits , et lui assura un grand nombre de bénéfices , ainsi qu'on peut le voir par le diplôme que nous avons transcrit. Il lui abandonna, affranchis de tous droits et redevances, les autels de beaucoup de villages, avec leurs revenus et tout ce qui était nécessaire à leur entretien. Il voulut aussi que tous les sujets qui se trouvaient dans le domaine de l'abbaye , fussent soumis à la juridiction d'Anchin , et qu'ils ne relevassent que de

• HUt. de Cambrai , preuvet, p 5*.

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