CHAPITRE XV
toux Aine. — L'abbé Guillaume Brunei reçoit le* témoignage* de respect et d'amitié de la part de personnages considérable*. — Actes qui attestent sa grande piété. — Il fonde et construit l'église do Grenay. — Bulle du pape Alexandre iv, I2M. - L'entrée dans les cloitres et les bâtiments de l'abbaye interdite aux femmes. - Confirmation des sodalltés et confréries. — Réception solennelle de reliques saintes. — Lettres du cardinal d'Antioche , au sujet de ces reliques. — Guillaume fait fabriquer des chasses et reliquaires précieux. — Retable en argent et or. Inauguré la veille de Noël I2S2. — L'abbé Guillaume préside à l'inauguration de l'église de l'abbaye de Flines. — L'évoque d'Arras lance contre l'abbé Guillaume les foudres de l'anathème; — procès a ce sujet en cour de Rome. — Le pape Urbain iv oblige l'évéque d'Arras à révoquer sa sentence d'analbème. — Confirmation des droits et privilèges épiteopaax accordés aux abbés d'Ancbln. — Thomas de Cantimpré publie son livre De Apibut. - Discussion qui établit les droits et privilèges épiscopaux des abbés d'Anchln. - Monde l'abbé Guillaume, 1271 , — sa sépulture. — Il a constitué une société avec Jean de Barastre , 15* abbé du mont St-Eloi. — Contrat de mort-gage, par lequel Gobert de Roecbecourt et Bauduln de Le fosse livrent a l'église d'Anchin le Oef de Bruillc.
Les plus illustres parmi les seigneurs du pays tenaient à honneur de se mettre au service et à la disposition de l'église d'Anchin. On vit se présenter, pour offrir foi et hommage à l'abbé Guillaume Brunei , le chevalier Pierre de Douai , Fastré d'Aymerics, Bauduin de Cuincy, le chevalier Maurice, Robert de Wailly, officiai d'Artois , Gauthier de Ligne , le chevalier Nicolas de Condé , le sire de Bàilleul, le chevalier Mathieu de Walle , Robert de Raucourt : tous ces personnages, et une foule d'autres non moins illustres , s'étaient engagés envers l'abbaye d'Anchin par la foi d'hommage; et c'était bien moins par la force du droit écrit et des contrats que le révérend abbé s'était attaché ces puissants appuis, que par les liens de l'amitié. Tous , depuis les hommes de condition inférieure jusqu'aux plus éminents , donnaient des marques de leur bon vouloir et de leur affection à celui que sa grande piété et ses vertus avaient rendu cher à Dieu, au saint-siége et aux princes de la terre; aussi n'y avait-il personne qui eût voulu lui résister, ni rien faire qui lui pût déplaire.
On voit], par des lettres , qui étaient conservées aux archives de l'Abbaye d'Anchin , que madame Félicité, veuve du sire Bauduin d'Avesnes, dame d'Aymeries, n'hésita pas à reconnaître la domination de l'église d'Anchin , et à mettre sous le patronage de cette église la chapelle située dans le château d'Aymeries. Mais, dit Fr. de Bar , les monuments que ce vénérable prélat a laissés de sa haute piété , et les titres nombreux qui ont été conservés dans nos archives , témoignent plus sûrement que les plus belles paroles des mérites et des vertus mémorables qui ont distingué Guillaume Brunei.
Après avoir sollicité et obtenu l'agrément de son révérendissime ordinaire
Jacques Dinant , évèquc d'Arras , l'abbé Guillaume fonda et construisit de ses propres deniers l'église de Grcnay en Artois, à laquelle il assigna trois muids de terre; et depuis lors cette paroisse est restée constamment soumise au patronage et à la juridiction de l'église d'Anchin.
Sur l'avis et avec l'assentiment de l'abbé Guillaume, Mgr Nicolas, évêque de Cambrai, avait accordé à la dame de Baralle la permission d'avoir un oratoire dans l'enceinte de sa maison , où la messe serait célébrée tant qu'il conviendrait à l'abbé d'Anchin. La chapelle et le lieu siège de cette chapelle furent mis sous le patronage de l'abbé et sous la juridiction d'Anchin. L'évêque accorda de plus le privilège d'y célébrer la messe dans le temps d'interdit.
Le souverain pontife Alexandre iv avait une si entière confiance dans le zèle pieux et dans, les intelligentes intentions de ce révérend abbé], qu'à sa demande , et à la prière d'autres prélats du diocèse de Reims, il avait, par une bulle de 1254, laissé à leur prudence l'entière direction de la discipline régulière ; de telle sorte qu'il leur était libre de mitiger la rigueur de l'autorité de la règle bénédictine et des statuts synodaux de Reims (en ce temps-là toutes les abbayes de Belgique recevaient leur direction spirituelle de ce diocèse), à la réserve des vœux et des intituts fondamentaux dont il n'était pas permis de s'écarter. D'après cette bulle , si par le fait de la transgression des instituts et des règles fondamentales quelque frère, tombant dans l'irrégularité, encourait la peine de suspension ou d'excommunication , les abbés avaient pouvoir d'absoudre ou de dispenser.
De plus, ce même pape Alexandre îv, pour épargner des charges au monastère, adressa à l'abbé Guillaume un diplôme par lequel il interdisait, même à un légat du saint-siège apostolique, de recevoir le viatique d'Anchin ', à moins qu'il n'exhibât les bulles pontificales , et qu'il n'eût le nombre de chevaux prescrit par le pape. Ce diplôme réglait le droit de procuration des archevêques et desévêques, lesquels ne pouvaient exiger du monastère d'Anchin plus de quatre marcs d'argent. Il y était défendu aussi à toute personne , de quelque rang et dignité qu'elle fût , de forcer les moines à recevoir ceux qui leur étaient envoyés, et ceux-ci ne devaient accepter de l'abbaye aucune pension, bénéfice ni droit de personnat*, fussent -ils même des envoyés du St- Siège. Plusieurs bulles, lettres et diplômes du pape Alexandre témoignent de sa sollicitude pour tout ce qui pouvait assurer la tranquillité du monastère d'Anchin , et accroître ses avantages sous le rapport tant du spirituel que du temporel. Par des lettres de 1261, à la demande de l'abbé, il interdit aux femmes l'entrée dans les cloîtres , les ateliers et les officines de la maison ; il continue les sodalités et sociétés déjà existantes entre Anchin et les autres couvents, et il sanctionne la sodalité que Guillaume venait de contracter avec le vénérable D. Jean, abbé du couvent du mont St-Eloi; en vertu de cette sodalité les deux abbayes étaient dans une sorte de communauté de biens , et ces monastères se prêtaient une assistance mutuelle dans les choses temporelles ainsi que dans les cérémonies, les prières et le service des funérailles.
Le nom de l'abbé Guillaume se trouve honorablement meutionné dans un titre
1 Pecunia, viadeum «u iler facienti necessarta , vel quœ in meiecdem viatici conceditor. ..
Ducange, Glouar., ad voc. vlallcum.
* Interdirai eliam alUria concedebant epiacopi abaque pertonatu; id cal ut liceret monasterio , aliisvo ecck»ila Tlcarin» in ipiis allaribu» ddegare , qui ela deaervirenl ; pertonatvs protculiLua ad ip*a moraalcria ecclelaave apec- Untlbua; que quidem aUaria a ptrtonatu libéra dicunlur in ebarta BaWrici NoTlomenaa rpiscopi, an. 1 103, etc.
Ibid., ad TCt. porsonatu*.