GO
ll-iy— IIG'J Mais au milieu de ces différentes largesses accordées à sa communauté, Guillaume ne perdait pas de temps pour mener à bonne fin la constitution définitive de sa maison.... A peine avait-il terminé avec Ktienke, Hoi d'Angleterre, l'épineuse négociation de l'installation définitive du monastère sur le territoire de HihouU, que ce monarque qui le premier avait conçu la pensée de fonder une nouvelle maison à Bcthloo, descendit lui-même dans la tombe I loi laissant le sceptre de la Grande-Bretagne à Henri II, Plantagenet, Duc de Normandie, fils de l'Impératrice Mathilde et frère de la Comtesse Sibylle, le même qui épousa Élèonohe, répudiée par Louis, le Jeune, et plus tard attacha son nom aux fameux démêlés soutenus avec le saint Archevêque de Cantorbérv à l'occasion de la juridiction eeclésiasliquo
Les difficultés étant aplanies, Guillaume mit aussitôt la main à l'œuvre; son premier soin lut de faire transporter à Kihoult les matériaux qui déjà avaient été préparés à Bcthloo, il lit plus, il ordonna la destruction des bâtiments commencés sur ce point pour en employer les pierres à la construction nouvelle ?.
« per eosdem fralrcs, ab ipso acqnisitatn per mnnum nostrani « AltUalL et Fcclcsiir de Ctarotnarcseh in perpétuant eteemosi- « nam Donacit qnielè et iiupcrlnrbntc perpétua jure pnssi- « dendam. »(llist. m" Clar , 1 lin ô ad 13).
1 llist. m" Clar., pag. 20). — l/art do vérifier les dates, édit. in f» de 1783. tom. I, pag 801, 802 et 803).
- « llesiduum malcrur de ftcthtnn in hune locum adrchi c jubcl : Imo et quœdam edificia ibidem nunduni absuluta « ecertere fecit, ut uperi a vc intenta inserciunt. » (llist. m" Clar., tom I, pag. 200, ling. 2-1).
C'est ainsi que des pierres colossales, des bois 1 149—11(19 énormes, des colonnes gigantesques, qui avaient été données par Guillaume, d'Ypres, Comte de Guisnes, servirent à la maison qui s'éleva à Clainnarais
Tous d'ailleurs, concoururent à l'établissement de cette maison, l'abbé y employa non seulement tous les convers qu'il avait auprès de lui, mais il appela les frères des autres monastères, notamment ceux qui avaient des connaissances spéciales s, tels que les architectes, les maçons, les menuisiers, les serruriers, les tailleurs de pierres, les terrassiers, etc. Guillaume pourvoit à tout, préside à tout, excitant lui-même ses frères au travail, omnibus providct, omnes ad laborem stimulai, attendant de voir ses efforts couronnés de succès.
Thierry et Sibylle voyaient avec plaisir l'avancement de leur œuvre nouvelle ; mais à peine avaientils assisté à la pose de la première pierre, à peine avaient-ils entrevu les premières fondations, que le Comte invité à assister au couronnement du Roi d'Angleterre (1-155), passa le détroit avec une suite nombreuse ; la pompeuse cérémonie du sacre fut présidée par Théobald, Archevêque de Cantorbéry,
1 Idem, idem. — Nous avons été assez heureux pour retrouver depuis peu, quelques-unes de ces belles colonnes chez un de nos honorables collègues qui s'empressera nous en avons l'assurance do les mettre à la disposition de la ville, lors de la prochaine construction d'un nouveau musée.
* Congreyalex diterxis urdinis nostri monasleriis qui in omni arle fabrili expertes sunt. (Ilist. m" Clar.. à B. de Vissery, tom. I, pag. 201, lin. 4 et ;>).
IMO— llivj assisté do toute la noblesse, de tout l'épiseopat du royaume d'Angleterre l. Le vénérable pontife ne se doutait pas alors que celui auquel il allait donner l'Onction Sainte ne tarderait pas a être le persécuteur de l'un de ses plus dignes successeurs, de l'un des plus généreux martyrs des droits de l'église 1 1 • >«i .
Sibylle remplaça Thierry en son absence et pendant sa régence, ainsi qu'elle l'avait déjà fait pour Gu.NTRiD ; elle témoigna à diverses circonstances, à la prière de Guillaume, combien elle portait d'intérêt à la communauté ; comme autrefois aussi, les grands seigneurs imitèrent cet exemple Ils la dotèrent de biens et de carrières : « Propria bona cl latomms co ncc.de n do :\ »
A cette occasion Engelram, Comte de Saint-Pol et plusieurs autres seigneurs accordèrent également à Guillaume des marques de leur bienveillance; nous vovons dans les titres les libéralités suivantes : 1° Donations de divers biens faites par Engelram ; 2° Confirmation de Milon, évèque de Tbérouanne, au sujet de plusieurs alleux et de quelques biens situés à iManingbem et à Neuville ; 3° Autre confir-
1 « Vix apposilo primo lapide eu m paucis fundamentis : « prœdictus Cornes itnilatus a nom Anglorum Hege cogitai, « anuo H55, in Angliam cum rnagno apparatu Irai} sf retare, «t assis t en di eausd coronationi et inauguralioni pra'dieti fte- « gis celebrandœ a Thcobaldo Cantuariensi Archiepiscopo in « concessus lolius nnbilitatis Anglicanœ et omnium prœlato- « rum ejusdem. » (llist Clar., pa;;. 201, tom. I, lin. 12 à 18).
- « la nbsentia Theoderici (Uiillclmus usus est Sibylld Co- « milissd ... Eom prolectricem affalim et adjulriccm sibi eom- « probavit. » — idem, lin. 21 m\ 25].
5 Mom, ulom.
malion du même pontife au sujet de la dîme et de H49— HG9 l'église de Bryas ; 4° Une autre de Guillaume, prieur de Saint-Martin-dcs-Champs, concernant les dîmes et la terre d'AissELME, de Pas ; 5° Confirmation du même prélat pour le quart des terres de Liversart sic;, d'après une convention de Guillaume, de Matringhem ; 6° Autre confirmation concernant la donation de Guillaume, d'Ypres, et de Guillaume, de Matringhem l.
C'est ainsi que les puissants de la terre abandonnaient à l'envie leurs richesses aux pauvres de Jésus- Christ ; Guillaume et ses cénobites ne se lassaient pas de bénir les merveilles de la Providence à leur égard: après une si grande misère essuyée sous l'administration de Gunfrid, leur premier abbé, on voyait presque l'abondance, grâces aux largesses de
1 Voici ces titres tels qu'ils nous sont conservés :
« Ego Engclramus ... necessarinm duxi, emptiones rcl dona- « lûmes quos tel ego vel homines Comilatus mei, Ecclcsiœ « llcatœ Mariœ de Claromaresc/i ad itsus fralrum ibidem.... -< fDonationes recensetj... F.a libère et imperlurbate possi- « denda concessimus alque confirmavijnus m manu Willelmi « Abbatis et ne posteros latere possit Sigillo, etc , etc.
<. Sequitur alia cjusdem Ivgelrami de cadem, amplius con- « linens, in manu Willelmi abbatis.
* Item de cadem, confirma lia Milonis Episcopi confirmantes « allodia in Maninghcm cl 7iova villa eu m quibusdam terris.
« Alia ejusdem Milonis de decimâ cl ten d altaris de Rryas, v item Willelmi prioris S" Martini de Campis de terrd An-
selmi de Pas et decimis sub Willclmo abbale....
« Item de quarto parte terra mm de liversart et convcnlionc « cum Willclmo de Ma te ring hem in manu Willelmi Abbatis, « iltm eliain Milonis de dona liane Willelmi de Yprd et simtil « Willcmi de Materinghcm suprd, in manu Willelmi abbatis.» (Ilist. m" Clar., tom. I, png. 202. lin, 7 el soq.)
1149 — nr,o nombreux seigneurs.... Ainsi s'accomplissait h Clairmarais la prédiction de Saint-Bernard, qui n'avait cessé de recommander aux cénobites la piété et la sagesse, les assurant qu'elles ne pourraient manquer de porter leurs fruits l.
On toucbait à l'année 1157, c'était le moment d'une nouvelle croisade, Thierry, allait regagner Jérusalem pour la troisième fois *. Cette fois il emmenait avec lui Sibylle, sa chère compagne, laissant le gouvernement de ses peuples à Philippe, son fils, qui comptait à peine 15 ans et qui pourtant déjà montrait de l'habileté dans le maniement des affaires publiques Peu de jours après le départ de son père, le jeune Prince marcha contre Simon, seigneur d'Oisy, qui refusait de reconnaître le Comte de Flandre, pour son suzerain ; il attaqua la tour d'Inchv, appartenant à ce rebelle, et s'en rendit maître le 29 août, après neuf jours de siège ; mais s'étant porté dans un terrain marécageux, les pluies dont son camp fut inondé l'obligèrent de se retirer 4. — Sibylle s'était toujours fait remarquer par unegrande
1 « Mirabanlur et post tantam penuriam sub regimine Bl « Gunfridi Lan lis donis cumulari.... Mac omnia venerunt
Claromarisco secundum id quod predixerat Bernardus... « pietate et sapientiti multum proficit. » (Hist. Clar., m", tom.
1, pag. 203).
' Ce prince y était allé th'-jii, on lésait, en 1138. en 1 147, en 1157 et en 1 1G3. — (Art de vérifier les dates, tom. III, in-f°, pag. 10, col.
2, Iig.2). : » fl
* Hist. Clar., m", 1 pag. 203. — Art de vérifier les dates, tom. III, in-f», pag. 10, col. 2.
4 Art de vérifier les dates, tom. III, pag. 10. — Lambert Watcrlos, chroniq.
piété !, à son arrivée à Jérusalem elle vit redoubler il-19— UG9 les dispositions vertueuses quelle avait puisées dans les leçons des premiers abbés de Clairmarais et dans celles de Robert, abbé des Dunes. Ccpit magna pictatis suas signa, giiam hauserat in primis abbalihus (laromarisci et Roberto Duncnsi dcmonslrari 3.
Cette Princesse, dit Yperius, obtint non sans peine du Comte son mari, la permission de se consacrer au service des pauvres, dans l'hôpital Saint-Jean, desservi par des religieuses de l'ordre de Saint- Lazare, dont elle devint abbesse 3, et où elle mourut et fut ensevelie en 1163, d'après Lambert Water-
1 Thierry, d'Alsace, avait en pourpremièrc femme Swanechilde. que les modernes confondent, mal à propos, suivant Ducange, avec Marguerite, veuve de Ciiaki.es, le lion, mais dont on ignore l'extraction: de ce mariage, il eut une fille nommée Laurence ou Laurettb, mariée quatre fois: 1° à Ivain, Comte d'Alost ; 2° à Raoul, lo Vaillant, Comte de Vermandois ; 3* a Henri 111, Comte do 14mbourg : '1° à Henri, Comte de Namur. — Thierry, épousa en secondes noces, en 1134 ou 1135 et non en 1139 Sibylle, nommée aussi Mabyrie, dans la chronique de Normandie, lille de Fouques, Comte d'Ajou, puis Roi de Jérusalem, la mémo que Guillaume Cliton, après l'avoir fiancée fut obligé d'abandonner. Thierb y, laissa d'elle Piiilipi'E, son successeur ; Mathieu, Comte de Boulogne ; Pierre, élu en 1167, évoque de Cambrai, puis époux de Mahaut, Comtesse de Nevers, mort en 1177 ; et quatre filles, Gbrtrude, mariée d'abord à IIumbbrt III, Comte de Savoie, ensuite après avoir été séparée de cet époux, a Hugues IV, sire d'Oisy, puis en ayant été également séparée elle se fit religieuse à Messine ; 2° Marguerite, femme de Raoul, Comte de Vermandois, dit le Lépreux, puis do Baudouin V, Comte de Hainaut ; 3* N..., religieuse de Fontevraut, et ÉusABETn, abbesse de Messines, en 1199, suivant Meyer. (Art do vérifier les dates, tom. III in-f\ pag. 10 et 11).
5 Hist. Clar., m", tom. 1, pag. 203, lin. 11, 12 et 13. — Le I*. Malbrancq, de Morinis, pag. 244.
a Yperius. — Lambert Waterlos. — Auctuarium Aquicinctense. (L'art de vérifier les dates. — Mirœus, pag. 48, anno 1166).
1 1 'i * * — il r»o los, on 1165 solon Meycr, ot en 1167 s'il faut on croire YAveluarium Aqiricinctcnsc Quoi qu'il on soit, cette perte affligea vivement le monastère qui était fier de compter Sibylle au nombre île ses premières prolectrices. Guillaume surtout était douloureusement affecté de la mort de la Princesse, qui A son départ lui avait témoigné l'ardent désir d'achever l'œuvre qu'il avait commencée * ; l'abbé et ses frères n'avaient plus leur meilleur patronage... A cette légitime douleur vint s'en ajouter une autre (HGO;, la tombe s'entrouvrait alors pour un autre bienfaiteur de la communauté, Walter qui après avoir succédé à Guillaume, son jeune frère, dans la charge de châtelain de Saint-Omer, avait reçu la sépulture de la main de Guillaume, dans la petite église de l'abbaye. En outre, 1). Adam avait également pris la place de Pierre, dans les fonctions de prieur 3.
Comme adoucissement à tous ces chagrins, il était réservé à Guillaume de recevoir dans son monastère Thomas Becquet, le saint archevêque de Cantorbéry: personne n'ignore à quelle occasion se fit cette noble
visite La seconde année de sa consécration, ce
vénéré pontife revenait en Angleterre à la suite du concile de Tours; il fut alors accueilli comme un fils, par le Roi de la Grande-Bretagne ; mais quelques
1 Solymis delegisse tumulum. — Ilist. Clar , pag 201, tom.I.
a Imprimis apud GuiUehnum, maximum reliqueral desideriitm Sibylla per discessum suum presertim.... Monasterium exlrui. — Uist. Clar., 1 pag. 204.
3 Ilist. Clar., m", 1 pag. 204.
difficultés ne tardèrent pas à s'élever au sujet des 1U9— licy droits de l'Église, et bien que le pieux Archevêque, suivant les seules inspirations de sa conscience, n'eût aucune intention d'offenser son souverain, le monarque s'irrita de l'insistance de Thomas à réclamer des Liens injustement usurpés sur ses prédécesseurs par une main laïque. La discussion envenimée se changea en querelle ; pour éviter la colère du Prince, le prélat se décida à prendre la fuite, il quitta l'Angleterre, s'embarqua secrètement et vint heureusement aborder à Gravelines, d'où à travers les fossés et de nombreux marais il arriva à Clairmarais l, dans cette même solitude où, peu de temps après, s'éloignant égalementde la persécution, la sœur du vénérable proscrit devait, à son tour, avec ses enfants et ses domestiques, trouver un précieux asile dans la charité de Guillaume et dans celle de ses frères *.
1 Idem, idem. — M" de 1). E Hoberty. — Idem de D. Guislain Campion. — Thomas Bbcqurt, vint alors à Saint-Omer ; on voyait encore il y a peu de temps la porte où il s'embarqua en quittant le refuge de Clairmarais pour so rendre à cette abbaye.
S. Thomas Cantuarianus postquam per duodecim horas, per vias ad hoc cenobium, apud nos hospitatus est, usquepost compte tum officium matulinum, hinc que discedens porre&it ad heremum Sli Bertini (vulgo la Grande Moere), ubi per Trieniiium delitescens ab abbale Bertiniano et ejus contentu exoratus ut apud eos dignarct hospitare..., ad diclum cenobium porrexil et hospitatus est. — Anno 1164. — (Hist. de Fleury, tom. XV, pag. 167. — Hist. mM Clar.f 1 not. suppl. III).
* « Sed maxime in prœdicti Archiepiscopi sororem duxit « charitas et humanitas Guillclmi nostri, quœ non multopost « lempore,eamdem perseculionein fugiens, unâ cum pueris et c fatniliaribus.... Hospitio suscipitur quamdiu placuil. » — (Hist. Clar., 1 pag. 205).
iiVJ— 11G9 I/Àbbé et les religieux accueillirent le Saint- Pontife avec la plus affectueuse distinction \ et la cordialité dont Thomas fut l'objet de la part des cénobites leur valut un bref apostolique des plus flatteurs. Le Souverain -Pontife Alexandre III, s'empressa de témoigner à Guillaume ses remerciements et sa reconnaissance pour sa touchante charité à l'égard d'un Prince de l'Église, victime de l'accomplissement d'un devoir: PrwdiclM summus Ponti/ex per brève apostoUcum ad GuiUclmum Abbatem et fralres de Claromarisco gratitudincm suam ostcndil *, — Nous donnons en entier aux pièces justificatives le bref adressé à cette occasion à Guillaume, Abbé de Clairmarais ; cette pièce porte le millésime de 1165 \
À la même date, qui est la sixième année du pontificat d'ALEXANDRE III, nous trouvons une bulle signée le jour des nones d'août, par lesquelles l'ordre de Citeaux obtenait un important privilège, celui d'être affranchi de la juridiction épiscopale. Gall. Christ., tom. IV, P 1003. Hist. Clar., 1 pag. 205;.
L'année suivante (1 166 ), Philippe, d'Alsace, imitant l'exemple de Thierry et de Sibylle, ses augustes
1 Devotô et condignè a Guillclmo Abbate suscipitur.— Idem, pag. 204, lin. 28.
Nous avons également mentionné la visite de Thomas Hf.cocet, à Clairmarais, dans notre travail sur les Abbés de Saint -Bcrtin. Voir tom 1, année 1165, pag. 230 et seq.
' Hist. Clar., m", tom. I, pag. 205, lin. 6 et seq
a Scripta anno 1165. — D'après une note de Dom. Charles Martel, cetto pièce était conservée dans les archives des HH. H*. Augustius. — Idem, idem.
parents, voulut témoigner aussi sa bienveillance on- 11VJ— I l*»y vers l'abbé de Clairmarais; il lui accorda pour son . abbaye un acte de confirmation de tous les biens qui avaient été précédemment donnés à Gilnfrid par Guillaume, châtelain de Saiut-Omer l.
Cet acte, passé à Aire, contient les limites de quelques unes des propriétés qui y sont mentionnées ; à ce titre il nous a paru intéressant de le consigner.... Nous le publions en entier aux pièces justificatives 3.
On voit combien était grande la sollicitude de Guillaume pour tout ce qui concernait sa maison, on remarque les précautions prises par ce bienheureux Abbé pour le prompt achèvement de sa nouvelle demeure, pour lui donner des titres certains et pour lui assurer toutes les garanties de solidité, d'utilité et de durée; on admire son zèle pour lui procurer tous les moyens d'existence ; le talent de la persuasion ne lui manquait pas ; les bienfaiteurs arrivaient naturellement à lui par le seul prestige de sa vertu touchante, par l'attrait de son irrésistible ascendant, toujours ils étaient disposés à lui accorder leurs largesses 3.
Il attira à lui l'un des plus grands seigneurs du pays, David, châtelain de Saint-Omer, qui sous sa
1 llist. manuscripta Clnr., à Dertino do Vissery, tom. I.png. 206.
1 Idem, idem. Voir aussi aux pirces justificatives. Pag.. 'H3, tom. I.
1 Quomudo Guillclmiis plenus solticitudine.... Edificationi tinta dnmus plurhnum intentas.... Ut ornnia perdura tioni professe pnssint.... Ut rata et incontnlsa permaneant, nihil ncijliijit... Ucnefactorum sibi detincebat animas, ita ut semper reperiret paralos . . (llist. Clar.. tom. I. pau. AjT)
1IVJ— 1169 direction vint embrasser l'habit monastique. On admire tout ee que ce pieux Abbé a pu et su l'aire en si peu de temps, pour le spirituel, comme pour le temporel de sa communauté; on n'est pas moins surpris de voir combien cette sainte maison a obtenu d'améliorations par les soins de Guillaume. — Mais la construction du nouveau monastère avançait, au bout de treize ans d'un travail opiniâtre il était à peu près terminé, les bâtiments étaient couverts et déjà ils suffisaient à recevoir de nombreux solitaires On songea à effectuer la translation préparée et à abandonner définitivement le cloître primitif, pour habiter les édifices mieux appropriés que l'on venait d'élever3 . Après avoir tout pesé, l'Abbé choisit pour cette translation le jour du Vendredi-Saint : Dicm parasccccs ; Aucun jour ne lui paraissait plus convenable : Nulla aptior, nullaopporlunior, nul la congr lient ior : C'est le jour où, en mémoire de la mort de son Dieu, l'Église universelle s'abstient de célébrer le saint sacrifice et n'ose se livrer à aucune des cérémonies ordinaires pour se consacrer entièrement à sa douleur On cessa, dès ce jour, l'exercice des sacremcntsetdcs cérémonies du culte dans l'ancienne maison. On y éteignit tous les feux, disent les écrivains, pour les rallumer avec plus de zèle dans la nouvelle demeure, avec notre Seigneur. On ressusci-
1 Cui cum skis a tredecim annis insudabat. Pag. 207.
2 Staluit relus derelinquere monasterium, cl nuri passessionem adipisci, ad id aulcm ensequendum sibi prefujU àiem parasceves. p;ig. u>08.
1 llisf . m- Cldr ., loin. I, }>;i-. ? >8.
tait moralement par une vie plus sainte, par une plus ! l V.»— l ardente charité, le jour où l'Eglise chante les cantiquesdejoieen célébrant la résurrection du Sauveur1.
L'exécution, disposée avec soin, eut lieu avec toute la pompe et la dévotion possible -, la communauté entière partit processionnellement du vieux monastère elle s'avança lentement jusqu'aux nouveaux bâtiments 3, Guillaume ouvrait la marche 4, portant pieusement l'étendard de la vraie croix, le même qui rapporté de Jérusalem par Thierry, d'Alsace, fut donné à Gunkiud, et qui depuis lors fut religieusement conservé 5: les moines marchaient deux à deux à la suite des uns des autres, par rang d'âge et de religion, les anciens pwécédaient les plus jeunes, ils portaient chacun dans leurs mains les vases sacrés, les ornements sacerdotaux, les livres saints, etc., tous s'avançaient au chant de l'hymne du jour 1 exilla lkrjis prodeunt..., etc.
Cette translation se fit en M GO n. Aussitôt que la communauté eut pris possession de son nouvel asile, les édifices anciens servirent à renfermer les
« llist. m" Clar., 1 pag. 208.
; Idem, idem — 3 Vroccxsionaliter. De prlorlsItV transLata est aMiaila InDlc parasCoVes (1106;.
* Ad cujus caput (iuiUelmus.
5 llist. m" Clar., tom. I, pag. 208. — C'est la même qui fait aujourd'hui partie du trésor de la Cathédrale do Saint-Omer.
6 Ou lisait les lignes suivantes dans les archives du monastère. « Anno 1166, translatif est convcnlns de priori loco abba-
tia ad istum, in die paroscercs...— Item transla lioncm prediclam fecit Guillelmus sexto decimo *ui regiminis anno cum in abbatid ibidem fuisset annos 26. » — (llist. Clar., a Ik-rtiuo Vi-sery, lom. I, p.»- î>00).
llî9— lir/.) grains, les récoltes, les instruments aratoires, etc., d'où est venu ensuite à cet emplacement le nom de Vêtus curia, (vieille cour). Cet état de choses se
prolongea jusqu'à l'administration de D. Dernard Michiels, 48* abbé, époque à laquelle on détruisit les constructions premières et l'on établit la nouvelle cour, Novum chortem, dans l'intérieur du monastère, non loin du quartier abbatial l.
Aussitôt après la célébration des fêtes Pascales dans la nouvelle abbaye, Guillaume s'appliqua à mettre la dernière main aux travaux qui n'étaient point achevés et à perfectionner ceux qui naturellement étaient demeurés incomplets, puis sans se départir de sa sollicitude ordinaire, il prit le chemin du monastère des Dunes où diverses affaires réclamaient sa présence *.
La môme année (H 66] un arrangement intervint entre l'abbé de Saint-Winoc et Idelbald, 3e abbé des Dunes, au sujet des dîmes du territoire de Sentent (sic), près de Mardick et celles d'Eremhald-Capelle (Ercinbaldi-CapeUa) ; on dressa des chartes pour perpétuer et confirmer cet arrangement ; à cet effet, bon nombre de notabilités avaient été convoquées aux Dunes pour y servir de témoins et apposer leur signature sur cet acte solennellement convenu. Guillaume, de Clair marais, y fut appelé, par Milon, Kvèquc des
1 Juxla domicilium Abbatiale cxlruxil. — (llist Olnr. I \v.\z. 209. — Voirie plan et la vue du monastère.
3 1'rislinum laburem rcsiunpsU Camitis snllicitudinc
CU m ordinni in inlcnderrt .. Ditnum dicerterc conitnr — {lli-i. Cla. . 1 pa- 1W,
Morins, qui professait pour lui la plus haute estime, liv.)— 1 1*'»*> il s'y trouva avec Godescalque, W" abbé de Saint- Bertin , et un grand nombre d'autres personnages illustres dans l'Eglise et dans l'État l.
Idelbald ne survécut pas longtemps à cette cérémonie, il mourutl'annéesuivantcdansson monastère ; il eut pour successeur Albero, neveu de Thierry, qui était aussi remarquable par son mérite et ses vertus que par sa naissance.
— - Jusques là, la ferveur des premiers anachorètes n'avait pas cessé de régner dans les solitudes Cisterciennes, mais en 1168 2, on vit à Clairmarais un premier exemple de relâchement..., le nombre des frères convers ayant augmenté, avec les biens temporels, dans toutes les maisons de. l'ordre, on se vit obligé de les disperser dans les diverses granges ou fermes, d'où ils prirent facilement l'occasion de se dissrpcr, de courir, de manquer à l'obéissance et même de se permettre certains scandales qui nuisaient à la considération de l'ordre tout entier 3... .
Salnt-Ildegarde dutécrire pour inviter les convers irréguliers à venir à résipiscence, et en même temps il ordonnait de les prendre, de les corriger, attendu, ajoutait-il, que la majeure partie de ces malheureux
1 llist. ni" Cl;ir., 1 pog. 2'.0.
s Annu autnn H6S, per omnes cjus ordinis domns, multum r récit numeru* conter sorum, ad augmentum buiiorum temparaliuvi; sed quia dispersi ad rarias danwrum gravyias, ocrasioncm sinnpscrnnt vagandi et in taria scandala, per inobedUtUiam rte, incidfrunl, in dedecus ordinis,
1 Itlrni. idem.
lU'J— !l(V> ne travaillaient ni nuit, ni jour, pas plus à leur salut, qu'aux affaires temporelles
Les annalistes fixent à la même époque 1168 la mort clc Thierry, d'Alsace, Comte de Flandre, lequel aurait fermé les yeux le jour des calendes de février, à Gravelincs, dont il était le fondateur ; ce Prince comptait quarante années d'une heureuse administration ; s'il fut regretté de ses peuples, il le fut plus encore, peut-être, par les moines de Clairmarais, que pendant sa longue vie il ne cessa de combler de bienfaits *.
Quelques auteurs prétendent que Thierry fut inhumé à Watten, dans le monastère de Saint-Gilles, qui fut un instant, plus tard, un collège de Jésuites anglais, et où dit-on, on voyait même son épitaphe.
Dom. Berlin de Vissery, auquel nous devons tant de reconnaissance pour les renseignements inédits qu'il fournit à notre travail et auquel nous empruntons ces lignes, déclare que de son temps au XVIIIe sièclel, il n'a jamais pu malgré ses recherches retrouver aucune trace de cette sépulture princière 3.
1 Ad hos scripsitS. lldegardus. ut in melius emendarentur et nos admnnct ut corripiamus et currigamns, quia 'ut ait) piurhna pars enrum neque in die ncqne nocle operatnr. nec dco nec seculo ad perfeelum serviant. — Ihvc et similia reperiuntur in annalibus ordmis a ïlauriqueo. — Cap. dereceptione eonrersorum. — (Ilist. Clar , lom 1, pag 210).
5 Ilist. Ciar., tom. I, pag. 210 et 211.
3 Idem, idem. — « Totam hujus loci perluslravi Ecclesiam, ut tumuLum prœdicti principis inspicerem, sed minime, quid similc reperiri, sicut alii qui similiter quasierunt. » — Ilist. Clar., tom I. pag. 24, lin. 7, 8 et 9.
Quoiqu'il en soit, le monastère fit une perte im- mo-niy.» rnense par la mort de Thierry, il perdait en lui son fondateur, son plus puissant protecteur et son défenseur le plus généreux l. Guillaume qui pendant dix-neuf ans, surtout, avait joui des bontés et de l'amitié de ce Prince, qu'il se félicitait d'avoir toujours trouvé prêt à le seconder, ne put s'empêcher de regretter vivement ainsi que ses frères, que le Comte n'eût pas songé à «moisir sa sépulture à Clairmarais, situé dans ses domaines de Rihoult, lieu qu'il avait élevé lui même et qui leur paraissait à tous égards mériter la préférence *.
Ce regret vivement senti inspira aux moines de Hihoult une pensée de reconnaissance, ils fondèrent dans leur église à perpétuité, un service pour l'âme de Thierry, celle de Sibylle et de Philippe. Ce service devait se célébrer annuellement au mois de janvier 8.
— Les annalistes s'accordent à louer la beauté, les dispositions et l'étendue de la nouvelle maison substituée à l'ancienne par les soins de Guillaume \ comme ils sont unanimes pour exalter son mérite et
ses vertus Le moderne édifice était beaucoup
plus vaste, plus grandiose que le premier, il ressemblait plutôt à une résidence seigneuriale qu'à une étroite et chétive solitude comme la précédente.
1 Idem, idem.
Mlist. Clar., 1 pag. 211.
3 Idem, idem.
' Yperius, chi onicon Sitliiense. — llist. m" Clar., tom I, p.ij,' -311. — Voyiv le plan. — Tom I, planchr II et III
IIVJ— Wi'J L'église comptait, dit-on, nous l'avons «lit déjà, plus de trois cents pieds de longueur sur une hauteur proportionnée, les murs qui dataient de plusieurs siècles étaient d'une élévation, d'une solidité et d'une conservation qui aurait pu les faire supposer de construction récente, les fondations l)ien que placées sur un sol humide déliaient les plus solides travaux ; tout correspondait à l'église, les maisons, les dortoirs, les cuisines, les cloîtres, les cours, les dépendances, etc., etc.
Tout cela, nous l'avons dit, était presque entièrement l'œuvre de Guillaume 2, excepté l'église dont il n'éleva que la grande nef et les collatéraux, jusqu'au point où on apercevait jadis dans le cul-defour du milieu la figure de ÏAgnus Dci\ au-dessus de laquelle on plaça plus lard le maître-autel J.
Cet abbé, entre autres immunités par lui réclamées dans l'intérêt de sa maison, obtint de plusieurs princes l'exemption du droit exigé de ceux qui traversaient la mer pour faire le voyage d'Angleterre. C'est ainsi que purent être amenées en franchise ces gigantesques colonnes qui décoraient l'église et le plomb qui recouvrait le monastère.
Enfin, après une vertueuse vie et vingt ans d'administration Abbatiale pendant lesquels, sans cesse attentifaux intérêts de sa maison, il ne prit point de
1 llist. ni" f.lnr., tom. I, pag. 212. — Le 1\ J. Malbranoq, iW Morinis, pag. 291. — Planches II et 111. — Tom. I.
Ulnd fr.re inleijm cmmmmnssc. — (llist. Clar., 1 pag. 2\2. A lier tin <lt: Vissery, tom. I, pag. 21J.
repos, Guillaume s'endormit dans le Seigneur plein M49— HO'J de bonnes œuvres, le 18 juillet HG9. Il avait à peine 60 ans, en admettant qu'il eût au plus 21 ans, lorsque de concert avec Gunfrid, il fit son entrée à Clairvaux.
Ce prélat fut inhumé dans le nouveau monastère, sur un point que l'on ne peut désigner l. On a pourtant quelques raisons de croire que son corps aurait été placé dans le cercueil en bois dont nous avons parlé à l'article de Gunfrid ; on peut penser aussi que Guillaume, ayant selon l'usage et les règles de l'ordre, établi le cimetière commun des moines en dehors de la partie supérieure de l'église, là où aujourd'hui encore on aperçoit une colonne penchée, ses os auraient pu y être transportés lors de l'inauguration du nouveau champ funèbre de l'abbaye 5.
Ce qui est plus certain, c'est que ce bienheureux abbé, en quittant cette terre de misères pour un monde meilleur, a laissé la plus sainte, la plus précieuse mémoire, d'une vie admirablement remplie :\
S'il faut en croire D. Bcrtin de Vissery, le nom de Bailleul donné à Guillaume à cause du lieu de sa naissance aurait été aperçu pour la première fois fnomen antea incognilumj sur un manuscrit de la bibliothèque de l'abbaye intitulé : Glossa mayistri
' Sed in quo loco Jaceat ignoramus. — (Ilist. Clar., tom. I, pag. 213.
5 Idem, idem. — Planche VIII, tom. I.
3 Idem, idem, pag. 214.— Le P. Malbrancq, dans sa préface du tom. III.. place Gliï.i.ai mb au rang des Saints.
n49—nc9 Gilbcrti, etc., sur lequel on lisait à la lin : Willehmts Abbas nostcr de Baluel, per mandat um magistri (iallcri Phisici nati de S{° A udomaro, recepit librum istum glossatum de glossa magistri Gilberti de manu.... Th. Herberarii cui commetidatus fuit per predictum Galtemm. (Ilist. mF9Clar., 1 suppl. III.)
Un chroniqueur tic l'abbaye a consacre les vers suivants à la mémoire de Guillaume.
« Planta novella nimis, Ciili.ei mo presulc crescit.
Angustos refugit, imiltiplirata lares.
« 1s transfert veteres muros, latèque patentes ; « Erigit, ac templi limina sacra locat *. »
Dom. Guislain Campion, attribue nous ne savons sur quel fondement, à Guillaume, des armoiries où l'on remarque Jans le milieu comme dans celles présumées de Gunfrid, l'écu de Philippe, d'Alsace 2 : (Le lion de Flandre, sable, sur fonds d'or), fo 2 9. a
D'après la même source la devise de ces armoiries, y fort douteuses, serait :
Adversis crescit virtus agitata....
Voici tels que nous les trouvons, sans distinction du rang en religion, les noms des moines ou convers qui vivaient ou qui moururent sous l'administration de Guillaume.
1 llist. m"Clar., tom. I, pag. 214.
* Idem, idem. — Planches des armoiries.
GEDEBERTUS.— BaLDUINUS.— AlBERICUS.— JûAN- MVJ-IIG9
nés de Leodio (Liège). — Bartholomeus. — Florentiis. — Oliyerus. — ARNULPHUS. — Florentins, filius. — D. Petrus, prior. — Joannes. — Idericus.
IlICLLFHUS. — JOANNES, dlius. — JOANNES, tertiltSt
de Casleto. — - Lambertus. — Gesselinus vel Gesteslinus, miles. — Hugo. — Lambertus. — Simon. Arnulphus, miles. — Balduinus. — Stephanus. — Wii.lel.mus. — Arnulphus de Aquen (sic) Acquin. — David de S'° Audomaro, postea allas ter tins l.
• llist m"Clar., torn. 1 pjg. 514-215.
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LES ABBÉS DE CLAIRMARAIS
DAVID, DE SAINT-OMER, 3e Abbé. ^.«triiTi
(M 71 -H 76). Mon: 1I7G
SOMMAIRE
Avènement do David, après uno vacance de dix sept mois et quinze jours. — Son lieu de naissance. — Sa famille. — Il embrasse la carrière des armes. — Il se marie. — Ses enfants. — Mariago de Nicolas, son fils. — David fait la connaissance do Guillaumf..
— Il donne au monastère des preuves de bienveillance. — Confirmation de diverses donations 5 Bethloo, par le Comte et la Comtesse de Boulogne. — David, témoin de ces actes — Les rapports se resserrent entre David et Guillaume.— Il so décide à embrasser la vie religieuse. — Il met ordre à ses affaires. — Distribue une part de ses biens aux pauvres ainsi qu'au monastèro et 3'enfermo dans le cloître. — Joie des religieux à cette nouvelle. — David fait profession. — La mort de Guillaume lui inspire des regrets.— Incertitude des religieux pour lui donner un successeur.
— On se décide à aller aux voix, ce qui ne s'était jamais fait. — David est désigné à cause de son zèlo pour tous les intérêts confiés à sa gardo. — Transaction relative à une terre située à Antin. — Accord fait avec Absalon, Abbé de Saint-Augustin, sous la médiation de rfivêque des Morins, — Bullo du Pape Alexandre III
i 171 — H7P» (1 172). — Donation d'une partie do terre située dans la paroisse de Saint Willebrood.— David fait creuser le puits qui porte son nom. — Ce puits est le premier de tous les puits artésiens. — Son eau cxrel lente était préférable à toutes celles des cm irons. — Au moyen de tuyaux en plomb elle se distribuait dans toute la maison.— La construction de ce puits est attribuée par erreur à Saint- Rsrxard. — Fondation de dix marcs d'argent en faveur de l'église de Saint-Omer. — Transaction à cet égard — Variantes sur la fin cle l'administration de David. — Episode raconté par les bistoriens. d'après Ypei i ;s. — Lettres de l'Évcque de Thérouannc à l'appui de la version la plus fondée, qui présente David comme ayant administré cinq ans et demi et non trois. — Donation de biens à Muncq-Nieurlet de la part do Baudouin, Comte de Cuines et de Ciiiiistim:. son épouse. — Transaction entre Saint-Bertin et Clairmarais — Témoignage d'Vperius en ce qui concerne la mort de David. — David figure au nombre des arbitres appelés à prononcer entre Simon. Abbé de Saint Berlin, le prieur de Wattcn et Matuiî.du, Abbessc de Bourbourg. — Begrets qu'inspiro sa retraite. — Jalousies des voisins. — Discussion avec Saint- Berlin au sujet des dîmes et des limites. — Elle dure trente- six ans. — Elle amène la démission de plusieurs abbés. — David termine ses jours dans l'humilité et la piété. — Distique à la mémoire de David. — Effigie des châtelains de Saint-Omer. — Armoiries de David. — Sa devise. — Noms des religieux contemporains.
David, de Saint-Omer, fut appelé à diriger la communauté à la place de Guillaume après d'une vacance de dix-sept mois et quinze jours
David, était né à Saint-Omer, il appartenait à cette illustre famille de châtelains qui portait le nom de notre ville 2.
Suivant les nobles traces de ses ancêtres, il embrassa dans son jeune Age la carrière des armes, plus
1 Hist. m" Clar. Tom. I, pag. 215 et 217. 1 Malbroncq de Mnrinis. png. 212.
tard î! se maria \ et eut plusieurs enfants parmi h~1— t!~o lesquels se trouvait Nicolas, de Saint-Omer, chevalier, qui épousa à son tour Marie, fille de Kobert, prévôt d'Aire et de Bruges et petite fille du chancelier de Flandre 2.
La famille de Saint-Omer porta toujours le plus grand intérêt à l'abbaye de Clairmarais avec laquelle elle avait de fréquentes relations; David fit à cette occasion la connaissance de Guillaume dont il devint l'ami et auquel, suivant les traditions desesaïeux, il s'efforça de donner autant qu'il était en lui de nombreux témoignages de bienveillance.
Cette bienveillance se manifeste dans des lettres de Mathieu, Comte de Boulogne, frère de Philippe, Comte de Flandre et de la Comtesse Marie, fille d'ÉTiENNE, Boi d'Angleterre: l'une de ces lettres portait confirmation de toutes les donations faites dans la forêt de Bethloo, actes dans lesquels David, avant son entrée en religion, avait figuré comme témoin 3.
Peu à peu, on voit s'accroître les bonnes dispositions de ce seigneur à l'égard des religieux de Rihoult; peu à peu, grandissent aussi les liens qui l'unissent à Guillaume, jusqu'au moment où, subjugué lui-même par une irrésistible vocation, il se détermine à embrasser la vie monastique à Clairma-
1 Jongelinus — Dom. Charles Martel. — Hist. Clar., a Bertinodo Visscry. Tom. pag. 217.
s Idem, idem.
» Hist. Clar., a B° Vissery. Tom. I, pag. 218.
1171—1170 rais, disant un étemel adieu aux grandeurs et aux vanités du siècle.... David, on le devine, était déjà d'un âge mûr lorsqu'il se décida à prendre cette héroïque détermination ; aussi n'hésita-t-il pas.... 11 se hâta de mettre ordre à ses affaires de famille, de pourvoir à tout ; il abandonna une part de ses biens aux pauvres, une autre au monastère de son choix, pour devenir, sous Guillaume, un nouvel athlète du Seigneur, faisant ainsi le sacrifice de sa vie à Dieu, dans un véritable esprit d'humilité.
On comprend quelle fut la joie des cénobites en apprenant la nouvelle d'une si heureuse conversion et d'une acquisition si avantageuse 1 ?
David était noble, riche et puissant, il méprise les richesses, quitte les douceurs du monde, il renonce à ses enfants, et sans s'effrayer des rigueurs Cisterciennes il devient l'humble disciple du Christ, prenant la dernière place parmi les derniers cénobites... Cette abnégation annonçait une vertu surhumaine, qui chaque jour faisait de nouveaux progrès, sous la direction du saint Abbé qu'il avait choisi pour son directeur. Aussi la profession ne se fit-elle pas attendre, elle lui fut accordée après un délai assez court pour les épreuves... Mais cette profession précéda de bien peu la mort de Guillaume: cette perte si sensible pour la communauté toucha plus particulièrement David — ce fut pour lui une nouvelle et rude épreuve qui en préparait une autre. Le fauteuil Abba-
1 Ilist. cronologica, m" Clur.
liai était vacant depuis plusieurs mois: les moines 1171— 117(» ne dissimulaient pas leur inquiétude et leur hésitation, in magna anxiclatc cl flucluationc, (crant) sur le parti qu'ils avaient à choisir et sur le successeur à donner à l'abbé qui venait de mourir l. Enfin, après avoir pris l'avis de l'abbé de Clairvaux, on se décida à aller aux voix, ce qui ne s'était jamais fait encore, les deux premiers prélats ayant été désignés directement par Saint-Bernard) et tous les suffrages se portèrent unanimement sur David que ses antécédents et sa position particulière semblaient naturellement appeler à cette mission 3.
D'après Jongelin et Dom. Charles Martel, cette élection dont la forme se continua régulièrement de h\ même manière jusqu'en 1525 3, eut lieu dix-sept mois et quinze jours seulement après la mort de Guillaume, post annum cl qui tique menscs ac dics quindecim, a Guillclmi Abbalis obi tu, 5 non. januarii anno M~i .
A peine installé. David fit remarquer sa sollicitude pour les intérêts qui venaient de lui être remis: les religieux ne tardèrent pas à se féliciter de s'être confiés à une aussi heureuse direction, les affaires temporelles du monastère, ses droits, comme ce qui
1 Malnrancq de Morinis. png. 292. — Ilist Clar.. 1 pag. 21.9. * ttliere f mires, ut unum r, suis, non consensu Ahbnlis ClnrrvtiUis digèrent.
1 Jongelinus. png. 94. — MM do Dnm. Charles Mortel rapporté par Dom Rertin de Vissery. Tom. I. png. 219, lin 22 et 23 — Ehrlio Ahb'itum Itujits (tomus vùjuit canonial, ad annum 1525. — Hist. Clar., 1 pap 219.
1171 — 1 1 70 concernait le spirituel avaient rencontré un nouveau et infatiguable défenseur l.
La première année de son administration, il transigea avec Pierre, de Huelz, au sujet d'une partie de terre, située dans la paroisse d'Antin. (Proptcr terrain jacentem inparrochid d'Antin).
Vers le même temps, David parvint à assoupir une contestation élevée entre son abbaye et Absalon, Abbé de Saint-Augustin, sous ia médiation de Désiré, Évèque de Tbérouanne,de Walter, abbé des Dunes, et de Hugues, abbé de Saint-Nicolas, à Furnes *.
La seconde année, il obtenait une bulle du pape Alexandre III 3; puis en 1173, il reçut de Baudouin, de Bailleul et de son fils, une terre située sur la paroisse de Saint-Wilbroode, entre la rivière de Hem et la terre de Guillaume jusqua la mer ; cette donation fut faite entre les mains de l'Abbé de Clairmaraisen présence de Korert, prévôt d'Aire, de Gérard, de Bailleul, et autres, elle fut ratifiée par le Comte Thierry, d'Alsace
A ces actes dont l'importance n'échappait à personne, David toujours empressé d'accomplir l'œuvre de son prédécesseur, en ajouta une autre d'une incontestable utilité ; voyant que les environs du monas-
1 Ttnn in temporal ibus neyuliis et juribus stti canobii luentlis. tum S'dtili yreyis sibi eommi.wi provùlendo. — llist. m" Clar. , png. 220.
* Idem, idem.
3 Idem, idem.
* Voir cette pièce aux pièces justificatives où nous en donnons le texte.
tore ut; fournissaient point d'eau potable cl (jue les 1171— 1170 marais, les fossés, les sources des alentours n'avaient que de l'eau trouble, saumâtre et d'un usage désagréable, l'Abbé avisa au moyen de s'en procurer une meilleure; pour cela, il lit creuser avec beaucoup de soin un puits d'une très grande profondeur pour le service des moines. Ce puits, qui est probablement le doyen des puits artésiens, travaillé avec art, recevait toutes les sources voisinesavec leurs eaux claires et limpides; puis, au moyen de conduits en plomb et d'aqueducs souterrains, heureusement ménagés, il les distribuait dans toutes les parties du monastère, dans les cuisines, dans les chauffon s, dans le réfectoire et la boulangerie. Ce qu'il y avait de remarquable dans cette eau c'est que, elle était la seule du quartier qui fût saine, claire, douce, agréable à boire 1 et quelle se conservait longtemps sans subir d'altération 8.
La construction de ce puits, par une tradition vicieuse est généralement attribuée à Saint-Bernard, dont le vulgaire lui donne encore le nom, c'est une erreur; les renseignements que nous puisons dans les chroniques contemporaines 3, ne nous permettent plus aucun doute sur son attribution à David et sur l'époque précise de sa construction qui doit
' Hist. m" Clar.. 1 pug. 220.
! Nous avons goûté IVau do ce puits, elle sert à l'usage exclusif •le la ferme ; c'est la seule de toute la commune qui soit lionne.
3 Ilist. Clar.. 1 jiag. « Aiju.v pralicli pulei iiun'jn 'in nllt:-
rantur in cl /rit iU\ "ai b'jnH'k suit n ttundi. »
i iTi—1176 être fixée à 1175 ou 1174 au plus lard. Saint-Nerkard alors, on le sait, n'existait plus depuis dix années, il fut canonisé en 11741, par Alexandre III, à la demande du bienheureux Gérard, abbé de Clairvaux.
On assure qu'entre autres actes d'administration, David aurait élabli une fondation de 10 marcs ? d'argent, sur l'église de Clairmarais, en faveur de la collégiale de Saint-Omcr et que cette fondation donna lieu, en 1247, à une discussion entre le monastère et Guillaume, doyen du chapitre de Saint-Omer. S'il faut en croire les chroniqueurs, cette discussion soumise par ordre de l'Archevêque de Rheims, à l'arbitrage de l'Abbé de Saint-Berlin et de Jean, curé de Sainte-Aldegonde, se termina par une transaction qui réduisit à cinq marcs la charge imposée aux religieux 3.
1 Hist. m" Clar., a Bcrtino do Vissery. Tom. I, pag. 220. ■ Idem, idem, pag. 223.
3 II nous paraît difficile de préciser la valeur du marc d'argent à cotte époque, lorsque un siècle après, en 1288 et en 1294, nous le voyons varior si souvent ; le prix de l'argent fin reçu aux monnaies comme matière, figure alors pour la valeur de 2 l. 18 », a 4 '. 8 \, et le prix de l'argent fin monnayé pour 3l. 8*. 3d. (Dupré de Saint- Maur, pag. 196 et 197).
D'après Le Blanc, dans son traité historique des monnaies de France, pag. 402, le prix du marc d'argent valait 40 sols en 1144 et 53 sols 4 deniers en 1158, en 1207 il valait 50 sols.
Ducange au mot marra slendata donne une suite de prix du marc d'or et d'argent ; d'or de 1306 à 1507 ; d'argent de 1288 à 1424. ((Iloss. édit. Bened. Voy. Lelter, pag. 216).
* Marra est qunddam pondus, snt média libra ut dicitur marra argrnli. (Balhus in Catho). — Nota quod auri libra h d>H duas imrras. ( Apud Cangimn). — lir r.r sminatd ah ahbalr lU rl'miavo et
Là, se borne ou à peu près, ce que les écrivains du 1 171— il 70 monastère ont rapporté sur ce 3° abbé, ils sont en . général très sobres de détails en ce qui concerne cette prélaturc. Plusieurs, mal informés sans doute, avancent que David serait mort la troisième année de son gouvernement; d'autres mieux instruits, peutêtre, et plus rapproebés de la vérité, assurent qu'il se retira volontairement après avoir administré cinq ans, cinq mois et dix-neuf jours.
Les auteurs de la première version, racontent d'après Yperius, que David se serait cassé la cuisse en tombant de cheval, et que rapporté en litière h son Abbaye, il y serait mort peu de temps après
Peu charitables ou peu indulgents, ces écrivains ajoutent, toujours d'après la même autorité, que cette chute aurait été une punition du ciel pour châtier l'Abbé de son orgueil....
S'il ne nous est pas permis de nous expliquer sur cet épisode, il nous semble prouvé du moins, que l'administration de David dura plus de trois ans puisque la quatrième année de son élévation, c'est-àdire en 1 1 74, Désiré, Évêque des Morins, parle d'une donation de 186 mesures de terre, d'une culture difficile, faite à l'abbaye de Clairmarais, dans les mains • de David, son abbé, en présence d'ANSELME , de Kerseket (sic).
D'autres lettres du même pontife parlent encore de David, au sujet d'une autre donation de 200 mesures
Jointu' fusion' Su AUlcyunrfis, odslricli fuimus, <nl solulionrm Y mnrnn mn tanhnn.
1 171— 1176 do terre situées au même lieu, de la part de Baudouin, d'Assonval, en présence de Jean, de Renly, Etienne, de Wismes, etc. l.
Au mois de juillet de la même année, Baudoui-n, Comte de Guisnes, avec l'agrément de Christine, son épouse, donna à David, Abbé de Clairmarais (son nom est mentionné deux fois dans les lettres;, tout ce qu'ils possédaient sur le territoire de Muncq- Nieurlet 3. Baudouin, mourut en 1203 3.
L'année suivante, en 117o, plusieurs donations semblables faites à David, furent confirmées par Désiré, Évêque des Morin3 4.
En outre, l'année 1175, sous la médiation de Pierre, cardinal, du titre de Saint-Cbrisogone, vit se terminer à l'amiable entre David, de Clairmarais et Godescalque, de Saint-Bertin, le mémorable différent 5 qui existait depuis bien des années entre les deux monastères; cette transaction eut lieu en présence de Désiré, évèque de Tbérouanne, et de plusieurs autres témoins parmi lesquels figuraient Gérard, abbé de Longvillicrs, Guillaume, prieur, Elbode, Julien, sous-prieur, et Samuel, moine de Clairmarais. Le titre de conciliation portait appendus, les sceaux du cardinal, ainsi que ceux de toutes les parties présentes, notamment de David et de Godescalque.
1 Ilist. mMClar., tom. I. pag. 223.
2 Idem. idem.
3 llist. m" Clar., tom. I, pag. 223.
* Idem, idem.
5 Famos" ptrlu 0/ ronipo.sitio. (Idem, idem).
Ou le voit, le témoignage de Jean, d'Ypres, qui 1171— inc. écrivait vers 1370, c'est-à-dire deux siècles après la mort de David, se trouve contredit par les religieux de Saint-Bertin eux-mêmes, en ce qui concerne la durée de cette administration ; la signature de Godescalque et celle de David en t'ont foi. Ce qui semble beaucoup plus certain, c'est que le 3° abbé de Clairmarais, après avoir gouverné avec sagesse pendant cinq ans et demi, se démit volontairement de la prélaturc, le 12 des calendes de juillet. Telle est l'opinion de Jongelinus et de plusieurs autres l.
Ajoutons que vers la fin de son gouvernement David figure le premier parmi les nobles arbitres appelés à prononcer sur la contestation existante entre Simon, Abbé de Saint-Bertin, le prévôt de Watten et Mathilde, abbesse de Bourbourg ; il a apposé sa signature sur la répartition des dîmes communes et sur l'acte de délimitation proposé par Guillaume, Archevêque de Rbeims, d'après l'ordre exprès du Pape Alexandre 3.
La retraite de David affligea vivement ses religieux, tant à cause de la pureté de ses mœurs, pios cjm mores, qu'à cause de son expérience dans les affaires temporelles et à cause de son illustre extraction, summum cxpcrknlium cl sagacitatem in gerendis uegoliis lemporalibus 3, — qualités qui lui avaient attiré la bienveillance et la protection des
1 Ifist. War . 1 pyg ->2i ! Idem, idem.
1 Idem, idem. — Gvnux ,(lintn\
1171—1170 Princes, protection de plus en plus nécessaire, d'autant qu'alors il fallait résister, dit un chroniqueur de l'abbaye, aux malheureux effets de la jalousie des voisins qui, chaque année, grandissait en raison de la prospérité croissantedela communauté — L'envie, ce fléau social, ne joue-t-il pas toujours, à toutes les époques, chez toutes les classes, un grand et déplorable rôle dans les misères de la vie humaine !....
Cette humeur jalouse, continue Dom. Berlin de Vissery, se produisit malheureusement longtemps * malgré les efforts de David et ceux de ses successeurs ; la discorde s'éleva entre les moines de Saint- Berlin et ceux de Clairmarais au sujet des dîmes et des limites des biens respectifs.... D'après l'assertion de Dom. Guislain-Campion , cette discorde ne se calma pas à la mort des Abbés sous lesquels elle avait pris naissance, elle se prolongea pendant 36 ans, jusqu'à la fin de l'administration de Lambert, 20e abbé, qui parvint enfin à l'appaiser aimablement. Cette triste querelle fut cause, dit-on, que plusieurs prélats depuis le 3° jusqu'au 10e, prirent la résolution de se retirer, à cause de l'impossibilité où ils se trouvaient de ramener la bonne intelligence. Mais on le verra plus loin, poursuivons.
1 « Majorem in (lies pnllicebatu r prolertijncm, qnx t mto necessarin erat, qito maijis erescebat vicinorum invidia. »
8 Proh Dolor ! Xcc ipso, nec suceessoribus af/enUbus, orla diseordia inler nos cl lierl inienses. super décimas cl limites bonorum nostroritm... Duravcrunt per 3(1 annos... i'sque ad regimen I.ambcrli... Qui sat pacifier composait. (Ilist. Clar., 1 pag. 225).
Voyez l'Histoire des A Mies de Saint Uertin, toin. 1
Quand à David, après avoir abdiqué la prélature, îlTi— iitg il passa humblement le reste de ses jours au fond du cloître, entièrement voué à la prière et à la vie contemplative. Il mourut trois mois douze jours après son abdication. — On ignore quel était son âge et quel fut le lieu de sa sépulture [11 76} l.
Dom. Charles Martel a écrit de lui :
« Perficit inceptas David, solertia sedos, « Mirandac puteum perforât artis opus »
IS'ous donnons ici, d'après Berlin de Visscry, les images des châtelains de Saint-Omer et de leurs femmes telles qu'on les voyait sculptées au haut de la porte de l'église donnant sur le cloître y.
On lit ce qui suit dans l'inventaire des archives ()c Flandre, par Godefroi, 1179, à Bruges. — Philippe, Comte de Flandre et de Vermandois, prend sous sa garde et protection l'abbaye de Clairmarais, que le Comte Thierry, son père, et la Comtesse Sibylle, sa mère, avaient fondée, s'en reconnaît Yavoué (défenseur armé), leur donne des terres dans la paroisse de Loo, près Gravelines et la forêt de Uihoult, leur coufirme tout ce qui leur appartient et ce qu'ils pourront acquérir par la suite (preuves n° 84). Nous
1 Jongelinus, etc. — Dom. Bertin do Vissery, tom I, pag. 225. * Ilist. Clar., 1 pog. 225.
1 Idom, idem, pag. 216. — On y voyait: 1° Guillaume ; 2* Ismene, sa compagne, fille du Comte de Loo, qui devenue veuve vivait .'ncore en 1255 ; 3° Guillaume, autre chAtelain de Saint-Omer et Béatrix i»e ia Jumelle (de Jumrtlm sa femme.— PlancJi. VI, tom. I.
1171— HTii les donnons aux pièces justificatives, d'après M. Le Glay. Confirmation faite par Raoul, Évêque de Thérouanne, en 1254, et par Robert, Comte d'Artois, en 1269. (Ier cartuiaire de Flandre, pièce 27oj.
Les armoiries de David étaient celles de la maison de Saint-Omcr. Elles portaient, dit-on, cette devise parlante : Mémento Domine David x.
On apperçoit encore aujourd'hui la trace de cet écu presque effacé sur une pierre de la vieille grand porte de l'abbaye toujours existante, celle trace laisserait croire que celle porte caractéristique du siècle qui la vit naître, aurait été construite sous le 3" abbé. X ï Ie siècle;.
Noms des moines qui vivaient du temps de David.
Everardus, qui devint abbé. — IIuoo. — Balduinf.s, de Lumbres2. — Klngerus 3, miles. — Henricus. — Walterus, de Cizoing — Simon, de Morino "'. — D. Elbodo. — Balduinus, de Wissant. — Walterus, de Polinchovc. — Petrus, script or c. — (Il manque dans le manuscrit quatre noms dont l'un était celui du sous-prieurj. — Egidius (Gilles , d'Arras. — Lambertus, d'Arras. — Arnulphus. —
1 Hist. Clar., 1 pag. 216. - Planche VI, tom. I.
* Lumbres, chef-lieu de canton de l'arrondissement do Saint Orner.
3 Le mot miles s'applique t-il à de nobles chevaliers qui, avant de prendre l'habit religieux, avaient exerce la carrière des armes?....
4 Commune du département du Nord, où il y avait une Abbaye de chanoines réguliers (diocèse de Tournai).
5 De Thcrouanne, chef-lieu du pays des Morins.
0 C'est la première fois que nous remarquons un écrivain à Clairmarais.
Thomas. — D. Willelmus, de Morbocrj, prieur. — H"i— iito Balduinus, (le Honscoot (Andiscotanwt). — Ai.uiphus de Rentika, de Henlv. — .Iodocus (Josée). — Anselmus Audomarensis. — Robertus, senex [ancien j. — Leoxius. — Lambertus, de Rûbroucq. —
RaDUI.PHUS. — ËNGELBERTUS. — BaRTHOLOMEUS. —
Ces deux derniers moururent le jour même de leur réception. — (Hisl. Clar., m"9. 1 pag. 223:.
LES ABBES DE CLAIBMARAIS.
LE BIENHEUItEUX ÉVEKAIU), 4e Abbé. K^tAm
Abdiralioo: I t 87
SOMMAIRE
Avènement d Éverard — Qualités qu'on remarquait en lui. — Elles lui valent l'affection du Prince. — Confirmations de toutes les dona tions précéden tes. — Redressement d'un dommage causé par les inondations de l'étang du Prince. — Proposition d'échange. — Elle est acceptée. — Acte qui le constate. — 11 est passé ou chûteau de Rihoult. — Éverard obtient plusieurs bulles des Souverains Pontifes. — Son nom figure dans une donation accordée par Oston, de Resbecke, à l'église de Saint-Augustin, de Tbérouanne. — Nombreuses donations et acquisitions faites ou obtenues par lui. — Guidé par son amour pour la paix, il se retire à cause des discussions avec l'Abbaye de Saint-Bertin. — 11 se livre à l'étudo et compose des ouvrages. — Date do la mort d I^verard. — Le lieu de sa sépulture. — Quatrain sur cet Abbé. — Ses armoiries présuinéos. — Moines contemporains d'ÉvERARu.
Éverard, surnommé le Bienheureux, fut régulièrement élu le G octobre 1176, trois mois et douze
U70—U87 jours après la retraite de David ; on remarquait en lui bien des vertus, la charité, la modestie, l'amour de la paix, le goût de la solitude, de plus il passait pour être profondément versé dans la connaissance des lettres : In litteris valdè gnarum l.
Ces éminentes qualités lui valurent l'estime et lafleclion de Philippe, d'Alsace, qui ne larda pas à lui en donner des preuves, en confirmant, en ratiliant avec une exquise bienveillance, par un acte signé dans le château de Hihoult, toutes les donations que Thierry, son père, et beaucoup d'autres bienfaiteurs avaient faites précédemment à l'abbaye. Comme conséquence naturelle de ses bonnes relalions avec le Prince, Eyerard fréquentait souvent le château, où il était toujours gracieusement admis; il profita de ces relations avec Philippe pour lui représenter que les eaux s'échappant de son étang, inondaient sans cesse le marais qui avait été cédé par son auteur, annulant ainsi le produit qu'on devait attendre, et portant un notable préjudice aux prairies ou aux terres environnantes s. Le Comte reconnaissant la justice de celte réclamation ;} voulut aussitôt arrêter le mal causé à la communauté *.
Sans hésiter, ce Prince proposa un échangede toutes lespartiesexposéesaux inondationsavec d'autres por-
1 lîi>t. cronologica «liai*., 1 pag. 228. * Idem, idem, pag. 228.
3 Videns .rtjunm llvnuirdi rrpresentntinnrm. « II nullum (implius incommoftum pnlrrctur.... Hist m" Clnr , a llertino do Vissory, 1 pag. 228.
tionsde terre : cet échange, cambivm, id est permu- 1176— 1187 tatio \ portait sur la partie de la forêt voisine de l'Abbaye du côté du Neuf-Fossé 2, avec la prairie de
Folquin Everard acquiesça volontiers à cette
proposition et le Comte fit dresser sans délai l'acte de permutation qui fut signé à Hihoult, en présence des Barons, le cinquième jour des ides d'avril, 1 1 76 8.
Mais, l'Abbé toujours attentif aux intérêts de ses frères, ne se bornait pas à obtenir le redressement des torts ; sans cesse il tendait à accroître les possessions ou les privilèges de sa communauté ; à cet effet, il reçut des Souverains Pontifes Alexandre II I, Lucius III et Urbain III, diverses bulles spéciales, soit à raison des dîmes ou des jachères (novalium) 4, qui étaient exigées par plusieurs chapitres, soit contre les pasteurs ecclésiastiques qui, jusques-là, percevaient un droit sur ceux qui quittaient le monde pour embrasser la vie religieuse 5.
La première année de son gouvernement, Éverard souscrivit à une donation faite à l'église de Saint- Augustin, de Thérouanne, par Oston, de Resbceke, de concert avec Paul, de Furnes, Jehean, de Renty, Robert, de La Capelle, Guillaume, de Guisnes,
» Hist. m" Clar., tom. I, pag. "228.
* Id est partem Silv.vjmta Albalinm, versus novum fossatum pro terni, in prato FoUjuini. — Pag. 228, ad marginam.
3 Idem, idem.
* Ces bulles étaient inscrites au fascicule des Saints de l'ordre. R. I, folio 38, ainsi qu'une lettre d Alexandre III. — Hist. Clar., 1 pag. 239. — Etlib., 1 pag. 106.
Mlist. m" Clar., 1 pag. 239.
1170—1 187 Pierke, de Walloneapcllc, Ada, de Fauqucmbergue et Nicolas, de Saint-Omer, ce dernier était le fils de David, le précédent abbé).
Il serait beaucoup trop long, disent les chroniqueurs d'énumérer toutes les donations, toutes les acquisitions dont ce Prélat enrichit le monastère; ce qu'il y a de certain, d'après eux, c'est qu'il remplit bien fructueusement les onze années de son difficile gouvernement.
Mais malgré son zèle à accomplir les devoirs de sa charge, le bienheureux Everard était, avons nous dit, fort ami de la paix, virerai paci ficus. Voyant avec peine, œgrè ferem, se perpétuer l'interminable contestation soulevée avec les religieux de Saint-Berlin, à cause de la délimitation respective des propriétés des deux monastères, il prit le parti de se retirer pour ne songer qu'à son salut. Ut soli deo cacaret et salut /, anus Abbatiale exvit ; ce qu'il fit le 10 février 1187, après une administration de onze années quatre mois et quinze jours 2.
Sous cette administration, en 1 177, le Comte Philippe a la prière de Gertrude, sa sœur aînée, Comtesse de Maurienne, fît divers legs, entre autres, aux moines de Looz et à ceux de Clairmarais auxquels elle donna cinq livres, n° 88, Inventaire de Godefroy . — Vers la même époque, le même Comte, donna à l'Abbaye de Clairmarais 00 sols exigibles
» Ilist. m"Clnr., 1 pnjç. 229.
* Idem, idem.
tous les ans, à Furnes, le jour des Hameaux, sur 1176— 1187 l'office de Léo.x, notaire, 'qu'on a depuis nommé la Xolairic de Flandre; ; cette somme devait être employée à fournir le pain et le vin nécessaires pour la messe, n° 91 , idem . — Vers 1 177, sans date , confirmation par ce Comte de la donation de 100 sols de rente, faite par Gertrude, sa sœur, à payer le jour de Saint- Remy, sur l'office de Lambin , notaire, n° 92, idem, idem . — Note communiquée par notre honorable collègue M. Louis Deschamps de Pas1.
— Nous vovons encore dans les archives de Flandre, que vers 1183 sans datej Robert, par la grâce de Dieu seigneur de Réthune et avoué d'Arras, déclare que WlMERUS, de Fontanis, a donné 80 marcs à Robert, de Fontanis, qui lui a remis en échange une terre à Colréal, que ce dernier tenait de lui en fief, et pour laquelle il a fait hommage au seigneur de Béthune. — Wimerus a donné cette terre à Everard, abbé, et à l'église de Clairmarais, à charge d'une reconnaissance de deux muids, l'un de froment à la mesure de Saint-Paul, l'autre d'avoine (ad modium) à la mesure de Saint-Omer : personne ne pourra racheter cette terre si ce n'est Robert, de Fontanis, ou un de ses héritiers; mais si on la reprend on donnera à l'Abbaye l'argent nécessaire pour racheter semblable revenu et pareille possession. Inventaire de Godefroi, n° 123 . — Voir aux pièces justificatives, où nous consignons ce titre d'après une copie adossée authentiquement le 3 septembre 1318.
Ce saint Prélat employa le calme de la retraite
1170—1187 à écrire divers ouvrages l, dont l'un intitulé : De Accenlibus, est rappelé par Charles, de Wisch, prieur des Dunes, dans son catalogue des écrivains de Tordre2; ce livre se trouvait à l'Abbaye de Willcrs3.
On ne peut préciser ni l'âge, ni l'époque de la mort, ni le lieu de la sépulture d'EvERARD 4. Bien que le Diurnal de l'ordre, imprimé en 1706, fixe cette date en 1180 5, il a dû mourir vers l'année 1 188 environ.
On a composé le quatrain suivant sur cet abbé ,!:
«. Suscepit Oblatos Evehardvs quartirs Honores, « Commissum. multû dirigit arto Gregem ; « Litibus, innumeris. bis octo messibus actus, « Pacilico crosum, cederc, gestit omis. »
— Les armoiries qui sont attribuées à ce Prélat étaient un double aigle, sur fond de gueules, avec cette devise : Usi/m ad cwlum 7.
Noms des religieux contemporains (FEverard.
Axselmus de Morino, de Tliérouanne. — Johan-
NES DE PlTHEM, (le PillCIU. — PeTRUS VUDOMARENSIS,
de Saint-Omer. — Christianus de Witscat. — Elrodo Senior. — Laurentius Scotis, Ecossais. — Walterus de Follek ;sicl 8.
1 In roinponrndis Hhris. ronsvmpsil .
1 Tom. M, pag. 103. — Hist Clar., 1 pag. 229.
s 11 en était également fait mention dans llunderius, lettre E nombre 45. « Elinm teste liunderio in indice H liera E num. 45. » — llist. Clar . 1 pag, '229. — 4 Idem, idem.
5 Manuscrit de D. Charles Maiitki.. — Anciennes archives du monastère rappelées par Dom. Rertin de Vissery.
,; h. Charles M vnn i , religieux d<> l'abbaye.
7 llisl. m" Clar , loin I. pai: LNH) — 8 Idem, idem
I). FEHNAXD, 5P Abue. a^. iiht
SOMMAIRE
Nomination do Fërnand. — Elle a lien le jour mémo de la démission d Ivveraro. — Ses qualités. — Il s'attire la bienveillance du Comte. — Donation de cent sols de revenu annuel, cédé par la Comtesse de Malriknne. — Donation faite par 1i>a, Comtesse de Boulogne (une journée de terre). — La signature de Fkrnand figure sur un acte de donation faite à l'abbaye de Kongvilliers. — Passage gratuit sur les terres de Robrht, Avoué d'Arras. — Donation d'une partie de la foret de Dihoult — Fondation de six prébendes dans l'église d'Aire. — Mort de Philippe, d'Alsace. — Regrets de Feunand, à la mort du Comte. — Il résigne les fonctions, 119;?.
— Forme des abdications. — Élection des nouveaux Abbés. — Réflexion. — Vacance de l'abbaye. — Fondation de l'abbaye de IWandccques. —Armoiries attribuées à I). Ferna.ni>. — Sa devise.
— On ne voit à cette époquo qu'un seul religieux dont le nom ait été conservé.
A la démission (I'Éverard, le fauteuil de la prélatine ne fut pour ainsi dire pas vacant \ Dom. Fer-
1 Ilist mM Clar., pag. 220, tom. I.
Ex m" nostro, Kverardo die eodem successif Fernando*
U87—119-2 naxd ou Ferdinakd, religieux du monastère, fut instantanément et unanimement désigné pour prendre sa place, le quatrième jour des ides ou le 10 février 1 187. Ses qualités justement appréciées lui valurent cette élévation 1 : les actes se chargèrent bientôt de justifier le choix qui avait été fait. Le nouveau prélat montra tant de zèle et d'habileté dans l'accomplissement des devoirs de sa charge, que pendant toute la durée de son administration, il n'y eut à cet égard qu'une seule voix sur son compte
Feknand, sut comme son prédécesseur s'attirer la bienveillance du Prince et la faire tourner au profit de son monastère 2.
Aussitôt après son entrée en fonctions, il obtint de la générosité de la Comtesse Maurian [sic 3, cent sols de revenu annuel ; cette donation fut confirmée par Philippe, d'Alsace.
La même année, Ida, Comtesse de Boulogne, petite-fille de Philippe, donnait à Fernand une journée de terre (carrucatam de (errd), avec l'approbation du Comte 1188; 4.
La même année encore nous trouvons la signature de l'Abbé de Clairmarais, sur une charte de doualion, faite par Ida à l'abbaye de Longvilliers, celte signature est au bas d'un acte de continuation délivré par Philippe 1 188 \
1 llist. cronologica m", ton). I, pag. 229.
* Idem, idem.
3 C'est probablement la Comtesse de Maihienni:, qu'on \ eut dire.
* Idem, idem, pag. 231.
5 llist. m" Clar., a 11° de Vissery, tom. I. pag. 23?.
— Peu après, Hobert, avoué d'Arras et seigneur 1187—1192 de Béthune, accordait à Fernand le privilège d'un passage gratuit sur toutes ses terres [1188].
— L'année suivante, en 1 189, Philippe, d'Alsace, par un acte signé à son château de Nieppe (NiepensiJ
' ou de La Motte-aux-Bois, donnait aux religieux, en la personne de leur abbé, toute la partie du bois de Uihoult, située au nord de leur monastère l.
A cette époque nous voyons Fernand traiter avec les moines du mont Saint-Éloy, en la présence des Abbés d'igny et de Longvilliers (1 189).
En 1190 il assista comme témoin à la fondation de six prébendes, établies par Philippe, Comte de Flandre, dans l'église collégiale de Saint-Pierre, d'Aire, l'acte porte sa signature.
En un mot la vie de ce Prélat est remplie de faits semblables que les chroniqueurs ont cru devoir abréger pour ne pas se livrer, disent-ils, à d'inutiles longueurs 2.
lis nous font connaître cependant que la quatrième et dernière année de son gouvernement, le monastère eut à regretter la mort de Philippe, frappé au siège de Saint-Jean-d'Aere 1191;, le jour des calendes de juin, et qu'en signe de respectueux souvenir Fernand fonda il perpétuité, ce jour-là, dans son église un anniversaire pour le repos de lame, de ce généreux bienfaiteur de la communauté 3.
' Idem, idem, tom. I, pag. 232. lig 5 et .suiv.
-* Similio- bri't'ilnlis <v/n.v/', omiito. (Idem, idem. pa^. S.i-J)
> M" lluguuis Vict - llist. C!ar.. Rert de Vissery, pag ^2.tom. I
1187—1192 Le pieux abbé ressentit, plus vivement que, qui que ce fût» la perte qu'il venait (Je faire en la personne du Comte, et fatigué de toutes les peines qu'il lui fallait se donner depuis quatre ans l, pour la gestion des affaires temporelles ou spirituelles de la , maison, il se décida, comme ses prédécesseurs, à abandonner à un autre le soin du troupeau qui lui était confié. Il abdiqua le fardeau de la prélature, le 12 février 1192.
En présence de plusieurs abdications successives et volontaires de la part des Abbés de Clairmarais, consignons ici, ce ne sera peut-être pas sans intérêt, comment s'accomplissait cette cérémonie,
L'abbéconvoquait capitulairement toute la communauté : il exposait ses intentions, en présentant pour prendre sa place, l'un des religieux dont la moralité et la capacité lui étaient parfaitement connues: ce candidat était aussitôt accepté et confirmé par la majeure et la plus saine partie de rassemblée. Immédiatement après cette reconnaissance canonique, le nouvel Elu, sans autre formalité, prenait possession de ses nouvelles fonctions... — Exemple pour les élections futures!... s'écrie naïvement le bon cbroni-
» Eech'simn llerit per quatuor tmnox '233). — Le P. Malbrancq dit, pag. 350, année 1191. au sujet de la mort de Philippe : « YnUïï «c Morinis luctuosum, quotusquisque enim Morinorum anyulm Phi- « lippi Alxalii benefieam manu m haud sensit ?... FA eeee nuntinlur « ad plolomaidem, qunm stricte cinyi'bat obsidio, Lue absumplas, u et in suburbinSli .Xiculai Cemelerio tumulum sorlilus, post modum « in eivilutcin qu.v brevi expugnata est inferendus.... »
Tumulalur Pliilippus Cornes in Claiwecltis saecllo Cmnilum Fltindri.r. ...
queur 1 du XVIIe siècle.... Combien il eût été a dé- n«7— iiiii sirer qu'il en eût toujours été ainsi dans la communauté : Uttnam id adhuc fiiisset ///...
— À la retraite de Fernand, dont le jour de la mort est incertain, la dignité abbatiale resta vacante pendant deux mois et treize jours 2.
— Ajoutons que la fondation de l'abbaye Cistercienne de Sainte-Marie de Sainte-Colombe, de Blandecques, qui, on le sait, dépendait de Clairmarais et dont nous avons eu occasion de nous occuper plus longuement dans notre premier volume, se rapporte à la seconde année du gouvernement de cet abbé 3.
Dans les armoiries attribuées à Dom. Fernand, par Dom. Guislain-Campion, on voit un lion sur un ebamp de gueules, avec cette devise :
Vieil Léo de Tribu Juda 4.
Par une circonstance assez difficile à expliquer, nous ne rencontrons à cette époque qu'un seul religieux, parmi les contemporains de Fernand. Ce moine se nomme Samuel : c'est le même dont on voit la signature dans la transaction intervenue entre David et Godescalque, en 1175 3.
! Dom. Berlin de Vissery. Hist. Clar., 1 pag. 232, lig. 26.
* Yticnv'd aulem pa store luec eeetesin duobus mens. e.l diebus.
J .l/i/io 1188. Monnst. II. M. de .S'u Columb.v ftind itum est n lh siderio Episcopo Morinensi in pago de ttlnndevqwi . — Gall. Christ., tom 1 1 K — llist. m" Clar., 1 pag 230.
* Idem, Berlin de Vissery. pag. 231.
3 Idem, idem
uigmzeo Dy
LES ABBÉS DE GLAIRMARAIS
LE BIENHEUREUX GÉRARD, D'ÉPIXOY, G'Arrê. tMiiw
AMmtktH 197
SOMMAIRE
Famille rie Gerhard — Rang qu'elle occupait. — Son principal établissement.— Il est admis au monastère de Villers dont il devient abbé. — Sa translation à Clairmarais. — Ses vertus. — Son élection. — Son entrée en fonctions. — Moment diflicilo. — il fallait éteindre des querelles. — Régixald, de Domina rt in, époux d'JuA, voulait revenir sur les donations faites et s'emparer des troupeaux et des terres. — l.'Abbé s'efforce de porter remèd»; au mal et de prévenir la ruine de l'Abbaye.-- Obtention d'une bulle de confirmalion de la part de C^lesti.m III. — Elle produit l'effet qu'on devait en attendre. — Rkginald et Ida accordent enfin les lettres de confirmation refusées (1194). — Acquisition d une carrière à Marquise — L'Abbé reçoit plusieurs lettres qui applanissent les difficultés.— La signature de C.érakd avec celle de l'Évcque et celles d'autres Prélats se trouve sur un acte d'exemption d'impôt à Vitsan, de la part de Rbginald et Ida. — Après cinq ans d'exercice, sans compter six ans à Villers, Gérard s retire. — On ignore son Age
U92—1197 ainsi que le lieu de sa sépulture, qui probablement se fit dans le cloître. — Le Diurnal imprimé à Dijon en fait mention. — Son éloge en vers. — Ses armoiries. — Noms des religieux.
Dom. Gérard, d'Antoing, d'Épinoy, appartenait à une famille illustre du diocèse des Morins, famille qui compta longtemps des gouverneurs de Thérouanne et qui avait son principal établissement dans le Comté de Saint-Pol l.
De bonne heure, Gérard abandonna les choses de ce monde pour ne s'occuper que de Dieu ; il avait pris l'habit religieux dans le monastère de Villers, dont il devint le 6e abbé. Là, son mérite parfaitement apprécié, le fit, au bout de six années d'une heureuse administration, appeler à Clairmarais pour en prendre également la direction ; il dut céder aux instantes prières, aux ordres mêmes de ses supérieurs, pour consentir à ce changement de solitude,... et pendant qu'il obéissait avec résignation, un autre moine de Itihoult, Guillaume, prieur de la communauté, allait prendre sa place à Villers.
Parmi les vertus de Gérard, on remarquait surtout un goût prononcé pour l'abstinence.
Ce Prélat fut unanimement élu le 25 avril 1 192, jour de la fête de Saint-Marc â. Aussitôt il se mit à l'œuvre et ne tarda pas à montrer ce que peuvent le
* Ilist. m" Clar., tom. I, pag. 234. — M" de Dom. Charles Martel et de Dom J. Roberty.
« Clnrimarisci cxttis, suis enteulis Géranium in suum Abbatem citait.... (Pag. 235}.— Jongelinus, pag. 32, 6* Abbas Geranlus mngn*v virlulis et abslinenlia- r/>, posl Heaimen ser annorum, erssit — Ifist. m" Clar., pag. 239.
zèle, le travail et la persévérance dans l'accomplisse- 1192—1197 nient d'un rigoureux devoir.... Jamais, en effet, le monastère n'avait eu besoin d'un prélat plus clairvoyant, plus énergique et plus expérimenté à la fois. Les circonstances étaient difficiles, il fallait assoupir l)ien des querelles, éteindre bien des discussions, suscitées depuis quelques temps : les héritiers de plusieurs bienfaiteurs se refusaient à ratifier les donations faites par leurs devanciers; Réginald, de Dommartin, homme ombrageux et processif (litirjiosusj était surtout à redouter (timendua), il avait épousé Ida, Comtesse de Boulogne, en 1190 Non .seulement ce Prince ne voulait reconnaître aucune des donations de ses parents, ni celles de sa femme ; mais il s'arrogeait le droit de disposer des troupeaux, des bois, des marais et des terres de l'abbaye,
faisant un tort considérable à la communauté ; cédant
à la pression de son mari, Ida poussait l'inconstance jusqu'à vouloir révoquer toutes les libéralités que les moines tenaient d'elle; en outre Philippe, d'Alsace, qui avait le plus d'influenco sur sa petitetille et qui maintenait ses bonnes dispositions, venait de mourir 2.
1 Buluze. — Hist Clar., I pag. 235.
* Donaliones a suis prederessoribus fartas renuebant ratificare
H'njn'ilihts hommartinus vir liligiosus ac t invendus, Jdnm lioloni.v Comitissam per ynatrimonium sibi junxeral anno 1190; negue, parmiuni suorum negue uxoris su.v donaliones nabis fadas vol-bal ratis faeere.... Prxleren multa de proribus abstulerat.... \emora, piludes, arteras que (erras sibi vindicabal.... Ida Comilissa ex inronstantia mardi donaliones gnas nobis faeerat, stalim ad se revoenbat....
1192— MOT En cet état, il fallait un Abbé capable de tenir tête à l'orage; par son expérience et sa naissance, Gérard réunissait ces conditions; voyant que si on laissait le mal s'aggraver, il pourrait amener la ruine du monastère, il s'appliqua à le couper dans sa racine
A cet effet, il chercha à obtenir aussitôt du Souverain Pontife [Célestin III , une bulle de ratification pour toutes les donations faites à son monastère, et ses
efforts furent couronnés de succès Cette décision
pontificale, signée à Latran, et adressée à Gérard, est assez importante pour mériter de trouver place dans notre travail, nous l'inscrivons aux pièces justificatives s. Elle contient le détail minutieux de toutes les granges et de toutes les possessions du monastère, en lui en assurant la perpétuelle propriété
1 Omni eonalu sluduit Ma sopirc, ne veryere possent in ruinmn monasferii. — llist Clar. , 1 pag. 236. * Compendium a Carolo do Wisch.
Pag. 47, anno 1197. — « Balduinus Cornes Klandriœ ad procès * \\o\uv abbatis, coin edit monasteriis a Claravalle de Dunis et de « Claromarisco nliis que omnibus cenobiis de Linèil Clarevallis, ut « per omnes Transitus suœ ditionis, eundo et redeundo. sint liberi c ab omni Telonio, passagio, traverso tœteris que exactionibus. »
— Kodem temporo llelias abbas, pneparatis jam multis materialibus, rereptis quo ad ordinem plurimis conversis, divorsarum artium perilis (ad centum 25) quod omnes recenset Huius, novi monasterii fundationem inclioavit — Pag 47, lin. 15 à 21.
* Voir aux piècos justificatives. — llist. Clar., 1 pag. 236.
« Huila Celestini Pap.c III, de HUrlale ordinis cl quibusdam j>os- .< session ibus noslris. — Dikelis filiis, Gerardo Abbali de Vlaroma- « rcsrh (jus ijue fralribus tant presenlibus que fuluris...» (Pag. 230). Ce titre se termine par ces mots: « l)<dum Laie r a ni per manum « liyidii S1' Mculai in Careere Tullianensi, Diaconi Ctirdinalis 4 «« nouas martii, indietione M, ab ineamalionis Uominicœ arma 1 1 »J2. «< Pontificatus Cekslini Pap.rlerlio anno secundo. » — Idem.
C'était la meilleure garantie; elle produisit l'effet H 92— H 97 qu'on devait en espérer (1192). Deux ans après (1194), l'Abbé recevait de Rêginald et de la Comtesse Ida, les lettres confirma tives qui avaient été contestées jusques-là l.
L'année précédente (1193), Gérard parvint à procurer à son abbaye une carrière, près de Marquise ; puis successivement il traita avec les habitants du Locon, et de Henné, en recevant pour cet arrangement des lettres de Baudouin, doyen de Bourbourg. Enfin, pendant les dernières années de son administration, il obtint encore une dizaine de lettres et plus frfeeem a lias lilleras et ultrâ) de divers personnages, lettres dans lesquelles l'assentiment du Pontife diocésain applanissait les difficultés qui agitaient son gouvernement2. Ajoutons qu'on trouve la signature de Lambert, évôque des Morins, celle d'HuGUES, abbéde Longvilliers et celle de plusieurs .autres prélats, dans un acte d'exemption d'impôt délivré aux religieux de Saint- Bertin, par Kéginald, Comte de Boulogne, le plus difficile des bommes, est-il dit, a mortalibus diflicillimo, et par la Comtesse Ida : cette exemption s'appliquait à une terre située à Vitsan 3 (1 192), (actum BoloniceJ.
Peu après, épuisé par un travail excessif et par des
1 An. vero H94, consecxUiixestlitterasconfirniatorias,donntionum quxjani pridem factx fucrant hùic cxnobio, scilicel a ReginaUlo comité et ldâ Comitissâ Bolinesii suprâ cilatis.
* Hist. m" Clar., 1 pag. 237.
J Malbrancq, de Morinis, pag. 354 et 380.— Hist. m" CIar.,tom. I, pag. 238.
1192—1197 préoccupations continuelles, Gérard prit le parti de se retirer, ce qu'il fit le 5 des ides de septembre 1 197, après avoir gouverné le monastère de Clairmarais, pendant cinq ans quatre mois quatorze jours à la satisfaction de tous, indépendamment des six années utilement passées à la tète la maison de Villers. — Comme pour ses prédécesseurs, on ne connaît ni son âge, ni le lieu de sa sépulture ; mais on a quelques raisons de penser que, probablement, il lut inhumé avec eux dans le cloître l.
Voilà ce que d'après les chroniqueurs nous pouvons dire de cet abbé : on voit comment il parvint à assoupir les obstacles qui se présentaient à lui et à apporter un remède aux maux qui menaçaient l'abbave de Clairmarais 3.
Il est fait mention de Gérard, d'Épinoy, dans le Dhtrnal des saints, imprimé à Dijon, ainsi que dans la série des Abbés de Villers 3 où il est qualifié de bienheureux 4.
Dom. Charles Martel, moine de Clairmarais, fait ainsi l'éloge de Gérard :
« Exortus, MortntD, succodit stirpe Gerardus,
« Clarus avis, Clarus Rclligione, micat.
« Quid quid id est, quinto cœtum vix rexernt anno
« Is fuit qui fucrat, pastor ovilis, ovis 5. »
Les armoiries de ce Prélat étaient des armes par-
1 Hist. m»* Clar., 1 pag. 238. — Archives do l'abbaye. 5 Idem, idem, pag. 237.
3 Idem, idem, pag. 238.
* M" de Dom. Charles Martel. — Hist. m" Clar , 1 pag. 238.
* Idem, idem.
Jantes, faisant allusion au nom d'ÉriNOY, elles por- 1192—1197 taient un arbre à épine sur un champ d'or avec cette devise :
Erumnœ meœ, Spinœ l!
On apercevait jadis dans l'église du monastère, suspendu à la clef de voûte de la chapelle Saint- Pierre, un écu semblable à celui-là, avec cette différence pourtant que l'arbre était en or, sur un fond d'azur.
Parmi les religieux contemporains de Gérard, on comptait :
Willelmus, scriptor (écrivain). — Lambertus. — - Math eli nos. — Willelmus, de Hoctinczèle. — Guillaume, d'Aire. — Thomas, de Milham 3.
1 Idem, idem. — Planches des armoiries. * Idem, idem.
LES ABBÉS DE CLAIRMARAIS
ADAM, T Abbé. AnieouitMio?
■•rt : 1198
SOMMAIRE
Election (I'Adam. — Il était probablement prieur avant d'être éJu Abbé. — Durée de son administration. — Sa mort. — Son éloge. — Ses armoiries. — Nombre des religieux. — Moines contemporains.
Adam, élu le 22 octobre il 97, (le XI des calendes de novembre) au bout d'une vacance de six semaines, était né à Bailleul M! remplissait vraisemblablement auparavant les fonctions de prieur, car on ne rencontre dans les annalistes aucun autre nom semblable et pourtant on lisait sur trois manuscrits de la bibliothèque de l'abbaye : Exemptione Adœ prioris... Quoiqu'il en soit, ce pieux cénobite, sur l'âge et la sépulture duquel nous n'avons aucun renseignement,
1 De Baillolo oriundus: Mirœus. Tom. II, png. 132.— Hist. Clar., 1 pag. 241.
1197—1198 figure au nombre des bienfaiteurs de la maison dans les anniversaires du mois de janvier.
Appelé par la confiance de ses frères à la prélaturc de Clairmarais, il administra sagement pendant dixhuit semaines et mourut le 28 février 1 198 l.
Sous cette administration, Guillaume, avoué d'Arras cl de Béthune, donna à l'Abbaye trois pesées de fromage de Flandre, à prendre chaque année à Lampernesse, la veille des ides de mai, jour où on célébrait son anniversaire. Pag. 241 , tom. I .
Dom. Charles Martel a écrit de cet Abbé :
« Adamus litui donatur honore vocantis,
« Pastor oves, magna cum pietatc régit ;
« Vix quater ast Phœhe, junctis impleverat orl>em,
« Cornibus, Adamum, mors nimis atra, Rapit. »
Les armoiries qui lui sont attribuées étaient sur fonds d'or, une barre noire en pal, avec deux étoiles en haut et en bas. On y lisait cette inscription :
Abstine a Vetitis ?.
On voit sous celte administration augmenter notablement le nombre des religieux.
Parmi les contemporains (I'Adam on cite : Gerbodo, d'Aire (Ariemis). — Hobert, de Wissant. — Guillaume, de Campagne (de Campagnia ou de Campants). — Gërard, de Leedcrzel. — Simon,
1 Jongelinus et autres. — llist. m" Clar., 1 pag. 240 5 M" inédit de Bertin de Vissery.
de Bourbourg. — Arnoul ou Arnulphe, de Saint- 1197—1198 Orner (Audomar.). — Philippe, de Saint-Omer (Audomar.). — Julien (Julianw), ancien sous-prieur, puis prieur. — Guillaume, de Saint-Omer. — Hugo Folqulnus. — Alexius, de Saint-Omer. — Walterus, de Bailleul (de Baliolo). — Daniel Roboris (ou de Robers).— Maximus.— Lambertus Longus. — Herbertus. — Robertus, de Nielles. — Hugo de Furnis [de Furnes). — Gerardus Bruxellensis (de Bruxelles).— Eustaohius de Fontibus {de Foutes).— Walter, de Rubroucq. — Baudouin (Balduinw), d'Aire.
— Rumoldus, d'Arqués. — Simon, de Saint-Omer.
— Gotscelinus, de Dinan (de DinantoJ. — Daniel, de Saint-Omer. — Robertus, de Pernes. — Lauren-
TIUS FOLQUINUS. — MlCHAEL FOLQUINUS. — RAINGOT,
sous-prieur. — Matheus l.
1 llist. m" Clar., a Bcrlino de Vissery. Tom. I, pag. 241.
LES ABBÉS DE CLAIRMARAIS
GÉRARD, de CAMPAGNE (ou de Campania), 8e Aubê. AtrminiiuH
Prise d'habit de Gérard. — Sa profession — Ses fonctions antérieures. — Son dévouement aux intérêts de la maison — Son élection unanime. — 11 décline d'abord cet honneur ; mais il est forcé de céder aux instances do toute la communauté et finit par accepter. — A peine installé la guerre s'allume entre les Français et les Anglais.
— Baudouin, Comte de Flandre, s'unit au Roi d'Angleterre dans l'espoir de reconquérir les provinces septentrionales de la France, qui lui avaient été enlevées. — Invasion de la Picardie et de l'Artois. — Péronne et Roye se soumettent, do mémo que Saint- Omer et Aire, qui rentrent sous la domination du Comte. — Au rétablissement de la paix, Gérard reprend son œuvre, il répare les torls de la guerre et complète ce qui est inachevé — Il s'attire la confiance des Princes et en obtient des dotations pour sa maison.
— Confirmation de ces dotations. — dévouement d'Uucuits, de Campdaveine, à Gérard. — Visito de ce Vrincc au monastère — Il en est si satisfait qu'il fait abandon de toutes les redevances que la maison lui payait annuellement. — Acte constatant cette libéralité (l?i#) — Vieillesse (le Gérard — Ses forces s'épuisent. — Il se .
Draiom:1202
SOMMAIRE
1198 — 1202 retire après un gouvernement de trois uns et dix meis. — Vacance de l'Abbaye. — Les archives ne font aucune mention de sa naissance, ni de sa mort, ni de sa sépulture. — Eloge de Céiuhd.— Ses armoiries. — Noms des religieux contemporains.
Gérard, avait pris l'habit à Clairmarais de la main de David, 3e Abbé, et avait fait, sous lui, sa profession religieuse, il eut de bonne heure une vocation très prononcée, ce qui explique son dévouement aux intérêts de la communauté dans les différentes fonc- . tions, que successivement, sous quatre Abbés, il avait été appelé à remplir et qu'il exerça toujours avec un bonheur et une habileté peu commune l. On devine, dès lors, le motif qui naturellement appela sur lui tous les regards de ses frères, lorsqu'au bout de cinq mois et cinq jours de vacance abbatiale il fallut donner un successeur à Adam.
Ouant à Gérard, semblable à l'humble violette, il préférait rester dans l'ombre au lieu de paraître au grand jour ; aussi fit-il des efforts inouïs pour détourner de lui la lourde et périlleuse grandeur dont il était menacé ; mais forcé de céder au vœu public, ses prières furent sans effet, il dut se résigner et accepter en tremblant le fardeau de la prélatine, qui lui fut imposé la veille des noues du mois d'août 1198, aux applaudissements universels de l'assemblée capitulaire qui venait de le proclamer 2. II était
' Multtî soUrliô ', solo regimitie quatuor Abbalum diversa negolia mirabili dexlerilate traclavit. (Pag. 242).
1 Ilist. m" Clar., tom. I, pag. 242. — Timens ac tremens, sarcinam islam, eum cogente cœlu induit, pridie nonas Augusti, unno 1198, toto conventu plnudcnte. (Tom. I, pag. 242, Ilist. Clar.)
déjà avancé en âge fgrandœvus), à peine eut-il pris HM— 1202 possession <îe sa nouvelle dignité que la guerre, ce fléau des peuples, sévissant de nouveau dans les . Flandres entre l'Angleterre et la France, vint accroître les calamités qui déjà pesaient sur le monastère l.
Baudouin, Comte de Flandre, dans la pensée qu'il pourrait y trouver l'occasion de récupérer une partie de la Flandre occidentale, s'était ligué avec le Hoi d'Angleterre 2, et avait envahi le territoire français, les champs, les villes, les châteaux, mettant le feu partout jusqu'à Compiègne, sans que personne songeât à arrêter ces incendiaires envahisseurs :\ prohibante neminc, incendit 4. Pcronnc et Roye, forcés de se rendre, subirent la loi du vainqueur qui, aussitôt après, vint mettre le siège devant la ville de Saint- Omer dont les habitants ainsi que ceux d'Aire, durent se soumettre pour rentrer sous l'obéissance du Comte 5.
Baudouin voyait avec peine, entre les mains des Français cette belle province d'Artois, constituée en dot à sa sœur, par Philippe, d'Alsace 6.
1 Ilist. Clar., tom. I, pag. 242-243. — Yix hoc omis huweris imposuerat, ni bello sevienle in hâc liegione, hoc monaslerium mullis calamitnlibus concussum. (l'ag. 243, Ilist Clar., 1).
5 Locrius chronicon lîelgicum, anno 1198. — Ilist. Clar., 1 pag 243. — L'art de vérifier les dates, tom. I, édit in f" de J785.
3 Rata que c\un iltis fxdrre. lieyias invadit ililioncs. aijrcs. viros Cnstetl't, ad usque Cqmpf.ndilm. (Ilist. Clar., pag. 243).
* Idem. idem.
5 Meycrius. — Chronicon Aquicinctcnso. — Archives de Clairmarais. — Ilist Clar., tom. I, pag. 213.
0 .tigre ferebat enim Cornes, a Philippo Elsatio.daiam f rancis arthesimn in dotent sororis. (Ilist. Clar , 1 pag 243)
1108—1202 Ces sanglantes hostilités qui agitèrent le règne de Philippe-Auguste troublèrent aussi, on leeoinprend, les premiers jours de l'administration de Gérard; mais aussitôt que les premiers rayons de la paix commencèrent à briller, pace ilhtscescente, il s'appliqua de nouveau à donner ses soins aux affaires de la maison ; améliorant ce qui était inachevé, réparant les torts de la guerre, complétant ce qui demeurait imparfait l.
Semblable à ses prédécesseurs il sut se concilier également l'amitié des Princes et des Seigneurs, dont il obtint à son tour des dotations importantes pour la maison qu'il était appelé a diriger 2.
Par ses soins Hugues, Boteri (sic), entre autres, noble chevalier et seigneur de Bomy, lui fit donation de plusieurs terres qui furent confirmées en 1200/ par Hugues, Comte de Saint-Pol, et par Guillaume, Châtelain de Saint-Omer. Hugues, d'ailleurs, surnommé Campdaveine (Campus Avcntv), était entièrement dévoué à Gérard, pour qui if avait une grande vénération, tant à cause de sa vieillesse que pour le zèle infatigable qu'il ne cessait de déployer dans l'exercice de sa mission 3. — On rapporte à cet égard le fait suivant :
Ce Prince venait quelquefois à Clairmarais accom-
1 Idem, idem.
a Quorumd/im mngnntum mnicitium sibi conciliavit, novis tjuibusd'tm domdionibus, domxnn sibi crédite m ampliavil. (llist. Clar , ] pag. 243). — M" do Dom. Charles Martel.
3 Idem, idem. (Ilist. Clar., tom. I, pa.s. 243-244).
pagné de l'Abbé de Blangis, de l'Avoué de Thérou- 1 198— 1202 anne et de ses propres barons, les sires de Werdiin, de Canteleu, de Wavrans et de Bailleul ; un jour étant entré au ebapilre pour se recommander aux prières des moines, il fut tellement toucbé de la modestie, de la régularité, de l'obéissance et de l'humilité de tous, à l'égard de leur Abbé, qu'en sortant il se rendit à l'église où il offrit sur l'autel de la Vierge Marie, tous les revenus ou redevances 1 (cens-us annuosj, que le monastère était dans l'usage d'acquitter annuellement envers lui 2. Un acte de ce généreux abandon fut immédiatement dressé dans l'Abbaye même, en présence de la suite du Prince, qui s'empressa à son retour dans son château de Saint-Pol de le faire ratifier par sa femme, sa fille et son gendre Galcher, de Cbatillon (Castcllionenscm) 3, au mois de mars 1202 4 .
Vers 1199 (sans date), il venait de faire confirmer par Baudouin, Comte de Flandre, la donation de Gertrude, sa tante, pour le pain et le vin de la messe l'Inventaire deGodefroi, n° 199).
1 Hist. Clar., m" a B° do Visscry, tom. I, pog. 244.
« Cum introisset capitulumnostrum, ul omnium suppliciler cornmenduret precilm ; Un de modeslia, regularitate, obedkntiâ et submissione humili tolius c.vlus, in vencrabilem Gerardum pùtate romtentus est. » — (Idem, idem).
* E capitulo eriens, lenderil ad ecclesiam, oblalurus sujter allure leatx virginis, census annuos quos ccclesui noslra solvere lenebalur. » — (Idem, idem).
a Voir aux pièces justicatives et dans l'histoire manuscrite de de Clairmarais par Bertin do Vissery, tom. I, pag. 244 et 245. — Los circonstances que nous rappelons et le fait qui y a donné lieu sont mentionnés dans cet acte.
* Ann. Dom. MCCII Mense Martio.
1108—1202 Un an après, en septembre, le même Comte lui délivrait à Rilioult des lettres importantes, par lesquelles ce Prince prenait sous sa sauvegarde et protection l'Abbaye de Clairmarais, que Thierry, Comte de Flandre, Sibylle, sa femme, et Philippe, de Flandre et de Vermandois, avaient fondée ; s'en déclarant l'avoué contre tous hommes, leur donnant pour le repos de son âme et celle de Marie, de Champagne, sa femme, 400 mesures dans le bois de Rilioult, plus toils les viviers qui se trouvent dans cette forêt, excepté les poissons qui seront pris pour son usage, tous les fossés, toutes les eaux et permission aux moines de faire fossés, routes, aqueducs, etc., etc., comme ils jugeront à propos.
Personne ne pourra détourner les eaux, si ce n'est pour l'usage de l'Abbaye, il permet aux religieux de faire passer par ses terres tout ce qui leur sera nécessaire, et confirme ce qui leur a été donné par ses prédécesseurs ainsi que par Étienne, Roi d'Angleterre, Mahaut ou Mathilde, Comtesse de Boulogne, sa femme, et les Comtes de Boulogne, les Châtelains de Saint-Omer et ses Barons.
Le Comte confirme de plus à l'Abbaye les granges de Rilioult, de Loo, de Newerlède, de Beauloo, avec les moulins de Brenecques et de Blandecques et . leurs dépendances.
11 défend à ses Baillis et ses Sergents, de dire des injures aux gens de cette Abbaye, révoquant et annulant tout ce qui a été fait au contraire.
Plus tard on voit une confirmation nouvelle par 1198—1202 Philippe, duc de Bourgogne, en 1439.
Vidimus du bailliage de Saint-Omer, en 1518. !)V 6 et 6bi', ce n° commence à l'an 1206.)
Mais Gérard vieillissait, voyant que les obligations de sa charge commençaient à dépasser ses forces \ il donna sa démission le 16 juin 1202 le 17 des calendes de juillet] , pour pouvoir se préparer plus sérieusement dans la solitude au passage de l'éternité *. Ce Prélat avait gouverné à la satisfaction générale, pendant trois ans dix mois et onze jours3. Après lui la prélature de Clairmarais demeura vacante, pendant treize mois et demi 4.
Les archives de l'Abbaye ne font aucune mention du jour de la naissance de cet Abbé, ni de celui de sa mort, ni du lieu de sa sépulture.
Voici son éloge tel qu'il a été laissé par Dom. Charles Martel :
« Unanimi cœtus conclamat voco Gf.hardum
« Abbatera, nimium grande réclamât omis.
* Subjccit huic numéros tandem munus que molestum
« Impiger, et multa laudo ferendus obit 3 *,
Les armoiries de Gérard ou du moins celles qui lui sont attribuées par Dom. Guislain-Campion ,
1 Videns, se nimio senio confectum, et curâ ALbatiali supî'à vires onustum, hanc dimisit {(jjunii, nnno 1202. (Idem, pag. 245). 5 Idem, idem.
* Cessit post 1res annos, optimi regiminis, supra 10 menses et dies undecim.
* Vacavit eeelesia uno nnno et mense uno idem.
* Hist. cronol. Clar., png. 246.
1202 étaient (1 or avec une barre droite de couleur noire, avec cette devise :
Vorlitcr in Campo l.
Suivent d'après les manuscrits les noms des religieux < j 11 i vivaient au temps de cette administration.
Petrus, que l'on suppose avoir été un instant Abbé de Clairmarais '-. — Petrus (aller). — Jean, d'Aire. — Eustachius. — Hexricus. — Guillaume, d Aire. — (1ODEFR01, prieur :; il acheta le manuscrit intitulé : Opuscula Su Hieronimi, et mourut le 13 des calendes di' décembre I21G. — Pierre, deSaint- Omer. — Guili. umk, d'Vpres. — Hugues, de Saint- Oiper. — Michel, dWudinctbun. — Jean, de Furnés. — Lambert Sciieriner (sic). — Dom. Olivier, moine et prêtre (sacerdos), figure comme témoin en \ &)'.') (testis extitit 4205). — Walter. — David, d'Ypres. — Nicolas, de Longvilliers. — Nicolas, de BaHleul. — Jean, médecin (médian). — Baudouin, d'Aire. — Walter, d'Aire. — Anselme. — Walter.
1 Hist. Clar., 1 pag. 246.
* Ce moine du nom de I'ilhhf. , pourrait rigoureusement avoir été Abbé, pendant prùs d'un an et demi, entre Gérard, 8* abbé, et Nicolas. Il y eut. en effet, une vacance assez longue a cette époque, on n'a pourtant rien de précis à cet égard ; aussi, nous bornonsnous, avec D. Bcrtin de Visscry, à consigner ici le doute.
LES ABBÉS DE CLAIRMARAIS
NICOLAS, DE CAMBRON, 9- Abb*. k^{m
(1204-1208). AM«aiiM:1208
SOMMAIRE
Durée de la vacance. — Possibilité du gouvernement de Pierre à cette époque. — Élection de Nicolas. — Vexations nouvelles de la part de Réginald, Comte de Boulogne. — Une fois déjà l'intervention Pontiûcalo avait calmé la querelle qui se reproduit. — Il fallut revenir à la charge. — Jugement de l'Archevêque de Rheims et du légat du Pape en faveur de Nicolas. — Obligation imposée à Réginald de ratifier les donation? précédentes et de donner un dédommagement. — Proposition d'échange de 26 mesures de terre faite par Gérard, prévôt de Lille et de Saint Orner, etc.— Traités et acquisitions diverses. — Arrangement avec Clémence, dame de Wattines. — Bulle d'HosoRius III. pour la confirmation des privilèges, etc.— Échange de 12 mesures de terre contre 11. avec Guillaume, de Montcavrel. — Témoins de l'acte passé à Clairmarais et confirmé par l'Évêque des Morins.— Arrangement entre Nicolas et l'Abbé des Dunes.— Témoins.— Applanissemenf des difficultés relatives aux dîmes de Gravelines. — Donation do 14 pesées de beurre et de 8 pesées de fromage à recevoir dans la ferme de Henné. — Acquisition de plusieurs terres vendues par Baudouin, seigneur d'Alfoy (1208).— Sollicitude de Nicolas.— I ..es embarras
1204—1208 qu'il éprouve. — Discussions avec Saint-Bcrtin. — Prise du château d'Arqués. — Dommages couses au monastère. — Abdication de Nicolas. — Incertitude sur son 3gc, sur l'époque de sa mort et sur sa sépulture. — Son éloge. — Sos armoiries. — Moines contemporains.
Cette fois la vacance abbatiale dura dix-sept mois et demi, c'est à cet intervalle que I on a cru pouvoir assigner la possibilité du gouvernement, fort hypothétique, de Dom. Pierke, sur lequel on n'a conservé aucun renseignement et dont les chroniqueurs ne nous ont transmis que le nom. Ce qu'il y a de plus certain, c'est que Nicolas, de Cambron, que nous plaçons avec raison, ce nous semble, au IXe rang sur la liste des Abbés de Clairmarais, fut élu la veille des calendes de février de l'année 1204 *, au moment où Rëginald, Comte de Boulogne, dont nous avons plusieurs fois parlé, renouvelait encore ses vexations contre le monastère, enlevant les troupeaux des granges et s'appropriant les biens des religieux : Cœnobium de novo multipliciter infestabat Raynaldus Cornes Boloniœ suprà memoratus a; tum pecora in villn auferendo.... Bonainjmth devinciendo*....
1 M" de Dom. Charles Martel. — Idem, Berlin de Vissery, p. 248.
Nicolas prenait probablement le nom du pays qui l'a vu naître. Cambron, villago de Belgique, situé à quelques pas de Brugelellc entre Ath et Bruxelles, possédait autrefois une célèbre abbaye Cistercienne, contemporaine de Clairmarais Nous avons pu en parcourir il y a quelques années les imposantes ruines, utilisées alors par un haras royal — Le regrettable chanoine de Ram, recteur magnifique de l'Université de Louvain, avait préparé peu avant sa mort, la publication du cartulaire de cette maison religieuse.
■flist. Clar.,1 pag. 248.
J Idem, idem.
Plusieurs années auparavant, il avait fallu recourir 1204—1208 à l'autorité du Souverain-Pontife, dont la haute intervention avait un instant assoupi l'humeur envieuse du Comte ; mais ce calme ne dura pas longtemps, les déprédations recommencèrent, on dut invoquer de nouveau la médiation pontificale et une fois encore le légat du Pape de concert avec Guy, Archevêque de Rheims, furent appelés à trancher le différent et à amener une transaction qui intervint amiahlement entre le Comte de Boulogne et l'Abbé de Clairmarais. La justice ecclésiastique après avoir bien examiné la cause se prononça en faveur de Nicolas : elle obligea Réglnald à ratifier une fois de plus, toutes les donations, les libertés, les exemptions accordées au monastère par les aveux de la Comtesse Ida, son épouse, et en outre elle exigea de lui la réparation du dommage qu'il avait causé ; Réginald fut condamné à payer à la communauté 150 livres parisis, jusqu'au moment où il aurait opéré la restitution des troupeaux enlevés (1204) ; l'époque de cette restitution fut fixée au temps pascal de l'année 1206 K
La même année (1204), Nicolas eut à terminer diverses autres négociations utiles. Gérard, d'Alsace
1 Causa.... attenté perpensâ et ponderatâ.... ab Archiepiscopo^ tn favorem Xicolai irridit.... Coegit que Heginaldum Comitem ad ratifienndum omnes donationes, tibertales et imm imitâtes huic monaslerio olim fadas à prœdecessoribus uxoris su<v.... Preterea propter détriinenta nobis Ulula, eumdem Comitem adsolvendum nobis 150 libras parisienses adduxil usque, dum restituent pecora in Paschalibus 1206, etc., etc. (Hist. Clar., 1 pag. 249).
1204— 1-208 fils du Comte de Flandre, prévôt des églises de Lille, Saint-Omer et Bruges \ lui écrivit pour proposer à sa communauté l'échange de 26 mesures de terre lJ, situées dans les environs de Gravelines contre pareille contenance appartenant à une noble dame Ida, de Lalaing, et cela avec l'assentiment de la Heine, dont Gérard était vice-gérant, en même temps qu'il était procureur fondé de Guillaume, Châtelain de Saint- Omer et Bailli du Comte de Flandre.
Peu après Nicolas achetait : i°deux mesures de terre, voisines du moulin de Bruckes ; 2° il traitait avec Isaac, de Fontaines, fils de Wimer et père de Baudouin, de Fontaines, au sujet d'une donation de 14 mesures de terre, situées au lieu dit : le Ramier ; 3°il adhérait un autre arrangement intervenu à Arras, en présence de Baudouin, doyen de Thérouanne, et maître des convers, le 5 des nones de décembre 1205, cela sous les yeux de Rodulphe, Évêquc d'Arras, de Pons, Archidiacre, de Jean, doyen, et de maître Guillaume, de Hautbourdin, légat du Saint- Siège apostolique. Dans cet arrangement on amena Clémence, veuve et dame de Wattines (de Wastind), à trancher les difficultés existantes à l'occasion des Wattines de Nordpeenne, que Thëobald, de Rolinghem, avait donné à l'abbaye, du consentement de Philippe, son époux, pour une redevance de 24
1 Gallia Christ., 248. Tom. V. — Archives de l'Abbave. — Hist. Clar., 1 pag. 249.
5 On sait que la mesure composée de 100 verges était de 35 ares 46 centiares à Saint-Omor, à Clairmarais et au* environs.
livres parisis. Cette convention fut faite avec l'adhé- \-2u\- ■ i*2n8 sion de Pierre et de Nicolas, de Wattincs, fils de Clémence, en la présence d'OuviER et d'EusrACHE, religieux prêtres, et de frère Henri, convers de Clairmarais.
La même année encore, Nicolas obtint pour son monastère une bulle spéciale du Pape Ho.norius 111, avec confirmation de tous les privilèges, pour les dîmes, jachères et droits de dépaissance des animaux, etc. Ce droit fut ensuite étendu aux jardins, bruyères, pêcheries, etc., etc. ,.
Au mois de juillet 1206, Guillaume, seigneur et héritier, de Montcavrel (de Monte Caprcolo), fit avec le monastère un échange de 12! mesures de terre contre 11 mesures qui étaient plus à sa convenance sur le territoire d'Avesnes. Cet échange eut lieu du consentement d'A délai de, sa femme, et de ses fils. Nicolas y donna son adhésion *, l'acte ratifié par Lambert, Évoque des Morins, fut passé à Clairmarais en présence (IHugues, abbé de Lougvilliers, de Michel, de Houdinghem, sous-chantre fsuccentorej '\ Eustache, de Thérouanne, Mathieu, d'Aire, Guillaume, de Nielles, sous-cellerier, Jean, de Lisbourg, Gérard, de Thérouanne, moines de Clairmarais, et Guy, maître des convers. à Maninghem 4.
A cette époque, au même mois de juillet de la même année, Nicolas, de Clairmarais, et l'Abbé des
1 Hist. m" Clar. a B> du Yissory, tom. 1. ]>ag. 2-19 et KO. 1 Hist. Clar., 1 pog. 250.
J Succcnlor signifie aussi celui qui entonnait au chœur. * Idem, idem.
1204—1208 Dunes, consentirent à un accommodement au sujet des difficultés qui s'étaient élevées entre eux ; cet arrangement se fit dans le monastère de Rihoult1, sous la médiation et en présence des Abbés de Foignies (Foignyaco), de Balantiis ou de Wallelouis, de Lande, de (LoozJ et de Bocris sic).
— C'était le moment ou Anselme et Arnoulx, de Cayeux, seigneurs de Longvilliers, rendaient des services à l'abbaye de Clairmarais 9. L'Abbé profita de l'occasion qui s'offrait à lui, pour résoudre les difficultés de nouveau soulevées à cause des dîmes de Gravelines; il prit pour arbitres, Jean, abbé deSaint- Bertin, Guillaume, d'Anchin, Uogek, de Balanciis, et Pons, archidiacre d'Arras. L'acte fut signé à Clairmarais, le 13 des calendes d'août 1207 3.
Un mois après, Nicolas recevait d'un employé de la maison (familiarh) une valeur de 40 marcs de monnaie de Flandre, avec application de cette somme à l'acquisition annuelle de 14 pesées de beurre et de 8 pesées de fromage pour l'usage d'un religieux, cuilibet religioso ; l'Abbé en présence du couvent, capitulairement assemblé, octroya au donateur des lettres de reconnaissance, datées du jour de Pâques, (1207; en étendant la jouissance de cette libéralité aux moines ou convers qui étaient répartis dans les
1 7/1 Monuslerio Haliollano. on désigne quelquefois ainsi le monastèrô de Clairmarais à cause de sa proximité du château de Rihoult.
* Idem, idem.
•HistClar., 1 pag. 250-SÎ51.
granges. Cette rente était payable dans la paroisse de 1204—1208 Henné
Là, ne se bornaient point les acquisitions de Nicolas, il en est d'autres qui attestaient encore son zèle pour les intérêts de sa communauté.... Entre autres, en 1208, cet Abbé acheta de Baudouin, seigneur de Alfoy (sic), plusieurs portions de terre.... En un mot, i! ne négligeait aucune occasion favorable d'agrandir les possessions communes Sous son administration le nombre s'en accrut considérablement ; aussi la sollicitude du vénérable Abbé faisait elle l'admiration de ses frères; toujours il fut pour eux un modèle de piété et un exemple de charité.... Ainsi s'écoula l'administration de Nicolas, mais cette administration n'était pas sans épines.... Le Comte Këginald lui avait suscité bien des embarras, il dut en essuver d'autres de la part des religieux de Saint-Berlin, avec lesquels il ne put éviter des contestations : en outre le commencement de son gouvernement fut marqué par des faits mémorables, le siège et la prise du château d'Arqués, par Baudouin, Comte de Flandre, ce qui fit subir au monastère de Clairmarais, peu éloigné de là, de graves préjudices et des pertes notables.... Ces ennuis multipliés avaient altéré la santé du Prélat : il résigna volontairement ses fonc-
1 Avïipienda ernl in citld de Utnnd. (Idem, idem).
Les lettres constatant cette donation furent délivrées par Lambkht successeur de Nicolas, au nom do la communauté, le jour de PAques 1208. — (Voir ces lettres aux pièces justificatives).
* D. Cuislain-Campion.— Ilist. Clar., pag. 251-252.
1204—1*2(18 tions le 12 (les calendes d'octobre 1208, au bout de quatre années sept mois et vingt jours d'exercice l.
On ne connaît ni 1 époque de sa naissance, ni celle de sa mort, ni le lieu de sa sépulture 9, mais on sait qu'après lui la prélature demeura vacante pendant un mois, du mois d'octobre au mois de novembre 3.
Dom. Charles Martel, religieux de l'Abbaye, a dit de Nicolas :
« Assequilur sacras nonus Nicolaus habenas
« Pascit et ingenti, sedulitate gregem.
« Sponte tameu deponit, onus quo membra gravantur,
« Privatas que dies huic minus aptus agit. »
Dans les armoiries qui sont attribuées à cet Abbé, on voit, sur un fond d'or, trois fleurs-de-lis, azur, deux et une, séparées par une barre de même couleur. Sa devise était dit-on :
Viril i ter âge.
Parmi lesmoines contemporainsdeNicoiAS on cite: Thomas, anglais. — Aknulphus. — Ludovicus. — Hugo de Balliolo. — Robertus Ariensis. — Joannes Ypre.nsis. — Balduinus Ariensis. — Willelmus. — Laurentius.
1 A en croire D. Guislain-Campion, les discussions persistantes avec Saint- Berlin n'auraient pas été étrangères ù sa détermination : « Fcrlur cli<tm rojimen ifimisis.se, c nts'i dissidinrum cum llcrlinien- » sibus. »• D. d. C. — Hist. Clar., pag 231.
5 Idem. idem.
3 M" dclAbbaye. — llist. Clar., pag. 252. « A cessionc ejus, vacavit ecvlesiahzc, mense uno ab ovlobri sc-ili- « cet adnovembrem. » (Archives de l'Abbaye).
LES ABBÉS DE CLAIRMABAIS
A»*if»eil: 12U8
LAMBERT, 10° Abbé. ^ ké^i^s.
SOMMAIRE
Remplacement de Nicolas, par Lambert. — Reprise des hostilités de Réginald. — Nouvelle transaction amenée adroitement par Lambert (1209). — Ratification de celte transaction. — Donation de 100 livres parisis faite par Gilles, chanoine de Thérouanne. — Approbation de plusieurs donations et acquisitions. — Refuge de Clairmarais exempt de charges — Le monastère placé sous la protection directe du Pape. — Désordres dans l'Abbaye de Saint- Josce. — Lambert est désigné avec l'Abbé de Longvillicrs pour les apaiser.— Lettres apostoliques à cet égard. — Plainte au sujet des dîmes de Gravelines. — Décision du Pape. — Sentence de 1 Évéque d'Arras.— Arrangement avec l'Abbé de Saint-Berlin.— Prétentions de l'Évêque d'Amiens sur l'Abbaye de Saint-Josce. — Ce Prélat est débouté. — Les Abbés de Clairmarais et de Ixngvilliers demeurent seuls chargés de la direction de cette communauté. — Sollicitude incessante de Lambert. — 11 reçoit une quittance de Marguerite, de Calais, et d'IlE.NRi, son tils. — Discussions entre Clairmarais et Saint-Bertin. — Travail de cou-
1-208— 1 '2-22 ciliation des deux Abbés. — Lambert se rend auprès de Jeax III, qu'il trouve parfaitement disposé — On partage le différend — La paix est faite. — Confirmation par Jean, Évéquo des Morins.
— Échange avec Sarra, Abbesso de Blamlecques. — Amende honorable d Élizabetu, d'Uaveskcrque (1220) — L'Abbé reçoit des lettres pour une donation faite par Thierry, de Gravelines (1213).— Approbation d'une transaction de 1 189 (1213).— Michel, de Boulers. Châtelain de Casscl. prend le monastère sous sa protection ('.214). — Lambert, traite avec les Abbayes de Saint- Augustin et de Saint-Jean Haut Mont (1215). — Qualités et vertus de Lambert. — Justesse de son jugement. — Dans sa propre cause Lambert était choisi pour juge par ses adversaires euxmêmes (1215). — Lettre qui en fournit la preuve. — Emprisonnement de Réginald. — Charte de Piiiliipe-Aigiste garantissant l'Abbaye des Dunes, contre Réginald, pour 600 livres sterling (1216). — Derniers devoirs rendus par Lambert au prieur Godekroy. — Réception d'une bulle défendant aux légats de recevoir de l'argent des religieux et de manger de la viande (1217). — Autres bulles relatives aux excommunications, institutions, dépositions, etc., etc. — Confirmation de quelques donations faites par les ancêtres de Walter, seigneur de Buischœure et de son épouse (1217). — Lambert était considéré par les Princes. — Sa sollicitude pour sa communauté. — Lettres do privilèges délivrés par Jeanne. Comtesse de Flandre et de llainaut (1218).
— Sentence contre les habitants de Saint-Omer, qui s'étaient arrogé le droit de navigation dans les marais du monastère. — Louis, Prince royal, vient à Saint-Omer. — Il ratifie les donations et en ajoute de nouvelles (1218). — Entre autres celle de 300 mesures de bois dans la forêt de Rihoult. — Témoignage de confiance donné à Lambert, par le Pape. — Mission secrète. — Bulle délivrée à cet effet. — Lignes qu'on lisait sur le revers. — Cette pièce est relative à l'excommunication du Hoi d'Angleterre.
— Voir aux preuves, pag 68 (1218;. — Confirmation d'une donation de Michel, de Boulers (1219). — Construction de la chapelle
f j^nt -M ichelJL2gl|. — Adam, bénit la chapelle de Wœstine (1219).
— Sa fondation par Gérard, de Renescure, en exécution d'une promesse.— Sa faute.— Satisfaction.— Confirmation de quelques
dîmes à Bomy. — Lambert fut un prélat modeste et distingué. 1*208— ï'2'2i
— Il se démet, le 15 juin 1222, et meurt un mois après — Son épitaphe. — Son âge et sa sépulture sont inconnus. — Son éloge.
— Vacance de l'Abbaye.— Armoiries.— Religieux contemporains.
Nicolas, de Cambron, ne fut remplacé que le onzième jour des calendes de novembre de l'année 1208; il eut pour successeur Lambert, homme juste, ami de la paix et éprouvé dans toutes les négociations que lui réservaient ses fonctions nouvelles l. Ce Prélat fut appelé à jouer un rôle plus important que plusieurs de ses devanciers.
Au commencement de cette administration, le Comte de Dommartin Rêglnald, plusieurs fois mentionné à cause de ses tracasseries, avait repris ses hostilités contre le monastère. Lambert eut besoin de beaucoup d'adresse pour l'amènera composition, ce qu'il obtint grâces à la médiation des Abbés de Longvilliers et de Balance (Yallelouis), dont le Comte finit par accepter la décision, portant que pour tenir lieu de dîmes, et au lieu de 38 mesures de terre, Rêglnald céderait 41 mesures de bois, situées dans la forêt de Bethloo, près du chêne de Saint-Kcmacle. Cette transaction eut lieu au mois d'avril 1209 s.
La même année, ce Prince et son épouse Ida, confirmèrent l'échange convenu par un titre authenti-
• Uist. m** Clar., tom. I, pag. 251. — 1). Ch. Martel.
ï Iltcc autem fuit connu sententia, ut loco dccimttrum, super US mensuros terne suprd dimidinnx, tjuas dederat H'iyn'tldus cornes, cmeedel nabis M mensuras uemoris in Itethlno, silns pivjte Ificem Su Remacli, quod faetum est vuense aprili I2(M». (Pag. 254).
K»o8— Mil que \ avec l'agrément de la Princesse Matiulde.
L'Abbé au nom du monastère apposa son sceau sur cette convention f.
Quelques mois après (1210;, on voit l'Abbé de Clairinarais recevoir de Gilles, chanoine de Thérouanne, la valeur de 100 livres parisis qui furent employées à acheter une partie de terre voisine de la grange de Henné, (adjacentem villœ de liennâ) 3; il lait approuver ensuite et confirmer plusieurs donations ou acquisitions 4.
C'était le moment où grâces aux soins de Lambert, Walter, châtelain de Saint-Omer, déclarait exempt de tout droit, le refuge de Clairinarais, situé dans l'enceinte de la ville de Saint-Omer 3. Alors aussi, le Pape Innocent III, toujours sous les auspices de l'Abbé, plaçait le monastère sous la protection directe du Saint-Siège apostolique <J.
Ces heureuses négociations élevèrent l'Abbé de Clairinarais dans l'estime publique, il reçut peu après, une mission de confiance : de graves désordres (dissidia cl scanda-la), s'étaient produits dans
1 ('unies liulunùr liojinalthis cl Idn l'omilissa con/irnutccriinl ,\ujH'fi mrmonilum cauilium in.slnnncnto tntlhci/titjuo. (Pag. 254).
s Cartmn sumn siyillo suo rohuratnm Ahlms vero supt r, hoc conlulcrunl.
•1 Ilist. Clar., 1 pag. 255.
* Idem, idem.
5 On voit encore les restes de ce reluge, rue du Quartier de Cavalerie, il comprenait également le manège couvert et une grande partie du quaiticr de cavalerie.— Wnltcrus île S10 Amhnwro rvfmjium A udomarcn.se (i'> omnijitre imiiume esse rccotjnnvil. (255).
6 llist. Clar., 1 pug 255. — 0 Knlrnifns tiprilis intliction. H pour. 18. Anno 1210.
l'Abbaye de Saint-Josce-sur-mer, le Souvcrain-Pon- 120H— 1222 tife ordonna à Lambert de s'y rendre avec l'Abbé de Longvilliers, pour porter remède au mal et pour réformer la communauté, autant qu'il était possible de le faire. « Quw reformanda et cor ri gaula essai l ut corrigèrent l. » Nous transcrivons textuellement aux pièces justificatives 3 les lettres apostoliques adressées, à cet effet, aux deux prélats, par Innocent III; lettres datées de Latran, du 5° jour des ides de novembre de l'année 1210, l'an XIII de ce grand pontificat.
La même année, l'Abbé de Clairmarais, réuni à Jean, Abbé de Saint-Bertin, se plaignirent au Pape de l'inobservation de la décision prise trois ans auparavant, en 1207, par les Abbés d'Anchin, de Vallouise, et Pons, Archidiacre d'Arras, au sujet des discussions élevées à l'occasion des dîmes de Gravelines ; Sa Sainteté écrivit à Rodulphe, Évèque d'Arras et à Éverard, chantre de celte église. Le Prélat obéissant sans délai au mandement papal, porta une sentence décidant que la chose étant juste, devait être littéralement observée.par les religieux de Saint- Bertin 3. « Dicens causant justam esse et à monachis Su Bertini illibatè obsercandam. »
Les archives de Clairmarais renfermaient autrefois à ce sujet trois lettres de Rodulphe, la première était
1 Idem, idem. Pag. 255.
* Preuves, pag 58. — Ilist. Clar., pag. 255. — Dom. Guislain- Campion. — Mauriquc, tom. III. pag. 534 Ad. ann. 1210.
1 Act. anno domini 1210, mense decembri. — Pag. 258. — Voyez les Abbés de Saint-Bertin, tom. I. pag. 257, lig. 11.
1208—1*2-2 relative au mandement pontifical, la seconde concernait le jugement des Abbés, dans la troisième, l'Evèque donnait l'assurance qu'il allait accomplir les ordres du Pape *.
L'année suivante, Lambert entra en arrangement avec les religieux de Saint-Berlin; Jean III, 46e Abbé de ce monastère, signa au mois de décembre, le jour de Sainte-Lucie (Il 10), l'acte de conciliation qui fut ratifié par Jean, Évoque des Morins *.
L'Abbé de Clairmarais et l'Abbé de Longvilliers, avaient pleinement répondu à l'ordre du Souverain- Pontife et à Patiente du monastère lui-même, dans l'accomplissement de leur mission à Saint-Josce. Ils en reçurent l'assurance d'une manière flatteuse, voici à quelle occasion. Au bout de trois années, depuis la réforme, l'Kvèque d'Amiens voulut exercer le droit de visite, par des commissaires, dans cette même Abbaye que les deux Abbés avaient eu la mission de pacifier. Les religieux résistèrent aux délégués Épiscopaux, le Prélat s'irrita, il fulmina l'excommunication contre la communauté qui, se voyant injuriée (injurialos Jodoxccnses), se pourvut en cour romaine pour obtenir gain de cause.... Ce moyen lui réussit, le Souverain-Pontife, après information, débouta l'Kvèque diocésain et accorda aux deux Abbés paci-
1 Dominum Papa m certain facit quod ejus mandait) pamerit.
2 Ilist. Clar., 1 pag. 258. — Voir notre travail sur les Abbés de Saint Berlin. — Idem aux preuves, pag. 66. des lettres de Lambert au sujet d'une donation de 100 livres parisis, faite par Gilles, chanoin d Thérouanne.
ficateurs de nouvelles lettres où il était déclaré que 1-208 — 1-2-2-2 leurs efforts ne devaient pas être inutiles et que tout ce qui, à Saint- Josce, se ferait sans eux, devrait être considéré comme nul.de plein droit : lis Abbatibus manda-vif, primo loco, ut pro nihilo haberent et inralidum repu tarent quid fjuid far tu m esset per aliuw sine eorum jussu 1 . . . . 1212;.
Depuis lors, les Abbés de Clairmarais et de Longvilliers ne cessèrent d'exercer le droit de juridiction sur le monastère de Saint-Josce 3 (1212).
Chaque année, on le voit, et presque chaque jour, Lambert souscrit de nouveaux actes, il pourvoit à de nouveaux besoins ; à la même époque il reçoit des lettres par lesquelles Marguerite, de Calais, et Henri, son fils, reconnaissent que l'Abbaye s'est entièrement libérée envers eux de tout ce dont elle était redevable. Acte passé en présence d'Hi'GUES, moine de Saint-Bertin, prévôt d'Arqués. d'HuGUES, doyen de Bourbourg, de Michel, prêtre religieux de Clairmarais, de Baudouin, de Gravelines, membre de la même communauté et de Philippe, frère convers de Saint-Bertin 3.
Depuis longtemps, on l'a vu déjà, le monastère de Clairmarais était en querelle avec celui de Saint- Bertin au sujet des intérêts respectifs des deux Abbayes.... On se souvient pourtant aussi que les
' Hist. m" Clar., 1 pag. 259. — Voir cet acte aux pièces justificatives, pag. 60.
* Idem, idem, 260.
J Hist. Clar., a 1T de Vissery, toro. I, pag. 260.
-2-2-2 enfants de Bertin, favorisèrent dans le principe, autant qu'il fut en eux, la création, l'extension de leurs voisins de Clairmarais, des lettres de Saint- Bernard on font foi, on ne l'a pas oublié.... Quoiqu'il en soit, des discussions sans cesse renaissantes s'étaient élevées entre les deux communautés, pour des questions de limites, pour des dîmes, etc., etc., Lambert résolut de les terminer une bonne fois à l'amiable, à cet effet, il n'bésita pas à se rendre lui-même à Saint-Bertin, où il trouva l'Abbé parfaitement disposé à s'entendre avec lui et à seconder ses vues de pacification ; depuis longtemps, en effet, Jean III 1, gémissait de voir sa maison religieuse, en froideur avec les communautés voisines de l'un et de l'autre sexe, à cause de quelques mesquines questions d'intérêt, de prérogations ou autres de cette nature. Les deux Prélats résolurent de rétablir la bonne harmonie, ils s'entendirent facilement entre eux, et d'un commun accord, Aiisant une part égale pour tous, ils décidèrent que tous deux prendraient part aux mêmes dîmes d'Heuchin et d'Henné, sur l'Aa, et qu'ailleurs ils participeraient également chacun aux revenus. Ainsi se tarit la source des contestations continuelles qui naissaient à l'occasion de la perception des fruits2 (1229).
1 Idem, idem. — Le P. Malbrancq, de Morinis, pag. 399.
5 Hist. Clar., 1 pag. 261. — L'acte de transaction commençait ainsi : Ego Lamberius diclus Abbas Clnromarisci, elc. et finissant par ces mots : ftnhim nm\o 12*29. — D'autres lettres portaient la date
Cette transaction fut confirmée par Jean, Évèque 1208— 12*22 des Morins, qui applaudit hautement à cette œuvre de paix, depuis longtemps désirée entre nos deux graudes maisons religieuses l.
Mais Lambert ne s'en tint pas là, il devait achever son œuvre; il voulait également prévenir toute contestation avec les corporations de la règle Cistercienne qui étaient soumises à sa juridiction ; craignant que l'Abbesse de Sainte-Colombe de Blandecques, n'éprouvât également avec Saint-Berlin quelques difficultés au sujet de diverses dîmes, sises dans le même lieu, dîmes qui n'étaient pas suffisamment précisées, il fit opérer des échanges, consentis entre l'Abbesse de cette communauté et l'Abbé de Sitbieu. Nous avons vu sur ce point divers litres émanés des parties contractantes 2 (1210), ainsi Sarra échange avec Jean une mesure de terre à Arques, pour pareille contenance à Blandecques 3, etc., etc.
Élizabeth, veuve de Gilbert, seigneur d'Haveskerque, qui était en contestation avec les moines de Saint-Bertin, au sujet des biens qu'elle avait indûment réclamés après les avoir usurpés, revient à résipiscence et se raccommode avec Jean, grâces
de 1231-1*232-1233 1534. Commencent de la manière suivante : Abbnlis et conventus Su Berlini mature fieri volumus, etc., etc. — Le P. Malhrancq.
1 Hist. m" Clar.. 1 pag. 261.
1 Sabra Ecclesiœ Su Columbœ.... Abbatissa, nov.... Cum Joanne abbati.... cambium mensurx terrœ in Arhd pro lerrâ Sli Folquini in htandekâ (1210).
•Hist. Clar., 1 pag. 261.
1*208-1222 à la médiation de Lambert1 (1220 , qui lui donne l'absolution. Quam idem Abbas absolcit s
Pierre, doyen de l'église de Saint-Omer, donna à Lambert les lettres relatives à une donation faite par Thierry, de Gravelines 3. Cette donation fut ratifiée par l'Evêque des Morins, en 121 A, dans la collégiale de Saint-Orner, devant l'autel de la Sainte-Trinité, au mois de septembre 1213, en présence de Guillaume, de Renty, et Jean, de Sainte-Aldegonde.
La môme année, 1213, toujours par les soins et sous l'administration de Lambert, Conrad, Abbé de Clairvaux, Robert, de Vauxelles, Pierre, de Syniaco sic;, Pierre, des Dunes, et Daniel, de Tbosan, approuvèrent la transaction faite avec l'Abbaye de Clairmarais et l'église de Loo (in Graveld) (1189; ; et Tan 1214, Michel, de Boulcrs, cbâtelainde Cassel (Casletcnsis), prit le monastère sous sa protection dans tout son domaine et le combla de bienfaits 4.
En 1215, Lambert transigea avec les églises de Saint- Augustin- lès -Thérouanne et de Saint- Jean Haut-Mont. Enfin Lambert était en général en si grand honneur, sa vertu et ses lumières jetaient un
1 Idem, idem, le titre commence ainsi : Ego Lamherlus divins Abbas de Claromarisvo, et ego F. Hugo prepositns Wattinensis, nolum favimus, quod Elizabelh vidua retivta Gitef>erti de Aveskerko ab.... liane vero pedibus abbatis prevolula. Veniain petiit et de exvessn suo. absolut ionem. quam idem abbas et convenlus ubsolvit nvlum 1220.
* Iltst. Clar., 1 pag. 262.
1 Quodmn Tlieoderivo nomine eujusdam domus prope Gravelingam. (Idem, idem).
* Idem, idem
tel éclat que sa réputation s étendait au loin ; on lui 1208—1222 confiait les affaires les plus importantes, les plus épineuses, tous obéissaient à ses décisions et prenaient son avis avec empressement : dans ses affaires particulières, au contraire, il aimait à se soumettre au jugement des autres, aussi avait-il presque toujours raison et dans les nombreuses discussions qu'il eut à soutenir, rarement on lui donnait tort.
Que dire de plus? Souvent dans sa propre cause ses adversaires le choisissaient pour juge, en promettant à l'avance de se soumettre à son arbitrage. Nous en trouvons un exemple dans une lettre adressée, au mois d'août (1215;, par le prévôt de Watten, lettre que nous consignons, à l'appui de nos assertions, dans les pièces justificatives l.
A la même époque, Réglnald, ce Comte si tracassier, si processif, dont trop souvent nous avons eu à raconter les vexations envers le monastère, se vit incarcéré à Boulogne, par Philippe-Auguste, à cause de ses dettes; la justice de Dieu semblait le frapper, en ce moment, en punition de ses méfaits 2. On voyait jadis dans les archives, une charte du Roi de France, garantissant l'Abbaye des Dunes, pour 600 livres sterling, contre les spoliations de Réglnald et de sa femme: on lira aux pièces justificatives le texte de cette pièce qui nous a paru assez singulière, assez curieuse pour ne pas être négligée 3 (1215;.
1 Hist. mM Clar., 1 pag. 263. — Voir aux preuves, pag. 61. — Lilleraprœpositi Walt i tiens is, data anno 1215, causa Joannis Skervin . 1 11 avait été fait prisonnier à la bataille de Bouvines. ' Hist. m" Clar., 1 pag. &70. — Cette pièce se termine par ce»
IÎ08-122-2 Parmi les actes utiles, consentis, obtenus ou réclamés par Lambert, on remarque encore les suivants : A peine veuait-il de rendre les derniers devoirs dans son église à Dom. Godefroy, prieur de la communauté, mort le 14 des calendes de décembre 1216 l, que nous le voyons recevant une bulle pontificale, défeudant aux légats apostoliques d'exiger jamais aucune somme d'argent des religieux et leur prescrivant de se contenter des aliments ordinaires de la maison en s'abstenant de manger de la viande 9 (1217). En même temps, l'Abbé reçoit du même Souverain-Pontife des bulles concernant les excommunications, les élections, les dépositions, les institutions, les installations et les bénédictions abbatiales5.
A la même époque 1217, Lambert enregistrait encore la confirmation de plusieurs donations faites par les ancêtres de Walter, seigneur de Busschœure, et ceux de Pétromlle, sa noble compagne ; celte confirmation avait lieu sur le maître autel de l'église du monastère, en présence de Hugues, prévôt de Watten 4.
Pour prouver, en un mot, avec quel honneur il était considéré par les Princes, pour connaître avec quel zèle, avec quelle sollicitude et quelle intelli-
mots : « Art u m Pftri.siis an no Domini MCC.XV. » — H77. script, rt mon. collect. Tom. I flISi .
1 Hisi. Clar.. 1 pag. 263.
* Contenti sint de pitanliâ, régula ri nec liceat eis ibidem car nibus vesci. fldem, idem).
* Idem, idem.
4 Hist. m- Clar., ) pag. 264.
gence Lambert soutenait les intérêts de ses frères, 1208—1222 il suffit de jeter les yeux sur les lettres de privilèges accordées pendant son administration (1218), par Jeanne, Comtesse de Flandres et de Hainaut ; nous transcrivons également et textuellement ce titre aux pièces justificatives u
Ce qui suit ne prouvera pas moins combien la recommandation de l'Abbé de Clairmarais était puissante auprès des grands Seigneurs, pour la conservation des intérêts de sa communauté. En 1218, les habitants de Saint-Omer s'étaient injustement arrogé le droit de naviguer jusque dans l'intérieur des marais de l'Abbaye, par le canal qui conduisait directement à Scoubroucq ; Louis, fils aîné du Roi de France, était alors à Hesdin, Lambert se rendit auprès de lui et lui exposa sa plainte, le Prince frappé de la justice de sa cause, délégua trois de ses hommes, « Ho mines qui erant homagiatorcs in fidelitate hominis, » disent les chartes 2, pour s'assurer de la vérité. Ces députés étaient Guillaume, châtelain de Saint- Omer, Baudouin, d'Hesdin, et Ingelram, du Maisnil, tous se prononcèrent en faveur du monastère 3.
Peu de mois après, au mois de novembre de la même année, le Prince royal, vint a Saint-Omer 4.
1 Preuves, tora. I, à la lin.
* Hist. Clar., 265. — Archives.
1 Idem, idem.
♦Ce Prince qui régna sous le nom de Louis VIII, dit le Box, mais le Box pacifique, à couse de sa valeur et de sa bonté, naquit le 5 septembre 1187, de Philippe-Auguste et d Éi isabeth. de Hainaut, sa première femme, il succéda à son père le 14 juillet 1*223. et fut #acré à Rheims, le 8 août suivant, avec le Reine Blaxche, s*
r>08— 1222 II ratifia toutes les donations faites- à Clairmarais par ses prédécesseurs les Comtes de Flandre et ajouta des libéralités nouvelles, ainsi au lieu du droit sur les taillis fMswar//J dont la communauté jouissaitdans toute l'étendue de la forêt de Rihoult; il lui donna en toute propriété, par les mains de son Abbé, 300 mesures de bois en échange, et ce qui fut mieux eucore, il fit confirmer par le Roi de France, son père, tout ce qu'il lui avait donné l.
Après avoir reçu des preuves de la munificence royale, Lambert, élevé au rang des Pontifes, obtenait des preuves d'une confiance absolue de la part du père commun des fidèles : Sa Sainteté lui adressa des lettres contenant une importante mission secrète *. Il fallait accomplir une négociation d'un très-haut intérêt :i , aussitôt on jette les yeux sur l'Abbé de Clairmarais, nul mieux que lui ne semble en mesure par sa capacité, son dévouement, son intégrité de remplir les intentions de Sa Sainteté ; un bref apostolique est envoyé à Lambert, ce bref est accompagné d'une bulle munie de son scel en plomb sur lequel on lisait: Innocentius Papa 111 4, Abbati de Claromariscn, au revers du bref apostolique était cette suscription : Mitera* ostendendœ ncmini :\ mmini tradendœ, minimè conscribendœ, aul com-
l'emme, il mourut à 39 ans, en 1226. -- (L'art de vérilicr les dates, «"•dit. in r de 1783 , 3 volumes. Tom. I, pag. 582).
1 Hist. m" Clar., tom. I, pag. 265.
s lies secretissimn est exeuenrln. (Idem, idem, pag. 26C ;.