‹ L'abbaye de Beavliev-lès-Loches et quelques monuments de sa dépendanceChapitre 12 sur 49 · ABSIDE DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

ABSIDE DE L'ÉGLISE

diole sud; mais n'esl-on pas fondé à penser qu'il se raccordait par l'extérieur à la petite vis accolée au grand clocher?

Evidemment l'extérieur de ce déambulatoire n'est pas moins mutilé que l'intériein-. A la base surtout, tout le parement a disparu. La partie supérieure, bien que ruinée, permet de retrouver les anciennes moulures, fenêtres, colonnes faisant contrefort, et aussi l'entablement, car les deux arcs d'entrée dont nous avons parlé plus haut indiquent la hauteur des voûtes.

Entre les chapelles, les fenêtres sont encore visibles. Elles étaient simples, grandes et plus élevées que celles des chapelles, disposition commandée par les hauteurs différentes des voûtes.

Les différences de symétrie, ou les négligences décoratives, ne doivent point nous étonner dans un monument de cette importance et de cette époque; aussi nous ne nous attarderons point à signaler ces détails, c]ui n'ajoutent rien à la connaissance du monument.

Bien autrement important par la question qu'il soulève est ce parement intérieur polygonal, rapporté au xvf siècle vraisemblablement, autant qu'on peut déterminer sa date par la dimension des pierres et leur structure; et encore ce parement n'est-il rapporté que sur une partie seulement du pourtour.

Evidemment la consolidation de ces murailles à demi ruinées s'imposait pour y asseoir les grands contreforts du x\i\ destinés à buter les grandes voûtes du chœur. Cependant, le parallélisme de ces revêtements n'indique -t-il pas une intention d'utiliser cet espace et de le couvrir?^

Des amorces de murs vers l'abbaye semblent révéler des projets abandonnés, et il n'en reste pas assez pour pouvoir deviner la pensée qui les a fait naître ; car ce que nous voyons ne répond à aucune hypothèse.

VEC le xiv'' siècle, avaient commencé les années de désastre pour l'abbaye.

Dans i;n acte du 6 mai n66', nous voyons les religieux réclamer au sujet des marchés : ils rappellent que l'abbaye et la ville de Beaulieu avaient été incendiées « excepté l'église, tant seulement laquelle ils avaient empierrée, fortitiée et diligemment gardée »; mais elle n'avait été épargnée que pour peu de temps, car les troupes du duc de Clarence la mirent à sac en 1412, et l'abbé fut emmené captif en Angleterre.

Ce fut le dernier coup, dont elle ne semble pas s'être relevée.

Si nous consultons dom Galland', Guillaume Moreau, prieur, aurait fait faire à neuf le mur méridional de la nti et réparer l'église, qu'on aurait couverte et lambrissée. La lanterne aurait été construite aux frais de Jean Cignory. curé de Saint-André de Beaulieu, en i4=)2. Cette lanterne, ne pouvant être le petit clocher en bois qui n'existait pas en 1699, se rapporterait donc à l'imposant clocher dessiné par Gaignières; mais ce dernier remontait à une époque

* Bibl. natinnalc, ms lat. 1:662.

^ Dom (lalland aurait écrit son histoire de l'abbaye en 1741. Son manuscrit serait d'une bibliothèque privée. Nous ne le connaissons que par des citations puisées dans le Ci>ii;^'rés archéoloirique de Lmiies, et dans Archambaud, Hist. de l'abbaye de Beaulieu {Revue de l'Anjou, t. XI et XI!, 1874).

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Util. I Si: AitiiA I r VI. i: ni-: m: Air. m [ ( État vraisemblable du monument 3li xn^ siècle. )

bien antérieure. Il y ci donc lieu de critiquer les textes ou au moins de les interpréter.

Enfin, les voûtes du chœur, d'après le même auteur, seraient dues à Hugues III Farnèse (148=^), et ce que nous voyons confirme cette partie du récit.

Les clefs de voûte ne sont pas moins remarquables que les grandes fenêtres avec leur rampelage. On a remarqué la différence de leurs profils avec ceux des ouvertures bouchées, cjui sont dans la partie inférieure du mur; cela ne donne pas grande précision, car c'est le bas qui semblerait le plus récent.

L'époque troublée à laquelle nous sommes arrivés, et les guerres de religion, expliquent peut-être pourquoi l'abbaye ne retrouva pas son ancienne prospérité.

Enfin, vers la fin du wf siècle, le s juillet i=)98, d'après un procès-verbal des officiers de la baronnie, rédigé à la requête de Jean Noquet, prieur, à la suite d'une tempête " le faîte de la nef fut renversé sur une longueur de 16 toises, ainsi que les pilastres >-».

La charpente seule était abattue, la maçonnerie demeurait intacte. Toutefois les moines, ne pouvant obtenir du roi le droit de prendre le bois nécessaire aux réfections, se bornèrent à réparer le chœur, et tel était l'ensemble en 1099 lorsque Gaignières le dessina.

Le mal ne fit que s'aggraver.

'< L'abbaye est encore délabrée et sans cloître , porte une note de la fin du xviii" siècle'.

'< Le réfectoire tomba vers 16 10, faute de réparations, et n'a point encore été réparé...

« Tout ce qu'il y a de remarquable à l'abbaye, c'est une pyramide de pierre de taille qui était dans le cloître. Elle lut élevée au commencement du onzième siècle par Foulques, comte d'Anjou.

' Bibl. nationale, ms lat. 12062.

quand il fonda Tabbaye. La base a 24 à 2s pieds de diamètre et

environ t)o pieds de hauteur.

11 y avait autrefois une fontaine d'eau vive où les moines lavaient leurs mains.

" Les dehors sont ouvragés par de petits compartiments semblables à ce qu'on appelle aujourd'hui vair et contrevair. »

Cette description est bien d'accord avec le dessin relevé par Gaignières', c'est bien une pyramide octogonale portée siar des arcatures, et on connaissait encore il n'y a pas très longtemps, à Beaulieu, la fontaine qui l'alimentait; elle a disparu depuis, soit par suite du déboisement, soit par suite de travaux fortuits ayant détourné son cours.

Quant à la date indiquée, elle était inexacte, et M. Enlard a justement montré qu'elle était du XII' siècle seulement-.

La forme de ce petit monument ne doit nullement nous sur-

Siègc abbatial du xvi. siècle. - l'oiychrome. prendre, quand OU songe com-

bien les mêmes formes étaient appliquées à de grands édifices et souvent à des objets d'orfèvrerie.

* Dessin à la plniiic, cuil. ( 'iait;niercs. V. a. 72. ' Bulletin des A)i/i^uaircs de Fr.Tme, i8g7, p. 140.

Cette forme de pyramide servait parfois à terminer un clocher; d'autres fois, elle représentait une lanterne des morts ou chapelle funéraire; ici, elle rappelait de loin l'emplacement de la fontaine. Le prieur Thomas Pactius, mort en 1168, n'avait-il pas, à l'église Saint- Ours, remplacé les charpentes incendiées par deux pyramides creuses formant voûte à l'intérieur?

Cette fontaine était réputée dans la contrée. En 1697, sur une vague insinuation qu'elle allait disparaître, un avis rendu en conseil le II novembre, signifié le 2 décembre, fait défense de la détruire.

Pour ne rien omettre de ce qui concerne l'abbatiale de Beaulieu, il faut remarquer une petite voûte étoilée, semblable à celles que les dais du xiV-xvi" siècle ont toujours employée; elle recouvre le passage entre le transept sud et la sacristie. Cependant elle pourrait bien ne pas être antérieure au xvii' siècle; mais aucun renseignement ne permet de dater sûrement ce morceau.

Le chœur possède des stalles au milieu desquelles se trouve une chaire venant, dit-on, de la Chartreuse de Liget.

Ce qui est remarquable dans ce meuble du xvi" siècle, c'est la persistance des formes du xv" siècle avec le style de la pure Renaissance. Il conservait encore ses peintures originelles, retrouvées en i8qi sous une couche de faux bois.

J. Hardion

Beaulicu, la ville, avec le mur ci enceinte du xiv' siècle et l'éplisc abbatiale.

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