‹ L'abbaye de Beavliev-lès-Loches et quelques monuments de sa dépendanceChapitre 19 sur 49 · LES SOURCES ET LA DATE DE L OFFICE DU SAINT SÉPULCRE · texte numérisé non relu

LES SOURCES ET LA DATE DE L OFFICE DU SAINT SÉPULCRE

Pour rédiger l'Office, l'auteur ou les auteurs ont puisé à des sources anciennes et à des sources contemporaines.

Les sources anciennes sont les saintes Ecritures, Scriptiire, citées fréquemment, et dont sont extraits maints passages, soit du Nouveau Testament, soit luême de l'Ancien, en particulier des Prophètes. Puis ce sont les Hystoriœ. ou recueils formés des textes des auteurs ecclésiastiques, comme " Bède et d'autres », ou des mentions des '' docteurs qui nous ont laissé

des écrits à ce sujet », et dont l'écrivain complète le récit les uns par les autres (lect. 6, 7, 8).

Les sources contemporaines auxquelles se réfère le rédacteur sont de plusieurs sortes. Ce sont les manuscrits qu'il a sous la main, comme la Hystoria sclwJastica , et les relations orales, ou écrites, << de ceux qui sont allés à Jérusalem en notre temps >, (lect. 6).

Avant d'exposer les circonstances de la fondation de l'abbaye et du don d'un fragment du saint Sépulcre par Foulques, l'écrivain s'exprime ainsi : « In hac leccione fore satis credimus opportunum fraternitati vestre de his vel eorum aliquibus, que in legimus cronica, in qua de predicto agitur miraculo, super eadem editicacionem nostri prefati Bellilocensis cenobii aliquam facere mencionem » (lect. 10).

Quelle est cette Chronique, dans laquelle l'auteur dit lire le récit qu'il donne? Les Bénédictins avaient- ils rédigé une Chronique des faits relatifs à leur couvent? Dans la plupart des couvents de religieux, notamment de Bénédictins, l'on a consigné, d'une façon plus ou moins méthodique, la série des événements intéressants. Partant, il est vraisemblable d'admettre que les moines de Beai;lieu avaient une Chronique. Cette hypothèse est confirmée par l'indication de la Chronica dont il vient d'être question. A son tour, dans sa Chronologie de Beaulieu , dom Galland rapporte des faits qui semblent empruntés à une Chronique conventuelle ou Recueil des principaux points ayant trait à l'histoire de l'abbaye.

Aussi bien, à l'occasion, l'auteur des leçons renvoie aux chartes du couvent, « ut carte apud eos conservate premonstrant » (lect. 11).

En rapprochant le récit du voyage de Foulques à Jérusalem et de la façon dont il s'est procuré la relique du saint Sépulcre, tel qu'il est rapporté dans la leçon douzième et dans le Gesta consuliim, on remarque que le texte est identique pour le fond et pour la forme, à part quelques variantes de mots sans impor-

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tance. Nous exposerons plus bas les réflexions qui nous sont suggérées par cette similitude.

Vnt autre source d'information, pour le rédacteur des leçons, sont les objets eux-mêmes qu'il voit et décrit : sepiihri portio, pars, des reliques de saints, une lampe rapportée de Jérusalem, etc.

Les leçons ont été rédigées par manière de sermon, et peutêtre même ont- elles été au début un discours fait pour la solennité. On y lit, en effet, les expressions à mode direct : fratres i/mrissi/iii . lidclitcr veticrenuir (lect. i); Itenim dico (lect. 5);

— Oppoiimiiiiii piitaiiiiis siniplicHcr caritati vestre que de illo compcrimiis cxplicarc (lect. 6). L'auteur a développé les faits généraux au début, et il exposera ce qui regarde Beaulieu hnjiis in fine scr mollis (lect. 10). Il s'adresse encore fratcrnitati vestre (lect. 10). Ailleurs on lit : opilulaiiic nostre con^regacione (lect. 12).

Nous avons maintenant à préciser la date à laquelle a été rédigé l'oftice, sinon absolument tel que nous le voyons dans les manuscrits des xiv^ et xv*" siècles, du moins en substance. Afin de procéder avec plus de netteté, nous formulerons notre manière de voir dans une série de propositions.

L L'Office du saint Sépulcre de Beaulieu n'est pas antérieur à l'an 1099.

Assurément, aussitôt après la réception de la précieuse relique rapportée par Foulques, on ne manqua pas de la vénérer et de dresser une formule de prière à son honneur pour l'usage privé ou public. Peut-être y a-t-il un ressouvenir de ces prières dans une strophe de l'hymne de matines, où on lit : Collata iiohis hodie

— Tni sepiilcri porcio — Caiisani offert teticie.

Mais il ne paraît pas que l'on ait eu un Office proprement dit avec ses diverses parties. De fait, au rapport d'un bénédictin de Beaulieu, la fête du saint Sépulcre d'abord se confondit et fut célébrée dans le couvent « avec celle de la Résurrection du

Saviveur ». Dans la siiite, elle lut transportée au i=^ juillet, et c'est à cette date que nous la trouvons dans le calendrier de Beaulieu. La raison, selon le môme auteur, en est •" à cause que l'armée chrétienne avait pris, ce jour-là, de l'an 1099, sur les Intidèles, toute laTerre sainte, sous le commandement de Godefroy de Bouillon ».

Ainsi s'explique bien l'explosion d'allégresse c|ui vibre d'un bout à l'autre, et qui est comme l'écho de l'enthousiasme des Croisés. D'autre part, de la sorte on comprend parfaitement les détails très précis sur les saints Lieux et les différentes églises « d'après la relation de ceux qui sont allés à Jérusalem en notre temps ».

IL L'Oftice du saint Sépulcre, dans sa substance et sans tenir compte des quelques modifications de détail qu'il a pu recevoir jusqu'au xiv" siècle, époque à laquelle il nous est connu, a été rédigé au plus tard au xiii' siècle.

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Office du saint Sépulcre, maïuiscril du \v" siècle, à la Bibliothèque de Loches.

La démonstration de cette proposition ressort de ce que nous avons dit au sujet des sources historiques de cet Oftice, en particulier à propos des descriptions et récits recueillis de la bouche même de ceux qui ont fait le voyage de Jérusalem.

III. La rédaction de l'Ofilce du saint Sépulcre peut être placée vers le milieu du xiT' siècle.

S'il faut en croire M. Halphen, l'Office " est postérieur, et probablement de beaucoup, à la dernière rédaction des Gcsta cniisiiliiiii Audcgavonnii . dont il transcrit de longs passages. C'est un amas d'historiettes sans valeur sur le fondateur de l'abbaye de Beaulieu, et sur l'origine des reliques qui y étaient conservées^ ». Nous ne partageons pas la manière de voir de M. Halphen, et voici nos raisons.

Prenons la quatrième leçon, qui se rapporte à certaines circonstances de la résurrection : " Le Christ, y est-il dit, sortit du sépulcre clos, comme il pénétra jusqu'à ses disciples, les portes étant fermées. Et cela, ainsi cju'il est raconté dans une histoire de scolastique, fut montré récemment avec évidence par la volonté divine à un moine de Saint-Laurent-hors-les-Murs (à Rome). En effet, l'année de l'Incarnation du Seigneur mil cent onze, alors que ce moine avait quelque doute au sujet de ce fait, soudain la ceinture dont il était ceint fut projetée devant lui sans être déliée. Comme il s'étonnait fort de l'événement, une voix dans l'air lui dit : Ainsi le Christ a pu sortir du sépulcre clos, comme la ceinture dont tu étais ceint a été rejetée devant toi sans être déliée. // La dernière partie de la leçon est dans le bréviaire de Tours et manque dans le bréviaire bénédictin.

Le prodige de la ceinture du religieux est rapportée à l'année 1118. Or la phrase précédente, relative à la laçon dont la possibilité de la résurrection fut montrée à un moine de Rome, renferme l'expression nuper, « récemment. *

' Le Cumlé d'Anjou .î» A7" siècle, préface, p. xi.

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Nous n'ignorons pas que M. Halphen a écrit iloc. cit.) : » Il est clair que ce niiper vient du texte copié par l'office et auquel il renvoie. » Quant à nous, cette interprétation ne nous paraît ni claire ni concluante. Le rédacteur de l'oftice renvoie à un recueil; mais le mot nuper est écrit par lui et par allusion au temps où il écrit, ainsi que cela ressort du contexte, examiné sans torture infligée à la syntaxe. De fait, la conjonction eteiiini, qui commence la phrase suivante, est comme un lien explicatif entre le mot iiuper et la date indiquée de •" ii i8 :*>.

La conclusion, c'est que le rédacteur de l'office travaillait à une date relativement rapprochée de l'année où se serait passé le prodige. Cette date, nous la placerions volontiers vers 1 130.

4" Les variantes montrent que l'office a pu subir des modifications dans les détails.

Au cours de notre analyse, nous avons signalé quelques-unes des différences secondaires entre le manuscrit de l'Église de Tours et le bréviaire bénédictin. Ces variantes portent çà et là sur des mots, sur quelques phrases changées, ajoutées ou retranchées, et sur la réunion des douze leçons des Bénédictins en neuf leçons, sans d'ailleurs en modifier le texte.

Mais ces variantes ne sont qu'accessoires. Au xvif siècle, les notes de du Buisson se rapportent parfaitement au bréviaire ancien. Quant à dom Galland, si dans son manuscrit (p. 60) il cite un extrait qu'il donne en marge comme tiré des « deuxièmes leçons du bréviaire de Beaulieu >/, alors que la teneur même de son texte ne concorde pas avec celle du bréviaire, cela tient à ce qu'il entend citer le fond et non le texte même des leçons xr" et xif .

5° L'analogie entre le texte d'une partie de la xn" leçon de l'office et un passage des Gesta ne prouve pas la postériorité de l'office. Elle peut s'expliquer de trois manières. Ou bien le texte de l'office existait, et l'auteur des Gesta lui a emprunté le passage relatif à la façon dont Foulques s'est procuré le fragment iS

du saint Sépulcre; ou bien c'est le rédacteur de l'office qui a copié les Gcsia . ou bien les deux auteurs ont puisé à une source identique. Les historiens se sont partagés entre ces diverses hypothèses. Pour nous, nous ne voyons pas d'inconvénient à admettre la dernière opinion.

On admet communément que les Gesta ont été écrits au plus tôt vers 1 1 =i4, et V Histoire abrégée vers 1 189 (Cf. Salmon, Chroniques de Ton raine). Evidemment le chroniqueur a pris sa narration, en particulier pour ce qui regarde les voyages de Foulques, dans un récit transmis par un annaliste ancien. Il en a été de même du rédacteur de l'office, en sorte que l'un et l'autre ont pu puiser à une source commune, d'autant qu'il y a des variantes de détail dans les deux textes. L'auteur de l'office a complété son récit par d'autres documents inédits, empruntés à cette même provenance documentaire ou à une autre, selon les indications qu'il fournit à l'occasion.

Au surplus, comme nous l'avons fait observer, l'Office n'a pas dû être constitué dès le début tel que nous le voyons dans les manuscrits des xiv'" et xv" siècles. L'ensemble de l'office a pu être établi dès la première moitié du \\f siècle. A cette époque, il ne comprenait peut-être qu'un simple récit sans développement, ce qui est une preuve d'ancienneté. Par exemple, le passage en prose de la leçon xii' pouvait ressembler au répons qui, dans l'Office actuel, précède immédiatement cette leçon, et dans lequel on lit en vers rimes : Voti conipos exiinins — Fnlco, dnni adstaf propiiis Sepulchrnni osculat. — Frnsfrnin evellif dentihiis — Onod post BeiJilocensibiis — /// doieni assignatiir.

Dans la suite, on aura inséré le texte plus circonstancié tel qu'on le voit actuellement. Mais soit que l'on admette que les rédacteurs des Gesta et de la xii'' leçon se soient copiés, soit que l'on pense qu'ils aient puisé à une source commune, il ne s'ensuit aucunement que, dans sa substance, l'office soit postérieur aux Gesta.

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