‹ L'Abbaye d'Anchin. 1079-1792. [With plates.]Chapitre 93 sur 306 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

grande boite de bois, que par suite Charles Coguin, vers la fin du xv« siècle, enrichit de belles peintures et de découpures à jours. Après avoir pris conseil de ses frères et avec leur consentement , et en vertu de son autorité abbatiale , Guillaume , par un décret, porta anathème perpétuel contre quiconque sans nécessité tenterait de déplacer celte table sacrée, ou en détournerait, achèterait ou vendrait quelque chose sous quelque prétexte que ce fût. Mais cette défense ne put préserver ce chef-d'œuvre de l'attentat sacrilège par lequel , quatre siècles plus tard, le seigneur Bauduin de Gavre, baron d'Inchy en Artois, s'empara des statues des douze apôtres en argent et en or , et les fit fondre avec les reliquaires , les vases sacrés et les trésors dérobés aux églises, pour payer ses soldats.

L'abbé Guillaume était tenu en grande vénération , et comme il s'associait volontiers à toutes les œuvres de piété, Jeanne d'Avesnes, sixième abbesse de Flines, l'avait demandé pour qu'il voulût bien présider à la cérémonie de la dédicace de l'église de son monastère. Ce monastère , qui avait été fondé d'abord à Orchies , sous le nom de Y Honneur de JS'otre-Uame , et dans le diocèse de Tournai , avait depuis peu de temps été transporté à Flines , et se trouvait ainsi dans le diocèse d'Arras. La nouvelle église n'étant pas encore consacrée , l'abbesse voulut que ce fût le digne prélat Guillaume qui procédât à celte cérémonie. 11 se rendit donc aux sollicitations de l'abbesse de Flines , et il alla en grande pompe , décoré des insignes pontificaux , et accompagné de tous les moines vêtus de leurs aubes ; puis , les cérémonies étant terminées, il revint à Ancbin avec les siens, en toute modestie et piété.

Mais l'évéque d'Arras , -informé par les rapports qui lui en avaient été faits, de ce qui s'était passé , et croyant que ses prérogatives et droits épiscopaux avaient été usurpés et violés, lança contre le téméraire abbé les foudres de l'excommunication. L'évéque ignorait les privilèges pontificaux dont jouissaient les abbés d'Anchin, privilèges qu'avaient encore augmentés Alexandre iv , et tout récemment le pape Urbain iv qui les avait confirmés. Nous avons vu plus haut, que le souverain pontife Honorius m, antérieurement, avait conféré à Simon, xu' abbé, pour lui et pour ses successeurs , l'usage de la mitre et de l'anneau ; que de plus cet abbé Simon avait reçu les pouvoirs attachés à ces attributs épispopaux avec le droit de les exercer , non-seulement dans son monastère, mais encore dans tous les lieux qui étaient soumis à la juridiction de l'abbaye d'Anchin, et dans tous les autres lieux, avec celte restriction seulement que là où l'évéque serait présent, l'abbé ne pourrait procéder à la bénédiction. Néanmoins l'évéque d'Arras persistait , croyant que son autorité avait été méconnue, et une pareille prérogative accordée à l'abbé Guillaume lui paraissant porter atteinte aux droits des évêques. Le procès fut déféré à la cour de Rome; et après débats de part et d'autre, sa sainteté Urbain iv, en l'an 1262 *, porta sentence par laquelle il confirma comme justes et légitimes les privilèges accordés à l'abbé d'Anchin et à ses prédécesseurs; et pour les rendre fermes et stables à l'avenir , il prescrivit à l'évéque de révoquer la sentence d' anathème portée contre l'abbé d'Anchin , ordonnant qu'on le laissât lui et ses successeurs jouir librement des droits pontificaux ; que si non , il retirerait le monastère d'Anchin de la juridiction de l'évèché d'Arras. Ce diocèse était alors gouverné par Pierre de Noyon , lequel occupa le siège épiscopal depuis l'année 1 260 jusqu'à l'année 1270, un an avant la mort de l'abbé Guillaume.

1 Voir, plus bat, le texte de celle balle qu'Henri de Conflans, 2»' abbé d'Anchin, fait reconnaître par k magistrat de Douai.

ABBAYE D'ANCIUN.

Le pape Urbain iv , dans des bulles données la deuxième année de son pontificat , l'an du Seigneur 1 262 , touche quelques mots d'une dissidence qui avait eu lieu entre l'abbé Guillaume et l'évèque d'Arras Pierre de Noyon , relativement au costume , à certaines cérémonies religieuses et à l'observance régulière. Le St-Père fait entendre que ce qui avait attiré le blâme de l'évèque avait autrefois au contraire contribué à mettre en grande faveur auprès du saint-siége l'abbé Simon et ses frères chéris du couvent ; tellement que le pape Honorius m avait accordé à cet abbé l'usage de la mitre, de l'anneau, avec autorité de bénir les ornements de l'autel et les habits sacerdotaux, et de conférer à ses moines les ordres mineurs. Et à ces droits et privilèges que le pape Honorius avait rendus transmissibles aux successeurs de l'abbé Simon , le souverain pontife Alexandre iv avait ajouté la tunique, dalmatiquc, les gants et les sandales avec autorité de bénir solennellement. Urbain iv, en confirmant ces avantages, les étendit encore par des titres nouveaux. Nous verrons plus loin qu'Henri de Conflans, 29 e abbé d'Anehin, fit constater ces titres par un acte du magistral de Douai, le 31 mai 1409.

C'est au temps des dernières années de la vie de l'abbé Guillaume, que florissait dans le diocèse de Cambrai, alors régi par Mgr Nicolas de Fontaines, m* du nom , le célèbre docteur en théologie Thomas de Cantimpré , dont nous avons déjà parlé à l'occasion de l'abbé Simon n. Ce fougueux docteur, quoique n'étant plus dans l'âge de la jeunesse, était animé d'une effervescence de zèle et d'une ardeur de prosélytisme excessifs. Il venait d'être admis dans l'ordre des frères prêcheurs de St-Dominique. Cet ordre voué aux fonctions apostoliques , et surtout à la prédication', pour propager les lumières de la foi et arrêter les progrès de l'hérésie, avait été fondé par saint Dominique au temps dont nous parlons; et il était encore assez récent, car il eut sa première maison à Toulouse en 1215, et il reçut l'année suivante les bulles du pape Honorius ut , datées du 26 décembre 1216 , qui l'instituaient définitivement. Saint Dominique , son fondateur , que quelques auteurs ont appelé le premier inquisiteur, était mort en l'an 1221.

Donc Thomas de Cantimpré, ardent soldat de la milice prêchante , harcelait les vices et les abus de l'état ecclésiastique, poursuivant surtout dans les cloîtres le» relâchements et les irrégularités de la vie monacale. Il s'attaquait à tous, tant supérieurs qu'inférieurs; c'est alors qu'il produisit ce livre fameux qu'il intitula pompeusement : Bonum universale de Apibus s. C'eût été en effet une œuvre bonne et digne de louanges, s'il s'en était tenu à réprimer les vices, à signaler les erreurs et à réformer les abus, sans s'attaquer aux personnes et sans provoquer les scandales, et s'il avait toujours et de tous points suivi les exemples que lui avait donnés son chef, le frère Humbert , maître de l'ordre des prédicateurs , à qui cependant , dans l'épltre dédicaloire qui est en tête de son livre, il avait promis d'éviter les désignations compromettantes et de ne pas parler des personnes vivantes. Mais, en lisant son livre , on peut voir combien peu il a tenu ses promesses , et comment il s'est montré partial et injuste ; n'ayant que des éloges et des paroles de glorification ou d'indulgence pour tout «c qui appartient à son ordre , il est mordant et implacable à l'égard des autres familles religieuses , notamment de la famille Bénédictine ,

• Nous avons cru devoir, dans ces recils, ne rien omettre de choses qui se rattachent à l'histoire de l'abbaye d'Anehin; c'est pourquoi, bien que précédemment nous ayons déjà parlé et assez amplement des droits épiscopam des abbés d'Anehin, des attaques de Th. de Cantimpré à ce sujet, et de la défense animée de Fr. de Bar, nous pensons devoir suivre encore notre grand prieur dans celle seconde prise d'armes contre CanUmpré, laissant à de plus habile* que nous le soin de décider quel est celui qui a droit en In querelle.

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