CHAPITRE XVI
Anselme éprouvait; dans le recueil des Monuments anciens, du comte de St- Genois , ou lit :
1271. Ansiaus, abbé, et tout le couvent do St-Sauveur d'Anchin , diocèse d'Arras , promettent d'acquitter et indemniser leur seigneur Guy, comte de Flandre et marquis de Namur, de la somme de 900 livres parisis , dont il s'étoit rendu caution pour eux envers Richard du Markiet, Jakemoo Painmoillet, fils de feu Sawalou et Simon Malet, bourgeois de Douai. 1S71, mars.
En franfoit. Original en parchemin , scellé des sceaux de l'abbé Anselme , et du couvent . en cire verte , pendant à double queue de parchemin.
Dans un autre titre , de l'année suivante t intervient encore le nom de ce riche bourgeois de Douai , Simon Malet :
Par des lettres , données en Tan del incarnation Jehtu-Critt mil detu cens soiseanlt et douze, le 1er jour de mai, Gui, comte de Flandre et marquis de Namur, reconnait comme sienne une dette consistant en une somme de 19,000 livres parisis, que l'abbé Simon, un des prédécesseurs d'Anselme , et le couvent d*4tcencin , avaient empruntée à Simon Malet , bourgeois de Douai. Le comte promet de restituer cette somme au créancier de l'abbaye ; il en règle les termes de paiement , et renonce à tous privilèges et moyens qui pourraient le soustraire à la présente obligation 9.
Original en parchemin, sceau endommagé, en cire Jaune , pendant i double queue de parchemin.
On voit que cette dette de 19,000 livres avait été contractée par l'abbé Simon, su* abbé, it' du nom, qui gouverna de 1208 à 1234, date de sa mort, et dont nous avons parlé plus haut (chap. xi). Il est présumable que c'est à cet emprunt considérable que Cantimpré fait allusion, lorsqu'il dit : Tanla summa pecuniœ cornuum istorum apieem altigit , quod ecclesiam suam obligavit , plusquatn undecim librarum miUibus.
Le pape Grégoire ix , informé de ce qui se passait au monastère , envoya au pieux abbé Anselme une bulle, par laquelle il fait défense de rien payer à ces créanciers importuns, si ce n'est les dettes auxquelles il serait légalement prouvé que le monastère s'était engagé pour les dépenses légitimes du couvent. Etiam conventui inhibais ne importunis Mis creditoribus aliquid solveretur, nisi legititno jure obligari motiasterium constaret, ob conventus légitimas exjwnsas', interdisant formellement tout recours envers l'abbé ou le monastère pour les dettes et les titres qui ne seraient pas conformes à la justice. En outre , pour donner plus d'autorité au bon et dévot prélat , contre tous ses adversaires , ce même pape confirma tous les privilèges qu'il avait attribués précédemment au prédécesseur de l'abbé.
Un acte , daté de 1 27 1 , mentionne quelques échanges faits entre le monastère de l'Honneur de Dieu (abbaye de Flines), et l'abbaye d'Anchin.
Adam de Ghisny, xvii* abbé, second du nom d'Adam, succéda à Anselme. C'était un homme actif et énergique. Il s'occupa d'abord de remettre l'ordre dans l'administration du monastère. 11 obtint du souverain pontife Nicolas m un diplôme, par lequel il était interdit à quiconque d'arrêter ou de détenir pour dettes les moines ou convers. Ce diplôme prescrivait de régler et de terminer toutes les
» Invent, analyt. des chartes des comtes de Flandre, autrefois déposées au château de Itupelmonde, et conservée* aujourdhui aux archives de la Flandre orientale (l- cahier, p. 5t, in-4\ «and, I8t3.) » Fr. de Bar, Ms. cilé, p. $02, v.
ABBAYE D'A NCHIN.
affaires, selon le droit et par arrangements; il remettait en usage et vigueur tous 1rs privilèges qui avaient été accordés jusqu'alors, et qui ne se trouvaient pas être abolis par la prescription ou autrement. Il attribuait à l'abbé et au couvent la faculLd'accepter, de tenir et revendiquer sans préjudice du droit, les biens et héritagis (à l'exception des fiefs) qu'à quelque titre que ce fût, il couviendrait aux moines et convers qui les possédaient séculièrement , de donner au monastère , privilège que confirma aussi Honorius iv.
Les titres qui étaient conservés dans les archives d'Anchin font voir que cet abbé déploya uue grande activité pour le bien de son couvent. Dans un contrat, de 1277, il régla divers arrangements avec l'abbaye de Vicogne.
C'est sous la prélature de ce même abbé Adam que la dame châtelaine d'Ayineries fit don à l'église d'Anchin , pour le prieuré d'Aymeries , de champs dépendants du château dudit Aymeries. Enfin , pendant les treize années que cet abbé administra Anchin , les revenus du monastère s'accrurent considérablement.
Voici l'inscription qu'on a recueillie sur le marbre de son tombeau , qui était placé à côté de celui de son prédécesseur :
Eligilur posl hune, Adam deca sept i mus abbas
Nomints istius alter : quo res mediante Creterunt nobis, vitam quoque duxit honestam.
Les prospérités qu'Adam de Ghisny avait ramenées dans l'abbaye, et le bon ordre qu'il avait rétabli dans la maison, ne tardèrent pas à être de nouveau et plus gravement que jamais compromis durant l'administration du malheureux Evrard. xviii* abbé d'Anchin.
En ce temps-là, des débats s'étaient élevés entre la commune de Valenciennes et Jean d'Avesnes, comte du Hainaut; jusque-là qu'il s'ensuivit une guerre, et que les bourgeois de Valencienncs appelèrent à leur secours le roi de France Philippele-Bel , duquel d'ailleurs relevait une partie de la ville , et nommément le château avec tout ce qui est en Ostrevant '. Ces bruits de guerre retentirent dans lu monastère d'Anchin , et aux premiers moments d'épouvante , les religieux avaient fait transporter à Douai, dans l'église de St-Amé, le fameux retable d'or et d'argent du maître-autel, ainsi que d'innombrables reliques précieuses; mais peu de jours après, ces trésors furent réintégrés dans l'église d'Anchin et remis en leur place.
Cependant les effets funestes de ces troubles de guerre ne s'étaient pas bornés dans le monastère à une agitation passagère; l'esprit de licence et de désordre y avait pénétré; le tumulte et la révolte firent explosion. On vit des moines, les armes à la main, se livrer à tous les excès du pillage et de la licence ; et au milieu de ces désastres, le malheureux abbé, malade, outragé et menacé dans sa vie, envoya au comte Jean d'Avesnes une requête, par laquelle il réclamait de ce seigneur aide et assistance pour réprimer les violences et les débordements ( les noces) de ses moines, selon l'expression de Fr. de Bar : ut suorum monachorum reprimeret nlptias \
Voici , avec la traduction que nous en avons faite , la copie textuelle de la lettre
* Doitucma.i . Hùt. de Valeneiennet . llrra u. chap. vi, p. 14. Douai, Marc Wlon. 1633.
* F. de Bar, M*, cite", p. 201, r*. — On volt quo l'expression faire des noce*, avec l'acception que do n«s Jours on lui donne dans certain inonde , n'csl pas nouvelle.