‹ L'abbaye de Beavliev-lès-Loches et quelques monuments de sa dépendanceChapitre 18 sur 49 · LES BATIMENTS DE L'ABBAVE · texte numérisé non relu

LES BATIMENTS DE L'ABBAVE

niches pour des statues absentes, d'une allure à la lois flamboyante et Renaissance. Les pinacles se continuent au-dessus de la corniche, à la partie supérieure; celle-ci est formée d'un entablement avec palmes et cordon que surmonte un panneau orné d'arabesques de style Renaissance. Il y avait un couronnement au-dessus du dernier entablement, mais il a disparu sur les trois laces, et à la place, sur le devant, on a inséré iHi panneau avec une salamandre couronnée au milieu de flammes, et une tête de chaque côté.

Grâce au zèle et au goût des abbés de cette époque, l'église s'enricliit d'objets fort intéressants. En même temps que les autels

recevaient des parements précieux et des châsses finement ciselées, le talent des •'•' imaeiers » était mis à contribution. Comme il est à regretter que ces statues, d'un charme plein de naïveté, ne soient pas venues jiisqu'à nous ! Du moins on possède encore une statue de la Vierge, dont l'excellente facture fait honneur aux artistes et aux Mécènes d'alors, en même temps qu'elle nous donne l'idée de la décoration.

Plus d'une fois des largesses vinrent favoriser l'accroissement du mobilier artistique. Ainsi, indépendamment d'exemptions octroyées par Louis XI. en i=^io les religieux reçurent une concession d'indulgences pour aider à réparer les ruines. En mai is6o, la

Boiseries d'une salle Jii bâtiment eonveiitLiel , xvur siècle.

cour se trouvant à Beaulicu à roccasion des fêtes de l'Ascension, le roi donna vingt livres aux Bénédictins " pour leur aider à achapter (.[uclques mennz ornements d'église, au lieu de quelques autres (.[ui leur ont est desrobez ' ».

Mais, hélas ! l'année is''2 devait être pour les arts en Touraine , et particulièrement à Beaulieu, \\\\ terrible cataclysme déchaîné par la fureur iconoclaste des huguenots. A la réserve des reliques, que les religieux avaient enlevées, comme le plus sacré de leur trésor, les pillards firent main basse sur les ornements, ainsi que sur deux mitres, '•' dont une à fond de perles; // une crosse d'argent massif doré, voire même sur les meubles précieux et les stalles ou « chaires du chœur - ».

Ce désordre fut hex:reusement de coiu-fe durée. On sait que l'année 1=^63 vit Catherine de Médicis loger à Beaulieu, où elle devait revenir en i^iys- C'est en cette dernière circonstance, et le 28 octobre, qu'elle eirt à Saint-Germain des pourparlers avec le prince François de Valois, duc d'Alençon, lesquels aboutirent ensuite à la paix appelée à tort de Beaulieu, et qu'il convient de nommer trêve de Champigny, du château où elle fut signée entre la mère et le tils (21 novembre) ^

' M. le ciiinto Boiilay de La .Mciirthe, llisluire .ics ;^'uerres Je rdvj^ion â Loches et en Touraine, dans les Mémoires de la Socié/é archéologique , t. \LX , p. 26. •■' D. Galland, B. N., Ir. N. A. 06.52, f. i2.'5. ^ jM. le comte Boulay de La Meurthe, loc. cil., p. i36-i3g. — Histoire Je Thou, t. \\\. p. 2g5.

NE curiosité artistique, léguée par l'ancienne abbatiale et presque complètement ignorée du public, est la série des portraits qui ornent la sacristie.

On sait qu'au xvii" siècle en particulier, le goût des collections de portraits s'était répandu grandement. Les châteaux, comme ceux de Beauregard et de Selles-sur-Cher, en Blésois, réunissaient un groupement très important de portraits. La galerie de Beauregard, notamment, comptait plusieurs centaines de portraits exécutés, au xvii° siècle, d'après des contemporains ou d'après des dessins anciens ou des données fictives; et l'on a pu la parcourir avec prolit, comme nous l'avons lait, jusqu'à ces derniers temps, où les tableaux peints sur bois ont été vendus'.

Les monastères, cédant à leur inclination féconde pour le développement progressif de tout ce qui touche les arts, aussi bien que les lettres et les sciences, entrèrent dans cette voie. La Chartreuse du Liget possédait une série de portraits de personnages de marque, dont plusieurs sont recueillis au musée de Tours. Avec l'abbé de Marolles, l'abbaye de Villeloin eut, elle aussi, sa collection. Le savant abbé, qui fut vraiment un précur-

' Cf. L'Europe poliliqiw ut lit 1er. rire., nov. et dcc. i()o.j, le Chûieau de Beauretrard , par L. Bossebœuf.

seur autant qu'un avise collectionneur, commença par réunir la superbe série de milliers d'estampes qui terme actuellement le premier fonds de la Bibliothèque nationale. Non content de cela, il entendit faire mie galerie de portraits peints, ainsi qu'il nous le raconte lui-même.

K Je tis bâtir (1635), écrit l'abbé de Marolles dans ses Mémoires, dans mon abba'ïe de Villeloin, un assez beau lieu pour ma Bibliothèque, que j'ornai de portraits de plusieurs personnages doctes qui ont fleuri en divers tems; comme j'en avois mis dans ma grande Salle deux rangées de personnages illustres, d'une autre profession, dont j'avois fait copier une bonne partie de ceux qui sont dans la gallerie de Selles, avec la permission de M. de Béthune, le plus obligeant seigneur du monde, par un peintre de Lyon, appelé Vande, qui s'étoit arrêté dans le pais. Je lui avois fait faire aussi dans la même salle, cent cinquante écussons aux armoiries des principales villes et souverainetés de l'Europe, avec leurs blasons sur le mur, au-dessous des solives; et dans mon abba'ie de Beaugerais, les armoiries des fondateurs et bienfaiteurs de cette Maison, suivant les sceaux et les titres qui s'en trouvent dans le trésor' . /,

L'exemple du savant abbé de Marolles et de l'abbaye de Villeloin ne pouvait que porter ses fruits, en particulier auprès des couvents du même ordre de Bénédictins. L'abbaye de Beaulieu devait avoir sa galerie de portraits, moins importante et d'un caractère plus mystique. A Villeloin, l'abbé avait tenu à faire reproduire les personnages célèbres dans les différents genres, en y comprenant, bien entendu, ceux qui avaient excellé dans la vertu. A Beaulieu, on s'attacha exclusivement aux personnages renommés par leur sainteté, du moins pour orner la pièce que l'on voulait ainsi décorer, et c'est cette petite " galerie » qui attire ici notre attention.

' Mémoires Je Michel de Marolles, Amsterdam, i755,; t. I, p. ig8.

LA SERIE DES PORTRAI'l'S DE LA SACRISTIE 119

Soit que ces boiseries avec portraits aient été exécutées pour la pièce où elles se voient, et cjui sert actuellement de sacristie, soit qu'elles aient été placées d'abord dans une autre salle et transportées ici dans la suite, ces peintures méritent d'être examinées et reproduites. Ce ne sont pas assurément des œuvres dignes d'un Lesueur; mais, en raison de leur caractère et du souvenir qui s'y rattache, elles appellent une description qui n'a jamais été faite.

C'est la paroi méridionale de la sacristie qui a reçu cette boiserie , rehaussée par les panneaux peints, laquelle mesure s mètres 30 de longueur sur ^ mètres "0 de hai;teur. Les panneaux sont encadrés et disposés d'une façon régulière, et chacun d'eux a qo centimètres de haut sur 68 de large.

Au-dessus du meuble, et sur les deux côtés, au lieu de portraits, trois compartiments ont reçu des bouquets de fleurs les plus vantées au xvii" siècle, telles que roses, tulipes, oeillets, etc. Les portraits sont placés sur six rangs dans le sens vertical , et sur deux rangs dans le sens horizontal.

A la rangée supérieure, à partir de l'ouest, on remarque : un personnage en manteau et collier royal (peut-être saint Louis), un autre en rochet et camail, tous deux de trois quarts à droite; un évêque avec le rochet, le pallium, la mitre et la crosse à la main

Michel de Marolles, t;ravc par Nanieiiil en 1D.57.

L'ABBAYE DE BEAliLIEU-LES-LOCIlES

gauche, qui paraît être saiut Basile; un saint en robe blanche et les mains levées clans l'attitiule du ]irédicateur (peut-être saint Dominic|ue). ces deux derniers de trois quarts à gauche.

On voit ensuite un cardinal de prolil. à gauche, qu'à ses

traits et à son nez on reconnaît pour saint Charles Borromée dans l'attitude recueillie c|u'()n lui donne d'ordinaire devant le crucifix. Les dei:x personnages suivants portent, le premier un surplis (saint Vincent de Paul 1, et, le second une harpe ( peutêtre David).

Le rang inférieur

Abbatiale de Beaulieu. Portraits de la sacristie. renferme à 'Oartir

du levant, un religieux en robe brune, de trois quarts à droite, et un personnage en robe à grands plis tenant un crucifix, après lequel est un abbé nimbé, de trois quarts à droite, et tenant de la gauche une crosse avec le croceron vers lui i sans doute saint Benoit). Le panneau qui suit est occupé par les fleurs dont nous avons parlé. Saint François de Sales, très reconnaissable à sa belle tête pleine d'expression, son front chauve, sa barbe et son attitude bien connue, porte le grand col rabattu sur le camail ; il paraît dans l'attitude de la prédication, de trois quarts à gauche, la main gauche plus haute et la main droite vers le milieu du corps. A

ses côtés paraît saint Antoine de Padoue, tenant l'Enfant Jésus. Enfin le dernier, aussi de trois quarts à gauche, est vêtu d'une robe noire, et tient un cruciiix; peut-être est-ce saint Ignace?

Siir les côtés du meuble, entre les portraits et les lleurs, il y a un panneau vide qui , à la différence de ceux-ci, a moins de hauteur que de largeur.

Après avoir indiqué sommairement la description, nous devons signaler les caractères généraux des divers portraits. Les personnages sont représentés à mi-corps, dans le costume et l'attitude qui leur conviennent et qui leur est donnée par la tradition. Ceux qui sont dans la partie plus à l'ouest sont plutôt tournés vers la droite, et ceux de la partie est sont plutôtorientésversla gauche, c'est-à-dire, de part et d'autre, vers le centre. Dans la pensée qui a présidé à la disposition, il y avait peut-être l'idée d'une concentration vers un point central plus honorable au milieu de la paroi de la muraille : par exemple, la présence d'un Crucifix. On rapporte d'ailleurs que cette série surmontait les stalles autour du chœur, lesquelles appartiennent à l'époque du siège abbatial.

Les portraits ont été exécutés d'après des documents sérieux.

Pour les personnages qui avaient vécu à une époque récente,

l'artiste a travaillé sur les reproductions contemporaines. Quant

à ceux qui étaient décédés depuis un temps plus considérable,

Loois abbatial de X'illelnin, i \\ --.wiir' siècle).

il s'est inspiré des représentations qui se conservaient dans les couvents ou dans les collections diverses.

Grâce à ce souci scrupuleux de l'exactitude, le peintre a donné à ses personnages le caractère qui convient. Assurément, ainsi que nous l'avons fait observer, ce n'est pas un maître qui a fait cette série; mais elle n'en a pas moins des qualités sérieuses. Le dessin est très correct, et l'expression est suffisamment indiquée; les draperies sont souples et variées. Dans l'ensemble règne un rythme harmonieux, comme il convient à un groupement de pieux personnages, et, dans le détail de chacun d'eux, le caractère individuel a été justement observé. Sans être un grand artiste, le peintre a montré une connaissance sérieuse de son métier, et, si ses contemporains ont été heureux de reposer leurs regards édifiés sur sa galerie, à notre tour nous nous estimons satisfaits d'avoir ces documents d'une époque déjà lointaine.

Ainsi qu'il se pratiquait habituellement, l'artiste a exécuté les sujets qui lui ont été indiqués par celui qui avait qualité pour le faire, c'est-à-dire, dans l'espèce, l'abbé ou le prieur ou quelque autre religieux autorisé. Le choix des personnages était inspiré par les traditions de la vie monastique, dont la méditation coutumière occupait la pensée des religieux. Il est donc tout naturel que l'on retrouve ici les initiateurs de la vie religieuse et de ses règles tondamentales, les auteurs des grands ordres monastiques en Crient et en Occident. Pour l'Orient, c'est saint Basile, évêque de Césarée, dont la règle a servi de base aux autres règles; pour l'Occident, c'est saint Benoît, qui devait occuper la place d'honneur dans le cœur du bénédictin, puis saint Martin, saint Augustin, saint Dominique et saint François d'Assise.

Ici, on se pose tout naturellement cette question : Quel peintre a fait ces portraits, et à cjuelle époque ont-ils été exécutés?

Nous ne possédons pas de document qui nous permette de dire le nom de l'artiste. Peut-être s'agit-il d'un étranger, comme

celui que l'abbé de Marolles chargea de faire les copies pour sa galerie. On pourrait supposer aussi que les religieux lirenl appel au savoir-laire d'un peintre de Touraine, comme les artistes ordinaires dont les noms nous ont été conservés dans les documents et ont été mentionnés dans les publications faites de nos jours. Mais, si Ton songe que de tout temps les monastères ont possédé des religieux versés dans les différents arts, il est également permis de supposer que ces pieux sujets, faits d'après les indications de l'abbé ou d'une autre personne autorisée, ont pu être peints par un hôte de l'abbaye, et l'on peut espérer que quelque pièce d'archives nous révélera im jour son nom.

Si rien ne vient nous aider à lever l'incognito qui recouvre la personnalité du peintre, du moins il nous paraît possible de fournir quelque précision touchant la date.

A l'examen des boiseries et des sujets, tant la facture des portraits que celle des fleurs, on reconnaît de suite le xvii" siècle. Le menuisier qui a découpé et agencé ces panneaux et le peintre qui les a ornés vivaient des traditions de la première moitié du siècle de Louis XIII et de Louis XIV. Mais, grâce à l'un des portraits, on peut serrer la question de plus près.

Saint François de Sales, représenté dans l'un des compartiments, est né au château de Sales, en Savoie, en i^C^y, et mort en 1622. Sa belle vie épiscopale, marquée par d'éminentes vertus aussi bien que par l'élévation de son caractère et la distinction de son esprit, qui se reflète en des livres admirables, lui valut les honneurs de la canonisation. Le pape Alexandre VII le canonisa en i66=). La présence de saint François de Sales dans la série des saints personnages canonisés par l'Eglise, et vénérés comme tels, est la preuve évidente que l'exécution des peintures n'a pas eu lieu avant cette date. De fait, c'est vers cette date ou peu de temps après qu'il semble que l'on doive les placer, à considérer l'ensemble et les détails de cette curieuse collection.

'abbaye, ainsi que nous l'avons rappelé, comptait parmi ses désignations celle de Saint- Sépulcre de Beaulieu, par suite des reliques rapportées de Jérusalem par le comte Foulques Nerra. Ce côté de notre sujet présente trop d'intérêt pour que nous n'insistions pas.

Comme nous l'avons fait observer, la relique consistait dans une -parcelle du tombeau du Christ que Foulques aurait détachée avec une vigueur égale à son habileté. Depuis lors la liturgie, dans sa langue tour à tour rythmée ou non, toujours avec une continuité remarquable, a perpétué la genèse et le culte du pieux mémento que l'on devait au comte d'Anjou. De cette voix autorisée nous ne tarderons pas à recueillir l'écho à travers les siècles. C'est pourquoi nous interrogerons tout d'abord les témoins d'un autre ordre.

Parmi les témoignages, on doit citer celui du voyageur du Buisson, à l'époque de Louis XIII. A propos du morceau du saint Sépulcre, il écrit : •" Il s'y voit encore gardé, grand comme une large pierre d'arquebuse, et semble un éclat de marbre blanc. >, Au début du xviii'' siècle, on continuait à le vénérer, comme nous l'apprend un texte des Chroniques manuscrites des Viantaises, ou Augustines de Beaulieu.

" Le i6 juillet 1700, j lisons-nous, M. Boileau, abbé de Beaulieu, et le révérend Père prieur de la dite abbaye, sachant que nos révérendes Mères et la communauté avaient bien envie de voir la précieuse relique du saint Sépulcre, l'apportèrent ensemble sur les 4 heures du soir, accompagnés de quelquesuns de leurs amis. L'on avertit la communauté de se rendre au chœur, par les cinq coups à l'ordinaire, et là, en habit de chœur, nos révérendes Mères reçurent la sainte relique par la petite fenêtre de la grille, et la tirent baiser à toutes les religieuses à genoux, les unes après les autres. »

Les églises collégiales eurent de bonne heure des oftlces spéciaux, et, indépendamment des cathédrales, certains autres chapitres étaient en possession de Bréviaires et de Missels, manuscrits ou imprimés, à leur usage. On connaît notamment le Bréviaire imprimé de la collégiale Saint-Mexme de Chinon.

L'abbaye de Beaulieu, sans posséder une liturgie spéciale, avait tout au moins tel office propre, comme celui du titulaire. Cet office était naturellement connu des historiens dom Galland et Yves Gaigneron, ainsi qu'on peut s'en convaincre par les manuscrits des deux auteurs, en particulier le dernier (Bibl. nat., Ms. lat. 12662, f" I02-I0-;). VOffice du saint Sépulcre de Beaulieu a été emprunté à un bréviaire du xv' siècle par M. de Salies, qui l'a publié en appendice dans son Histoire de Foulques Nerra. M. de Salies place ce texte au début du xn" siècle, en s'appuyant sur un fait rapporté dans la 4"^ leçon avec la mention : nuper... aniw... millesimo centesinio undecimo. M. Halphen fait observer que le mot nuper vient du texte antérieur copié dans l'oftice et auquel on renvoie, et ajoute : « L'office est postérieur, et probablement de beaucoup, à la dernière rédaction des Gesta consulum Andegavorum (que Mabille met de 11 24 à II 37), dont il transcrit de longs passages: c'est un amas d'his-

toriettes sans valeur sur la fondation de l'abbaye de Beaulieu. et sur l'origine des reliques qui y étaient conservées'. »

Le document le plus important au sujet de cette question est VOftice du saint Sepiilcri', propre à l'abbaye de Beaulieu. Il était à l'usage du couvent, d'où il est passé dans la bibliothèc^ue commiuiale de Loches, à la suite de la Révolution. Comme l'on sait, l'ordre des Bénédictins avait son bréviaire spécial , formé des offices communs et des offices propres, et c'est dans le bréviaire bénédictin, dont on se servait à Beaulieu. que se trouve l'office que ncHis devons étudier avec toute l'attention qu'il mérite.

Il s'agit d'un in- 12 siir parcliemin, de quatre cent sept feuillets non paginés, à deux colonnes, sans interrviption ni alinéa. On y voit des lettres initiales de diverses couleurs ; mais il est privé d'ornements, à l'exception du recto du premier feuillet, qui avait des motifs effacés par le temps, ainsi qi;"il est arrivé d'ailleurs à plusieurs pages du début et de la tin.

Ce manuscrit fut découvert par M. l'abbé Daguenet, alors aumônier de l'école normale de Loches, qui étudia avec soin l'office du saint Sépulcre et enrichit son étude de notes. A son tour, M. A. de Salies l'examina et, s'aidant du travail de M. l'abbé Daguenet, publia l'office à la lin d-e son Histoire de Foulques Nerra (Paris, 1874).

On s'accorde à en mettre la scription à la tin du xv^~ siècle. Mais il est un autre office du saint Sépulcre que l'on place un siècle auparavant, et que la bibliothèque de Loches garde également. C'est un bréviaire de l'Eglise de Tours, ou du diocèse, manuscrit in- 4" sur papier fort, à deux colonnes, en caractères gothiques très nets. A la suite, on a ajouté sur des feuillets blancs un oflice du saint Sépulcre, auquel Dom Galland et du Buisson ont tait des emprunts, et qui offre avec le bréviaire bénédictin

' Halphen, le Comté d'Anjou au Xt siècle, in-8", igoô, préface, p. xi.

des différences dont la plus importante est dans le nombre des leçons : le premier a neuf leçons, et le second douze.

Ce manuscrit lut connu de M. Ed. Gautier, l'infatigable et érudit chercheur, qui en rendit compte à la Société archéologique dans la séance du 28 janvier 1863. Il fut également étudié par M. l'abbé Daguenet et par M. de Salies. A notre tour, nous nous proposons de présenter nos observations à ce sujet, en commençant par l'oftice du bréviaire bénédictin, qui est le plus complet.

Dans le calendrier, et l'on sait que c'est toujours avec fruit que l'on consulte ce genre de sources historiques, on relève divers renseignements utiles. Aux

Kalendes d'avril, on lit : Obiit Ildeardis comitissa; au 21 juin, on lit : Idus xi obiit Fulcho comes fundator Belliloci, Anno DoMi. MXL. Quant à la fête du saint Sépulcre, après avoir été célébrée en même temps que la Résurrection du Sauveur, elle lit ensuite l'objet d'une solennité spéciale fixée au is juillet, ainsi qu'on l'observe dans le calendrier. De son côté, la fête de la sainte Trinité était célébrée comme étant le vocable principal de l'église abbatiale, et le sceau nous en conserve la représentation. On retrouve d'ailleurs celle-ci dans un missel et dans un vitrail

La sainte Trinité.

Ciravure d'un missel de la Trinité de Vendôme, xvr' siècle.

128 UAB15AYE DE BEAULIEU-LÈS-LOCIIES

de l'ancienne abbaye bénédictine, si remarquable, de la Sainte- Trinité à Vendôme.

L'office du saint Sépulcre commence au verso du folio 287 et linit au recto du folio 294, ce qui forme douze pages à deux colonnes, dont la disposition est bien indiquée par la reproduction photographique. En l'examinant, tout d'abord l'on est frappé par ce fait que antiennes, répons et invitatoire sont, non pas en prose, mais en vers rimes où se combinent le mètre latin et le mètre plus moderne, de manière à former des strophes variées pour la mesure et le nombre des vers. Tout naturellement le souffle poétique se montre plus parfaitement dans les hymnes, c[ui offrent maintes strophes d'une élégance et d'une harmonie consommées. Mais nous n'avons pas à étudier le texte au point de vue littéraire, et nous devons l'envisager uniquement par le côté historique.

Dans le cadre de la liturgie générale et des chants destinés à célébrer et honorer le tombeau du Sauveur, on a enchâssé ce qui regarde le précieux fragment conservé parmi les reliques de l'abbaye. On en rencontre la mention dans les diverses parties de l'otfice. Aux premières vêpres, la première antienne chante le Sépulcre : Ciijiis iiigens, cenohio — Bellilocensi , porcio — Pro dote commendatnr ; et, dans la deuxième antienne, on lit : Plandas ergo, BeUiloce — Sepulchri eximia pars (dans le bréviaire de Tours : pars eximia, et partein Sepulchri largiens). L'antienne de Magnificat invite à l'allégresse et à la reconnaissance le peuple de Beaulieu : (Plehs) parte sepulchri predita — Ecce sacri tuiiiiili — Pars Redemptoris seculi — Pro dotis eximia.

A matines, l'hymne rappelle : Nostruin ornant cenobium — Eterna Christi munera — Collata nabis hodic — Tui sepulchri porcia — Causam affert leticie. La strophe suivante célèbre les reliques des Ss. Crisanti, Darie — sacri costam Laurencii, et

celle qui vient ensuite mentionne : Nostruni amans cenohium — Lanipas accensa cclitîts ' . //

On sait que les solennités liturgiques, suivant en cela le bréviaire ou '' office >/, dans le texte des trois nocturnes formant les matines, comprennent une série de récitatifs d'un caractère historique, au moins pour une bonne partie. On désigne ces textes, suivis de répons, par le terme de Iccfio, ce qui est lu et non pas chanté, ou legenda, choses à lire, d'où est venu le mot " légende //, d'abord au sens liturgique, puis, par dérivation, au sens populaire, qui implic|ue une idée de concept plus ou moins fantaisiste.

Les quatre leçons du premier nocturne exposent le récit de la Résurrection du Sauveur d'après les Evangiles, avec des réflexions mystiques et morales sur le sujet; la c]uatrième renferme un fait et une date modernes, et nous y reviendrons. Le répons, qui suit la première leçon, renferme une allusion à la relique de Beaulieu : Sni parteiii sepulchri largicns — BelliJnci sacrum cenobium — Hoc insigne serval exiiniiini, que l'on a lu aussi : exnviuni.

' Les reliques des SS. C'hrysanlhe, Darie et Laurent étaient vénérées comme ayant été données à Foulques par le l\npe Sertie IV. L'abbaye de Prum, au diocèse de Trêves, puis celle de Saint- Avol, au diocèse de Metz, fiux'nt aussi considérées comme ayant eu des reliques des deux premiers martyrs. Une inscription lort ancienne, trouvée à la chapelle des Dunes, à l'oitiers, mentionne aussi la présence de reliques de ces saints, ainsi qu'une inscription du moyen à^e, à l'épiise de Montierneiit', dans la mcnie \illc; et nous ferons remarquer, en passant, que cette dernière mention n'est pas sans éclairer la preaiièi'e, sur le sens de laquelle un archéoloi^ue bien connu nous parait s'être mépris.

De son côté, Duchesne nous apprend que les Anglais enlevèrent les reliques de Beaulieu, et qu'on ignore où ils les placèrent. (Juant à dom Cialland, après avoir dit qu'elles disparurent en ijàg^ quand on transporta les objets précieux à l'abri du château de Loches, il ajoute: i- Dans les Annales d'Anjuu, par Bourdigné, qu'un bourgeois de Beaulieu m'avait prêtées, il était marqué en marg-e que lesdites reliques avaient été transportées à Blaye, proche Bourdeaux, qui obéissait aux .Anglais. »

Pour ce qui est de •? la lampe allumée par la vertu du Ciel -.•, ce serait une lampe que Foulques aurait rapportée de Jérusalem, i^our comprendre ce passage, il faut se rappeler que les prêtres grecs qui gardent le saint Sépulcre affirment que le samedi saint, lors de la cérémonie du feu nouveau, la lampe dont la flamme sert à allumer le cierge pascal et les autres lampes s'allume miraculeusement par le feu du ciel. 11 s'agirait donc ici d'une de ces lampes ou d'un fac-similé obtenu par le comte d'.Vnjou.

130 L'ABBAYR DE BEAULIEU-LÈS-LOCIIES

Au second n(K-turne, dans les antiennes, 'on relève la mention : /)(' //// partr limiiiJi. Les leçons cinquième et sixième contiennent l'exposition à la lois historic]ue et morale; les leçons septième et htiitième renferment inie description de l'église du Saint- Sépulcre d'après les auteurs anciens, comme Bède ; et la leçon neuvième décrit l'état au moyen âge avec la triple église, « d'après la relation de ceux c[ui en notre temps turent à Jérusalem. //

Les leçons dixième, onzième et douzième se rapportent ciirectement à l'histoire de la relique de Beaulieu. A cause de leur importance, au lieu de les analyser, nous les citerons intégralement ^

' Lcc/io dccima icllc l'orme la septième leçdii du bre\iaire de 'ruiirs). — His de sanclorum situ locorum , prout dieere potuimus, explanatis, libet intueri in présente leecinne quomodo et qiialiter illa sacrosancta et g-loriosa pars seu porcio istius sanctissimi dominici sepulchri, quam in nostro présent! Bellilocensi ccnobio habemus, gloriosè recondita, a prefato glorioso sepulchro divinitus ac miraeulose fuit avulsa at niirabiliter sequestrata, ac deinde in nostro presenti Bellilocensi, ut dictum est, monaslerio gloriosè recondita, ac eciam collocata et hoc liujus in fine isermonis) dicetur. (Suit un assez lum; rapprochemciil biblique arec la menlion nouvelle Je la relique en ces termes:) De ipsius sacri loci in quo ejus sacrum requievit corpusculum in predicta sacratissima porcione (le bréviaire de Tmirs parle: predictam sacratissiniam porcionem), apud nostrum, ut dictum est, Ijellilocence cenobium , venerabiliter commendatam , presenciam aliqualcm. L'bi juxta dictum evangelicuni suorum spiritualiter affectiones cordium devocius poterunt (satiari). Sed prius, in hac leccione fore satis credimus (ipportunum, fratcrnitati vestre, de his vel eorum aliquibus, que in eadeni iegimus chronaca. in qua de predicto agitur miraculo super edificacionem nostri prefati lîellilocensis cenobii aliqualem facere mencioneni. Dehinc predictum niiraculum senalim planius explanando. (Ici Huit la .-.eptiéme leçon du bréviaire de Tours.)

Leclio undecima (elle forme la huitième du bréviaire de Tours). — Igitur Fulco Nerra Andegavorum comes famosissimus, Iherusalem adiré disponens, Romam prius peciit. Et sua peccata, ac peregrinationis propositum Domino Pape Sergio humili confessione pandens, (papa motu) proprio decernente, cenobium in honore sancte et individue Trinitatis Patris et Filii et Spiritus Sancti, atque simul in honore celestium agminum, super que Dcus sedet , hoc est Cherubim et Seraphim, nec non sancti et gloriosi Sepulchri dominici, omniumque sanctorum statuit construere. Qua in parte (?) ipsorum aras componeret, ab eodem audivit pontiHcc.

Quod quidem cenobium in prospectu Lochensis castri ad orientalem partem editicare cepit. Dominum Odoneni, religiosum abbatem sancti Genuiti, ad hoc evocans. ut et ipsius extruendi cenobii dispositor et pastor effieeretur.

Dédit ergo Fulco comes ad suslentacionem monachciruni ibidem Deo ser\iencuim, vincarum, pratorum, silvarum, aquarum, culta et inculta, servos et ancillas per diversa loca {le bréviaire de Tours iimet : et inculta, servos et ancillas per diversa loca) ut carte apud eos conservate premonstrant. F"undatum est denique Bellilocense monasterium atque instancia gioriose Ildealdis (Hyldearis dans le bréviaire de Tours), Fulconis comitis uxoris, ad linem mirihce perductum, in quodam alodo in prospectu Lochensis castri, ut dictum est, situat(j.

Quod quidem alodum geneste repletum, quidam prenominati castri et Sancte Maure vassus,

L'office se poursuit avec les lauJes, où nous relevons dans la seconde antienne : Omiiis Icrra luiiic jitbiJet , — Sigiianter BcJla lodiuiu (Beir Alodum, alleu de Beaulieu). Dans l'hymne, nous lisons : Pars bcaia — iiobis data — //// beati fumuli... — Oitaiii de terra — Fiilco Nerra — Saïuia , patenter rediens, — Hinc advexit.

nominc Ingclniinis, possidcbal. (^ui dipia rccepta pccuiiia, insuper coiiiilc illum super humeros hajulante ah ahidi medio usqiic ad pomeiii , subvcctus sit ; iiiquiens cornes dum eum deposuit : Stultus a proprio expcllitur alodo.

Quod quidem cenobium sit miritice, ut dictum est, ad tinem perductum, seu tolum alodum. ipse cornes sancto l'elm, ejusque scdis rcsjimen ohtinentibus, sub annuali censu trium solidorum pictavencium pcrpetuali dono coinmisit'; et ad hoc Doninus Papa Serg-ius transmisit quemdam episcopum nominc l'clruni. qui monastcriuni Bellilocense, in veneracione quorum supra exposuinnis, consecra\il.

Le répons qui vient ensuite l'ait allusion à la façon dont l'oulques se procura la relique, ainsi qu'il est raconté dans la leçon.)

Lectio duodecima (elle l'orme la neuvième et dernière du bréviaire de Tours). — Fulco igitur cornes predictus , acceptis cuni benediccionc a romano papa litteris , itcr eundi Iherusalem quam tune g-entiles tenebant, arripuit. Qui quidam (siguidem d.rns le Gesta) Fulco sub conductum Iherusalem ducitur. Portam tamen urbis intrare non valuit. Ad quam ut intrarent peregrini violenter suas pccunias dare urgebantur. Date autem precio, tam pro se quam pro aliis christianis ad portam sibi prohibitam morantibus, urbem celeriter cum omnibus intravit, sed sepulchri claustra eis prohibuerunt. Nempe ct)g-nito quod vir alto sanguine esset, deludendo di.xerunt nullo alio modo ad sepulchrum optatum pervenire posse, nisi super illud et crucem dominicam mingeret. Quod vir prudens licet invilus annuil. Quesivit igitur arietis vesicam (quesita vesica datjs le Gesta), que purgata et mundata, et optimo albo vino repleta. atque inter ejus femora posita est. Comes igitur discalciatus ad sepulchrum (Qesta : domini) dum accessit vinum superfudit, et sic ad libitum cum omnibus sociis intravit, et fusis multis lacrimis ploravit i (ù'.';/.7.- peroravit). Moxque duricia lapidis in raolliciem versa, divinum sensil imperium, comesque deosculando [bréviaire de Tours: deosculato) sepulchrum dentibus maximum (ce mot manque dans le bréviaire de Tours) evellit et abscondit frustrum, quod delusis et ignorantibus gentibus detulit secum (Gesta ; gentilibus attulit). Qui et larga donaria pauperibus largiens {ces trois mots manquent dans le bréviaire de Tours), a Surianis (Syriens) sepulchrum Domini custodientibus de cruce dominica sibi dari promeruit-: lampademque cum oleo sancto in pasca divinitus accenso secum attulit. Dederat eciam sibi snpradictus papa Sergius ex romanis reliquiis, ossa videlicet sanctorum martirum Crisanti et Darie preciosique Laurencii martiris (costam)^'. Que quidem pignora sanctorum cum predictis omnibus reliquiis quas de jerosolimis atlulerat, in isto predicto Bellilocensi monasterio cenobii strenue reposuit ac etiam collocavit, et hoc optulante nostra congregatione. (La fin de la leçon invite dileclissimi à honorer le saint Sépulcre et le Sauveur.)

1 Ces trois sous roitevins de cens furent rayés au Saint-Sièse jusqu'en 14S7, époque à laqueMe rabbé de Beaulieu les racheta sous Innocent VIII.

2 Le Gesta n,nsulu„i renferme ce texte avec les variantes que nous avons indiquées, depuis le mot an-cplis inclusivement jusqu'à pr(tmfvnil.

Pour ce qui est de la relique de la vraie Croix, une note de labbé Dasuenet rapporte qu'elle demeura jusqu'à la Révolution, et qu'un vicaire de Saint-Ours, en 1S6;, lui déclara qu'elle était aux mains d'une personne de Tours. ' Cf. plus haut uue note sur ces reliques.

L'ABBAYE DE BEAULIEE-LÈS-LOCIIES

Aux petites heures reviennent les antiennes de laudes et les répons des nocturnes. — Après les vêpres, on mentionne la procession dont il est dit : Fiiiihir iu portalo abhatii'.

La messe qui termine l'office comprend une prose de quinze strophes en vers rimes. Cette partie se rapporte au saint Sépulcre en général , sans contenir rien de spécial à l'abbaye. La procession ne se trouve pas dans le bréviaire de Tours, et la messe n'est pas dans le bréviaire bénédictin, et il est tout indiqué qi;'elle devait se trouver dans le missel du couvent.

Après cette analyse descriptive de Y Office du saiiif .Scpiilcre de Beaulieu, qui trouve son illustration dans une élégante clef de voûte de l'église, de gracieux style flamboyant, nous devons étudier les sources et la date de cet Office.

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