‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 86 sur 306 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

li abbes croit, faukierent, soierent, prisent et dément, ainsi que l'abbé le croit, fauchèrent,

portèrent ces esteules dessus les terres de le scièrent, prirent et portèrent ces récoltes de

glise sous sen ban , outre se volonté et sen gré dessus les terres de l'Eglise sur son territoire ,

et se deffeose que faire ne dévoient. Et sur che contre la volonté, le gré et la défense dudit abbé ,

li eomanderoens l'abbé et le glise prist un des ce qu'ils ne devaient faire. Et sur ce l'autorité de

bornes mon seigneur Wion ka riant et portant l'abbé et de l'église prit un des hommes de

ces esteules labbé et le giise et amena en An- Mgr Guy charriant et portant ces récoltes de l'abbé

chin et tint en prison si comme celui ki fu et de l'église, l'emmena à Anchin et le tint en

pris et arrestés sur le propre terre et le propre prison comme ayant été pris et arrêté sur la

treffons de le glise et en se justice et menans propre terre et le propre domaine de l'église,

et karians les kateus « de le glise qui estoient dans sa justice, menant et charriant les catcus »

sien propre et en se deûense et en sen ban. de l'église, qui étaient siens propres, placés sous

sa garde et sur son territoire.

Uns moines d'Ancbin, qui lonc tans avoit més Un moine d'Anchin, qui avait longtemps de-

a Hesdio par le cornant sen abbé venoit ma- meuré i Hesdin par ordre de son abbé, venait

noir en Anchin a tous ses dras ke uns sommiers rester à Anchin avec tous ses bagages , portés

aportoit, ke uns serjans conduisoit. Li gent et par un cheval qu'un domestique conduisait. Les

li home de monseigneur Wion prisent et arres- gens et les hommes de Mgr Guy prirent et ar-

terent celui moigne et fourmenerent le cheval rêtèrent ce moioe , et maltraitèrent le cheval

sor cui il seoit et ferireot et puis le laissèrent «ur lequel il était, puis le frappèrent et le lais-

aler par le comment se feme ki fu aveuc les aèrent aller par le commandement de sa femme

vilains. Mais ele fist mener en le prison mon (du seigneur Guy), qui était avec les vilains;

seigneur Wion le somier, le moigne et ses dras alors celle-ci ût mener en la prison de Mgr Guy,

et sergant ki conduisoit le sommier. Et fus mis le cheval, le moine avec ses bagages et le domes-

li serjans en prison de cep ' laide et vilaine de tique qui conduisait le cheval, et le domestique

l'eure de none et tenus sans boire et sans man- fut mis en laide et vilaine prison de ceps 1 et fut

gier duskes a lendemain presque a vespres tenu là sans boire ni manger , depuis l'heure de

sounans de le volenté et del consentement mon- none jusqu'au lendemain presqu'à vêpres son-

seigneur Wion. nant, par la volonté et du consentement de

Mgr Guy.

Sor le propre terre labbé li home de Pes- Sur la propre terre de l'abbé , les hommes kencourt getoient a un pourchiel quil avoient de Pecquencourt menaient un pourceau qu'ils akaler. Li sires de Montegoi par se volenté avaient acheté. Le sire de Montigni, par sa vovint la et feri et bati un des homes labbé d'An- lonté, vint là et frappa et battit un des hommes

et iist a ses homes tolir et porter le pour- de l'abbé d'Anchin , et fit, par i

chel a cui on getoit et les wages ki dales lever et emporter le pourceau qu'on menait ,

gisoient pour la kitement del pourcbel porter ainsi que la contribution imposée pour l'acquit

dessus le propre terre et le segnerie labbé kil du porc, ce qu'il ne pouvait et ne devait pas faire

ne pouet faire ni ne dut. sur la propre terre et seigneurie de l'abbé.

Li home le segneur de Montegoi hors de se Les hommes du seigneur de Montigni , hors

justice et de se segnerie rompirent de lassen- de sa justice et de sa seigoeurie, rompirent les

tement mon segneur Wion les escluses de le écluses du Bais 3 de l'assentiment de Mgr Guy.

Bais 3. Li abbé y envoya un moine et serjans L'abbé envoya un moine et un sergent pour lui

pour le reprendre. Li sire de Monlegni vint la faire reproche. Le sire de Montigni vint là l'épée

I C'est-à-dire les aveties ou fruits de la terre. C aigus , catiuts , biens réputés immoublcs ou meubles , selon qu'ils tienoent ou ne tiennent pas à ta terre, comme blés, etc. (V* Ducange, Glossaire. )

* itp, ceps, cepirl, ehep, cheper , clupùr , cheps, espèce d'enlrave dans laquelle on mettait le prisonnier. -Selon Nicod, le cep, était composé de deux pièces de bols entaillée, sur le bord «t justement à la même distance, qui, venant à se Joindre , serrait les pieds ou les mains ou même quelquefois les uns et les autres ensemble, etc.

II existe dans la collection d'archéologie du musée de la ville de Douai, une machine de cette sorte provenant autbentiquement du vieux château de Montigny. Il n'est pas Impossible qne le ceps dont 11 est question dans la pièce que nous rapportons, soit précisément celui même qui a servi au 13* siècle A emprisonner le domestique de l'abbaye d'Anchin.

Voir pour le ceps du château de Montigny, la Statistique de M. Dieudonné, L l, p. i2i. » Le Bais, petite rivière qui passe A Ancbln.

tirée et chassa les hommes à mauvaise intention, Jespee traite et kacba les homes pour mal faire

s'arracha les cheveux parce qu'ils lui échappé- ses chevaus enrascha si keehil eskapérent, quil

rent , ce que par droit il ne devait ni ne pouvait ne devoit faire pour droit ni ne poioit. faire.

Après toutes ces choses, le sire de Montigni Puis toutes ces choses li sires de Montegni prit un des varlets d'Anchin qui labourait les prist des serjans d'Anchin qui ahaooit le propropres terres de l'église, sur les monts. Le sire près terres de le glise sor les moos. Li sires de Montigni le saisit et prit sa blouse en gage pour de Montegni le prist et saptega a bliant sour 60 sous, ou le varlet, en telle façon qu'ils a pris lx sous u le vaslet en autre tel point ki fu la et levé les 60 sous. pris les lx sous il a pris et levés.

Il n'y a pas encore trois ans que le sire de Na mie encore ni ans ke li sires de Mon-

Montigni, ce qu'il ne devait pas faire, prit les tegni prist ke faire ne deust les fa us a un ou y

fauli à quatre ou cinq hommes de Pecquencourt homes de Peskencourt faukans esteules sur les

fauchant les récoltes sur les propres terres de propres terres le glise et les rendi as homes, l'église, et les remit & ses hommes.

Les abbés d'Anchin et l'église ont, depuis si Li abbés d'Anchin et li glise ont eu de si

longtemps que personne ne s'en souvient, fait lonc tanli ke il souvient nului fait lor maieur

leur majeur à Loffres. Le sire de Montigni avait i Loffres. Li sires de Montegni avoit défendu

défendu d'abord qu'on ne nommât le majeur i le maieur ke il ne sen melast. Che amenda

moins que lui, Guy, ne s'en roôlàt. U en lit en- il a labbé et a le glise et eomanda et vaut ke

suite satisfaction à l'abbé et à l'église, et ordonna il fust maires si ke devant. Et puis kil leut

de nouveau et consentit que le maire fût nommé amende il li a de rektef defFendu ce ke il ne

comme auparavant ; et après qu'il eut fait ainsi pouet faire ni ne doit, satisfaction, U a de rechef mis obstacle, ce qu'il ne peut ni ne doit faire.

Le sire de Montigni perçut un nouveau vinage Li sires de Montegni prendoit de nouvel

des hommes de Pecquencourt, ce qui jusques-là wjenage des homes de Peskencourt ke ou kes

ne s'était fait sur cette terre. U en lit réparation mais navait este ' fait sor le terre. Il lamenda

et puis l'exigea de nouveau, ce qu'il ne doit pas et puis le reprent ke faire ne doit, faire.

De toutes ces choses susdites l'abbé et le cou- De toutes ces choses deseure dites estoient

vent s'étant plaint , le sire de Montigni fit ré— li abbés et le couvent de palaignons et tout

paration pour le tout , sans rien excepter , i che sans nule chose excepter amenda li sires

l'abbé et à l'église. de Montegni a labbé et a le glise.

Etaient présents messire Amaury de Landast. La furent me sires Amolris de Landast me

Messire Jean, son fils. Messire Bauduin d'Auber- sires Jehans ses (ils, me sires Bauduins de Au-

chicourt. Le Châtelain de Douai. Jean Paycbien. berchioourt. Li Castelains de Douai. Jehan

Messire Tbieri de Thiaos, et beaucoup d'autres. Paiebien. Me sires Tbieris de Thians et mult

d'autre.

De touies ces choses , messire Guy garantit De toutes ces choses waga me sires Wt lasatisfaction â l'abbé d'Anchin et promit d'en faire mende a labbe dav Anchin et pramist a faire amende honorable devant le couvent s'il plaisait (amende de ces choses devant sen coveot se à l'abbé. Et cette réparation fut garantie pour il paisoit a labbé et cette amende fu wagie de toutes ces choses sans rien excepter, devant mon- toutes ces choses sans riens excepter devant seigneur Amaury. mon segneur Amolri.

Rouleau de parchemin, copie du temps. (Archive* genér. du départ, du Nord.)

Mais le si r<; de Montigny se livra à de nouvelles -violences et à d'injustes exactions envers les hommes et contre les droits et privilèges de l'abbaye ; de là de nouveaux débats, et un procès qui s'instruisit. L'abbé, et son couvent, dans un écrit qui est un véritable Mémoire sur procès, rapporte les faits de la cause avec leurs détails et circonstances. Ce morceau fort curieux est , comme le précédent et quelques actes encore qui suivent, écrit en langage wallon du moyen-âge; et quoiqu'il soit

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