‹ L'abbaye de Clairmarais d'après ses archivesChapitre 31 sur 43 · SOMMAI 11 K · texte numérisé non relu

SOMMAI 11 K

JOSH'H M AII.I. A H H SUCCtilc» il Ck0R(.ES pETOl'AM. — Soi! entrée OU

monastère, où il exerce diverses charges. — Il commence par être servant à l'autel. — Sa nomination ù Wœstine. — Son zèle et son intelligente activité. — Il offre ses services au Duc d'Orléans, lors tlo la bataille de Casse), en 1677. — Il lui donne des indications utiles.— I.e Prince lui accorde sa protection. — Dom. Josr.m en profite à la mort de Georc.cs, pour se fairo nommer Abbé. Il est à la hauteur de ses fonctions. — Il est député à la Cour. — Ses actes. — Il inspecte les maisons de l'ordre. — Détails. — Revenus 'augmentés. — Dettes payées. — Tableaux dans le chœur. — Embellissement de l'autel. — Statue de la Vierge, en argent massif, Ij^le trois pieds de haut. — Stalles de chœur et rampe du refuge.

— Son goût pour les lettres. — Chronogramme placé à NYœstine.

— Son dévouement religieux aux blessés, pendant la bataille. — Pointures qui le représentent monté sur un cheval blanc, parcourant le lieu du combat. — Ses conseils sont utiles au succès de la bataille. — Grando porte élevéo à Wœstine, pour y placer le

16*8 — 1717 chronogramme et les armoiries de Monsieur. — Mort de Joseph Maillard. — Il est regretté de tous. — Momem* le Riche, Abbé de Saint-Bertin, bénit sa tombe.

A la mort de Georges Petquam, le siège Abbatial demeura vacant, du 25 février 1688 au 14 mai suivant l, à cette époque, Dom. Joseph Maillard reçut les honneurs de la Prélature.... Dom. Joseph, né à Lille, entra au monastère en 1662, sous l'administration de Dom. Bernard Michiels dont il reçut l'habit; il fit de bonnes études et parcourut successivement les diverses charges de la maison ; en 1669, on lui confia le soin de lire sur le marche-pied de l'autel, le chapitre de Formd visitationum, lors de la visite du Vicaire général, Abbé de Cambron. Cinq ans après, sur l'ordre de celui dont il devait plus tard prendre la place *, nous le voyons appelé à la direction des Darnes de Wœstine, poste où il demeura longtemps et où en qualité de Chapelain de celle maison, il se distingua par son zèle éclairé, sa pénétration et son activité dans l'exercice du bien : il était là, en 1677, lorsque le 4 mars, Philippe de France, Duc d'Orléans, vint faire le siège de la ville de Saint-Omer ; Dom. Maillard fut au-devant ilu Prince 9 avril;, au moment où il se rendait à la rencontre du général ennemi, volant au secours de la ville assiégée, il lui offrit respectueusement de le

1 M" de Clairmurais tom. Il, png. 4*24. iig. 31. 1 l>. Georges Pktqiam nomma Josi.ru Maillard, à Wœstine. ru 1673 — Mnnuscrit inédit de Deneuville, cure de Sainte-Aldegondc

loger de son mieux, dans le monastère, il lui fournit 1688-niT si gracieusement tout ce qui était en son pouvoir et notamment, dit-on, des indications si précises sur les positions ennemies, que le Prince généralissime, en reconnaissance, lui accorda sa protection, ce dont le directeur de Wœstine sut adroitement profiter à la mort de Gkorges Petquam, pour arriver à la Prélatùre....

Une fois parvenu au fauteuil Abbatial, qu'il occupa pendant 29 ans, Dorn. Maillard montra qu'il était à la hauteur de celte dignité, il rétablit la discipline quelque peu relâchée, restaura entièrement sa maison et fit refleurir l'étude des lettres et de la philosophie.

Trois fois député à la Cour, de la part des Etats d'Artois, en 1689, 1696 et 1698, Dom. Joseph déploya le plus grand zèle pour les intérêts de la Province, zèle si bien apprécié, à en croire un auteur presque contemporain, qu'il lui valut le surnom de Père de la Patrie l.

iVommé en 1701, Vicaire général de l'ordre, dans un Chapitre tenu à Citeaux, il fut chargé d'inspecter toutes les maisons Cisterciennes, placées sous la domination de la France, fonction dont il s'acquitta à la satisfaction de tous.

On lui devait le riche cénotaphe en marbre blanc, qu'il fit élever à la mémoire de D. Bernard Michiels, qui dirigea ses premiers pas, à son arrivée dans le

1 Doneuville. — Histoire m" et inédite de Saint-Omer.

1688-1717 monastère \ il lit faire le plan officiel de la forêt, avec indication des étangs et des limites, etc. 1689) 3, il plaça une pierre mémorative, avec épilaphe, sur la tombe de Dom. Guislain Ca.mpion, annaliste de l'Abbave, mort en 1G7C, el sur celle de D. Georges Petouam, son prédécesseur immédiat3. De plus, ce Prélat augmenta les revenus et paya les dettes de la communauté l. II commanda au peintre Thao.n, de Saint-Omer. 15 beaux tableaux pour décorer le pourtour du cbœur de son Église, ces tableaux on l'a vu, représentaient les miracles de Notre-Seigncur Jésus-Christ. Par les soins de l'Abbé, le chœur fut en même temps pavé en marbre et on plaça au maître-autel, une magnifique devanture sic), dont le fond était en glaces fines de Venise, avec encadrement en moulures, fleurons et autres ornements en argent massif, les gradins et les canons étaient en même métal.... Dom. Maillard, après avoir déplacé le presbyterivm et entouré le chœur de grilles sculptées, décora également l'autel de la Vierge, d'une superbe statue, en argent massif, représentant la Sainte-Mère de Dieu, cette statue avait 3 pieds de hauteur, il y ajouta un grand calice richement travaillé et du même métal, avec des bas-reliefs représentant les figures de la Sainte-Kuchai istie. La prévoyance de l'Abbé, embrassait tout, les petites

1 M" de Clairmarais, tom. 11, pag. 283.

! Plan de la foret de Rihoult. on 1086. — Planche x au 1" vol.

3 D. Rertin de Viascry, tom. II, pag. 421.

4 Dutems, llist. du Clergé de France, tom. IV, in-8*, pag. 230.

comme les grandes choses, il chargea Philippe 1088— i ti t Dyomcer, artiste sculpteur de Bruges (1705 , de remplacer les stalles placées dans le chœur eu 1437, par Jean Gheers, 31e Abbé, et de faire la belle rampe en bois de chêne, que l'on voyait encore il y a peu de temps, dans l'ancienne maison de refuge de la communauté, à Saint-Omcr !.

Plein de goût pour l'étude des belles lettres qu'il possédait à fond, nous le voyons également accroître la bibliothèque de bons et de nombreux ouvrages. C'est à lui que l'on attribue ce chronogramme flatteur, qui fut placé par ses soins, sur le fronton de la porte de l'Abbaye de Wœstine, à la suite de la bataille de Cassel.

V* DrCIMa aprILIs fVgIVnt prostratI rataYI

A VRATRK 'RKf.ls.

M D C LYWVJIIim.

Mais ce qui alors attira à Joseph Maillard, la reconnaissance publique, et ce qui mérite d'être particulièrement rappelé, c'est le dévouement extraordinaire qu'on lui vit déployer au moment de la sanglante rencontre, dont les pleines de Cassel furent

1 Celte rampe que nous avons encore vue debout était, ainsi que l'escalier, en beau bois de chêne, de la forêt de Clairmarais, elle était artistement travaillée, on y voyait des sculptures indiquant des lions, des anges, des raisins, des épis de blé. etc., et il est à regretter que malgré nos prières et nos réclamations ce remarquable morceau de sculpture soit sorti du pays.... On nous a assuré qu il avait été vendu et envoyé à Houlognc-sur-mcr, en 1860.

tt^88 — 1717 le glorieux théâtre ; d'une agilité sans pareille, on le voyait bravant le danger, partout où son ministère pouvait être utile ; à pied, à cheval, le crucifix à la main, il portait sans relâche les secours spirituels aux blessés, consolant les mourants, confessant ceux qui se préparaient au combat, absolvant ceux qui à l'heure dernière, imploraient son assistance. Grâce à lui, les secours de la religion faisaient rarement défaut. Sur tous les points ftn admirait ce ministre «le Dieu, bénissant au nom de Jésus-Christ et remettant les péchés *. Un tel dévouement ne valait-il pas la reconnaissance du Prince qui, plus tard, lui fit accorder la juste récompense qu'il avait si bien méritée?....

La tradition rapporte que les peintures du temps représentant 3 la mémorable bataille de Casscl, n'oubliaient jamais d'y faire tigurer le moine de Clairmarais, monté sur un cheval blanc et suivant les

armées pour exercer les devoirs de son ministère

Elle va même jusqu'à dire, que les informations de Dom. Maillard, qui connaissaitparfaitement la topographie locale, n'auraient peut-être .pas été étrangères au succès de bataille ? —

Inscrivons ici, à cet égard, une intéressante lettre

1 M" do Clairmarais, tom. II, pag. 414.

s Nous croyons avoir dit ailleurs, que deux superbes toiles dues au pinceau de Vandkrmeli.cn, représente la bataille de Casscl et le siège de Saint-Omer ; les originaux de ces tableaux sont au musée de Versailles ; deux bonnes copies obtenues du gouvernement par les soins de notre regrettable confrère M. Jules Saint-Amour, décorent la grande salle de l'Hôtel-de-Ville de Saint-Omer

à peu près contemporaine, autographe et inédite 1688—1717 dont l'original est sous nos veux. Llle paraîtra peutêtre un peu crue dans quelques expressions, niais nous tâcherons de les adoucir en demeurant, néanmoins, fidèle dans nos citations?....

Monsieur et 1res cher ami.

« Je ne serois point fâché d'avoir tardé si long- « lems a répondre a la lettre dont vous avez bien « voulu m'honorer, si j'avois la satisfaction de vous « procurer des connoissances particulières et des « détails circonstanciés que vous souhaiteriez avoir « de la fameuse bataille dont vous parlez. Messieurs « deClair-maraisorit effectivement plusieurs manus- « crits dont quelqu'un sic' , dit-on, sont assez esti- «< niés; mais après toules les recherches possibles, « on n'a rien trouvé qui eut le moindre rapport a la « bataille d'Azineourt. Probablement que l'on aura << confondu dans le récit qu'on vous a fait ; peut- « être vouloit-on dire quelque chose de relatif a la « bataille de Cassel donnée dans le voisinage de « cette Abbaïe en 1 677, ou Monsieur frère du Hoy « commandoit en personne et a remporté une vic- « toirc complette sur le Prince d'Orange dont l'ar- « mée ne pouvoit être attaquée avec succès que par « un seul endroit, que les généraux François, n'aiant « pu le découvrir, ignoroient entièrement ; ce fut « M. Maillait, Religieux de Clair-marais et direc- « leur alors des Dames de Wœstines qui fut trou-

M>88— 1717 « ver le général franc, ois et lui indiqua le seul moien

« qu'il y avait pour s'assurer une victoire. On pro-

« fita heureusement de cet avis. L'ennemi fut battu

« a platte couture, et pour récompense, M. Maillart

« fut fait Abbé de cette Abbaïe. Voila l'époque et la

« tradition de cette bataille qui se trouve représentée

« dans le plan original qui en a été fait, encore exis-

« tant aujourdbui a l'Abbaïe, on remarque toujours

« le directeur monté sur un cheval blanc tantôt a

« côté et accompagnant Monsieur dans différents

« endroits de son armée, tantôt parcourantles rangs,

« tenant son cheval par la bride, exhortant les pau-

« vres blessés moribonds et leur donnant des abso-

« lutions a droite et a gauche ; on y remarque encore

« quelque chose de fort curieux et bien digne d'un

« soldat françois victorieux. Un moulin se trouvant

« sur une partie du terrein qu'occupoit l'armée en-

« nemic, un soldat, a la poursuite de cette armée

« qui avoit abandonné le champ de bataille et se

« retiroit en désordre, pressé d'un besoin ,

« ne trouva point de lieu plus propre

« que de s'aller percher au haut d'un volant du

« moulin, le tourné vers les fuiards. »

A ces détails, qu'on voudra bien nous pardonner, les annalistes ajoutent, que ce fut sur la demande de Dom. Maillard, que l'Abbesse de Wœstine, fit élever tout exprès, la grande porte de la basse-cour de son couvent, pour y placer l'historique chronogramme, avec les armes de Monsieur, soutenues sur un fais-

ceau de boulets de canon \ en souvenir des glo- îoss— itit rieux faits d'armes accomplis sous ses murs.

Ce qui n'est pas moins certain, c'est que J)om. Maillard mourut, le 16 février 1718, après une longue et fructueuse administration, emportant les regrets universels de tous ceux qui avaient pu le connaître et l'apprécier \

Momelin le HiciiE, 78e Abbé de Saint-Bcrtin, a qui I). Joseph Maillard avait donné la confirmation Abbatiale 1706), vint à son tour mêler ses larmes aux larmes publiques, en bénissant la fosse et en rendant les derniers devoirs au rô\v Abbé de Clairmarais.

1 M" de Clairmarais, tom. 11, pag. 414.

» Les Abbés de Saint-Uertin, tom. Il, png. 283.

1). ANTOINE III DE LA HOUSSAYE, oâ' Abbé. a*h*-:1718

SOMMAIRE

Les documents manquent.— Nomination (TAntoine de La Hoiss we, tJo SaintOmer.— Sa bénédiction.— Son installation. — Il se rend aux Ktats et y meurt. — Sa sépulture.

Ici les documents biographiques nous font presque totalement défaut, nous trouvons bien peu de choses sur le compte du successeur de Joseph Maillard.... Ce que nous savons, c'est qu'à la suite d'une courte vacance Abbatiale, Antoine de La Houssaïe 1 fut promu régulièrement à sa place Antoine appartenait à une famille noble de Saint-Omer : le 3 octobre 1718, il fut nommé Abbé du monastère de Clairmarais, dont il portait l'habit : confirmé par l'Abbé de Clairvaux, il reçut la bénédiction Pontificale le 23 avril 1719, des mains de Monseigneur François de

• Hist. du Clergé de France, tom. IV. pag. 230. - Gallia Chris jitiana. — M" inédit de Dencuville, exemplaire de la Société des An Mliquaires do la Morinie, pag. 304.

I7I8-I71D Yalbelle, de Tourves, Kvéque de Saint-Omer \ et fut intronisé solennellement dans son Kglise, en présence de Dom. Momelïn le Riche, 78e Abbé de Saint-Bertin, et de 1). Ignace Dklfosse, 37e Abbé de Loos [1704-1723

A peine installé, le nouvel Abbé de Clairmarais, qui n'était probablement pas sans mérite, fut appelé aux États d'Artois dont il était membre de droit, occupant le dixième rang dans l'ordre du Clergé :\ mais il n'eût pas le temps de s'y faire apprécier, ni de rendre dessenices; il mourut subitement à A iras pendant la session, le 19 septembre 1719, au bout de I l mois et après quelques jours de gouvernement. Le lendemain, ses dépouilles mortelles furent rapportées dans son Abbaye, où il fut inhumé le 22, avec les honneurs d'usage 4. Cette mort imprévue inspira des regrets et fit naître la crainte de le voir remplacé par un Abbé commendataire... .

— Nous avons retrouvé depuis peu , les armoiries de la famille de La Houssaye. Nous les reproduisons planche vu, n" i.

1 Monseigneur François de Yai.rei.lk, <Je Tourves, fils de Jf.an- Haptistl, Marquis de Tourves, Haron de La Tour, et de Marguerite de Viktimille. Abbé de Pontron, aumônier du Moi et maître de son oratoire, était Doyen de Saint-Omer, lorsqu'il en fut nommé Kvéque. le lnr novembre 1708. Il reçut l'Onction Épiscopale, le 6 avril 1719 et mourut le 17 novembre 17*27, âgé do 64 ans, après avoir maintenu et augmenté le* fondations charitables de son prédécesseur. — (tlist. du Clergé de France, tom. IV, pag. 209).

3 Grand Cartulaire de Dom. de Wilto — Les Abbésdc Saint-Bertin, t. II. p. :583. — Ilist. de l'Abbaye do Loos. par Lucien de Rosny.p. 13G.

3 Itultel, notice d'Artois, pag. 216.

* M** inédit de Deneuvillc, curé de Sainte-Aldegonde, pag. 304.

LUS ABBÉS DE CLAIBMARAIS

1». AMOINE IV FINE DE BRIAN VILLE, 33* Abbé. *>«.«.: mo

Dom. Fi.né de Brusville , était à Arras à la mort de Dora, de La Holssave, il fait des démarches pour lui succéder. — Il est nommé parla médiation du Comte de Broglio. — La communauté est peu satisfaite de ce choix, mais elle ne le fait pas paraître. — Installation de cet Abbé. — Il administre 15 ans. — Absence de renseignements sur son compte. — Il a le goût de l'étude. — 11 aime peu la solitude. — Il meurt à Paris, de chagrin d'avoir perdu un procès et du regret de se voir forcé de retourner dans son monastère. — L'Abbaye criblée de dettes. — Note sur le refuge de Saint-Omer.

Ce qu'on redoutait arriva.

Dom. Fixé de Brianville, religieux et Prieur de Cercamp, se trouvait à Arras en même temps que l'Abbé de Clairmarais; à peine ce Prélat avait-il rendu le dernier soupir, que déjà le prévoyant et ambitieux Prieur s'était mis en mouvement pour

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