LES BATIMENTS DE L'ABBAYE
qui poussait à remplacer les édifices pittoresques du vieux temps par de vastes constructions. Nous en avons un spécimen assez Iroid en sa correction classique dans le nouveau bâtiment conventuel, qui s'élevait jatlis au milieu des jardins du monastère et qui est maintenant enveloppé de la place publique, ombragée d'arbres, avec son kiosque pour les auditions musicales. L'édifice sert actuellement de mairie. Indépendamment de la disposition qui rappelle l'usage monastique, on remarque, à l'intérieur, des vestiges de décoration laissés par les religieux. Les boiseries sont traitées dans le style auquel on a donné le nom de Louis XV, ce qui indique l'époque de la construction et de l'aménagement.
Mais, entre les bâtiments conventuels, l'église abbatiale doit retenir davantage l'attention.
Au cours de la guerre de Cent ans, Beaulieu avait été le théâtre des '< pilleries, roberies et incendies // de la part des Anglais, dont les désastres ne purent être réparés qu'à force de temps et de diligence. Durant les luttes politiques et religieuses du xvf siècle, cette localité fut également soumise à des épreuves dont les œuvres d'art ne lurent pas les dernières à souffrir. Du milieu du xv*" siècle au milieu du xv!" siècle, grâce à de pieuses largesses et au zèle d'abbés amis des ouvrages artistiques, les églises, et en particulier l'abbatiale, avaient été dotées d'objets en rapport avec le goût affiné de cette époque, notamment sous le rapport de l'orfèvrerie, alors si excellemment travaillée, et de Lébénisterie , à laquelle on doit tant de curieux bahuts et de remarquables stalles. Celles de Beaulieu sont traitées avec délicatesse.
Parmi les objets fort intéressants qui ne furent ni emportés ni mutilés, du moins sérieusement, il faut compter la •" chaire » abbatiale, ou siège de l'abbé au chœur, qui pour la forme ressemble assez à la partie centrale d'un confessionnal. Tandis que ses côtés à clairevoie sont de style flamboyant, la partie inférieure et les frises du couronnement sont ornées des motifs familiers à la Renaissance. i5
[,a phis élevée des frises, dont l'agencement avait siibi une mutilation, présente la salamandre de François I''. Bien que les armoiries, qu'on peignait au dossier suivant l'ahbé en fonction, se rapportent au dernier supérieur avant la Révolution, à Micolon de Blanval, il n'y a pas de doute sur l'ahhé c[ui a commandé ce travail de transition, qui d'ailleurs fait honneur aux maîtres huchiers du premier quart du xvr' siècle.
Hardouin Fumée, d'iine famille de Touraine amie des arts, lors de son élection en i-f*)4, reprit les travaux de l'abbatiale avec zèle et esprit de sviite. Il termina tout naturellement sa restauration par le mobilier et tit faire cette très élégante chaire, qui reçut une décoration polychrome et dont nous mettrions l'exécution vers isi(). On n'ignore pas qu'il gouverna l'abbaye jusqu'en iS2i, époque de son décès, à laquelle il lut remplacé par Jean de BourdeilleV Cet objet d'art avait été placé à l'exposition du cinquantenaire de la Société archéologicj^ue par Léon Palustre, l'éminent archéologue, qui l'a décrit et reproduit dans le bel album ^ On sait que sa restauration est l'd-uvre de M. J. Hardion.
La stalle est fermée au tond et sur les côtés, et le siège, qui tient par la partie supérieure, n'a d'ornement que sur le devant. Le fond est formé d'une arcade ogivale surélevée, avec des animaux, des cornes d'abondance et deux oiseaux, dans le goût de la Renaissance, dont les enroulements couvrent tout le panneau. Le dôme est formé d'une petite voûte conique à qiiatre compartiments d'ogives. Les côtés comprennent trois panneaux. Le bois plein est décoré d'arabesques, de fruits et d'épis qui s'échappent de deux cornes d'abondance et d'un vase central ; au sommet est un oiseau. Le panneau du milieu est ajouré en manière de vitrail, avec meneaux et baies du style flamboyant. Les quatre montants sont ornés de colonnettes en forme de fuseaux, avec de petites
' Nous donnerons, à la tin, une [;énéalot;ie des familles Fumée et Bourdeille.
5 Album de rExposilinri rc/rosf'ccHyc de Tours, in-4", Péricat , 1891, {X. Beaulieu, pâtre 48).